Exit mignon
à temps, suspends ton vol !...
Il y a encore un an, peut-ĂȘtre deux, il plaisait Ă Biquet quâon le jugeĂąt mignon. Parfois, il se flattait lui-mĂȘme de ce tendre qualificatif. Ă lâoccasion dâune bonne action, dâun mot gentil, dâune attention de lui, il dĂ©clarait : « Je suis mignon ! » Et il sâinstallait dans un petit sourire dâappel Ă qui voudrait bien le lui confirmer.
Le plus souvent, Boudounette faisait sa blasĂ©e : « Mais ouais, Biquet, tâes mignonâŠÂ » soupirait-elle depuis la piĂšce voisine. Pas si mal pour une ado. De mon cĂŽtĂ©, bien sĂ»r, jâĂ©tais Ă fond : « Oh oui, mon Biquet ! Tâes super, hyper, mĂ©ga mignon, mĂȘme ! » TransportĂ©e, je lui faisais un bisou, je le prenais dans mes bras. Il se laissait choyer, rĂ©pĂ©tait sa phrase dâune voix contrefaite de tout petit enfant : « Je suis mignon ! » Boudounette soufflait fort. Sans doute secouait-elle la tĂȘte dans un battement de paupiĂšres mi-closes, sourcils levĂ©s, moue consternĂ©e. On la comprend.
Mais le temps nâa point de rive ; il coule, et nous passons !...
Maintenant, Biquet se renfrogne, il proteste lorsque je mâextasie. Il bougonne : « ArrĂȘĂȘĂȘteu ! Jâaime pas quand tu dis mignon ! » Il rĂ©clame que je lâappelle par son prĂ©nom. OK. Mais quâest-ce que je peux sortir, Ă la place de mignon ? Adorable ? Non. Gentil ? Non plus. Chou ? Encore moins ! Je peux dire normal. Un point câest tout. NORMAL. Et pas la peine dâessayer autre chose, hein⊠Câest notĂ©. MĂȘme si câest dur.
Ainsi naissent probablement les brĂšves, les longues, les langues Ă tons. Quand il sâagit de faire tenir dans un mot existant une intention nouvelle. Exit mignon, bonjour normaaal. Lorsque Biquet se montre attentionnĂ©, je continue de mâĂ©merveiller, parce quâau fond, je suis restĂ©e trĂšs jeune (et un peu clown aussi) : « Oh mon Biquet, tu es normaaal ! »
Ăa le fait rire, Boudounette aussi, Monsieur de RĂȘve aussi. Tout le monde est content. NâempĂȘche : bientĂŽt, Boudounette recevra sa propre carte vitale, et je ne peux plus dire mignon.














