LAYERS
Fichier, ouvrir, ajouter un nouveau calque … Je ne sais si vous avez noté à quel point la culture du layer, consacrée par Photoshop, se propage à tous les niveaux de la société. Comme dans la dernière collection BCBG pour l’hiver 2017, les silhouettes s’échafaudent autour de strates textiles qui se superposent: un blazer cashmere sans manche sur un chemisier en voile de soie, des mis-bas sur un legging. Rien de neuf : le process élémentaire de l’élaboration d’un look d’hiver, en couches de vêtement me direz-vous ? Pourtant que nous dévoile plus largement la culture du layer ? Décryptage.
Elle s’avance dans un millefeuille de lainage rehaussé d’une ceinture corset, la femme Prada de la prochaine saison, est elle aussi, faite de layers. Chaque module est pensé indépendamment et « armurise » la silhouette, en construction par couche. Le layer agit comme un filtre. Un filtre protecteur, qui par ses empilements successifs, créé une barrière. Mais aussi, comme un filtre optique qui renouvelle les perspectives, en apportant des niveaux relief aux matières, à l’instar des cascades de volants superposés que l’on retrouve chez Fendi. C’est peut être d’ailleurs, de cela dont il s’agit : l’omniprésence du filtre dans nos quotidiens? Nous avons au fur et à mesure intégré le réflexe, d’une vision filtrée, largement nourrie par la viralité du style Instagram. Vintage, Retro, Noir/Blanc. Nous pensons « Filtres ». Mais, peut être, parce que nous aimons dans le filtre, la distanciation au réel qu’il nous procure, sa capacité à retoucher la réalité. Il l’embellit, la transforme. Le layer semble agir, comme une zone tampon, permettant d’atténuer l’impact d’une réalité, excessivement crue.
Pas étonnant alors, que nous marquions une appétence grandissante, pour la réalité augmentée. A l’origine, rappelez-vous, les petites lunettes 3D de carton aux verres rouge/bleu, distribuées à l’entrée du cinéma. C’est probablement votre première expérience de vision augmentée, qui se cache derrière ces deux layers bicolores transparents. Depuis, l’aventure des Google glass, a maintenu éveillé, les utopies d’une réalité virtuelle palpable. Réservée, il y a encore peu, à une poignée de geeks/hackers, on la trouve désormais, à portée de smartphone avec le dernier Samsung Galaxy S6 et son casque Zeiss VR one, qui la rend réelle. Les derniers sceptiques se laisseront peut être séduire, par l’élégance des sunglasses Dior So Real, avec leurs bandes de verre, calquées sur des lignes très VR. En sirotant un drink au soleil, la culture du layer vous apparaitra transparente : améliorer l’image sans l’altérer.














