Nouvelle Ville, Nouvelle Vie - Chapitre 2, partie 2
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Le nouveau venu nâĂ©tait pas seul ; deux filles le suivaient de prĂšs. Elles arboraient un style similaire Ă celui du garçon, tout en cuir et teintures. Sans compter sur les coiffures et maquillages alternatives. Tag pouvait en ĂȘtre sĂ»r et certain, ces trois-lĂ faisaient partie de la mĂȘme Ă©quipe. Dâailleurs, elles aussi portaient des protections. CâĂ©tait quoi, cette ville de prudes ? Ă quoi bon faire du foot de rue si on nâĂ©tait pas prĂȘt Ă risquer sa peau contre lâasphalte et les genoux de son falzar ?
Enfin bon.
Pendant que Tag les examinait, les trois loustics sâĂ©taient saluĂ©s. AussitĂŽt fait, toutefois, ils se retournĂšrent vers le blondinet Ă cĂŽtĂ© de Tag. Samy Ă©tait si tendu quâune partie de Tag sâalarma. Lâautre partie Ă©coutait ce que les trois autres avaient Ă dire.
- Regardez ce que notre petit Samy nous a ramené ! fit le garçon, désignant Tag à ses coéquipiÚres.
Cela fit sortir Samy de sa rigide torpeur, mais il avait retrouvĂ© lâexpression renfrognĂ©e de leur premier Ă©change et Tag nâĂ©tait pas certain que ce fĂ»t une bonne chose.
- Jâai rien ramenĂ© du tout.
Sa voix Ă©tait sortie Ă©tranglĂ©e, Ă travers des dents si serrĂ©es que lâeffort sâen voyait de lâextĂ©rieur. Tremblant presque de rage, il faisait lâeffet dâun chihuahua en colĂšre. Pour un peu, il se serait mis Ă mordre. Il se contint tant bien que mal et au lieu de leur sauter Ă la gorge se contenta de croiser les bras et de se tourner obstinĂ©ment de lâautre cĂŽtĂ©, tandis que le trio descendait Ă leur hauteur.
- Il nâest quand mĂȘme pas arrivĂ© lĂ tout seul, fit remarquer une des deux filles.
Elle Ă©tait toute menue, en hauteur comme en largeur, et sapĂ©e comme un vampire de dessin animĂ©. Tag lâappela Mavis en son fort intĂ©rieur.
- Ben si, figure-toi, rĂąla Samy.
- Notre pauvre Samichou..., partit Cheveux-Violets dans une voix de fausset. Sa mĂšre lui a pas appris Ă pas causer aux inconnus.
- LĂąche-moi, Sly, siffla Samy entre des dents serrĂ©es. C'est un joueur.Â
Cheveux-Violets, apparemment dénommé Sly, étrécit les yeux.
- Et ça tâa pas paru bizarre quâil te sorte ça comme ça ? Tâes trop naĂŻf, Samy. Ăa pourrait ĂȘtre un keuf venu fouiner. Et tâaurais tout fait rater, comme Ă chaque fois.
Un Ă©lancement traversa le genou de Tag. Il prit une brusque inspiration. Ăa sifflait un peu trop.
- Bon, les mĂŽmes, intervint-il. CâĂ©tait marrant deux minutes mais vous faites chier, lĂ .
Sly, Mavis et la troisiĂšme sursautĂšrent tous en cĆur. Ironiquement, ils semblaient avoir oubliĂ© sa prĂ©sence. La douleur irradiait et ça nâallait pas. Ăa nâallait pas du tout. Il sentait son humeur virer au vinaigre, et ces trois malheureux avaient eu la poisse de la ramener au mauvais moment.
- De un, votre planque est visible sur toutes vos vidĂ©os, donc la ramĂšne pas, morveux. De deux, si tu me traites encore de poulet, jâvais tâfaire regretter dâĂȘtre nĂ©.
Avec son genou dans cet Ă©tat, câĂ©tait quitte ou double. Ou bien la douleur lâempĂȘchait de faire trois pas, ou bien la colĂšre le porterait jusquâaux flammes de lâenfer avec la tĂȘte du gamin au bout dâune pique. Et son genou pas moins mort, mais câĂ©tait un risque Ă courir.
Il enregistra vaguement le « bien dit ! » de Samy, qui le regardait avec adoration. Une autre inspiration sifflante. Il devait se calmer.
Dâautres personnes â tous aussi petits â arrivaient en haut des marches. Ăa murmurait dans tous les coins. Tag Ă©tait un intrus. Et il provoquait un de leurs membres.
En toute honnĂȘtetĂ©, il nâen avait rien Ă faire. Son sang bouillait encore. De douleur, de colĂšre, de la combinaison des deux. Du besoin fĂ©roce de protĂ©ger Samy des remarques de Sly.
Des groupes se formaient dans les gradins. AssemblĂ©s par couleur. Le cuir noir et teintures violettes devant lui, puis des taches de vert, dâorange, de blanc⊠Il se leva. Il avait poussĂ©, pendant ses annĂ©es en Argentine, pas encore toute Ă fait la taille de son pĂšre mais le gamin en face de lui nâen menait pas large. Il faisait de son mieux pour, bombant le torse, mains sur les hanches. Lui et ses coĂ©quipiĂšres avaient Ă©tĂ© rejoints par deux autres garçons. Tag les dĂ©visagea un Ă un. Aucun ne baissa les yeux.
- Je suis peut-ĂȘtre nouveau en ville mais je jouais dĂ©jĂ au foot avant que tâapprennes Ă marcher.
Sly entendit la menace et étrécit les yeux.
- Et pourquoi tu traĂźnes avec notre petit Samy ?
Son intonation lui hérissa le poil. L'air chantant de la moquerie lui démangeait le poing.
- Parce que certains sont sĂ©rieux et viennent sâentraĂźner.
Tous les gamins dans les gradins du théùtre de pierre Ă©changĂšrent des regards. Il y avait un nouveau groupe. Ils murmuraient entre eux en jetant des coups dâĆil Ă Samy. Son Ă©quipe, peut-ĂȘtre ? Dur Ă dire, ils nâavaient pas de thĂšme de couleur, ceux-lĂ . En tout cas, rien qui collait Ă ce que portait Samy.
- Mouais, grommela Sly avant de se détourner de Tag.
Il prit la main de Mavis et eux et leur équipe partirent conciliabuler un peu plus loin.
AussitĂŽt le gang violet Ă©cartĂ©, les autres groupes sâapprochĂšrent de Tag et Samy. Ce fut comme une vague qui revient Ă l'assaut toujours plus fort aprĂšs un dĂ©part. Un dĂ©ferlement humain qui vint vite les enserrer dans une foule curieuse.
- Jâen reviens pas que tu sois arrivĂ© Ă lâavance, pĂ©pia une gamine. Tu te sens bien ?
Elle Ă©tait grande comme trois pommes, avec quelques mĂšches colorĂ©es, et Samy ne fit que lever les yeux au ciel en rĂ©ponse. Tag se rassit et laissa la mĂ©nagerie babiller. La douleur sâĂ©tait calmĂ©e et nâirradiait plus. Ce nâĂ©tait dĂ©sormais quâun nuage, flottant sous sa peau, au bon vouloir du courant. DĂ©sagrĂ©able mais au moins il se sentait plus maĂźtre de ses pensĂ©es.
Lâattroupement finit par se dĂ©sintĂ©resser de Samy et se tourna vers lui. Une vingtaine de paires dâyeux le fixaient.
Puis les questions fusĂšrent.
- Tu tâappelles comment ?
- Tu viens dâoĂč ?
- Tu joues bien ? On peut voir ?
- Trop cool ton ballon ! Tu lâas eu oĂč ?
Il y en eut probablement bien dâautres mais les mots se piĂ©tinaient dans leur entrain et tous ne parvinrent pas aux oreilles de lâintĂ©ressĂ©.
- HĂ© ! intervint Samy, ses airs de grand seigneur retrouvĂ©s. Laissez le respirer, câest pas une bĂȘte de foire !
MĂšches ColorĂ©es sâaccrocha Ă lui. Elle se mit Ă genoux â sur ses genouillĂšres de protection, c'Ă©tait une vraie manie chez ces gosses â et implora. Son expression, son ton, ses gestes, tout Ă©tait faussement rĂ©vĂ©rant.
- Ă grand Samy, aurais-tu lâamabilitĂ© de nous prĂ©senter ton nouvel ami ? Aie pitiĂ© de nous autres, faibles mortels !
Samy ne se braqua pas, cette fois. Au contraire, sur ses lĂšvres naquit un petit sourire en coin. Avec un soin sadique et une main caressant une barbe inexistante, il fit mine de rĂ©flĂ©chir. Ce petit manĂšge dura quelques secondes â puis il se dĂ©cida.
- Je ne sais pas, ma chĂšre Louna.
Il Ă©changea un regard avec Tag, lequel, toujours assis, regardait lâĂ©change avec intĂ©rĂȘt. Face Ă la clique violette, Samy avait Ă©tĂ© une toute autre personne. DĂ©sormais, entourĂ© de tous les autres, il avait repris du poil de la bĂȘte. Son aplomb â son arrogance, mĂȘme â lui Ă©tait revenu. Son attitude, ainsi que celle de tous les autres, dirent trĂšs vite Ă Tag ce quâil avait besoin de savoir sur les rapports entre Ă©quipes Ă MĂšre-Sainte-Yvette.
Le blondinet se tourna vers lui, toujours feignant la réflexion.
- On leur dit, ou pas ?

















