âUn CDI pleins dâenfants qui regardent des cachalots danserâ
La création de la compagnie Arnica Les Acrobates est venu à la rencontre des élÚves du collÚge Versailles les 10 et 11 février.
4 classes de 6eme et 2 classes de CM2 de lâĂ©cole Peyssonnel ont pu voir les premiĂšres reprĂ©sentations de cette fable marine.
La compagnie Arnica est arrivĂ©e tĂŽt en matinĂ©e pour monter le castelet-paysage. Il a fallut sâadapter au CDI dans lequel se passait la reprĂ©sentation. Nous avons changĂ© deux fois dâemplacement pour contrer les rayons du soleil !
AprÚs quelques ajustements et derniers réglages, les enfants ont pu découvrir en avant premiÚre Les Acrobates.
Des échanges trÚs riches ont suivi. Il est intéressant pour la compagnie de recueillir les remarques et questions de ces jeunes spectateurs. Leur réception et leur sensibilité fait partie intégrante du spectacle !
 Une fois ces premiĂšres reprĂ©sentations passĂ©es,  la compagnie Arnica câest rendu au théùtre Massalia pour jouer les deux premiĂšres fables du triptyque : Lâagneau a menti, et Les Acrobates.
Nous avons interrogés Emilie Flacher sur la création de ces spectacles.
Comment définiriez-vous un spectacle jeune public? Quelle ambition lui offrez-vous?
Ă lâorigine de la crĂ©ation de la compagnie arnica, il y avait surtout le dĂ©sir de participer Ă un renouvellement des Ă©critures pour le théùtre de marionnettes avec les auteurs dramatiques dâaujourdâhui et nous revendiquions beaucoup un théùtre de marionnette exigeant pour adultes ! Finalement, câest quand je suis devenue maman moi-mĂȘme que la question des Ă©critures Ă destination des enfants sâest posĂ©e, assez naturellement, en me demandant quelles histoires jâai envie de raconter Ă mon fils et aux autres enfants que je cĂŽtoie davantage. Lâenvie est venue de faire des spectacles qui sâadressent Ă tous, enfants et adultes. Finalement, un spectacle jeune public pour moi câest un spectacle quâon peut voir ensemble, enfants et adultes et qui permet de se poser ensemble des questions sur le monde, en Ă©tant Ă lâĂ©coute de la façon quâon a chacun de sentir, de regarder, de capter, de prendre, de comprendre⊠lâobjet artistique qui nous est donnĂ©.
Ce que jâaimais dans la fable lorsque jâĂ©tais petite, câest quâelle me racontait des histoires dâanimaux plutĂŽt drĂŽles, amusantes, lĂ©gĂšres, mais avec des sens cachĂ©s pour les adultes qui me les lisaient, des choses Ă dĂ©couvrir Ă lâintĂ©rieur de lâhistoire, et que ça semblait plutĂŽt sĂ©rieux, essentiel, important⊠ça crĂ©ait du commun, du dĂ©bat, de la discussion sur le sens quâavait la fable. Câest finalement un endroit de partage sur les questions que lâon se pose sur notre façon dâentrer en relation avec les autres.
 Un mouton et un cachalot pour parler des relations humaines, Ămilie Flacher, ĂȘtes-vous la nouvelle Jean de La Fontaine ?
La perruque en moins ! Mais en fait je suis plutĂŽt une sorte dâincitatrice pour que les auteurs dâaujourdâhui sâintĂ©ressent de nouveau Ă cette forme littĂ©raire et sâen emparent au théùtre.
Jean de la Fontaine Ă©tait un naturaliste qui observait beaucoup des animaux, et ses observations lâinspiraient pour Ă©crire⊠Il sâest emparĂ© de la fable, genre littĂ©raire qui existait depuis longtemps : Les fables dâEsope (5eme siĂšcle AV JC)et les fables du Pancha Trantra (encore plus ancien en Inde) et sâen est servi pour dĂ©jouer la censure de lâĂ©poque et continuer Ă critiquer, Ă questionner les autres ĂȘtres humains par lâintermĂ©diaire dâarchĂ©types animaux.
Aujourdâhui, on nâĂ©crirait plus des fables de la mĂȘme maniĂšre que Jean de La Fontaine, parce quâon est en train de changer notre rapport Ă la nature, aux autres ĂȘtres vivants, du fait du changement climatique, de la disparition des espĂšces animales ... Et les recherches rĂ©centes en Ă©thologie nous prouvent que lâobservation des animaux a encore beaucoup de choses Ă nous apprendre.
Je me suis dit que câĂ©tait intĂ©ressant de sâemparer Ă notre tour de la fable aujourdâhui, pour parler des relations entre les vivants, humains et non-humains, pour ce quâelles nous posent comme question sur nos relations entre vivants. Une façon de se dĂ©barrasser dĂ©finitivement des perruques, pour remettre lâhomme au sein du rĂšgne animal : un drĂŽle dâanimal, diffĂ©rent des autres par son besoin de raconter des histoires.
 Ces fables ont Ă©tĂ© Ă©crites Ă partir dâateliers dans les classes, pourquoi cette dĂ©marche ?
Pour essayer de regarder les relations entre vivants par les yeux des enfants. Pour prendre en considĂ©ration les enfants dans lâadresse des spectacles, jâai besoin dâen frĂ©quenter, de les rencontrer, dâessayer de comprendre comment ils regardent les animaux, Ă travers les documentaires animaliers, les observations personnelles quâils en ont⊠La nature semble pour tout le monde si loin, surtout dans les grandes villes, alors que dans lâimaginaire, elle est toujours trĂšs prĂ©sente. Par les ateliers, les rencontres, on se rend compte de ça. En plus Ă Marseille, les enfants sont des citadins, qui vivent Ă cotĂ© dâune rĂ©serve naturelle incroyable : la mer.
Et puis, je me demande en ce moment, comment on parle des relations entre vivants, de la crise Ă©cologique dans laquelle nous sommes, aux enfants dâaujourdâhui⊠sans ĂȘtre dans la culpabilisation, le catastrophisme⊠nos enfants auront Ă vivre dans ce monde en transformation : comment leur donner de lâespoir finalement ? Comment leur donner envie de vivre dans ce monde quâil nous faudra habiter diffĂ©remment, sans ĂȘtre dans la consommation des ressources Ă outrance, sans gaspiller, sans avoir lâimpression que le bonheur ne passe que par la consommation? Pour moi, cela passe par un Ă©merveillement renouvelĂ© du monde, de la nature, des autres ĂȘtres vivants ⊠un Ă©merveillement qui mâapporte de lâapaisement et lâenvie de le transmettre aux plus jeunes.
 Un (ou plusieurs!) souvenirs de création ?
La rencontre avec François Sarano, un ocĂ©anographe reconnu, chez lui. Dans son salon, un arbre gĂ©nĂ©alogique de la tribu de cachalots quâil observe Ă cĂŽtĂ© de lâocĂ©an indien, avec toutes les relations parentales, mais aussi amicales entre eux, qui sont symbolisĂ©es avec des flĂšches. La rencontre avec les enfants de lâĂ©cole Peyssonnel et leurs questions :
«Et François Sarano, il habite dans une maison flottante à coté de la tribu des cachalots?»
« Et si je rencontre un cachalot, est ce quâil va me manger ? »
Et pleins dâautres chose qui ont Ă voir avec des heures passĂ©es Ă lâatelier et en rĂ©pĂ©tition Ă chercher Ă reproduire les mouvements des cachalots, rĂ©moras, requins ; des Ă©changes toujours trĂšs doux et riches avec lâautrice Julie Aminthe ; un CDI pleins dâenfants qui regardent des cachalots danser âŠ
Emilie Flacher, février 2020