Les policiers ciblent davantage les minorités, explique un sociologue
Selon Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS, une partie des policiers américains reconnaissent la réalité du problÚme, contraireme
« les Ă©tudes disponibles depuis vingt ans montrent systĂ©matiquement une disproportion ethnique lors des contrĂŽles. On peut consulter les rĂ©sultats des enquĂȘtes rĂ©alisĂ©es par lâAgence europĂ©enne pour les droits fondamentaux ou celle dâOpen Society sur les gares. Jâai aussi rĂ©alisĂ© avec Dietrich Oberwittler des travaux qui comparent la situation en France et en Allemagne. Tous ces travaux montrent que la discrimination policiĂšre existe en France, et pas de lâautre cĂŽtĂ© du Rhin.
Comment ça sâexplique-t-il ? Est-ce que la police est, selon vous, raciste ?
Je pense quâil est trĂšs important de savoir que la discrimination est rĂ©elle, comme le montre lâensemble des rĂ©sultats disponibles depuis vingt ans, Ă Paris, Lyon, Grenoble, Marseille, partout. Pourtant, le gouvernement ne veut pas reconnaĂźtre que le problĂšme existe. Par consĂ©quent, il ne met pas en Ćuvre de mĂ©canismes pour le limiter. Câest comme si on disait : « Il nây a pas de pandĂ©mie donc on nâa pas besoin de politique de santĂ© publique ».
La rĂ©alitĂ© du problĂšme est niĂ©e par lâexĂ©cutif. La semaine derniĂšre encore, dans une interview accordĂ©e Ă LibĂ©ration, Laurent Nunez [secrĂ©taire dâEtat auprĂšs du ministĂšre de lâIntĂ©rieur] affirmait que la police française nâĂ©tait pas raciste. Pour la Place Beauvau, ce problĂšme nâexiste pas ! Câest le cĆur du problĂšme : si on ne le reconnaĂźt pas, on ne peut pas amĂ©liorer les choses.
Câest une position constante : le ministĂšre de lâIntĂ©rieur, sous la prĂ©sidence de François Hollande, avait refusĂ© aussi la mise en place des rĂ©cĂ©pissĂ©s de contrĂŽles dâidentitĂ©. Sans ce dispositif, la police ne peut pas, en tant quâorganisation, constater ce problĂšme. Elle ne lâobserve que par les cas extrĂȘmes, lorsquâil y a procĂšs. Mais elle ne connaĂźt pas la masse des comportements policiers.
Ce que vous dites, câest que les choses nâont pas Ă©voluĂ© depuis les annĂ©es 1980 et la mort de Malik OussekineâŠ
Depuis quarante ans, rien nâa changĂ© ! Et câest une diffĂ©rence avec les Etats-Unis oĂč la situation est pire, si on regarde le nombre de Noirs tuĂ©s par la police par rapport aux Blancs. Mais ce qui est intĂ©ressant, câest quâune partie des agents reconnaĂźt le caractĂšre moralement inacceptable des violences policiĂšres. On lâa vu lorsque de nombreux chefs de police ou des shĂ©rifs ont participĂ© aux cortĂšges en soutien Ă George Flyod. En France, cela nâexiste pas, il nây a pas, Ă ma connaissance, de responsable policier qui manifeste avec des associations de victimes. Il y a vraiment une diffĂ©rence de prise de conscience... »