Jean-Francois Martin - Chevillard
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Jean-Francois Martin - Chevillard

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Le livre noir du monde moderne. #postmodernisme #chevillard #autofiction #journal #poésie #art #littérature #feuilleton #black #raison https://www.instagram.com/p/BntEPOlB4Bg/?utm_source=ig_tumblr_share&igshid=va3omzxpzlgb
Nombre de pages : 125 pages Editeur : Rue de SĂšvres Date de sortie : 2 mai 2018 Collection : BD ADO-ADULTES Langue : Français ISBN-10: 2369812281 ISBN-13: 978-2369812289 Prix Editeur : 18⏠Disponible sur Liseuse : Oui, Ă 8,99âŹ
 De quoi ça parle ?
Fabienne et Roland dĂ©barquent Ă Palavas pour passer la semaine. Roland a tout payĂ©, tout organisĂ© et scrupuleusement consignĂ© chaque Ă©tape du sĂ©jour dans un carnet. Ils sâapprĂȘtent Ă dĂ©poser leurs bagages Ă lâappartement. Soudain, elle se retrouve seule. Stupeur, dĂ©ni⊠Contre toute attente, elle dĂ©cide de rester.
Mon avis :
Fabienne et Roland sont un couple dâune quarantaine dâannĂ©es qui partent en vacances. Roland sâest occupĂ© de tout et Ă notĂ© toute son organisation dans un carnet quâil garde prĂ©cieusement. Mais Ă peine arrivĂ©e sur place, tout sâarrĂȘte brusquement pour lui, laissant sa femme seule, choquĂ©e et dĂ©munieâŠEt qui va faire le choix de rester et de vivre les vacances comme les avaient planifiĂ© son mari.
Je dois dire que cette BD a une ambiance trĂšs particuliĂšre. DĂ©jĂ , au niveau du scĂ©nario, la mort de Roland est vraiment trĂšs violente et surtout surprenante. Cela nous met direct dans le bain, nous sommes tout aussi stupĂ©fait que Fabienne. Celle-ci est dâailleurs Ă©nigmatique et malgrĂ© ce quâelle vit, jâai eu bien du mal Ă la prendre en pitiĂ© et Ă mâattacher Ă elle. Pourtant, jâai aimĂ© suivre ses vacances pleines de mĂ©lancolie, au fil du carnet annotĂ© par feu son mari. Le scĂ©nario est assez simple et doux, il y a peu de dialogues, beaucoup de passages silencieux et Ă vides, un peu comme ce que doit ressentir Fabienne intĂ©rieurement, seule et mutique parmi tous ces heureux vacanciers.
Par contre, je suis tombĂ©e complĂštement amoureuse du graphisme! Avec de trĂšs grandes cases, des magnifiques couleurs pastels et un coup de crayon Ă la fois Ă©purĂ© et griffonnĂ©, le rendu est superbe et la bande-dessinĂ©e est un magnifique objet-livre dans sa globalitĂ©. La BD est Ă©galement assez longue, mais si  le dĂ©but mâa charmĂ©, autant la fin mâa laissĂ© un goĂ»t de trop peu. Une fin trop brutale avec un scĂ©nario final qui nâa pas vraiment rĂ©pondu Ă mes attentes.
Une belle bande-dessinée malgré ce petit bémol, qui donne beaucoup à réfléchir, à la mort et son deuil, et à la vie qui continue.
[Chronique de Littlepadfoot] Mon avis sur la bande-dessinĂ©e Je vais rester de Trondheim & Chevillard : Une magnifique BD mais avec une fin qui ne fut pas Ă mon goĂ»t. Nombre de pages : 125 pages Editeur : Rue de SĂšvres Date de sortie : 2 mai 2018âŠ
Série autofictive (1 août, 27 juillet, 25 juillet 2017)
Tu prends chair et forme dans lâobscuritĂ© dâun ventre. Lâintelligence viendra plus tard, avec la luciditĂ©. On se prĂ©occupe surtout pour lâheure de ta clartĂ© nucale dont elles semblent curieusement dĂ©pendre. Puis on tâaide Ă sortir de ton abri devenu trop Ă©troit. La fĂ©e a de la poigne. Ceci est le vaste monde oĂč sâaccompliront tes jours. Il tâarrivera de tâenrhumer, de casser ton lacet. Mais tu pourras reprendre de la tarte au citron, car il y aura de bons moments aussi avant que ton crĂąne rebondissant sur la pierre, semant derriĂšre lui la poussiĂšre de tes os pour ouvrir au plus large son espace nucal, nâaccĂšde Ă la comprĂ©hension de toute chose dans lâidĂ©ale clartĂ© du ciel vide.Â
Dans la nĂ©buleuse nuit des limbes, acharnĂ© au tricot de ses filaments gluants, un organisme macrocĂ©phale dĂ©plie ses membres grĂȘles. Il nâa de peau que la translucide paupiĂšre de son Ćil Ă©norme. Câest toi, je te reconnais Ă ton front pensif. Tout Ă coup, une folle pirouette tâenvoie rouler sur des pentes gravillonneuses, dans la broussaille ; une vague plus forte te jette haletant sur le sable. Tu prĂ©pareras ensuite un exposĂ© sur NicĂ©phore Niepce. Une entreprise de robinetterie tâaccueillera pour un stage dâĂ©tĂ©. En certains lieux, ça sentira fort le fromage.Â
Une effraction bestiale arrache une cellule au nĂ©ant. Elle est aussitĂŽt mise en culture dans une poche Ă©lastique emplie dâun liquide tiĂšde, Ă©pais, oĂč elle se dĂ©veloppe Ă lâabri des heurts et des tourments. Tu tâes reconnu. Câest bien toi. Puis, sans mĂ©nagements, tĂȘte la premiĂšre, tu es prĂ©cipitĂ© dans le monde des surfaces dures et des Ă©motions feintes. Un jour, tu chercheras ton tournevis. Il aura disparu inexplicablement.Â
(LâAutofictif dâEric Chevillard, trois billets datĂ©s du 1 aoĂ»t, du 27 juillet et du 25 juillet 2017)
Un de nos jeux favoris consistait Ă frapper du pied un ballon. On ouvrait grand la mĂ©glotte pour sâeffrire. Les garles flanchaient avant les birbiles. On ne goĂ»tait guĂšre le cĂ©leri. Puisque au bout du compte, rien ne change. Pas frimeurs, car rien Ă brandir. Ni lâonguelle ni lâabelline. Le poing restait au fond de la poche, avec les noyaux de fulmines. On craletait suffisamment comme ça. On sâenchantait de navres et de complorations. Funeste au moins nâĂ©tait pas encore funĂšbre. CâĂ©tait un autre temps, comme on sait. Le silence crouissait. Nous glissions sous ses longues fliges en nous tordant les doigts. Notre nouvelle incisive crĂ©nelait. La princesse aux paupiĂšres cousues en serait la captive. Pour cela, il aurait dâabord fallu oser mordre dans le rascoule. Le trompe-hole nous en dissuadait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Dieu sâĂ©poilait dans les nuages abyssaux. Froides, les Ă©glises, et bigneuses. Lâaube travestissait nos rĂȘves ; la verge se pinçait dans ses plis. On gardait lâhostie dans la bouche puis on serrait la boulette molle avec les autres dans une boĂźte Ă frĂȘches. Quand on en aurait vingt, on se suiciderait par overdose. Franquettes et mortisseurs avaient vent du projet ; il avortait. Telle Ă©tait notre vie future en ce temps-lĂ . On sâĂ©muissait dans les tunnels de luzules. Lâarche de terre recuite sombrait dans la molaise. Vers lâiphte sâĂ©torchait la pie choule. Tu valquais ou pas. Chapeau-lazuli sâen fichait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le flĂ»tion empestait. JĂ©sus Ă©cartait les bras devant nous : impossible de mettre un panier. Vaines plissures au fond des Ă©croules. On pignait pourtant jusquâaux Ă©toiles. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le jour passait sous la porte pour sortir. Les cousins avaient de lâimportance. On attendait le cinquiĂšme pour friller. La satanĂ©e moulka nous guettait sous lâamuse et lâĂ©cart incombait aux chats. Toute une Ă©poque ! Personne ne connaissait le chemin, ni ceux qui arrivaient au bout. Le nombril bĂ©ait encore que se racornissait la paupiĂšre. On en concevait un peu dâatarlie. Les plissons haillaient les noueux. Sur tout cela tombait lâannule. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le blĂ© poussait dans le coton au fond de lâarmoire, Ă cĂŽtĂ© du champ de lavande. CâĂ©tait de trĂšs petites exploitations. Les moilles sâĂ©barbignaient mĂąchement. On clartait Ă la dĂ©mĂšche. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le contrĂŽle nous Ă©chappait. Il fallait tout de mĂȘme tenir jusquâĂ la nuit. Mais ça fuyait par le blugle. Alors on criquait ferme, on sciait la calenche, on rompait brutalement avec lâhomme. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Un nĂ©on grelottant dĂ©composait nos gestes. On appelait ça danse, mais câĂ©tait plus dâhĂ©sitation encore. On frisquait dans une solitude inimaginable. Lâavenir sâaffriolait de toutes les morts possibles. Comme on frioulait ! Et quelle pansette, quel zoĂŻm ! Mais bon, câĂ©tait un autre temps. On palpait lâomule en cachette. On sâendormait Ă cinquante-deux. Les lentilleurs Ă©taient dans notre camp. Pas les draches. On sâarmait de lance-floches. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On descendait aux archives sans ĂȘtre sĂ»rs de pouvoir remonter. Une nasse dans le pigeonnier contenait un rat momifiĂ©. On bourrelait les frisques. On Ă©chargnait avec passion les amplinthes frictives. CâĂ©tait un autre temps. La poire nâĂ©tait quâune toupie de pomme et la pomme une poire en boule. Rien ne valait lâuzelle. On sâexerçait Ă la frolette sans trop y croire. Le lĂąpre guettait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On nâen menait vraiment pas large. Les choses Ă©taient de forme obtuse. Tout nous semblait astraque et bifiole. On chuinait en cachette. Chaque jour, on changeait de corps. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.  Il sâagissait de coincer la tĂȘte de la camomille entre lâindex et le majeur puis le pouce la faisait sauter. On rĂ©flactait tout vif dans le vomi dâanthropophage. Ăclives et prosciboires sâamassaient aux confins. On prĂ©fĂ©rait en rire, en grifflotant tout de mĂȘme un peu. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.  Une folle essorait la salade, une autre la tournait. On jouissait dans les angles morts avec des lambeaux de torcelle suiffĂ©e. Lâargonde attaquait au crĂ©puscule. Rien ne durait, que lâembasque et lâennui. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On avait la plunule Ă vif. Sur nos Ă©paules pesait la ronde-chiche. CâĂ©tait Ă celui qui enrouflerait lâautre. Tout cela pour un rĂ©sultat mince. Mais câĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Nos chiens avaient de longs poils mouillĂ©s. La betterave colorait nos larmes pour les obsĂšques. Il fallait ĂȘtre philĂ©en malgrĂ© lâorgne. Il fallait ĂȘtre ploucre pour rĂ©ussir. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On pissait dans une fiole de verre mais on grimpait avec agilitĂ© dans le verni du Japon. Ainsi tout Ă©tait vilquescent, ambuleux, cernaire. On clabolait trop. On mĂ©dulait Ă peine. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On nâavait quâune vie, dĂ©jĂ , et bien plus brĂšve alors quâaujourdâhui. On ocrait dans les chemins pluvieux. Les marascaigues ne coĂ»taient rien. On en trouvait mĂȘme dans les argouttes ! Et les morgates ne nous voulaient pas de mal. Mais câĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Personne Ă lâĂ©cole le jour des moissons. On crevait volontiers de la piotte et du ravissement. Les premiĂšres relations sexuelles se passaient entre craves. On clonquait et reclonquait autant quâon pouvait sous le regard biais des aliettes. CâĂ©tait dâautres mĆurs, bien sĂ»r. QuetzalcĂłatl avait des zĂ©lateurs encore. On gardait nos rognures dâongles pour la fĂȘte des capes. Le supplice du piolet punissait le frippeur. Lâafflux des crampiers provoqua lâexil des morseurs. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Les kermesses Ă©taient cafardeuses. La palestra faisait fureur. On se mignait en rose pour lâoccasion. La barlousse cuisait dans son jus. On sâattardait Ă lâĂ©panchoir. Doucement se corrĂ©laient les Ăąmes. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le loup hurlait dans les proches futaies. La vipĂšre se chauffait sur la terrasse. On redoutait aussi la frasque onduleuse et lâoursine. La piĂ©tĂ© ravageait les cĆurs. On vripait les orignolles impunĂ©ment. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On gardait pour la soupe le lard des vieux souliers. On se mariait pour la vie, laquelle sâachevait le lendemain dans un tunnel de mine Ă©croulĂ©. On Ă©gournait les molves avant la givrette. On sablait les pianules. Il ne fallait pas compter sur la mansuĂ©tude des sirules ni sur la magnanimitĂ© de lâorchas. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.   On vivait en culottes courtes avec des empiĂšcements de velours cousus sur les genoux et des chaussettes vertes dont lâune nâavait pas dâĂ©lastique. On mangeait Ă NoĂ«l l'empagne dans sa croĂ»te de sel. Fin mars, on frĂȘchait les lavelles. Le reste de lâannĂ©e, il fallait harser la mogette. Le rabotier ne chĂŽmait pas. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.
Eric Chevillard â L'Autofictif (collage extraits)

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Pas frimeurs, car rien Ă brandir. Ni lâonguelle ni lâabelline. Le poing restait au fond de la poche, avec les noyaux de fulmines. On craletait suffisamment comme ça. On sâenchantait de navres et de complorations. Funeste au moins nâĂ©tait pas encore funĂšbre. CâĂ©tait un autre temps, comme on sait. Le silence crouissait. Nous glissions sous ses longues fliges en nous tordant les doigts. Notre nouvelle incisive crĂ©nelait. La princesse aux paupiĂšres cousues en serait la captive. Pour cela, il aurait dâabord fallu oser mordre dans le rascoule. Le trompe-hole nous en dissuadait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Dieu sâĂ©poilait dans les nuages abyssaux. Froides, les Ă©glises, et bigneuses. Lâaube travestissait nos rĂȘves ; la verge se pinçait dans ses plis. On gardait lâhostie dans la bouche puis on serrait la boulette molle avec les autres dans une boĂźte Ă frĂȘches. Quand on en aurait vingt, on se suiciderait par overdose. Franquettes et mortisseurs avaient vent du projet ; il avortait. Telle Ă©tait notre vie future en ce temps-lĂ . On sâĂ©muissait dans les tunnels de luzules. Lâarche de terre recuite sombrait dans la molaise. Vers lâiphte sâĂ©torchait la pie choule. Tu valquais ou pas. Chapeau-lazuli sâen fichait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le flĂ»tion empestait. JĂ©sus Ă©cartait les bras devant nous : impossible de mettre un panier. Vaines plissures au fond des Ă©croules. On pignait pourtant jusquâaux Ă©toiles. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le jour passait sous la porte pour sortir. Les cousins avaient de lâimportance. On attendait le cinquiĂšme pour friller. La satanĂ©e moulka nous guettait sous lâamuse et lâĂ©cart incombait aux chats. Toute une Ă©poque ! Personne ne connaissait le chemin, ni ceux qui arrivaient au bout. Le nombril bĂ©ait encore que se racornissait la paupiĂšre. On en concevait un peu dâatarlie. Les plissons haillaient les noueux. Sur tout cela tombait lâannule. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le blĂ© poussait dans le coton au fond de lâarmoire, Ă cĂŽtĂ© du champ de lavande. CâĂ©tait de trĂšs petites exploitations. Les moilles sâĂ©barbignaient mĂąchement. On clartait Ă la dĂ©mĂšche. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le contrĂŽle nous Ă©chappait. Il fallait tout de mĂȘme tenir jusquâĂ la nuit. Mais ça fuyait par le blugle. Alors on criquait ferme, on sciait la calenche, on rompait brutalement avec lâhomme. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Un nĂ©on grelottant dĂ©composait nos gestes. On appelait ça danse, mais câĂ©tait plus dâhĂ©sitation encore. On frisquait dans une solitude inimaginable. Lâavenir sâaffriolait de toutes les morts possibles. Comme on frioulait ! Et quelle pansette, quel zoĂŻm ! Mais bon, câĂ©tait un autre temps. On palpait lâomule en cachette. On sâendormait Ă cinquante-deux. Les lentilleurs Ă©taient dans notre camp. Pas les draches. On sâarmait de lance-floches. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On descendait aux archives sans ĂȘtre sĂ»rs de pouvoir remonter. Une nasse dans le pigeonnier contenait un rat momifiĂ©. On bourrelait les frisques. On Ă©chargnait avec passion les amplinthes frictives. CâĂ©tait un autre temps. La poire nâĂ©tait quâune toupie de pomme et la pomme une poire en boule. Rien ne valait lâuzelle. On sâexerçait Ă la frolette sans trop y croire. Le lĂąpre guettait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On nâen menait vraiment pas large. Les choses Ă©taient de forme obtuse. Tout nous semblait astraque et bifiole. On chuinait en cachette. Chaque jour, on changeait de corps. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.  Il sâagissait de coincer la tĂȘte de la camomille entre lâindex et le majeur puis le pouce la faisait sauter. On rĂ©flactait tout vif dans le vomi dâanthropophage. Ăclives et prosciboires sâamassaient aux confins. On prĂ©fĂ©rait en rire, en grifflotant tout de mĂȘme un peu. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.  Une folle essorait la salade, une autre la tournait. On jouissait dans les angles morts avec des lambeaux de torcelle suiffĂ©e. Lâargonde attaquait au crĂ©puscule. Rien ne durait, que lâembasque et lâennui. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On avait la plunule Ă vif. Sur nos Ă©paules pesait la ronde-chiche. CâĂ©tait Ă celui qui enrouflerait lâautre. Tout cela pour un rĂ©sultat mince. Mais câĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Nos chiens avaient de longs poils mouillĂ©s. La betterave colorait nos larmes pour les obsĂšques. Il fallait ĂȘtre philĂ©en malgrĂ© lâorgne. Il fallait ĂȘtre ploucre pour rĂ©ussir. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On pissait dans une fiole de verre mais on grimpait avec agilitĂ© dans le verni du Japon. Ainsi tout Ă©tait vilquescent, ambuleux, cernaire. On clabolait trop. On mĂ©dulait Ă peine. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On nâavait quâune vie, dĂ©jĂ , et bien plus brĂšve alors quâaujourdâhui. On ocrait dans les chemins pluvieux. Les marascaigues ne coĂ»taient rien. On en trouvait mĂȘme dans les argouttes ! Et les morgates ne nous voulaient pas de mal. Mais câĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Personne Ă lâĂ©cole le jour des moissons. On crevait volontiers de la piotte et du ravissement. Les premiĂšres relations sexuelles se passaient entre craves. On clonquait et reclonquait autant quâon pouvait sous le regard biais des aliettes. CâĂ©tait dâautres mĆurs, bien sĂ»r. QuetzalcĂłatl avait des zĂ©lateurs encore. On gardait nos rognures dâongles pour la fĂȘte des capes. Le supplice du piolet punissait le frippeur. Lâafflux des crampiers provoqua lâexil des morseurs. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Les kermesses Ă©taient cafardeuses. La palestra faisait fureur. On se mignait en rose pour lâoccasion. La barlousse cuisait dans son jus. On sâattardait Ă lâĂ©panchoir. Doucement se corrĂ©laient les Ăąmes. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le loup hurlait dans les proches futaies. La vipĂšre se chauffait sur la terrasse. On redoutait aussi la frasque onduleuse et lâoursine. La piĂ©tĂ© ravageait les cĆurs. On vripait les orignolles impunĂ©ment. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On gardait pour la soupe le lard des vieux souliers. On se mariait pour la vie, laquelle sâachevait le lendemain dans un tunnel de mine Ă©croulĂ©. On Ă©gournait les molves avant la givrette. On sablait les pianules. Il ne fallait pas compter sur la mansuĂ©tude des sirules ni sur la magnanimitĂ© de lâorchas. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.   On vivait en culottes courtes avec des empiĂšcements de velours cousus sur les genoux et des chaussettes vertes dont lâune nâavait pas dâĂ©lastique. On mangeait Ă NoĂ«l l'empagne dans sa croĂ»te de sel. Fin mars, on frĂȘchait les lavelles. Le reste de lâannĂ©e, il fallait harser la mogette. Le rabotier ne chĂŽmait pas. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.
Eric Chevillard â L'Autofictif (collage extraits)
Le silence crouissait. Nous glissions sous ses longues fliges en nous tordant les doigts. Notre nouvelle incisive crĂ©nelait. La princesse aux paupiĂšres cousues en serait la captive. Pour cela, il aurait dâabord fallu oser mordre dans le rascoule. Le trompe-hole nous en dissuadait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Dieu sâĂ©poilait dans les nuages abyssaux. Froides, les Ă©glises, et bigneuses. Lâaube travestissait nos rĂȘves ; la verge se pinçait dans ses plis. On gardait lâhostie dans la bouche puis on serrait la boulette molle avec les autres dans une boĂźte Ă frĂȘches. Quand on en aurait vingt, on se suiciderait par overdose. Franquettes et mortisseurs avaient vent du projet ; il avortait. Telle Ă©tait notre vie future en ce temps-lĂ . On sâĂ©muissait dans les tunnels de luzules. Lâarche de terre recuite sombrait dans la molaise. Vers lâiphte sâĂ©torchait la pie choule. Tu valquais ou pas. Chapeau-lazuli sâen fichait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le flĂ»tion empestait. JĂ©sus Ă©cartait les bras devant nous : impossible de mettre un panier. Vaines plissures au fond des Ă©croules. On pignait pourtant jusquâaux Ă©toiles. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le jour passait sous la porte pour sortir. Les cousins avaient de lâimportance. On attendait le cinquiĂšme pour friller. La satanĂ©e moulka nous guettait sous lâamuse et lâĂ©cart incombait aux chats. Toute une Ă©poque ! Personne ne connaissait le chemin, ni ceux qui arrivaient au bout. Le nombril bĂ©ait encore que se racornissait la paupiĂšre. On en concevait un peu dâatarlie. Les plissons haillaient les noueux. Sur tout cela tombait lâannule. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le blĂ© poussait dans le coton au fond de lâarmoire, Ă cĂŽtĂ© du champ de lavande. CâĂ©tait de trĂšs petites exploitations. Les moilles sâĂ©barbignaient mĂąchement. On clartait Ă la dĂ©mĂšche. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le contrĂŽle nous Ă©chappait. Il fallait tout de mĂȘme tenir jusquâĂ la nuit. Mais ça fuyait par le blugle. Alors on criquait ferme, on sciait la calenche, on rompait brutalement avec lâhomme. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Un nĂ©on grelottant dĂ©composait nos gestes. On appelait ça danse, mais câĂ©tait plus dâhĂ©sitation encore. On frisquait dans une solitude inimaginable. Lâavenir sâaffriolait de toutes les morts possibles. Comme on frioulait ! Et quelle pansette, quel zoĂŻm ! Mais bon, câĂ©tait un autre temps. On palpait lâomule en cachette. On sâendormait Ă cinquante-deux. Les lentilleurs Ă©taient dans notre camp. Pas les draches. On sâarmait de lance-floches. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On descendait aux archives sans ĂȘtre sĂ»rs de pouvoir remonter. Une nasse dans le pigeonnier contenait un rat momifiĂ©. On bourrelait les frisques. On Ă©chargnait avec passion les amplinthes frictives. CâĂ©tait un autre temps. La poire nâĂ©tait quâune toupie de pomme et la pomme une poire en boule. Rien ne valait lâuzelle. On sâexerçait Ă la frolette sans trop y croire. Le lĂąpre guettait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On nâen menait vraiment pas large. Les choses Ă©taient de forme obtuse. Tout nous semblait astraque et bifiole. On chuinait en cachette. Chaque jour, on changeait de corps. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.  Il sâagissait de coincer la tĂȘte de la camomille entre lâindex et le majeur puis le pouce la faisait sauter. On rĂ©flactait tout vif dans le vomi dâanthropophage. Ăclives et prosciboires sâamassaient aux confins. On prĂ©fĂ©rait en rire, en grifflotant tout de mĂȘme un peu. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.  Une folle essorait la salade, une autre la tournait. On jouissait dans les angles morts avec des lambeaux de torcelle suiffĂ©e. Lâargonde attaquait au crĂ©puscule. Rien ne durait, que lâembasque et lâennui. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On avait la plunule Ă vif. Sur nos Ă©paules pesait la ronde-chiche. CâĂ©tait Ă celui qui enrouflerait lâautre. Tout cela pour un rĂ©sultat mince. Mais câĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Nos chiens avaient de longs poils mouillĂ©s. La betterave colorait nos larmes pour les obsĂšques. Il fallait ĂȘtre philĂ©en malgrĂ© lâorgne. Il fallait ĂȘtre ploucre pour rĂ©ussir. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On pissait dans une fiole de verre mais on grimpait avec agilitĂ© dans le verni du Japon. Ainsi tout Ă©tait vilquescent, ambuleux, cernaire. On clabolait trop. On mĂ©dulait Ă peine. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On nâavait quâune vie, dĂ©jĂ , et bien plus brĂšve alors quâaujourdâhui. On ocrait dans les chemins pluvieux. Les marascaigues ne coĂ»taient rien. On en trouvait mĂȘme dans les argouttes ! Et les morgates ne nous voulaient pas de mal. Mais câĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Personne Ă lâĂ©cole le jour des moissons. On crevait volontiers de la piotte et du ravissement. Les premiĂšres relations sexuelles se passaient entre craves. On clonquait et reclonquait autant quâon pouvait sous le regard biais des aliettes. CâĂ©tait dâautres mĆurs, bien sĂ»r. QuetzalcĂłatl avait des zĂ©lateurs encore. On gardait nos rognures dâongles pour la fĂȘte des capes. Le supplice du piolet punissait le frippeur. Lâafflux des crampiers provoqua lâexil des morseurs. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Les kermesses Ă©taient cafardeuses. La palestra faisait fureur. On se mignait en rose pour lâoccasion. La barlousse cuisait dans son jus. On sâattardait Ă lâĂ©panchoir. Doucement se corrĂ©laient les Ăąmes. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le loup hurlait dans les proches futaies. La vipĂšre se chauffait sur la terrasse. On redoutait aussi la frasque onduleuse et lâoursine. La piĂ©tĂ© ravageait les cĆurs. On vripait les orignolles impunĂ©ment. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On gardait pour la soupe le lard des vieux souliers. On se mariait pour la vie, laquelle sâachevait le lendemain dans un tunnel de mine Ă©croulĂ©. On Ă©gournait les molves avant la givrette. On sablait les pianules. Il ne fallait pas compter sur la mansuĂ©tude des sirules ni sur la magnanimitĂ© de lâorchas. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.   On vivait en culottes courtes avec des empiĂšcements de velours cousus sur les genoux et des chaussettes vertes dont lâune nâavait pas dâĂ©lastique. On mangeait Ă NoĂ«l l'empagne dans sa croĂ»te de sel. Fin mars, on frĂȘchait les lavelles. Le reste de lâannĂ©e, il fallait harser la mogette. Le rabotier ne chĂŽmait pas. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.
Eric Chevillard â L'Autofictif (collage extraits)
Dieu sâĂ©poilait dans les nuages abyssaux. Froides, les Ă©glises, et bigneuses. Lâaube travestissait nos rĂȘves ; la verge se pinçait dans ses plis. On gardait lâhostie dans la bouche puis on serrait la boulette molle avec les autres dans une boĂźte Ă frĂȘches. Quand on en aurait vingt, on se suiciderait par overdose. Franquettes et mortisseurs avaient vent du projet ; il avortait. Telle Ă©tait notre vie future en ce temps-lĂ . On sâĂ©muissait dans les tunnels de luzules. Lâarche de terre recuite sombrait dans la molaise. Vers lâiphte sâĂ©torchait la pie choule. Tu valquais ou pas. Chapeau-lazuli sâen fichait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le flĂ»tion empestait. JĂ©sus Ă©cartait les bras devant nous : impossible de mettre un panier. Vaines plissures au fond des Ă©croules. On pignait pourtant jusquâaux Ă©toiles. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le jour passait sous la porte pour sortir. Les cousins avaient de lâimportance. On attendait le cinquiĂšme pour friller. La satanĂ©e moulka nous guettait sous lâamuse et lâĂ©cart incombait aux chats. Toute une Ă©poque ! Personne ne connaissait le chemin, ni ceux qui arrivaient au bout. Le nombril bĂ©ait encore que se racornissait la paupiĂšre. On en concevait un peu dâatarlie. Les plissons haillaient les noueux. Sur tout cela tombait lâannule. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le blĂ© poussait dans le coton au fond de lâarmoire, Ă cĂŽtĂ© du champ de lavande. CâĂ©tait de trĂšs petites exploitations. Les moilles sâĂ©barbignaient mĂąchement. On clartait Ă la dĂ©mĂšche. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le contrĂŽle nous Ă©chappait. Il fallait tout de mĂȘme tenir jusquâĂ la nuit. Mais ça fuyait par le blugle. Alors on criquait ferme, on sciait la calenche, on rompait brutalement avec lâhomme. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Un nĂ©on grelottant dĂ©composait nos gestes. On appelait ça danse, mais câĂ©tait plus dâhĂ©sitation encore. On frisquait dans une solitude inimaginable. Lâavenir sâaffriolait de toutes les morts possibles. Comme on frioulait ! Et quelle pansette, quel zoĂŻm ! Mais bon, câĂ©tait un autre temps. On palpait lâomule en cachette. On sâendormait Ă cinquante-deux. Les lentilleurs Ă©taient dans notre camp. Pas les draches. On sâarmait de lance-floches. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On descendait aux archives sans ĂȘtre sĂ»rs de pouvoir remonter. Une nasse dans le pigeonnier contenait un rat momifiĂ©. On bourrelait les frisques. On Ă©chargnait avec passion les amplinthes frictives. CâĂ©tait un autre temps. La poire nâĂ©tait quâune toupie de pomme et la pomme une poire en boule. Rien ne valait lâuzelle. On sâexerçait Ă la frolette sans trop y croire. Le lĂąpre guettait. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On nâen menait vraiment pas large. Les choses Ă©taient de forme obtuse. Tout nous semblait astraque et bifiole. On chuinait en cachette. Chaque jour, on changeait de corps. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.  Il sâagissait de coincer la tĂȘte de la camomille entre lâindex et le majeur puis le pouce la faisait sauter. On rĂ©flactait tout vif dans le vomi dâanthropophage. Ăclives et prosciboires sâamassaient aux confins. On prĂ©fĂ©rait en rire, en grifflotant tout de mĂȘme un peu. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.  Une folle essorait la salade, une autre la tournait. On jouissait dans les angles morts avec des lambeaux de torcelle suiffĂ©e. Lâargonde attaquait au crĂ©puscule. Rien ne durait, que lâembasque et lâennui. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On avait la plunule Ă vif. Sur nos Ă©paules pesait la ronde-chiche. CâĂ©tait Ă celui qui enrouflerait lâautre. Tout cela pour un rĂ©sultat mince. Mais câĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Nos chiens avaient de longs poils mouillĂ©s. La betterave colorait nos larmes pour les obsĂšques. Il fallait ĂȘtre philĂ©en malgrĂ© lâorgne. Il fallait ĂȘtre ploucre pour rĂ©ussir. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On pissait dans une fiole de verre mais on grimpait avec agilitĂ© dans le verni du Japon. Ainsi tout Ă©tait vilquescent, ambuleux, cernaire. On clabolait trop. On mĂ©dulait Ă peine. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On nâavait quâune vie, dĂ©jĂ , et bien plus brĂšve alors quâaujourdâhui. On ocrait dans les chemins pluvieux. Les marascaigues ne coĂ»taient rien. On en trouvait mĂȘme dans les argouttes ! Et les morgates ne nous voulaient pas de mal. Mais câĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Personne Ă lâĂ©cole le jour des moissons. On crevait volontiers de la piotte et du ravissement. Les premiĂšres relations sexuelles se passaient entre craves. On clonquait et reclonquait autant quâon pouvait sous le regard biais des aliettes. CâĂ©tait dâautres mĆurs, bien sĂ»r. QuetzalcĂłatl avait des zĂ©lateurs encore. On gardait nos rognures dâongles pour la fĂȘte des capes. Le supplice du piolet punissait le frippeur. Lâafflux des crampiers provoqua lâexil des morseurs. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Les kermesses Ă©taient cafardeuses. La palestra faisait fureur. On se mignait en rose pour lâoccasion. La barlousse cuisait dans son jus. On sâattardait Ă lâĂ©panchoir. Doucement se corrĂ©laient les Ăąmes. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. Le loup hurlait dans les proches futaies. La vipĂšre se chauffait sur la terrasse. On redoutait aussi la frasque onduleuse et lâoursine. La piĂ©tĂ© ravageait les cĆurs. On vripait les orignolles impunĂ©ment. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r. On gardait pour la soupe le lard des vieux souliers. On se mariait pour la vie, laquelle sâachevait le lendemain dans un tunnel de mine Ă©croulĂ©. On Ă©gournait les molves avant la givrette. On sablait les pianules. Il ne fallait pas compter sur la mansuĂ©tude des sirules ni sur la magnanimitĂ© de lâorchas. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.   On vivait en culottes courtes avec des empiĂšcements de velours cousus sur les genoux et des chaussettes vertes dont lâune nâavait pas dâĂ©lastique. On mangeait Ă NoĂ«l l'empagne dans sa croĂ»te de sel. Fin mars, on frĂȘchait les lavelles. Le reste de lâannĂ©e, il fallait harser la mogette. Le rabotier ne chĂŽmait pas. CâĂ©tait un autre temps, bien sĂ»r.
Eric Chevillard â L'Autofictif (collage extraits)