ThĂšme : VisibilitĂ© et «âplateformisationâ» de soi
Sujet : Quel rĂŽle jouent les mĂ©dias numĂ©riques dans la construction et la prĂ©sentation de vousâ?
Ă lâĂšre des mĂ©dias sociaux, notre image ne se restreint plus seulement Ă notre entourage proche (celui de tous les jours), mais aussi aux amis virtuels. De façon quotidienne, nous tentons le plus de parfaire notre comportement afin dâobtenir un retour positif venant des autres. Ainsi sâinstalle une autoreprĂ©sentation aux yeux des autres pouvant ĂȘtre assez complexes Ă modifier.
Les rĂ©seaux sociaux, selon D. CARRĂ, et R. PANICO (2010 b) :
RĂ©pondent Ă une double attente, une double nĂ©cessitĂ©. Dâune part, prendre la parole, sâexprimer et ainsi satisfaire chacun selon ses goĂ»ts Ă lâinjonction de visibilitĂ© dâune sociĂ©tĂ© qui nâen fournit pas toujours les moyens. Dâautre part, et simultanĂ©ment, favoriser un sentiment dâappartenance et dĂ©velopper une sociabilitĂ©[1].
De ce fait, avec cette nouvelle approche apportĂ©e aux utilisateurs de ces derniers nous pouvons choisir ce que les autres verront de nous, lâimage que nous souhaitons dĂ©voilĂ©e au grand public, car notre environnement sâest Ă©largi grĂące Ă ses plateformes numĂ©riques. Les mĂ©dias sociaux permettent de se construire une image sur mesure, plus proche de lâidĂ©al quâon se reprĂ©sente.
Mon utilisation des rĂ©seaux sociaux est en direct corrĂ©lation avec mes objectifs professionnels dans le monde de la communication, de mĂȘme que mes engagements personnels par rapport au dĂ©veloppement dans les pays du tiers monde. De ce fait, jâutilise les rĂ©seaux sociaux, plus particuliĂšrement Facebook, pour me bĂątir une influence qui puisse me permettre de renforcer lâimpact que je souhaite porter au public qui me suit (majoritairement des jeunes entre 15 et 30 ans). Cette influence se mesure Ă travers notre nombre dâamis, de «âfollowersâ» câest-Ă -dire ceux qui nous suivent, et des rĂ©actions (jâaime, commentaire, tag, partage) ou tout simplement, Ă travers les vues sur les vidĂ©os que nous publions. Suivant cette logique, il est nĂ©cessaire dâavoir une stratĂ©gie dâutilisation bien pensĂ©e qui donner envie aux autres de savoir ce que nous faisons et dây trouver assez dâintĂ©rĂȘt, afin de susciter la rĂ©action et la discussion. NĂ©anmoins, il ne sâagit pas forcĂ©ment de me crĂ©er un faux profilâ; bien au contraire : il est question ici de mettre lâaccent sur le meilleur de moi-mĂȘme afin dâaccrocher et de «âsĂ©duireâ» mon public cible.
ceci Ă©tant dit, jâessaie toujours de projeter lâimage parfaite qui me reprĂ©sente  le plus en remixant mes photos, selon le type de publication (photos, messages, vidĂ©os) qui coĂŻncide aux attentes de mon public et Ă ma vision des choses. Avec ses Ă©lĂ©ments rĂ©unis, lâassurance de ma visibilitĂ© repose sur le choix du moment de la publication. En effet, prenant en compte le mode de fonctionnement de lâalgorithme EdgeRank quâutilise Facebook, tout devient une question dâactualitĂ© comme le cite Bucher (2012):
«Sur Facebook, il nây a pas tant de «âmenace de visibilité⻠que de «âmenace dâinvisibilité⻠qui semble gouverner les actions de ses sujets. Le problĂšme tel quâil apparaĂźt nâest pas la possibilitĂ© dâĂȘtre constamment observĂ©, mais la possibilitĂ© de disparaĂźtre constamment, de ne pas ĂȘtre considĂ©rĂ© comme suffisamment important. Pour apparaĂźtre, devenir visible, il faut suivre une certaine logique de plateforme intĂ©grĂ©e dans lâarchitecture de Facebook... La menace de lâinvisibilitĂ© doit ĂȘtre comprise Ă la fois littĂ©ralement et symboliquement[1]â» (1171)
De ce fait, peur dâĂȘtre invisible, il est important de publier en dehors des heures scolaires ou de travail, car mon public cible est concernĂ© par ces deux activitĂ©sâ; plus les personnes rĂ©agissent sur ta publication, plus ta visibilitĂ© augmente.
En dĂ©finitive, en mâappuyant sur le classement de profil dressĂ© par Dominique Cardon 2008, je me situe dans lâunivers du «âPhareâ» qui est dĂ©crit par ce dernier comme une dimension oĂč : «âla visibilitĂ© fait souvent lâobjet dâune quĂȘte dĂ©libĂ©rĂ©e et sâobjective Ă travers des indicateurs de rĂ©putation, des compteurs dâaudience et la recherche dâune connectivitĂ© maximale[1].â»[1] Dominique Cardon, « Le design de la visibilitĂ©. Un essai de cartographie du web 2.0 », RĂ©seaux 2008/6 (n° 152), p. 93-137.
[1] Bucher, T. 2012b. « Want to be on the top ? Algorithmic power and the threat of invisibility on Facebook ». New Media & Society. 14(7) : 1164-1180.
[1] D.CARRĂ, et R. PANICO (2010b). « Du fichage subi, Ă l'affichage de soi, ĂlĂ©ments pour une approche communicationnelle du contrĂŽle social », confĂ©rence au colloque de l'AISLF-CR33 « Dispositif techniques de communication humaine : transformations du lien et nouveaux lieux sociaux », Namur (Belgique), mai.
Dominique Cardon, « Le design de la visibilité. Un essai de cartographie du web 2.0 », Réseaux 2008/6 (n° 152), p. 93-137.