Matrixmann - Enter Me
Sous le regard de beaucoup de personnes, cette idée (le dualisme) est encore la seule vision de la conscience qui ait un sens pour elles, mais on constate aujourd’hui chez les philosophes l’existence d’un très large consensus sur le fait que le dualisme est - qu’il doit être - tout simplement faux: nous sommes tous faits de robots dépourvus d’esprit et de rien de plus, et en aucun cas de composants non physiques, non robotiques.
Mais comment tout cela serait-il possible ? Il y a plus de deux cent cinquante ans, Leibniz a lancé le défi à notre imagination à l’aide d’une brillante pompe à intuitions (...)
On est obligé de confesser que la perception et ce qui en dépend, est inexplicable par des raisons mécaniques, c’est à dire, par les figures et les mouvements et feignant qu’il y ait une Machine, dont la structure fasse penser, sentir avoir des perceptions; on pourra la concevoir agrandie en conservant les mêmes proportions, en sorte qu’on puisse y entrer comme dans un moulin. Et cela posé, on trouvera en la visitant dedans, que des pièces, qui poussent les unes les autres, et jamais de quoi expliquer la perception. Ainsi c’est dans la substance simple et non dans le composé, ou dan la Machine qu’il faut la chercher. (Leibniz, La Monadologie, 1714, §17)
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Ne se pourrait-il pas toutefois que Leibniz, prisonnier de son moulin surdimensionné, ne soit perdu dans les détails ? (...) Ne se pourrait-il pas que, d’une manière ou d’une autre, l’organisation de toutes les pièces qui agissent les unes sur les autres engendre la conscience comme un production émergente ? Et s’il en était ainsi, ne pourrait-on espérer, une fois développés les concepts appropriés, en comprendre la nature ? Or c’est bien là la route qui a été empruntée, passionnément et de manière féconde, durant le dernier quart de siècle, sous les rubriques jumelles des sciences cognitives et du fonctionnalisme - soit l’extrapolation du naturalisme mécaniste du corps à l’esprit.
Daniel C. Dennett, De beaux rêves - Obstacles philosophiques à une science de la conscience, ed. L’éclat, pp.15-17













