Muriel Robine nous parle du label Bien Ă Porter
Muriel Robine la prĂ©sidente de Cover-Dressing, partage avec nous cette initiative formidable qui a conduit Ă la crĂ©ation du label Bien Ă Porter. Un label qui facilite le quotidien des personnes en situation de handicap en leur proposant des vĂȘtements adaptĂ©s Ă leur condition physique.
I Wheel Share : En quoi consiste votre label Bien Ă porter ? Sur quels critĂšres les vĂȘtements sont choisis ? Muriel Robine : âLe label Bien Ă porter permet aux personnes Ă mobilitĂ© rĂ©duite dâidentifier plus facilement dans la grande distribution les vĂȘtements les plus ergonomiques, faciles Ă enfiler mĂȘme dâune main, confortables mĂȘmes en position assise prolongĂ©e, faciles Ă ouvrir/fermer, respectueux des sensibilitĂ©s cutanĂ©es⊠Câest une alternative Ă la mode spĂ©cialisĂ©e, qui permet Ă chacun de sâhabiller plus aisĂ©ment dans les mĂȘmes boutiques, Ă la mĂȘme mode et aux mĂȘmes prix que tout le monde. Les vĂȘtements labellisĂ©s sont reconnaissables grĂące au logo « Bien Ă Porter » sur leur Ă©tiquette.â IWS : Brice a adoptĂ© le label Bien Ă porter, comment convaincre dâautres enseignes de rejoindre le label ? MR : " dâabord en leur prouvant notre professionnalisme : nous avons créé des outils logiciels qui nous permettent de travailler en interface directe avec le corps mĂ©dical, des personnes Ă mobilitĂ© rĂ©duite ayant diffĂ©rents profils, et des professionnels de la mode et de lâhabillement. Cette co-construction du projet nous permet de structurer une vĂ©ritable approche scientifique et opĂ©rationnelle du sujet. Mais pour amener dâautres marques Ă entrer dans la dĂ©marche consistant Ă mieux prendre en compte les clients en situation de handicap dans leur approche mĂ©tiers, il faut quâelles puissent constater que le besoin est effectif, et mĂȘme trĂšs important. Nous souhaitons quâelles expriment fort leur besoin et leurs attentes vis-Ă -vis des entreprises de mode, et quâelles leur dĂ©montrent que ce type dâapproche est nĂ©cessaire.â IWS : Dans quelles mesures adopter le label Bien Ă porter pour les enseignes est un moyen de conquĂ©rir un nouveau marchĂ© ?
MR : âĂ ce jour, les personnes Ă mobilitĂ© rĂ©duite sont oubliĂ©es par le secteur mode. Enfants, jeunes ou sĂ©niors, ce sont au bas mot 8 Ă 10 millions de personnes qui sont concernĂ©es par le handicap ou par des limitations fonctionnelles. Les valeurs Ă©litistes, un imaginaire du corps trĂšs « Ă©purĂ© », la croyance que tout le monde sâidentifie Ă certains stĂ©rĂ©otypes a longtemps freinĂ© la prise en compte de la diversitĂ© et des « vrais » corps dans les mĂ©tiers de la mode et de lâhabillement. Aujourdâhui, le contexte change : les entreprises sâinscrivent de plus en plus dans des dĂ©marches de responsabilitĂ© sociale. Elles mettent aussi en Ćuvre, parfois Ă grands frais, lâaccessibilitĂ© de leurs points de vente : Ă quoi bon si elles ne sont pas en mesure de proposer des produits qui conviennent aux clients Ă mobilitĂ© rĂ©duite ? Tout le monde est plus que jamais sensible aux questions dâĂ©thique et aux valeurs promues par les entreprises. Celles du prĂȘt-Ă -porter ont tout Ă gagner Ă rĂ©interroger leurs valeurs et Ă sâouvrir vĂ©ritablement, par leurs produits, Ă la diversitĂ©. Elles proposent dĂ©jĂ , sans le savoir, des vĂȘtements relativement ergonomiques dans leurs points de vente : il leur suffit de savoir reconnaitre et valoriser ces vĂȘtements auprĂšs des clients qui les recherchent.â IWS : Selon vous, pourquoi les grandes enseignes (ou les plus petites) ne communiquent pas plus sur les vĂȘtements adaptĂ©s / adaptables aux personnes en situation de handicap ?
MR : âPour beaucoup dâentre elles, il reste un Ă©norme travail Ă rĂ©aliser sur les mentalitĂ©s et perceptions du handicap. Pour les autres, je pense quâil y a dâune part un dĂ©faut dâestimation du nombre de personnes concernĂ©es : comme je lâexprimais prĂ©cĂ©demment, on peut vĂ©ritablement parler de clientĂšle oubliĂ©e par le secteur mode. Et il y a tout simplement aussi une grande mĂ©connaissance du public concernĂ© : quels sont ses besoins spĂ©cifiques ? Comment une personne hĂ©miplĂ©gique fait-elle pour enfiler une chemise ? Alors comment communiquer sur quelque chose que lâon ne maĂźtrise pas ?â IWS : Comment I Wheel Share pourrait aider le label Bien Ă Porter afin quâil soit plus connu ? MR : âEn faisant Ă©cho au label, notamment en gĂ©olocalisant les boutiques qui proposent des vĂȘtements Bien Ă Porter. Cette collaboration est en marche, et notre association Cover-Dressing sâen rĂ©jouit : si toutes les structures et associations reprĂ©sentatives du handicap se mettaient enfin Ă Â travailler ensemble plutĂŽt que de se recroqueviller sur leurs prĂ©s carrĂ©sâŠâ
Audrey T.Â










