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Le nouveau Parrain
La pièce était sombre, plongée dans la pénombre et éclairée de seulement une petite lampe en forme de fleur qui éclairait le bureau d’une lueur rose inquiétante. On distinguait à peine une silhouette, assise dans un fauteuil, des bagues trop grandes à tous les doigts et une casquette orange fluo vissée sur la tête. On toqua.   « - Vito, il est là . - Faites-le entrer. »
Un homme entra, encadré par deux autres hommes armés de pistolets, un foulard lui entravant les mains et un lapin en peluche lui couvrant les yeux et la tête. Il était vêtu d’un t-shirt Batman, d’une veste de costume trop grande qui lui arrivait sous les genoux et d’une cravate enroulée autour de son cou. Les deux hommes, avec leur arme à la ceinture beaucoup trop grande avaient une démarche un peu spéciale. Ils avaient en plus de leur ceinture chacun un veston brun et un chapeau trop grand également. Ils poussèrent le prisonnier sur la chaise verte posée devant le bureau et lui enlevèrent le lapin qui lui couvrait les yeux.
« - Où je suis ? Dites-moi ou sinon vous aurez affaire à moi ! - Du calme du calme, je suis Vito et tu es dans mon bureau. Je t’ai fait venir ici pour te parler. Détachez-le ! » Les deux hommes s’exécutèrent sans broncher.
« - Ah ah, c’est donc toi. Je vais tout dire à la police et tu vas aller dans une prison ! - Ah ouais ? Et bah je te dirais pas ce que je voulais te dire ! - Hm, bon d’accord, je vais pas dire à la police. Qu’est-ce que tu veux ? - Mon copain m’a dit que tu avais quelque chose à me proposer. Je veux savoir ce que c’est.  - C’est quelque chose de très intéressant. Un tout nouveau trafic. J’ai dans mon coffre secret 90 kilos de drogue. Si tu veux m’aider à la vendre à plein de gens, je te donne des sous. - Je veux voir la marchandise. »
Aussitôt, Vito fit signe pour que ses hommes de main amènent le trésor du prisonnier. Ils sortirent de la pièce et revinrent 2 minutes plus tard portant difficilement une sorte de grande boîte. C’était un coffre de tissu, dans un bleu pâle, orné d’arabesques dorées et d’un perroquet rouge vif en relief. Il était fermé par un gros cadenas gris en tissu. Vito fit signe à l’homme prisonnier d’ouvrir son coffre rapidement. Il le prit et dit à Vito : « Tourne toi pour que je mette le code. » Il introduisit le code sur la serrure, qui s’ouvrit dans un « scratch » résonnant dans la pénombre et sortit du coffre 5 sucettes, des marshmallows et des caramels.  « - Voilà la marchandise. - Y a pas beaucoup. Je suis pas expert mais je peux vous dire que ça fait pas 90 kilos. - Le reste est caché dans la cuisine. Je peux te le donner si tu veux accepter le marché. - Tu sais à qui tu parles ? Tu sais qui je suis ? J’ai envie de regarder moi tout seul, et après je décide si je veux le reste. »
Vito pris une sucette dans le coffre, la déballa avec minutie et l’observa pendant de longues minutes.
« - Vous avez bien choisi, goût coca. Il y en a d’autres qui sont à la fraise et à l’orange dans la cuisine. Vous pouvez prendre aussi le caramel, il est très bien, il est pas trop dur, ça fait pas mal aux dents. Moi j’aime bien. - Mais euuh, moi j’ai une question, le caramel c’est aussi de la drogue ? Intervint un homme de main, qui remontait sa ceinture.  - Bah tonton il a dit que c’était quelque chose de bon mais pas très bien pour la santé et qu’on peut pas vivre sans. Moi je peux pas arrêter de manger des caramels, alors c’est de la drogue. - Ah d’accord, alors on peut aussi mettre les cigarettes de papa dans le coffre ? - Oui mais ça sent pas très bon… - Bon, d’accord. - Bon, monsieur, la drogue c’est pas très bien en fait, je sais pas trop si je veux en vendre. - Il faut que je vend tout ce qu’on a, qu’on retrouve plus rien dans mon coffre. Et après vous avez plein de sous. Donc c’est bien.  - J’aurais combien de sous ? - Je vais dire, trente-douze pour-cent ! - Je veux treize pour-cent. - Ah ouais, et bah on va te torturer. Les gars, attachez-le sur sa chaise ! »
Les deux hommes prirent le foulard qui trainait par terre et firent tant bien que mal un noeud autour de ses mains. Vito prit le rasoir qui trônait sur la table à côté des crayons de couleur et des feuilles blanches. « - J’ai un rasoir qui coupe fort, tu vas parler sinon je te coupe les oreilles ! - Non ! Je ne vous dirais rien ! Même avec la torture je ne parlerai pas. - Tu l’auras voulu, tu vas plus rien entendre de toute ta vie. - Non, s’il vous plait, j’ai envie encore d’entendre les dessins-animés, on peut pas s’arranger ? - Je veux treize pour-cent ! Je suis le chef, tu dois dire oui ! - Je vous donne quarante-deux pour-cent, deux caramels et je fais le lit tous les matins. »
Un des homme de main intervint à nouveau : « Mais attends, quarante-deux c’est moins que treize ? « - Ouiiii, parce que ça fait un, deux, trois, sept, trente-huit, quarante-deux, treize, neuf, trente-douze et cent.Et pis le rasoir c’est pas celui de papa, il a dit que c’était dangereux, c’est pas très bien de le prendre je crois. - C’est pour couper les oreilles du méchant qui veut vendre de la drogue, parce que la drogue c’est pas bien ! - Oui mais papa il coupe pas ses oreilles il coupe sa barbe avec. Et Timothée il a pas de barbe. - C’est pas Timothée, c’est Monsieur Bruno, le méchant qui veut vendre de la drogue ! - Moi je dis qu’il faut un ciseau pour lui couper les oreilles. - Papa il m’a dit que le peintre Van Gogh et bah il a coupé son oreille avec un rasoir. Donc je peux couper l’oreille du méchant monsieur. - Mais ça fait mal de couper l’oreille ? - Mais on fait semblant, on va pas lui couper pour de vrai autrement il va saigner et maman elle va pas être contente parce qu’il y aura des tâches sur le tapis. Et après on va devoir faire le ménage. »
Une voix retentit de la salle à côté, les coupant dans leur élan : « Les enfaaaaaants, à taaaaaable ! ». Tous lâchèrent ce qu’ils étaient en train de faire et coururent dans la cuisine, où il sentait bon la pâte à crêpes. « - Vous étiez bien silencieux, encore des bêtises ? - Non on jouait ! - Si vous le dites… Vous avez fait quoi hier soir avec tonton alors ? - On a regardé le Parrain ! » Texte faisant partie de mon dossier d’admission à l’Ecole de Cinéma et Télévision du Québec, à laquelle j’ai finalement été acceptée :) Samère