Les CCBF et le monde extérieur
Il y a deux ou trois ans, peut-être quatre, j'en ai eu assez de mes cheveux. Le défrisage, le calcaire, ces choses nocpris les avaient abîmés. Ils étaient si morts. Fichus, dévitalisés. « Crin » n'était pas plus une insulte qu'une bonne image de comparaison. Ils allaient dans tout les sens et pour peu qu'un coup de vent s'engouffre entre eux, je me retrouvais avec une coiffure de Sayan sur-évolué sans besoin de laque. C 'était immonde. C'est à cette époque que j'ai pris plusieurs décisions :
Je détestais les transitions capillaires
Je ne devais plus avoir peur des ciseaux, des coiffeuses et des coiffeuses à ciseaux (ou ciseaux à coiffeuses)
Je devais retourner au naturel.
Aussi loin que j'essayais de m'en souvenir, je n'arrivais plus à savoir à quand était la dernière fois que je m'étais retrouvée avec mon afro.
Alors j'ai big chopé pour la première fois.
Aujourd'hui j'aime mes cheveux, afro, naturels, mon petit nuage de coton, comme j'aime l'appeler.Je n'hésite pas a les couper, à big choper de nouveau quand je trouve la situation beaucoup trop critique, comme à la Saint Sylvestre 2014-2015 quand j'en ai eux assez de mes cheveux défrisés et colorés, bouffés par le froid et sur-calcairés ( cf mon premier article), j'ai coupé, devant mon miroir, seule, comme une grande ! Et le résultat à été catastrophique. J'avais encore les reflets roux de ma teinture et la coupe était très irrégulière. Bien heureusement mon habilité avec les serre-tête et bandeaux en tous genres a pu camoufler tout ça, aidés de gel aussi. Tout s'est arrangé quand un garçon de ma classe a bien voulu me couper les cheveux à la tondeuse.
A partir de là j'ai de nouveau put rekiffer, bichonner mes bébés et gagner quelques précieuses minutes de sommeil, de petits trésors à ma vie d'internat.Et depuis que je vis pleinement ma vie avec mon petits nuage de coton.
La vie n'est pas tous les jours rose, mais tant mieux parce que je n'aime pas le rose.Avant toute chose, je tiens à dire que pour faire cet article j'ai dû faire appel à du monde. Non pas que je manque d'imagination, loin de là. Mon petit monde intérieur se porte d'ailleurs très bien. Non j'ai juste dû appeler la cavalerie car on ne m'a pratiquement jamais fait de reproche sur mes cheveux crépus. Je crois même ne jamais avoir été victime de racisme ou plutôt pas au sens commun du terme, mais ça c'est une autre histoire. D'ailleurs il est possible que cela contribue à mon niais espoir de monde utopique, mais il se trouve que ça aussi c'est une autre histoire.
Quand on a des cheveux crépus, où qu'on aille le regard des gens s'arrêtera dessus. D'ailleurs ce regard ne change pas, que l'on vive en Martinique, en Afrique ou dans le froid métropolitain. En fait je ne sais pas pourquoi mais les gens ont un soucis avec les cheveux volumineux. Peut être ont-il peur que la place qu'ils prennent dans leur champs de vision les empêche de voir THE THING de la journée. Ou alors peut être que toutes ces boucles, ces spirales, les envoûte et les hypnotise à la manière du pendule du magicien. Ou alors peut être est-ce parce qu'on vit dans une société où il faut se fondre dans la masse. Mais comment être invisible avec un nuage sur la tête ?
Je ne sais pas ce qui provoque ces réactions. L’étonnement? La curiosité? La méconnaissance?
Je sais juste que je n'aime pas qu'on considère mes cheveux lâchés comme pas coiffés alors que si Claire, au cheveux lisses les lâche, cela ne posera pas de problème. Je sais que je n'aime pas faire mes course avec mon afro, l'avoir orné d'un jolie noeux papillon bleu (parce que ça va très bien dans une afro rouge) et d'être regardé fixement dans les rayons. Je sais ce que les gens se demandent.
Çà, se sont des cheveux. Mes cheveux. Ce n'est pas une tentative de ressembler à San Goku (Je ne t'ai pas oublié petit, toi, dans la file de la cantine, en ce matin d'hiver à l'internat). Les coiffer me prend un temps fou, je peux même passer 24 heures à les sublimer. Je dois bloquer des week-ends entiers pour m'en occuper par moment. Chaque soir en me couchant ma dernière action est pour eux et chaque matin en me levant je viens à eux. J'adore prendre soin d'eux, ils sont mon rituel de beauté. Ils sont ma beauté. Et ils sont celles de milliers d'autre femmes. Mais ils sont si mal aimés. Grâce à l'esprit bienfaisant du grand Seigneur de la Beauté Universelle, ma prestance, et sûrement aussi ma carence (Aha ! Man ba zot li ! Peson pé pa diss mwen!), m'ont permis d'échapper au viseur de tout ces curl 'n afro hatterz. Mais en demandant autour de moi j'ai trouvé quelques choses qui m'ont interpellée.
Coralie, par exemple, m'a expliqué que petite on touchait ses cheveux comme étant une curiosité, ce qui, comme chez beaucoup de filles à cheveux crépus à bouclé, a provoqué un traumatisme. A partir de ce moment elle a lissé et lissé ses boucles, ses frisettes, parce qu'ainsi ils seraient normaux au yeux du monde. Je trouve ça aberrant que des cheveux, parce qu'ils ne sont pas lisses, ne sont pas considéré comme normaux. Alors oui, il s'agissait d'enfants, et oui les enfants sont influencés par les images que leur retransmet le monde qui les entoure, mais il n'est absolument pas normal que ce monde leur transmette ces images. Les boucles c'est normal. La terre n'est elle pas faite de plaines et de collines ?
Et ouai mon gars, le calme avant la tempête. Ça vaut presque un tchip.
Il y a aussi des réactions, beaucoup plus conscientes, à mon avis, quand on voit une touffe/ nuage/ Tignasse. Je vous demande de bien ouvrir les yeux, car cette phrase est, de loin, l'une des plus insultante et, non pas gênante ou dérangeante, mais juste énervante de toutes les phrase qu'on pourra dire à une curly ou affro. « Tu ne comptes pas te coiffer? » (ou pour les plus fous »tu t'es coiffée en mettant les doigts dans la prise? » )
Que nous fassions une afro,un banku knot, des twist out, des braid out, si nos cheveux ne sont pas nattés, tirés ou lissés, cette réflexion viendra dans la journée. Je trouve pourtant logique de déduire, de par la tenue que nous portons, le maquillage, le lieu, même, que ce sont des coiffures.
En internat je me couchais après mes camarades de chambre et me levait avant elles parce que je devais natter mes cheveux pour que, le lendemain en les dénattant, mon braid out façonne mon afro plus en carré. C'était d'ailleurs très joli. C'était propre, c'était pro. Mes instructeurs ne m'ont jamais fait la moindre réflexion, j'ai même été félicitée par un instructeurs antillais (c'était si rare) d'avoir réussi à avoir une coiffure professionnelle sans avoir lissé mes cheveux.
Mais il y a toujours des mécontents.
Notamment ce sombre crétin qui m'a fait la fameuse réflexion, un bon matin, sans que j'ai pris mon café ou fumé ma cigarette, alors que je n'étais pas en pleines capacités d'éveil, je cite, « Hey ici c'est pas le refuge de Sangoku ». Je sais parfaitement que, de sa bouche, c'était intentionnellement méchant. Mais pour tous ceux qui ont les cheveux lisses qui me lisent je veux que vous compreniez qu'avoir les cheveux bouclés, frisés ou crépus, c'est tout aussi propre qu'avoir les cheveux lissés ou juste ondulés.
Cette réflexion m’emmène à une autre, que j'ai reçue récemment, après avoir enlevé mes rajouts et être venue avec une affro puff que j'ai d'ailleurs galéré à faire puisque mes cheveux ne sont pas encore assez longs pour qu'il soit optimal. « Tu peux te lisser les cheveux ? »
Oui je peux, ça me boufferais 4 heures ou de l'argent que je ne veux pas dépenser chez un coiffeur pour ça. Ce serait contraignant, car je ne veux pas avoir à fuir l'humidité. Ça voudrait aussi dire que je dis bye à quelques moments de sommeil pour me dépêcher, encore plus encore que les autre matins, pour me lisser les cheveux en retouche. Et alors voilà qu'on me répond :
« Mais tu ne peux pas le faire de manière permanente ? »
Alors ma réponse est oui, il existe le défrisage. Alors pourquoi je ne le fais pas ?
Parce qu'il n'y a pas de raison que je tue encore mes cheveux, parce qu'il n'y a pas de raison que je supporte encore un cuir chevelu torturé par des produits qui puent le détergent. En plus mes cheveux sont déjà colorés et j'ai trouvé le bon équilibre entre chimique et naturel avec ça. Et aussi parce que je ne veux pas, encore, sacrifier mon bien-être et la santé de ma crinière pour des convenances esthétiques restrictives.
Ça me fait mal quand une femme antillaises ou africaine me dévisage et juge mes cheveux inappropriés à mon age et à la vie de tous les jours parce qu'ils ne sont pas défrisés. En fait c'est d'ailleurs la réaction que, de toutes, je trouve la plus vexante.
Je n'ai rien contre celles qui se lissent les cheveux, de manière permanente ou non. Leurs choix correspond à leurs envies et les miens à mes envies. Mais je déplore qu'une fille se lisse les cheveux parce que :
crépu c'est "pas propre" bouclé ça fait "gamin"
frisé et sophistiqué ne riment pas
pour que ce soit professionnel ça doit être lisse.
C'est dur d'en faire quelque chose d'original.
Tu peux faire tellement de choses avec des cheveux crépus ou bouclés ou frisés (CCBF). Ils sont colorables, lissables, étirables, rétractables, enroulables, extensibles, bouclables, décolorables, et j'en passe !
Je peine de voir que nos cheveux sont tant réduits au rang de curiosité. Je ne trouve pas normal qu'on touche, sans demander la permission, notre crinière. (coucou M. addict). Ce sont nos cheveux, pas un objet public.
Pour ma part je suis le genre de personne qui va inviter à toucher ses cheveux. Déjà parce qu'ils sont tout doux et que c'est un délice, mais aussi parce que je pense qu'il faut briser certaine barrières. M.Addict est l'une de ces personnes qui ont moins de chances que moi. Elle adore sont afro, mais son karma fait qu'elle a droit à des question qu'on ne va (n'ose) pas me poser. Alors pour finir voici un pense-bête de questions-réponses stupides qu'on peut vous poser sur vos cheveux trop volumineux pour cette lisse société à la mode pas si large de choix :
Non, je prend soin de les permanenter, boucler au fer et crépin chaque matin.
Oui, avec un peu d'engrais et beaucoup de pluie ça pousse comme un vert paturage irlandais. D'ailleurs je dois réserver mon billet pour la Belfast.
Quand il pleut, vous bouclez plus ?
Oui, mes cheveux se servent de la force de l'eau Céleste pour s'épanouir plus encore.
Tu peux pas les brosser ?
Si mais on n'est pas dans une ferme, je n'aurais pas de mouton a rejoindre, ça m'attristerait.
Tu sais, toi et moi on a pas encore atteint ce stade intime de notre relation. Mais si tu m'invites au restau...
Tu t'es crue chez les Sayan ?
Non, sinon le Kamehameha que je t'aurais envoyé aurait déjà rasé tous les environs.
J'espère que cet article, peut être moins délirant que les autre, vous aura plu. Je voulais vraiment en parler, ça me tenait vraiment à cœur. Alors Pour tous ceux et celles qui ont des CCBF , aimez-les, bichonnez-les. Tapissez les paysages ! Hypnotisez les passants ! Secouez-les, Exhibez-les !
Et pour ceux qui les ont lisses je vous invite à tout autant aimer les vôtres. À tout autant les exhiber, à tout autant les bichonner.
Je vous invite tous à faire preuve de tolérance, parce que certaines questions que l'on peut poser sur nos cheveux sont vexantes, d'autres insultantes. Certains gestes qui peuvent paraître anodins peuvent être blessants, frustrants. Soyez curieux, oui, c'est bien, c'est l'une des plus belles qualités du monde. Mais soyez prudents dans vos gestes et paroles. Vexer une personne c'est très rapide. Et apprenons aux générations futures que les CCBF sont des cheveux normaux, sains et qui poussent.
Sur ces belles paroles je vous embrasse. Soyez Fun, soyez délire ! Que tout le saoul du monde vous accompagne !