27. Effronté
Effronté. Insolent. Impertinent. Bavard. Ne tiens pas en place.
Les façons dont sur tes carnets sâĂ©talaient lâatroce vĂ©ritĂ© (pose trop de questions) sont multiples. Cache-Ćil aussi divers que le sont tes questions. Tu nâavais que ça Ă la bouche, jamais satisfait des rĂ©ponses que lâon te donnait. Pourquoi est intĂ©ressant, mais te passe Ă cĂŽtĂ© de la tĂȘte. Tu as au cĆur assez de chimĂšres Ă atteindre pour ne pas les exciter dâune aiguillon mĂ©taphysique. Tu sais pourquoi : parce que la science fonctionne. Les mathĂ©matiques font sens, sĂ©rie de causalitĂ© qui sâenchaĂźne. Comment tâintĂ©resse. Comment cela marche ? Comment cela fonctionne ? Comment lâamĂ©liorer ? Comment rĂ©aliser lâimpossible ? Comment le faire ?
Est-ce que tu avais vraiment besoin de dĂ©monter le grille-pain, la voiture, ta montre, celle de ta mĂšre, lâordinateur, te pincer la peau, te graisser les doigts, te brĂ»ler les cheveux ?
La preuve de ton audace gĂźt dĂ©composĂ©e entre tes mains dâartisan. Tu questionnes de tout, tes pas dansant sur lâasphalte prĂȘt Ă esquiver le gnon qui ne manquera pas de pleuvoir.
EffrontĂ©, tu sĂ©duis, tu entreprends. Tu te brĂ»les les doigts Ă leurs peaux, Ă chercher une Ă©tincelle de chaleur dans leurs reins. EffrontĂ©, tu mens, ton bagou dâinsolence tâaurĂ©ole dâardeur. Pourquoi veux-tu toujours chercher ses femmes qui tâabandonnent dans tes draps sans un regard en arriĂšre, ayant pris leur dû ? Pourquoi veux-tu toujours la plus canaille du bar, brute capable de te tuer, Ă©trangetĂ© incompatible, inaccessible ? Tu chercherais Ă te faire taire, Ă te faire ravaler ta bravade, tu ne tây prendrais pas autrement.
Ton effronterie de sale gosse marche Ă crĂ©dit. Dans tous les bars de lâunivers, tu as une ardoise haute comme ton QI et lâavertissement de ne plus te laisser entrer. Les ennuis te collent aux basques, tâenlacent comme des amants aux dents longues.
On aurait pu croire que tu aurais appris Ă te battre, depuis le temps, avec une aussi grande gueule, et lâincapacitĂ© somatique de te mordre la langue avant de parler. Tu as appris Ă encaisser les coups, et Ă survivre. Un jour tu finiras mal â combien de fois tâont-ils retrouvĂ© ta joue dâalbĂątre croĂ»tĂ©e de boue, Ă te relever sur tes poings dans la ruelle moite de ton sang, la respiration sifflante, recroquevillĂ©, au tapis pour un souffle supplĂ©mentaire, pour vivre. Tes jambes cĂ©dant sous toi par peur de la mort. RĂ©flexe du lĂąche dont le cerveau court trop vite, Ă qui sa langue fait un croche-pied. Tremblant et lâĆil effrontĂ©, poings Ă©clatĂ©s, genoux Ă©raflĂ©s, des brimades dâĂ©coliers aux coupe-gorges des cloaques, tu recherches les rixes Ă tempĂ©rament.
Tu te complais dans ces rixes que tu ne peux gagner, ton Ă©nergie vibrante aimerait se faire matraquer par le soleil, lâaudace brĂ»le le fuel de ton gĂ©nie, affirmation dâinsolence Ă rĂ©servoir Ă sec.
Tout en cuir et en impertinence, quâest-ce que cela te coĂ»terait de te taire ? Plier lâĂ©chine, laisser couler, tĂ©ter un whisky comme tout le monde. Non, il faut que tu sois sobre et lucide comme du fer chauffĂ© Ă blanc. Il faut que ton ironie trop gĂ©niale rĂ©torque Ă plus fort que toi, que le terme mal prononcĂ© soit corrigĂ©, la faute de grammaire, de gĂ©ographie relevĂ©e.
A te croire plus malin que les autres, tu iras plus loin que les autres.










