Writevember Jour 7 : Centaures (1032 mots)
Oui je suis en retard, mais ma voiture a eu un problÚme donc j'ai d'autres priorités pour l'instant. Je vais essayer de me rattraper :(
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La premiĂšre fois quâelles se sont rencontrĂ©es, câĂ©tait un beau matin de printemps, oĂč la rosĂ©e perlait sur les brins dâherbe, oĂč la fraĂźcheur rendait timide les premiers boutons de pĂąquerettes, et oĂč le soleil jouait Ă cache-cacher derriĂšre des nuages aux allures de moutons blancs.
Carole Ă©tait sortie faire le tour de sa pĂąture, longeant la palissade de bois pour observer les chemin alentours et respirer lâarĂŽme des quelques jacinthes qui Ă©taient sorties de terre en bordure du sentier.Â
Elle avait gardĂ© un pull Ă manche longue pour cette sortie, mais elle espĂ©rait que la chaleur monterait suffisamment dans lâaprĂšs-midi pour lui permettre de sâallonger dehors en petite tenue afin dâapprĂ©cier la tiĂ©deur des rayons du soleil caressant sa peau nue.Â
Tout occupĂ©e Ă sâimaginer profiter de cet instant de rĂ©pit et dâun bon virgin mojito - pas encore tout Ă fait de saison, il est vrai, mais elle se sentait dâhumeur indulgente - elle nâavait pas immĂ©diatement remarquĂ© le remue-mĂ©nage Ă lâautre bout de la pĂąture.Â
Et puis le bruit des sabots claquant sur la pierre lui Ă©tait finalement parvenu.Â
Curieuse, elle sâĂ©tait dirigĂ©e vers lâendroit dâoĂč venait ce bruit inhabituel - son refuge personnel Ă©tant assez excentrĂ©, et en bordure de forĂȘt, ce nâĂ©tait pas le chemin de balade le plus privilĂ©giĂ© par les autres Ă©quidĂ©s. Seuls quelques centaures amateurs de randonnĂ©e aimaient venir se cabosser les fers sur ces sentiers rocailleux et mal entretenus.
Et en rejoignant justement lâendroit oĂč le chemin commençait Ă sâenfoncer dans lâorĂ©e des bois, elle sâĂ©tait rendue compte quâen effet, ce nâĂ©tait pas un Ă©quidĂ© qui battait le pavĂ©.Â
Le bruit venait dâun ou une jeune centaure-cerf androgyne, au visage ovale et aux grands yeux de biches, qui sâamusait Ă sauter au-dessus de la clĂŽture en bois - un peu plus basse Ă cet endroit-lĂ .
Une fois quâiel sâĂ©tait rendu compte quâiel Ă©tait observĂ©, lâinconnu sâĂ©tait aussitĂŽt tournĂ© vers elle et lâavait saluĂ©e avec un grand sourire.
âBonjour ! Je mâappelle Liam. Câest trĂšs joli, par ici !â
âBonjour, moi câest Carole⊠Quâest-ce que tu fais ?â avait-elle demandĂ©, cherchant Ă comprendre Ă quoi rimait son petit jeu de saut.
âOh, je cherche Ă savoir jusqu'Ă quelle hauteur je peux sauter sans Ă©lan. Ici câest assez bas, donc câest bien plus facile de ne pas se prendre les pattes dans la palissade ; regarde !â
Et iel avait immĂ©diatement fait un bond impressionnant, dĂ©passant le haut de la clĂŽture en bois de plus dâun mĂštre, avant d'atterrir gracieusement de lâautre cĂŽtĂ©. Carole nâavait pu retenir un sifflement admiratif ; lorsquâelle essayait de sâentraĂźner au saut, elle, il lui fallait plusieurs mĂštres pour sâĂ©lancer, et ses sabots auraient trĂšs probablement effleurĂ©s le bois Ă cette hauteur.
âCe nâest rien de trĂšs impressionnant ; les autres cerfs de ma harde peuvent faire bien mieux !â
âEh bien moi je trouve ça impressionnant, parce que je ne serais clairement pas capable de le faire. Tu es trĂšs fort⊠TrĂšs forte ?â avait hĂ©sitĂ© Carole.
âOh, tu peux dire les deux, je mâen fiche,â Liam avait rĂ©pondu en haussant les Ă©paules. âTu vis ici, du coup ?â
âDâaccord. Et oui, jâai ma famille qui passe de temps en temps, mais sinon je vis seule. Câest calme, et je trouve ça agrĂ©able. Je ne suis pas fan de lâodeur et du bruit quâil y a en villeâŠâ
âCâest marrant, je pensais que ça dĂ©rangeait moins les poneys tout cela⊠Mais tu as le mĂȘme discours que certaines biches !â avait gloussĂ© Liam.
âJe ne suis pas un poney, je suis un cheval de petite taille,â avait rĂ©torquĂ© Carole. âIl y a une diffĂ©rence.â
â...Mais comme je suis magnanime, je ne tâen tiendrais pas rigueur.â
Liam avait penchĂ© la tĂȘte, de toute Ă©vidence confuse.
âEt toi, ta⊠harde habite par ici ?â avait enchaĂźnĂ© Carole - peu encline Ă sâexpliquer sur la diffĂ©rence entre chevaux et poney. Sa taille Ă©tait un point sensible pour elle.
âEn ce moment, oui. Je pense quâon va rester jusquâĂ la fin de lâĂ©tĂ©, le coin a lâair idĂ©al. En automne les cerfs ont tendance Ă se sĂ©parer du groupe et couvrir de plus grandes distances en forĂȘt, mais les jeunes et les biches font un peu ce quâils veulent, et je nâai pas encore dĂ©cidĂ© ce que je voulais faire. Et en hiver, on repart vers le sud, oĂč il fait moins froid.â
âCe nâest pas embĂȘtant, de devoir dĂ©mĂ©nager Ă chaque hiver et revenir Ă chaque printemps ?â
âOn sây fait. Jâai toujours vĂ©cu comme ça, donc je ne sais pas trop comment ça peut se comparer au fait de rester quelque part toute lâannĂ©e,â avait avouĂ© Liam. âJâai lâhabitude de rencontrer plein de gens, et de ne pas les revoir ensuite.â
Le centaure-cerf lui avait paru triste en disant cela - pour autant quâelle Ă©tait habituĂ©e Ă cette vie, il semblait Ă Carole que Liam nâĂ©tait pas particuliĂšrement heureuse. Dâailleurs, que faisait-elle ainsi, seule prĂšs des champs et pĂątures, loin de sa harde qui devait se trouver au cĆur de la forĂȘt ?
La mĂšre de Carole lui avait toujours dit de tendre la main Ă son prochain sâil avait besoin dâaide, et elle avait le sentiment que ce dont Liam avait besoin Ă cet instant prĂ©cis Ă©tait une amie. Et câĂ©tait un besoin quâelle serait heureuse de remplir - pour autant que le calme de la campagne lui plaise, il lui arrivait aussi de ressentir lâisolation due Ă sa situation gĂ©ographique.
âHmm⊠Ăa Ă lâair un peu solitaire, comme existence. En tout cas, moi je serais encore lĂ lâannĂ©e prochaine, donc si jamais tu reviens par ici, tu pourras venir me voir,â avait dĂ©clarĂ© Carole.
âVraiment ? Dans ce cas, je ferais mieux de rester aussi longtemps que possible !â
âTu ferais mieux, oui. En attendant, que dirais-tu de venir te balader avec moi ? Je connais un endroit avec des buissons, et mĂȘme un tronc dâarbre tombĂ©. PlutĂŽt que de continuer Ă sauter au-dessus de cette bĂȘte clĂŽture,â avait proposĂ© Carole.
âOoooooh ! Je te suis !â avait rĂ©pondu Liam sans hĂ©siter, sautillant sur place deux ou trois fois avant d'atterrir Ă nouveau Ă cĂŽtĂ© de Carole - le rĂ©sultat dâun bond tout aussi impressionnant que le premier.
Et Carole et Liam étaient ainsi devenues inséparables.