SXSW TAKEAWAY /// IS AI READY TO DISRUPT EXPERIENCE DESIGN ? Yann Calogheris, Digital Creative Director dâImagination The Americas
On parle beaucoup dâIA Ă SXSW, et on en met Ă toutes les sauces pour sauver le monde (ou votre business). Yann Calogheris, designer de mĂ©tier, choisit dĂ©libĂ©rĂ©ment de prendre le sujet de façon hyper pragmatique, trĂšs rafraichissante par rapport aux autres interventions souvent high level et prospectives, en sâappuyant sur son expĂ©rience avec Ford.
Il raconte comment au dĂ©but, avec ses collĂšgues designers, ils Ă©taient tous excitĂ©s Ă lâidĂ©e de faire quelque chose avec lâIA. DĂšs quâils ont eu accĂšs Ă IBM Watson pour imaginer une utilisation, ils ont dĂ©veloppĂ© cette idĂ©e bizarre permettant de pousser des recommandations de modĂšle de voiture Ă partir des tweets des prospects sur leur profil.  Une idĂ©e trĂšs pub, trĂšs personnalisĂ©e, mais qui malheureusement, nâa abouti Ă rien tellement on dit nâimporte quoi sur les rĂ©seaux sociaux. En tout cas, rien qui puisse orienter notre envie/besoin pour une Focus, une Fusion, une Mustang ou un Raptor. CâĂ©tait y a 5 ans.
Aujourdâhui, quand il regarde les IA il sâinterroge sur leur fiabilitĂ© dans son domaine, le design automobile. La courbe de Gartner nous confirme que la maturitĂ© nâest pas encore garantie pour une utilisation fiable Ă grande Ă©chelle. De plus il ne sait pas comment sâen servir et se sent mal Ă lâaise face aux consĂ©quences de lâusage de lâIA Ă terme. Ne serait-ce que pour son propre job.
Et lĂ , un frisson traverse lâassemblĂ©e faite de geeks et de designer qui sâinterrogent sans doute au mĂȘme moment. Alors pour prendre le sujet Ă bras le corps, il a fondĂ© un groupe de travail avec plein dâautres designers. Il leur fallait lancer la conversation, partager les early learnings, et voir comment avancer sur les sujets. Ils font rapidement le constat quâen matiĂšre dâintelligence artificielle ou de machine learning, beaucoup de gens en parlent, mais peu sây connaissent rĂ©ellement. Tous qui ont un rĂ©el savoir-faire sont happĂ©s par les univers les plus demandeurs, et qui rapportent, tels de la Finance, Google ou la mĂ©decine et les laboratoires. Le design auto passera aprĂšs. Ils se dĂ©brouillent avec leur process design thinking et aboutissent Ă trois uses case que voici.
1 - LâIA permet-elle de mieux comprendre les sentiments des gens face aux objets ?
Quels sentiments humains quand on dĂ©couvre une tesla pour la premiĂšre fois ? Si on est conducteur, passager, Ă lâarriĂšre ou devant, Gen Z ou Gen Alpha. Ils ont installĂ© des camĂ©ras dans lâhabitacle, collĂ© des biometrics capteurs sur chacune des personnes et une IA de Face Recognition. Et en avant la famille pour un tour dâun week-end dans la nouvelle Tesla. Tout a Ă©tĂ© captĂ©, classĂ© et analysĂ© : la surprise, la joie, lâennui, la peur (au moment du passage en mode autonome)... Un beau consumer Journey plein de couleurs et de courbes qui montent et qui descendent. Mais est-il mieux que le mĂȘme exercice fait par des humains Ă partir des mĂȘmes capteurs ? Pas rĂ©ellement, car Ă date, lâĆil humain comprend mieux les Ă©motions les plus subtiles et relie mieux entre elles les donnĂ©es biomĂ©triques et faciales. Mais lâIA est moins chĂšre et plus rapide, et on peut imaginer quâelle va apprendre et quâelle donnera de meilleurs rĂ©sultats Ă la prochaine expĂ©rience. Au final, Yann suggĂšre dâutiliser les 2 ensemble.
2 - Autre cas, lâIA est-elle capable dâamĂ©liorer le travail de conception sur des gros volumes de piĂšces automobiles ?
Ils se donnent des objectifs prĂ©cis comme rĂ©aliser les petites piĂšces, allĂ©ger les produits, rĂ©duire les composants. Pour bĂątir une vraie courbe dâexpĂ©rience, ils essaient plusieurs IA. Ils sâamusent de constater que des softwares diffĂ©rents produisent des rĂ©sultats diffĂ©rents, un peu comme les gens, et que sur les diffĂ©rents exercices, les rĂ©sultats ne sont pas toujours opĂ©rationnels. Il nous projette des plans en 3D dâobjets inconnus qui tournent Ă lâĂ©cran, avec les chiffres sensĂ©s valider toute la dĂ©marche.
Pour la rĂ©duction de la masse, lâIA a tellement rĂ©duit que les piĂšces nâĂ©taient plus assez solides. Parfois, ça tient, mais câest moche. Il arrive aussi que lâIA produise des solutions imprĂ©visibles mais inspirantes. Au final, ils se disent que ça marche pour lâinstant sur les trucs simples et invisibles.
3 - LâIA nous permet-elle de mieux comprendre les dĂ©placements humains ?
Dans lâautomobile, les salons constituent un passage obligĂ© et souvent rĂ©vĂ©lateur pour les nouveaux modĂšles prĂ©sentĂ©s. Ont-ils rencontrĂ© leur public ? Quâest-ce qui a marquĂ© les observateurs ? Comment savoir si on a fait un bon salon ?
Il est toujours possible de faire des interviews qualis et des Ă©tudes quantis mais câest limitĂ© et souvent biaisĂ©. Pour comprendre comment les gens se comportent, ce qui les a intĂ©ressĂ©, Yann et ses collĂšgues ont truffĂ© leur stand de camĂ©ra et ont demandĂ© Ă lâIA dâanalyser tous les mouvements, la vitesse, les attitudes corporelles, les visages, les gestes⊠On obtient des heatmaps beaucoup plus prĂ©cises quâavec les beacons, mais surtout des parcours prĂ©fĂ©rentiels types et une analyse quali des points dâarrĂȘt (tel modĂšle, telle partie du modĂšleâŠ). De plus, ça nous permet dâĂ©couter la majoritĂ© silencieuse qui ne fait/touche rien normalement. A la fin, on comprend mieux ce qui a marchĂ© et pas marchĂ©.
AprĂšs ces 3 use cases qui montrent les possibilitĂ©s rĂ©elles et les limites actuelles de lâIA dans le design, on sent que lâassemblĂ©e est captivĂ©e mais encore inquiĂšte face Ă cette menace pour leur job. Câest le moment que choisit le gars pour conclure avec la Loi de Kasparov qui, quand il a Ă©tĂ© battu aux Ă©checs par la machine a dit « Mais non, je nâai pas Ă©tĂ© battu par une machine mais par une Ă©quipe Hommes/Machine ! »
Il faudra toujours un homme pour guider la machine, aussi intelligente et learning soit-elle,  en tout cas dans le design, câest  pourquoi il pense que le designers vont devenir des curators de solution IA.
Et puis sinon, ils deviendront des auteurs inspirants et finiront par partager Ă tout le monde leur façon de travailler. Car ce que jâobserve, câest que les designers sont de plus en plus recherchĂ©s par dâautres disciplines ! Applaudissements rassurĂ©s dans la salle.






