Pour que lâeugĂ©nisme ne devienne pas un droit de lâhomme
Alors que la Cour EuropĂ©enne des Droits de lâHomme (CEDH) a Ă©tĂ© saisie pour statuer sur un droit fondamental Ă recourir à « la procĂ©dure de dĂ©pistage et dâĂ©limination prĂ©natale des enfants malades ou handicapĂ©s », les associations et familles de personnes trisomiques Ă travers toute lâEurope en appellent au soutien et Ă la mobilisation de tous les citoyens europĂ©ens. Dans une dĂ©claration intitulĂ©e « lâeugĂ©nisme nâest pas un droit de lâhomme » en ligne sur le site www.stopeugenicsnow.org, elles les invitent Ă se mobiliser Ă leurs cĂŽtĂ©s : une telle dĂ©cision viendrait non seulement aggraver violemment la stigmatisation des personnes handicapĂ©es, mais aussi gĂ©nĂ©raliser et Ă©riger en droit de lâhomme le processus de sĂ©lection et dâĂ©limination des personnes jugĂ©es « non conformes ».
 Dans lâaffaire actuellement pendante devant la Cour EuropĂ©enne des Droits de lâHomme (CEDH) (Affaire Kruzmane contre Letonie), la mĂšre dâune fille trisomique se plaint ne pas avoir pu effectuer la prise de sang de dĂ©pistage de la trisomie pendant la grossesse, dĂ©pistage qui lui aurait permis de connaĂźtre la trisomie de sa fille et de prendre la dĂ©cision dâavorter. Elle prĂ©tend que cette procĂ©dure de dĂ©pistage-avortement fait partie des « soins prĂ©nataux » nĂ©cessaires au suivi de la grossesse, et que leur accĂšs est garanti par le droit fondamental au respect de la vie privĂ©e et familiale. En se tournant vers la CEDH, lâaction intentĂ©e prend une ampleur particuliĂšre car, pour la premiĂšre fois, la Cour europĂ©enne doit se prononcer sur un prĂ©tendu droit Ă lâavortement en raison de la santĂ© de lâenfant (dans le prĂ©sent cas porteur de trisomie 21). La dĂ©cision de la Cour indiquera si lâavortement dâun enfant malade ou handicapĂ© est un droit fondamental.
 Une telle dĂ©cision de la CEDH inscrirait dans les 47 Etats membres europĂ©ens un droit fondamental Ă lâinterruption de grossesse en raison dâun handicap dĂ©pistĂ© (IMG), quâil sâagisse de la trisomie 21 ou dâun autre motif de santĂ©. Or lâIMG nâest pas un droit, mais une atteinte au droit Ă la vie. Lorsque lâIMG est lĂ©gale, sa mise en Ćuvre est soumise Ă lâapprĂ©ciation et Ă lâautorisation du corps mĂ©dical, et ne peut pas rĂ©sulter de la seule demande de la mĂšre. Par ailleurs, ce qui sera vrai pour la trisomie 21, le sera aussi pour toutes les pathologies dĂ©pistables avant la naissance, voire mĂȘme pour des prĂ©dispositions gĂ©nĂ©tiques rĂ©vĂ©lant un risque de dĂ©velopper telle ou telle maladie.
 Le processus «DĂ©pistage â Elimination » tel quâil est souvent installĂ© entraine dĂ©jĂ dans beaucoup dâEtats membres de grave dĂ©rives eugĂ©niques (en France exemple, 96% des fĆtus dĂ©tectĂ©s trisomiques sont Ă©liminĂ©s). Lâaffaire Kruzmane contre Lettonie va encore plus loin : inscrire comme droit fondamental le droit de supprimer la vie des enfants trisomiques avant leur naissance conduira Ă stigmatiser et rejeter plus encore un groupe humain sur la base de son gĂ©nome. On sait par ailleurs que la possibilitĂ© dâune sĂ©lection aprĂšs la naissance par un avortement postnatal, comme câest dĂ©jĂ le cas aux Pays-Bas avec le « protocole de Groningue », commence Ă ĂȘtre dĂ©battue.
Câest pourquoi des associations de personnes trisomiques de pays europĂ©ens (Irlande, Espagne, Lettonie, Pologne, Allemagne, France, Ukraine, etc.) se rĂ©unissent pour formuler une dĂ©claration commune Ă lâattention des instances europĂ©ennes, et invitent toutes les autres associations et citoyens europĂ©ens Ă apporter leur soutien en signant Ă leur tour la dĂ©claration en ligne sur le site www.stopeugenicsnow.org.Â