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Ils ont perdu la tĂȘte... - Alain Brossat
Ils ont perdu la tĂȘte⊠â Alain Brossat
31[ad_1]Lundi Matin
Trois gilets jaunes ont Ă©tĂ© placĂ©s en garde Ă vue Ă AngoulĂȘme, suite Ă lâouverture dâune enquĂȘte Ă la demande du Parquet. Ils sont soupçonnĂ©s dâavoir participĂ© Ă la mise en scĂšne dâune dĂ©capitation de Macron Ă lâoccasion dâune manifestation organisĂ©e le 21 dĂ©cembre et dĂ»ment dĂ©clarĂ©e en prĂ©fecture. Ils sont accusĂ©s de « provocation publique Ă la commission dâun crime » et «âŠ
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Vielmehr wird der Mord selbst, das hypergewaltsame und blutige Königsverbrechen, insofern er das Gesetz herausfordert, oder 'diesseits oder jenseits, darĂŒber oder darunter' liegt, zur Matrix und zum Modell des historischen Ereignisses â und man versteht nun besser, warum sich Foucault, in einer gewissen 'Auseinandersetzung mit Maoisten' â und nicht den unwichtigsten â fĂŒr die Schreckensherrschaft von 1793 und gegen die so genannten 'Volksgerichte' der 1970er Jahre ausspricht. Das Ereignis ist gewaltsam, Blut und Mord begleiten es wie sein Schatten, und dieser Mord ist, vom Standpunkt der Macht, der EinsĂ€tze und Strategien der Macht aus gesehen, neutral: Einmal ist er 'mit ihr'; einmal ist er 'gegen sie'. Die Macht ist intrinsisch gewaltsam, so wie der plebejische Aufstand, der sich gegen sie richtet. Und die Horizontlinie dieser Gewalt ist nicht der durch EinschĂŒchterung und Behinderung hervorgerufene Zwang â sondern der Mord. Man könnte hier so etwas wie eine umgekehrte demaistrische Tonlage heraushören â Foucault feiert nicht die absolute Macht und ihren Vermittler, den Henker, sondern 'eine gegenlĂ€ufige [...] Energie', die plebejische Geste, die die politische (symbolische âŠ) Ordnung zerreiĂt. Das Gesetz jedoch, von dem er hier spricht, ist schon auf die Seite der Norm gekippt, es ist nicht mehr das Gesetz das durch diese Geste herausgeforderten SouverĂ€ns, sondern das der Spezialisten, Richter, Ărzte und anderer qualifizierter Beobachter der sozialen und moralischen Störungen, die der theologisch-politisch 'verzauberten' SphĂ€re entzogen sind â und die Gewalt, die auf den Plebejer niederfahren wird, ist folglich die Gewalt der unbegrenzten Haftstrafe und nicht die der Folter.
Brossat, Alain (2012): Plebs Invicta, Berlin: August, 34 f.
Le racisme comme technologie de pouvoir
26 fĂ©vrier 2013 par Alain Brossat PlutĂŽt que tenter de rĂ©sumer mon livre, Autochtone imaginaire, Ă©tranger imaginĂ© Retours sur la xĂ©nophobie ambiante, ce qui est Ă©videmment lâexercice le plus douteux qui soit (ce qui se rĂ©sume aisĂ©ment ne vaut gĂ©nĂ©ralement pas grand chose), je vais mâessayer Ă en redĂ©ployer le motif central en repartant dâun des deux auteurs qui y occupent la place des saints patrons â Foucault (lâautre Ă©tant Benjamin). Dans le cours du 17 mars 1976 (« Il faut dĂ©fendre la sociĂ©tĂ© »), Foucault propose un dĂ©veloppement tout Ă fait lumineux sur ce quâil appelle « le racisme », sur sa fonction dans lâexercice des pouvoirs modernes. Il se pose une question toute simple : comment un pouvoir dont lâobjet et lâobjectif premier et dernier est « la vie », lâentretien de la vie des populations, la majoration, lâoptimisation, la multiplication des chances de « la vie », comment un tel pouvoir peut-il se manifester encore en tuant, en rĂ©clamant la mort, en lâadministrant, en exposant Ă la mort non seulement ses ennemis, mais aussi ses propres citoyens ou ressortissants ? Jusquâici, je paraphrase Foucault, mais maintenant, je vais le citer : « Comment peut-il laisser mourir, ce pouvoir qui a essentiellement pour objectif de faire vivre ? Comment exercer le pouvoir de la mort, comment exercer la fonction de la mort, dans un systĂšme politique centrĂ© sur le bio-pouvoir ? » - câest-Ă -dire en rupture distincte avec le vieux rĂ©gime de souverainetĂ©, rĂ©gime immĂ©morial, dans lequel, pour Foucault, la puissance du souverain se manifeste en premier lieu par sa capacitĂ© de faire mourir ? Eh bien, dit Foucault, « câest lĂ (âŠ) quâintervient le racisme ». Bien sĂ»r, prĂ©cise-t-il tout de suite, le racisme (concept un peu « porte-manteau » ou « valise », en lâoccurrence, mais peu importe), ne date pas dâhier et nâest pas lâinvention des pouvoirs modernes. « Il existait depuis bien longtemps », note-t-il. Mais ce qui est nouveau, dans nos sociĂ©tĂ©s, câest la façon dont il est entrĂ© dans les mĂ©canismes de lâEtat dĂšs lors quâa Ă©mergĂ© le bio-pouvoir. Il est, dans les sociĂ©tĂ©s modernes (les nĂŽtres, du moins, en Occident), coextensif Ă lâexercice du pouvoir dont il est, dit Foucault, un « mĂ©canisme fondamental ». La chose est bien connue : pour Foucault, le pouvoir ou plutĂŽt les pouvoirs, câest quelque chose dâinfiniment plus extensif, plastique, diversifiĂ© et mĂȘme hĂ©tĂ©rogĂšne que lâEtat, le pouvoir dâEtat. Mais ici, dans ce dĂ©veloppement, quand il dit « pouvoir », il pense en premier lieu « Etat ». Il dit : « Il nây a guĂšre de fonctionnement moderne de lâEtat qui, Ă un certain moment, Ă une certaine limite, et dans certaines conditions, ne passe par le racisme ». Ce quâil appelle le racisme ici et dont le sens va peu Ă peu sâexpliciter au fil de ce dĂ©veloppement, câest donc un Ă©lĂ©ment, un enjeu qui va entrer en composition dans des stratĂ©gies de gouvernement. Quel est le matĂ©riau et lâobjet premier du gouvernement humain par lâEtat, pour Foucault ? - ce nâest pas le citoyen gĂ©nĂ©rique, ce ne sont pas les institutions, ce nâest pas le peuple (au sens politique du terme), câest la population ou bien, dit-il, les vivants. Et donc, le racisme, ça va ĂȘtre un moyen, lâĂ©lĂ©ment dâun dispositif destinĂ© Ă gouverner les vivants. Quel est le geste qui prĂ©vaut Ă lâintroduction de cet Ă©lĂ©ment dans le gouvernement des vivants et qui est destinĂ© Ă rendre ceux-ci gouvernables, Ă crĂ©er les conditions de possibilitĂ© de ce gouvernement (la gouvernementalitĂ©) ? Ce geste est tout Ă fait distinct, câest celui du partage ou bien, dit Foucault, de la coupure. Je cite : « [le racisme], câest dâabord le moyen dâintroduire (âŠ), dans ce domaine de la vie que le pouvoir a pris en charge, une coupure : la coupure entre ce qui doit vivre et ce qui doit mourir ». Le racisme, câest donc le truchement par lequel ce gouvernement placĂ© sous le signe du « faire vivre » demeure porteur, envers et contre tout, dâun signe de mort. Ce qui va permettre de rĂ©aliser cette opĂ©ration de la coupure ou du partage dans le continuum biologique de lâespĂšce humaine (la population devant ĂȘtre prise en charge comme entitĂ© vivante globale), câest lâindice de la race. Câest en mobilisant le nom de la race, en mettant en Ćuvre le discours de la race, des races, plutĂŽt, un discours parĂ© du nom de la Science, que les gouvernants vont pouvoir produire toutes sortes dâeffets de distinction, de hiĂ©rarchisation, dâopposition Ă lâintĂ©rieur dâun mĂȘme ensemble de population. Le gouvernement des vivants passe nĂ©cessairement par ce type dâopĂ©ration de sĂ©paration, de discrimination, de fragmentation, dit Foucault. Il ne peut pas, Ă lâĂ©vidence, prendre la forme univoque et homogĂšne dâune simple « prise en charge » globale et indiscriminĂ©e du vivant humain. Il remobilise sans relĂąche ce que Foucault appelle, dans son Histoire de la folie, un « geste obscur » - ce quâil dĂ©signe comme lâexclusion du fou, Ă lâAge classique, et quâil nomme, ici, coupure, fragmentation placĂ©e sous le signe non plus du Grand Renfermement, mais du racisme dâEtat. Avec ce racisme, dit-il, nous avons affaire à « une maniĂšre de dĂ©caler [je souligne, AB], Ă lâintĂ©rieur de la population, des groupes par rapport les uns aux autres ». Lâapproche que propose ici Foucault me paraĂźt mĂ©riter quâon sây arrĂȘte pour toutes sortes de raisons : la plus Ă©vidente dâentre elles serait ce quâelle suggĂšre immĂ©diatement : que les pouvoirs modernes, le biopouvoir (quâil dĂ©crit par ailleurs assez constamment comme lâ « autre », le tout autre du vieux pouvoir de souverainetĂ©), ne ferait au fond ici que paraphraser un des gestes les plus constants de la monarchie absolue : diviser pour rĂ©gner. Chacun sait comment, dans la genĂšse de la monarchie absolue, le jeu des stratĂšges de cet Ă©tablissement, les Richelieu, les Mazarin a, constamment, Ă©tĂ© de jouer sur la division parmi les princes, la haute noblesse pour crĂ©er les conditions de lâĂ©lĂ©vation du monarque au dessus de toutes les factions et faciliter ce que Norbert Elias appelle la curialisation de lâaristocratie â la domestication de la caste des guerriers aux conditions de la vie de Cour. Sur ce point, on peut se reporter au magnifique film de Roberto Rossellini, La prise du pouvoir par Louis XIV. Il est saisissant de voir comment les pouvoirs modernes qui ne rĂšgnent pas comme le fait le monarque absolu mais qui gouvernent, qui exercent le pouvoir sans en ĂȘtre Ă proprement parler dĂ©tenteurs, câest-Ă -dire qui, fondamentalement, administrent le vivant humain, vont recoder Ă leurs propres conditions ce geste de la division destinĂ©e Ă assurer au gouvernant des prises solides sur les gouvernĂ©s. Dans le premier cas, le geste « diviseur » ne sâapplique que sur une petite partie du corps social, celle qui compte, cette caste qui sâestime dĂ©tentrice de ses privilĂšges et de son rang « de droit divin » et quâil va sâagir de soumettre Ă lâautoritĂ© royale. Dans le second cas, câest lâensemble social, dans toute son Ă©paisseur qui va ĂȘtre « striĂ© » et labourĂ©, rĂ©amĂ©nagĂ© par ces pratiques de « subdivision », dit Foucault. Dâautre part, lâĂ©lĂ©ment dans lequel sâopĂšre le partage est, dans les deux cas, tout Ă fait diffĂ©rent : dans le premier, lâaristocratie curialisĂ©e est contrainte Ă dĂ©poser ses prĂ©tentions Ă la souverainetĂ© au profit du monarque, sans perdre ses privilĂšges et sans que soit abolie sa position symbolique sĂ©parĂ©e dâavec le reste de la sociĂ©tĂ© ; lâĂ©lĂ©ment dans lequel le partage sâopĂšre, câest la distinction nobiliaire, la race et le sang qui rassemblent et sĂ©parent, le sang bleu des princes et des ducs, le sang des belles lignĂ©es, celui de la race des guerriers dâantan. Dans le second cas, lâĂ©lĂ©ment dans lequel se produit le partage est un tout autre sang, une tout autre race, dont le biologique est le milieu. Il sâagit bien, lĂ oĂč existent des ensembles sociaux plus ou moins homogĂšnes (des habitants, des travailleurs rĂ©partis par professions, des catĂ©gories dâĂąge, des riches et des pauvres, des urbains et des ruraux, etc.) de faire apparaĂźtre, en mobilisant cet autre discours de la race, de nouvelles lignes de sĂ©paration et de hiĂ©rarchisation : des autochtones, des indigĂšnes, des Blancs, des Noirs, des Arabes... Dans les deux cas, le geste du partage, de la division vise Ă crĂ©er des conditions de possibilitĂ© tout Ă fait diffĂ©rentes : le rĂšgne du souverain sous le rĂ©gime thĂ©ologico-politique de lâUn-seul, dans un cas, le gouvernement ou, si lâon veut, la gouvernementalisation des populations de lâautre, sous le signe technique, administratif, profane du multiple. La fragmentation, donc, comme geste Ă©minemment politique, comme geste de lâEtat. Mais au delĂ de la rĂ©pĂ©tition dans la diffĂ©rence de ce geste, ce quâil faut voir, câest son lien avec la mort. Dâune maniĂšre ou dâune autre, la coupure dont parle Foucault, la division du corps social selon les lignes de force des savoirs, des dispositifs liĂ©s au discours moderne de la race fait signe vers la mort et inclut dans les calculs du gouvernement des vivants cette dimension. Câest tout Ă fait flagrant Ă lâĂ©poque du colonialisme : les massacres coloniaux sont indissociables de lâaffirmation de la puissance coloniale en tant que manifestation de la vitalitĂ© dâune nation, dâun Etat â la conquĂȘte de lâAlgĂ©rie dans le cas de la France, la mise en coupĂ© rĂ©glĂ©e du Congo dans le cas de la Belgique. Mais, pour devenir moins compacte et exposĂ©e dans les phases ultĂ©rieures, cette dimension ne sâefface jamais : la bavure policiĂšre dont sont victimes prioritairement des post-colonisĂ©s, le renvoi des demandeurs dâasile et autres sans papiers dans des pays oĂč leurs vies sont exposĂ©es en sont, parmi tant dâautres, des manifestations. Câest ce quâon pourrait appeler le vitalisme obscur des Etats modernes et contemporains, des dĂ©mocraties contemporaines en premier lieu, ce pli selon lequel leur autoritĂ©, leur lĂ©gitimitĂ©, leur force, leur rang parmi les nations demeurent insĂ©parables de la perpĂ©tuation de cette facultĂ© dâexposer Ă la mort (si ce nâest de faire mourir directement) des catĂ©gories humaines, des groupes dĂ©finis selon des critĂšres dont le fondement demeure distinctement tributaire de lâidĂ©ologie de la race. ExaminĂ©e sous cet angle, une dĂ©claration comme celle de notre ministre (socialiste) de la DĂ©fense, affirmant rĂ©cemment que « des centaines » de combattant islamistes, djihadistes avaient dâores et dĂ©jĂ Ă©tĂ© tuĂ©s par lâarmĂ©e française, alors que les journalistes et les camĂ©ras Ă©taient rigoureusement maintenus Ă lâĂ©cart, prend une toute autre tournure que celle que les journaux affairĂ©s Ă cĂ©lĂ©brer lâopĂ©ration de « libĂ©ration du Mali » lui attribuent habituellement... Ici aussi, Foucault insiste sur la figure de la rĂ©pĂ©tition dans la diffĂ©rence. Il dit : la seconde fonction du racisme, câest dâĂ©tablir une relation positive, du type : « plus tu feras mourir » ou bien « plus tu laisseras mourir » et plus, de ce fait mĂȘme, « toi-mĂȘme, tu vivras ». Mais, ajoute-t-il aussitĂŽt, ce nâest Ă©videmment pas lâEtat moderne, ce nâest pas le racisme moderne qui lâont inventĂ©e. Tout ceci nous vient dâun fonds immĂ©morial, ce que redĂ©ploie Ă ses conditions le racisme de lâEtat moderne, câest, tout simplement « la relation guerriĂšre » : « pour vivre, il faut bien que tu massacres tes ennemis ». Cependant, ce dont il faut prendre la mesure, câest, insiste Foucault, la façon dont le racisme moderne et contemporain va faire fonctionner cette maxime « dâune maniĂšre entiĂšrement nouvelle », en lâintĂ©grant au code et aux calculs de la biopolitique. La relation avec lâennemi ne va plus ĂȘtre de type ouvertement guerriĂšre ou militaire, elle aura une tournure essentiellement biologique. Il ne sâagira pas de remporter de belles victoires sur le champ de bataille mais de contingenter, repousser, Ă©liminer des espĂšces infĂ©rieures. Plus cet affrontement sera menĂ© avec vigueur et sans faiblesse, et plus lâespĂšce forte, lâespĂšce « normale », la bonne race dont lâEtat a la garde sera vivifiĂ©e. Foucault dit exactement : « La mort de la mauvaise race, de la race infĂ©rieure (ou du dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, ou de lâanormal), câest ce qui va rendre la vie en gĂ©nĂ©ral plus saine ; plus saine et plus pure ». Foucault fait ici une proposition si forte, si simple et si massive, quâelle est rarement entendue, dans sa radicalitĂ© mĂȘme : au cĆur du racisme moderne, du racisme dâEtat, du racisme qui entre en composition dans le gouvernement des vivants, il y a un dĂ©sir, une visĂ©e de mort. Dâune maniĂšre ou dâune autre, ce qui est inscrit sur la ligne dâhorizon des discours et des dispositifs racistes, câest la mort de cet autre que produit lâopĂ©ration de fragmentation. Le racisme, de ce point de vue, ce ne sont pas des prĂ©jugĂ©s transmis par hĂ©ritage, de mauvaises habitudes communautaires, des malentendus liĂ©s au mode de vie, le racisme, câest ce qui intĂšgre ou rĂ©intĂšgre la dimension de la mort, câest-Ă -dire du « faire mourir » dans les pratiques du biopouvoir dont lâobjet est la gestion de la vie. En dâautres termes, il nây a pas, dans lâexpĂ©rience historique de la modernitĂ© occidentale, des racismes terribles, exterminateurs, gĂ©nocidaires et qui constitueraient lâexception barbare, lâaberration singuliĂšre par comparaison avec tous ces petits racismes ordinaires qui nous sont familiers et desquels nous sommes prompts Ă nous accommoder tant ils font dĂ©sormais partie du paysage de nos dĂ©mocraties et aussi longtemps quâils ne rĂ©veillent pas trop ouvertement les vieux dĂ©mons des grandes catastrophes du XX° siĂšcle. Ce partage rassurant entre une figure cataclysmique du racisme (renvoyĂ©e au passĂ©) et une autre, certes incommode, mais incomparable avec la prĂ©cĂ©dente, au prĂ©sent, est un trompe-lâoeil : les grandes flambĂ©es de racisme biologique exterminateur au XX° siĂšcle ne constituent pas des figures exceptionnelles du racisme dâEtat, elles en montrent simplement le cristal. Pour comprendre cela, il suffit de se dĂ©placer du théùtre europĂ©en vers celui de la Guerre du Pacifique, par exemple, pendant la Seconde Guerre mondiale : que ce soit dans la propagande japonaise ou dans celle des Etats-Unis, lâanimalisation et la bestialisation de lâadversaire sont les prĂ©misses imaginatives et discursives qui crĂ©ent les conditions favorables Ă des formes de guerre totale, de guerre dans laquelle aucune des lois de la guerre de sont respectĂ©es. Pour les GIâs en guerre dans le Pacifique, les soldats japonais sont des monkeys et la pratique consistant Ă confectionner des colliers dâoreilles prĂ©levĂ©es sur les corps des ennemis morts au combat est routiniĂšre. Impossible de comprendre la façon dont la vitrification atomique de Hiroshima et Nagasaki va passer auprĂšs de lâopinion Ă©tats-unienne comme une lettre Ă la poste si lâon ne relĂšve pas ces effets de mise en condition, dâinsensibilisation dâun racisme dâEtat dont le rĂŽle est, en lâoccurrence, de dĂ©classer une part dâhumanitĂ© de son humanitĂ© mĂȘme en la reclassant du cĂŽtĂ© dâune animalitĂ© brutale, perverse et dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Mais, dira-t-on, les formes de racisme qui nous sont familiĂšres, dans nos dĂ©mocraties, ne se manifestent pas sous la forme ouverte de lâappel Ă la mise Ă mort de lâautre indĂ©sirable ou de son exclusion du champ de lâhumanitĂ©. Câest ici quâest vitale lâanalyse des dispositifs et des gestes inclus dans les stratĂ©gies et les pratiques de lâEtat. Et câest ici que sont exemplaires les films de Fernand Melgar. Dans ce continuum que constitue la biopolitique moderne, avec toutes les modulations, les variations liĂ©es au diffĂ©rentiel des situations et des circonstances, la fondamentale solidaritĂ© entre lâĂ©noncĂ© dâun moment â tuons sans limitation ni discrimination les reprĂ©sentants de cette race dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e que sont les Japonais ! , Ă©noncĂ© qui a force de loi pour lâautoritĂ©, lâarmĂ©e et lâopinion Ă©tats-uniennes entre Pearl Harbour et la capitulation annoncĂ©e par lâEmpereur, et cet autre qui dit : foutez le camp, allez vous faire voir ailleurs oĂč vous pouvez crever ou pas, ce nâest pas notre problĂšme â qui est le fondement effectif de toutes les politiques europĂ©ennes de « reconduite », cette fondamentale continuitĂ© est bien Ă©vidente, dans la mesure mĂȘme oĂč les deux Ă©noncĂ©s sont placĂ©s distinctement sous un signe de mort. Ce que montrent avec un tranchant Ă couper le souffle les films de Melgar, câest la duplicitĂ© du systĂšme qui consiste, sur le versant intĂ©rieur, Ă pratiquer un nursing intense des futurs expulsĂ©s dĂ©boutĂ©s du droit dâasile en Suisse, ceci dans le cadre du centre de dĂ©tention oĂč ils sont « accueillis », le visage humain et humanitaire de la biopolitique de lâĂ©tranger, donc, fait de toutes sortes de petites attentions dispensĂ©es par un encadrement trĂšs rodĂ© en matiĂšre de prise en charge, et de lâautre, Ă ĂȘtre Ă©quipĂ© dâune indiffĂ©rence de glace Ă ce que pourra ĂȘtre le destin de ces expulsĂ©s dĂšs lâinstant oĂč ils auront quittĂ© le territoire helvĂ©tique. La combinaison de ces technologies empathiques du mico-Nanny State que constitue le centre de rĂ©tention dĂ©crit dans Vol spĂ©cial et de cette insensibilitĂ© au destin ultĂ©rieur des personnes qui y transitent, une insensibilitĂ© dont chacun sait quâelle est lâimage de marque de la petite et grande bureaucratie du crime, prĂ©sente, en condensĂ©, une image probante des parfaites compatibilitĂ©s du versant positif de la biopolitique moderne (« Faire vivre le vivant », lâentretenir, le prendre en charge et le promouvoir) et de son versant thanatocratique qui, jamais, ne sâefface. Il en va exactement de mĂȘme de la police : elle est lĂ , câest bien connu, pour protĂ©ger les citoyens et assurer lâordre et la sĂ©curitĂ© au profit de la population ; mais il se trouve, que cette fonction supposĂ©e, elle ne peut la remplir quâĂ la condition de disposer de maniĂšre chronique dâune rĂ©serve de violences illĂ©gales, dont la bavure policiĂšre nâest que la figure la plus distinctement tournĂ©e vers la mort, et dont il se trouve que lâĂ©tranger prĂ©caire et suspect par position fait, le plus souvent, les frais. Non seulement, contrairement Ă ce que ressasse le discours des Droits de lâHomme dans ses formes standardisĂ©es, il nâexiste aucune incompatibilitĂ© entre ces deux « visages » de la police, mais, surtout, ils constituent un seul et unique dispositif en boucle parcouru par la fracture qui zĂšbre tout lâĂ©difice de la biopolitique et du biopouvoir- pas de promotion de la vie par les pouvoirs modernes sans exposition Ă la mort de certains corps, de certaines catĂ©gories. Le XX siĂšcle, terre de contrastes historiques violents, place en exergue cette figure de mille façons. Câest Foucault qui, dans un autre texte, raconte que lâEtat social sâinvente en Europe, en pleine guerre (la seconde), avec le plan Beveridge, au moment mĂȘme oĂč se dĂ©roulent les pires exterminations. De la mĂȘme façon, il nâexiste aucune espĂšce dâincompatibilitĂ© entre les us et coutumes de la dĂ©mocratie moderne, ses normes de fonctionnement et la reconduction sans fin de cette condition de mort dans les pratiques contemporaines du pastorat humain. Ici aussi, les films de Melgar sont irremplaçables. En France, nous sommes habituĂ©s Ă considĂ©rer que les abus de pouvoir, les discriminations, les persĂ©cutions que subissent les Ă©trangers prĂ©caires, Rom, sans-papiers, travailleurs au noir, etc. sont le fait de lâEtat-monstre-froid, de lâautoritĂ© abusive, du mauvais gouvernement, le rĂ©sultat des calculs politiques cyniques des Ă©lites gouvernantes combinĂ©e Ă lâanomie administrative. Cette approche des choses permet Ă ceux que rĂ©vulse la xĂ©nophobie ambiante de dĂ©ployer un cordon sanitaire entre ce « eux », les autres, par qui le pire advient et un « nous » qui ne mangerait pas de ce pain-lĂ . Ce que ne cessent de rĂ©pĂ©ter, par contraste, les agents de lâEtat fĂ©dĂ©ral, embauchĂ©s par le canton, donc, qui oeuvrent dans le centre de dĂ©tention oĂč Melgar a installĂ© son observatoire, câest quâils ne font quâagir selon le mandat qui leur a Ă©tĂ© confiĂ© par la population mĂȘme, en vertu des procĂ©dures de dĂ©mocratie participative qui rĂšglent la vie politique en Suisse. Il ne semble pas possible, dans ces conditions, dâincriminer le seul « mauvais Etat », les dĂ©magogies sĂ©curitaires, les penchants xĂ©nophobes de tel ou tel parti, ceci sans faire rĂ©fĂ©rence Ă lâinstitution dĂ©mocratique qui permet, rĂ©guliĂšrement, Ă la population ou plutĂŽt au peuple, de faire entendre sa voix sur ces questions et qui, apparemment, est portĂ© Ă valider les dispositifs de vomissement dâune partie de la population Ă©trangĂšre vivant en Suisse, dispositifs dont on constate la terrible efficacitĂ© dans La Forteresse et dans Vol spĂ©cial. Tout se passe ici, du moins si lâon se rĂ©fĂšre Ă ce quâen disent les employĂ©s de ce centre, ces agents du crime si humains, si sensibles - et si retors - comme si les procĂ©dures dĂ©mocratiques venaient ajouter une plus-value de lĂ©gitimitĂ© politique Ă cet usage souverain dâune sorte de droit de mort. Dâailleurs, Vol spĂ©cial sâachĂšve sur une mort, un homicide involontaire certes, dâun cĂŽtĂ©, mais parfaitement prĂ©visible voire programmĂ© de lâautre... Ce qui est singulier, câest lâagencement de la permanence et du caractĂšre structurel de ce dispositif gĂ©nĂ©ral sur lâextrĂȘme plasticitĂ© et variabilitĂ© des figures qui sont en jeu dans lâopĂ©ration du partage. On voit bien comment aujourdâhui, dans la langue de la xĂ©nophobie dâEtat, celle du « clandestin » a pratiquement remplacĂ© celle de lâ « immigrĂ© » qui prĂ©valait naguĂšre, laquelle en avait remplacĂ© dâautres encore, le mĂ©tĂšque, le fellagah, etc. Mais il y a plus spectaculaire encore : John Dower, Ă©minent spĂ©cialiste Ă©tats-unien du Japon contemporain, souligne que câest pratiquement « dâun jour sur lâautre » que, lorsque commence lâoccupation du Japon sous la houlette du gĂ©nĂ©ral Mc Arthur, Ă lâautomne 1945, lâennemi bestialisĂ© et inexpiable dâhier se transforme en protĂ©gĂ© objet de toutes sortes dâattentions, puis en alliĂ©, en ami politique, ceci dĂšs lâavĂšnement de la guerre froide et le dĂ©clenchement de la guerre de CorĂ©e... Ce qui est Ă©galement trĂšs frappant, câest la façon dont le racisme biologique qui, pour des raisons bien Ă©videntes, a connu une certaine dĂ©cote du fait de lâexpĂ©rience historique du XX° siĂšcle, sur le vieux continent et en AmĂ©rique du Nord du moins, la façon dont se racisme a su se dĂ©placer vers des motifs moins chargĂ©s, tout en ne variant pas du tout, sur le fond, en se culturisant, en se grimant en protectionnisme civilisationnel. MĂȘme si la notion de lâĂ©limination du danger biologique nâa pas du tout disparu (tout rĂ©cemment encore, Le Figaro sâalarmait de lâafflux dâimmigrants prĂ©caires venus de lâEst europĂ©en venus se faire soigner de la tuberculose chez nous et constituant Ă ce titre une menace sanitaire flagrante), le discours de la race, de lâhostilitĂ© raciale tend Ă se grimer en intĂ©grisme culturel, en dĂ©fense des supposĂ©s universaux sur lesquels reposeraient notre civilisation europĂ©enne et nos institutions politiques, par opposition Ă ceux oĂč prĂ©valent dâautres fondements, religieux notamment. Mais, sous ces habits neufs, câest la mĂȘme matrice discursive qui continue de fonctionner, et lorsque Foucault Ă©nonce, dans le cours sur lequel je mâappuie ici (Ă©loignĂ© de nous de presque quatre dĂ©cennies dĂ©jĂ ), que « la race, le racisme, câest la condition dâacceptabilitĂ© de la mise Ă mort dans une sociĂ©tĂ© de normalisation », cette formule demeure parfaitement apte Ă qualifier les problĂšmes que nous avons Ă affronter - quand bien mĂȘme certains nouveaux « Ă©lĂ©ments de langage », comme disent les stratĂšges du storytelling, seraient venus relayer les mots puissants du racisme dâEtat qui a infectĂ© le XX° siĂšcle tout entier. Quâil suffise de penser, dans ce registre, Ă la façon dont, dans la France dâaujourdâhui, des briques de mots compactĂ©s (Roland Barthes) comme « dĂ©fense des institutions rĂ©publicaines et de la laĂŻcitĂ© », « lutte contre le terrorisme, le djihadisme, lâislamisme » sont venues relayer le racisme classique, alimentĂ© notamment, par lâexpĂ©rience coloniale. Dernier point, en guise de conclusion. Dans certains textes, Foucault a tendance Ă simplifier le tableau des pouvoirs modernes quâil brosse en opposant strictement deux moments : dâune part, le vieux pouvoir de souverainetĂ© quâil dit fondamentalement tournĂ© vers la mort, tant la cĂ©rĂ©monie de la mise Ă mort, du supplice, avec son Ă©clat sanglant, en constitue le cĆur. Et de lâautre, les pouvoirs disciplinaires, orientĂ©s vers la prise en charge et la normation du vivant, pouvoirs dont la destination premiĂšre est de rendre productive la population, et quâil sâagit, donc, avant tout, de faire vivre par tous les moyens. Dans le cours que je suis ici, cette perspective est inflĂ©chie : le pouvoir de normation ou de normalisation nâest plus opposĂ© directement au pouvoir souverain ; le « vieux pouvoir souverain de tuer », dit Foucault est redĂ©ployĂ© par les pouvoirs modernes, et câest lĂ un « bougĂ© » qui, pour lâanalyse des questions qui nous intĂ©ressent ici, est tout Ă fait dĂ©cisif. « Si le pouvoir de normalisation veut exercer le vieux droit souverain de tuer, il faut quâil passe par le racisme », dit-il exactement. La prĂ©cision est fondamentale si lâon veut tenter de comprendre comment fonctionnent des institutions comme la police, la Justice ou la prison et aussi, le rĂ©gime spĂ©cial et infiniment modulable auquel sont soumis les Ă©trangers dans les dĂ©mocraties contemporaines. Seule cette formule permet de renommer proprement la masse des abus, violences, illĂ©galismes dâEtat que le jugement courant du public attribue habituellement Ă lâincurie, la maladresse, aux manques de moyens, etc. Elle seule permet de comprendre que lâexposition Ă la mort, directe ou indirecte, et quelles quâen soit les moyens ou les circonstances, ce nâest pas le dĂ©chet regrettable du gouvernement dĂ©mocratique, la manifestation de son imperfection native, câest au contraire un rouage essentiel de la machine de pouvoir, une condition fondamentale de la gouvernementalisation des populations. De ce point de vue, le texte de Foucault constitue un appel pressant Ă reconditionner radicalement notre entendement courant du racisme. Il dit : « Nous sommes lĂ (âŠ) trĂšs loin dâun racisme qui serait, simplement et traditionnellement, mĂ©pris ou haine des races les unes pour les autres. Nous sommes trĂšs loin aussi dâun racisme qui serait une sorte dâopĂ©ration idĂ©ologique par laquelle les Etats, ou une classe, essaieraient de dĂ©tourner vers un adversaire mythique des hostilitĂ©s qui seraient tournĂ©es vers [eux] ou qui travailleraient le corps social. Je crois que câest beaucoup plus profond quâune vieille tradition, beaucoup plus profond quâune nouvelle idĂ©ologie, câest autre chose. La spĂ©cificitĂ© du racisme moderne (âŠ) nâest pas liĂ©e Ă des mentalitĂ©s, Ă des idĂ©ologies, aux mensonges du pouvoir. Câest liĂ© Ă la technique du pouvoir, Ă la technologie du pouvoir... ». Les distinctions ou plutĂŽt les oppositions que Foucault prĂ©sente ici ne sont nullement casuistes. Elles sont dâune portĂ©e politique considĂ©rable. Il suffit de se rappeler comment, dans la France des annĂ©es 1990-2000, une certaine tyrannie de la mĂ©moire collective a portĂ© une certaine gauche propre sur elle Ă focaliser toute son attention sur les provocations de Le Pen (pĂšre), entiĂšrement placĂ©e quâelle Ă©tait sous lâemprise de son fantasme dâun « retour » des vieux dĂ©mons du nazisme, de lâantisĂ©mitisme. Et pendant que toute cette gauche vertueuse faisait masse dans la rue contre le fascisme quâelle voyait devant la porte lorsque lâĂ©nergumĂšne a Ă©liminĂ© Jospin du second tour de la PrĂ©sidentielle, elle ne voyait pas ou si peu ce qui se jouait sur la vraie scĂšne, celle oĂč, piĂšce par piĂšce, se construisait le dispositif Ă©tatique de criminalisation de lâĂ©tranger prĂ©caire, ceci dans une parfaite continuitĂ© de gouvernement de gauche en gouvernement de droite et rĂ©ciproquement. A force de repousser Le Pen et le fascisme, ils ont portĂ© sur les fonts baptismaux Hortefeux et le ministĂšre de lâimmigration, une grande premiĂšre, quand mĂȘme, dans la dite patrie des droits de lâhomme. Et aujourdâhui, ils nâont plus ni Hortefeux ni ministĂšre de lâĂ©migration, mais Ă la place un ministre de lâintĂ©rieur socialiste qui se targue de ses performances en matiĂšre de reconduites Ă la frontiĂšre, supĂ©rieures Ă celles de son prĂ©dĂ©cesseur sous Sarkozy... VoilĂ , par exemple, ce que lâargument dĂ©veloppĂ© par Foucault dans ce cours nous aide Ă comprendre â un bon exemple de la façon dont un travail philosophique peut se convertir en geste politique.
Un coc de brossat
Brossat de cabra blanca de Rasquera, per a fer un coc. Aquest és el suggeriment que ens van fer en un programa estiuenc de TV3 que recuperem.
El reportatge Ă©s curt perĂČ molt grĂ fic: el Miquel, un pastor de Rasquera ens explica com s'ha perdut l'ofici de pastor a causa d'una polĂtica ambiental que fomentava la plantaciĂł de pi i prohibĂa la pastura dels ramats per protegir els plançons d'un bosc gens autĂČcton.Â
La Roser ens ensenya com fa brossat, cuallat amb herbacol, com es feia tradicionalment i la M. José prepara una flairosa cosa de brossat.
Ens ho apuntem: ens haurem d'escapar a Rasquera a berenar cosa de brossat.Â
Fes un cop d'ull al vĂdeo, Ă©s curt i molt ineterssant.

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