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Manipulation, Propagande Une brĂšve histoire de la propagande Corinne Autey-Roussel â septembre 2017 « La propagande moderne est un effort persistant de crĂ©ation ou de prĂ©sentation dâĂ©vĂ©nements dans le but dâinfluencer la relation du public Ă une entreprise, une idĂ©e ou un groupe. » (Edward Bernays, Propaganda, 1928). Ces mots du chef de file historique des pionniers de la propagande occidentale dĂ©finissent Ă©galement la publicitĂ©, et pour cause : la seule diffĂ©rence entre les deux est que la publicitĂ© sâaffiche en tant que telle, alors que la propagande se fait passer pour la vĂ©ritĂ©. Que ce soit pour vendre un produit, une nouvelle loi, un candidat Ă la prĂ©sidence, un coup dâĂtat ou une guerre, la propagande (propagande, publicitĂ©, relations publiques, communication, gestion de la perception : cinq dĂ©nominations pour une seule et mĂȘme industrie) est devenue le premier moyen de communication entre les dĂ©cideurs (politiciens, multinationales, banques, etc) et le reste de la population. Le business de la communication (ou si on prĂ©fĂšre, des manipulations publicitaires et mĂ©diatiques de lâopinion), qui atteint aujourdâhui les 200 milliards de dollars par an dans les seuls USA, reprĂ©sente le deuxiĂšme poste de dĂ©pense mondial, juste aprĂšs lâarmement. En 2009, la campagne publicitaire la plus primĂ©e a Ă©tĂ© la campagne prĂ©sidentielle de Barack Obama. « Attention, les mĂ©dias ne reflĂštent pas la rĂ©alitĂ©. » USA : les pionniers de la propagande en tant que discipline « scientifique » AprĂšs la rĂ©volution industrielle de 1845, les taux dâalphabĂ©tisation des populations occidentales grimpent en flĂšche (au Royaume-Uni, entre 1840 et 1900, le taux dâalphabĂ©tisation passe de 30 Ă 97%. La France suit le mouvement avec une Ă©volution Ă la hausse, de 54,40% pour les hommes et 45% pour les femmes en 1866 jusquâĂ 97% pour les deux sexes en 1911.3 Les AmĂ©ricains, quant Ă eux, jouissent dâun taux dâalphabĂ©tisation de 90% dĂšs 1795 4). Dans ces dĂ©mocraties en grande partie dĂ©finies par la libertĂ© dâexpression, les ventes de papier imprimĂ© explosent, mais la multiplication des opinions et des plate-formes journalistiques a des effets imprĂ©vus : le ton monte rapidement, les positions se radicalisent, les invectives noient les dĂ©bats et des mouvements protestataires radicaux Ă©mergent. « Attention, les mĂ©dias ne reflĂštent pas la rĂ©alitĂ©. » Le business de la communication (ou si on prĂ©fĂšre, des manipulations publicitaires et mĂ©diatiques de lâopinion), qui atteint aujourdâhui les 200 milliards de dollars par an dans les seuls USA, reprĂ©sente le deuxiĂšme poste de dĂ©pense mondial, juste aprĂšs lâarmement. En 2009, la campagne publicitaire la plus primĂ©e a Ă©tĂ© la campagne prĂ©sidentielle de Barack Obama. AprĂšs la rĂ©volution industrielle de 1845, les taux dâalphabĂ©tisation des populations occidentales grimpent en flĂšche (au Royaume-Uni, entre 1840 et 1900, le taux dâalphabĂ©tisation passe de 30 Ă 97%. La France suit le mouvement avec une Ă©volution Ă la hausse, de 54,40% pour les hommes et 45% pour les femmes en 1866 jusquâĂ 97% pour les deux sexes en 1911.3 Les AmĂ©ricains, quant Ă eux, jouissent dâun taux dâalphabĂ©tisation de 90% dĂšs 1795 4). Dans ces dĂ©mocraties en grande partie dĂ©finies par la libertĂ© dâexpression, les ventes de papier imprimĂ© explosent, mais la multiplication des opinions et des plate-formes journalistiques a des effets imprĂ©vus : le ton monte rapidement, les positions se radicalisent, les invectives noient les dĂ©bats et des mouvements protestataires radicaux Ă©mergent. Pour les gouvernements et au premier chef celui du principal pays capitaliste, les Ătats-Unis, il va sâagir dâharmoniser ces voix et dâĂ©touffer celles qui pourraient les mettre en danger, par exemple celles du Parti communiste, de la gauche populiste ou encore des anarchistes. Pour leur part, les entreprises privĂ©es, qui ont dĂ©couvert depuis les dĂ©buts de la presse Ă©crite Ă quel point la publicitĂ© augmente leur profits, souhaitent les contrĂŽler. Ce qui amĂšnera les uns et les autres, au dĂ©but du XXe siĂšcle, Ă recruter des journalistes dâopinion dans le cadre dâune nouvelle discipline, les relations publiques/communication dâentreprise/publicitĂ© â autrement dit, la propagande. « Les origines des relations publiques Ă©taient une rĂ©ponse Ă la montĂ©e dâune classe ouvriĂšre remuante Ă la fin du XIXe siĂšcle » â Anne Bernays, romanciĂšre et fille dâEdward Bernays. Bien entendu, ces pionniers de la manipulation de masse ne feront que structurer, codifier et dĂ©velopper quelque chose qui existe dĂ©jĂ , mais ce faisant, ils donneront forme Ă un secteur indispensable au maintien de lâĂ©conomie capitaliste. Sans les constantes incitations Ă la consommation de sa publicitĂ© et le soutien quotidien de sa propagande politique, sociale et sociĂ©tale, il est en effet probable que lâĂ©conomie de marchĂ© sâeffondrerait en quelques semaines. Ivy Lee (1877-1934), les dĂ©buts du communiquĂ© de presse et de son utilisation Ă des fins de propagande Ivy Lee, dit « Poison Ivy » (en français « sumac vĂ©nĂ©neux », lâune des plantes les plus toxiques au monde). Ivy Lee, un propagandiste de premier plan crĂ©ditĂ© de lâinvention du communiquĂ© de presse, conseille Rockefeller et Ă partir de 1929, la corporation de lâAllemagne nazie IG Farben. Il a pour concurrent majeur Edward Bernays, le « pĂšre » du business moderne de la communication. Le 28 octobre 1906, un train de la Pennsylvania Railroad dĂ©taille Ă Atlantic City, faisant plus de 50 victimes. ConfrontĂ©e Ă la perte brutale de sa crĂ©dibilitĂ©, la compagnie, une cliente de la toute nouvelle firme de relations publiques du journaliste Ivy Lee, lui demande de redorer son image. Jusque lĂ , les compagnies ferroviaires rĂ©pondaient Ă ce type dâaccidents en minimisant les faits ou en les occultant, en couvrant les responsables et en refusant de rĂ©pondre Ă la presse. Lee choisira la stratĂ©gie opposĂ©e : dâabord, il demandera Ă la compagnie dâenvoyer une dĂ©claration Ă la presse, puis il invitera des reporters et des photographes Ă se rendre sur place dans un train spĂ©cialement affrĂ©tĂ© pour eux. Sur les lieux de lâaccident, il tiendra des confĂ©rences de presse, distribuera des fiches dâinformation et organisera des rencontres et des interviews avec des ingĂ©nieurs experts et des cadres de la compagnie. Le public, la presse et les officiels du gouvernement seront unanimement sĂ©duits par la bonne foi apparente, le souci de sĂ©curitĂ© et la transparence de la Pennsylvania Railroad. Dans les annĂ©es suivantes, toutes les compagnies de chemin de fer emboĂźteront le pas aux mĂ©thodes dâIvy Lee, et dâautres secteurs ne tarderont pas Ă suivre. Massacre de Ludlow, 1914. CrĂ©dits Colorado Life Magazine, http://www.coloradolifemagazine.com/The-Colorado-Coalfield-War-and-the-Children-of-Ludlow/ En 1914, La Colorado Fuel and Iron Company, une compagnie miniĂšre appartenant au milliardaire John D. Rockefeller Jr, fait tirer Ă balles rĂ©elles sur des mineurs grĂ©vistes et incendie leurs habitations dans un incident connu sous le nom de massacre de Ludlow.5 La rĂ©action outrĂ©e de lâopinion publique pousse Rockefeller Ă recruter Ivy Lee. Avec sa stratĂ©gie habituelle de franchise et de bonne volontĂ© apparentes, Lee enverra des communiquĂ©s de presse factuels Ă divers officiels et Ă des journaux, quâil couplera Ă des opĂ©rations de sĂ©duction : il enverra John D. Rockefeller Jr dialoguer et manger avec les mineurs, danser avec leurs Ă©pouses et distribuer des piĂ©cettes Ă leurs enfants. Inconscients de la manipulation, les mineurs, la presse et le public sont encore une fois conquis. Lee invitera ensuite les entreprises, en tout premier lieu Rockefeller, Ă entretenir une bonne image auprĂšs du public et des mĂ©dias en finançant des fondations Ă but ostensiblement philanthropiques et en opĂ©rant leurs propres dĂ©partements de relations publiques. La communication dâentreprise est nĂ©e. En quelques annĂ©es, John D. Rockefeller Jr passera de lâimage dâun requin sans Ăąme â ce quâil ne sâĂ©tait pas cachĂ© dâĂȘtre jusque-lĂ â Ă celle dâun patron paternel et gĂ©nĂ©reux. En 1929, Ivy Lee devient conseiller en relations publiques de la corporation IG Farben, avec pour mission de dĂ©samorcer les critiques contre lâentreprise nazie aux USA. Lâaffaire finira mal pour Lee : en 1934, le CongrĂšs lui demande de rĂ©pondre dâaccusations dâantisĂ©mitisme et de propagande nazie. Le dĂ©cĂšs de celui que lâĂ©crivain Upton Sinclair appelait « Poison Ivy » depuis lâaffaire du massacre de Ludlow interrompra lâenquĂȘte. Selon Anne Bernays, Ivy Lee est probablement le vrai « pĂšre » des relations publiques. Il Ă©tait motivĂ©, a-t-elle Ă©crit, par « le caractĂšre divin de la richesse privĂ©e et le danger reprĂ©sentĂ© par la foule. » Propagande de guerre, propagande de paix : la PremiĂšre Guerre mondiale de George Creel La PremiĂšre Guerre mondiale a Ă©tĂ© le creuset de tout lâappareil de communication/propagande moderne. En France, en Grande-Bretagne, les axes de la propagande se rejoignent sur une utilisation parallĂšle dâaffiches encourageant au travail patriotique et au soutien de lâeffort de guerre, ainsi que de diabolisations similaires de lâennemi. Mais aux USA, des paramĂštres diffĂ©rents amĂšneront le gouvernement Ă coordonner une opĂ©ration de propagande dâenvergure inĂ©dite. Son grand ordonnateur en sera encore un journaliste, George Creel. Jusquâen 1917, la population des USA ne manifeste aucun enthousiasme envers cette guerre quâelle ne considĂšre pas comme la sienne. De plus, la neutralitĂ© rapporte bien assez : lâĂ©conomie des USA a dĂ©collĂ© grĂące Ă la vente de produits alimentaires, de coton et de matĂ©riel de guerre aux alliĂ©s. Mais les Ă©vĂ©nements finiront par forcer la main du prĂ©sident Woodrow Wilson et le 4 avril 1917, les USA dĂ©clarent la guerre Ă lâAllemagne. Reste Ă convaincre lâopinion publique, qui reste trĂšs majoritairement rĂ©ticente Ă envoyer ses hommes sur des fronts Ă©trangers. Le journaliste dâinvestigation et politicien George Creel sera chargĂ© de crĂ©er et de piloter un appareil de propagande de masse, le Committee on Public Information (CPI, Ă©galement nommĂ© ComitĂ© Creel). 8 Creel utilisera tous les recours possibles de lâĂ©poque : dessinateurs, photographes, journalistes, publicitaires, chansonniers, stars du muet, confĂ©renciers et une armada de 75 000 hommes et femmes propagandistes de terrain, les dĂ©nommĂ©s « Four-minute men », qui sillonneront le pays pour haranguer les foules dans les Ă©glises, les cinĂ©mas entre deux sĂ©ances, les rĂ©unions de loges maçonniques, les salles syndicales, les synagogues, les cours de catĂ©chisme, jusquâaux camps de bĂ»cherons et aux rĂ©serves indiennes. Creel fera en outre composer des chansons patriotiques et organisera des tournĂ©es de confĂ©rences de hĂ©ros de guerre français et britanniques. LâopĂ©ration, un immense succĂšs, fait basculer la population amĂ©ricaine de lâindiffĂ©rence Ă la fiĂšvre militariste en quelques mois. Les techniques de propagande inventĂ©es par le ComitĂ© Creel, reprises, dĂ©veloppĂ©es et perfectionnĂ©es au cours des dĂ©cennies suivantes dans lâensemble du monde occidental, fonderont le business de la fabrication du consentement qui sâinstallera dans la vie quotidienne des sociĂ©tĂ©s occidentales aprĂšs la guerre. Walter Lippmann, les dĂ©buts du concept dâinterventionnisme humanitaire et le triomphe de lâĂ©litisme Journaliste de gauche libĂ©rale modĂ©rĂ©e, Walter Lippmann (1889 â 1974), aujourdâhui considĂ©rĂ© comme lâun des plus grands chroniqueurs politiques au monde, rejoint Woodrow Wilson au cours de sa campagne de réélection de 1916. MalgrĂ© son pacifisme, les conseillers de Wilson persuaderont Lipmann de collaborer au ComitĂ© Creel et de sâengager dans la cause de la guerre. Dans une version progressiste de gauche du « fardeau de lâhomme blanc » de Kipling, il la considĂ©rera comme un moyen privilĂ©giĂ© dâexporter les valeurs libĂ©rales (autrement dit, de « civiliser les sauvages »). Lippmann encouragera dâautres libĂ©raux modĂ©rĂ©s Ă rejoindre ses idĂ©es. Câest le dĂ©but des concepts de « guerre humanitaire » et dâexportation des « valeurs dĂ©mocratiques » par les bombardements. En 1917, il participe Ă The Enquiry, un service secret de renseignements vouĂ© Ă lâexpansion du modĂšle dĂ©mocratique amĂ©ricain dans le monde. A ce jour, les travaux de The Inquiry continuent dâinfluencer la politique Ă©trangĂšre des USA. 9 En 1922, Lipmann publie Public Opinion, un livre dans lequel il expose ses idĂ©es sur ce quâil nomme la « fabrique du consentement ». Le peuple Ă©tant par nature, selon ses vues, « un troupeau irrationnel sans but » et le citoyen lambda un « intrus ignorant qui se mĂȘle de tout », lâopinion publique doit ĂȘtre encadrĂ©e par un petit nombre dâadministrateurs, dâexperts et de politiciens, en dâautres termes une oligarchie. Cette Ă©lite dâexperts (qui porterait « le fardeau de lâhomme savant » ?) compenserait par son savoir la lacune principale des dĂ©mocraties : le citoyen trop ignare pour voter de façon Ă©clairĂ©e ou faire des choix rationnels. MĂȘme si Lippman, déçu de la tournure des Ă©vĂ©nements, finit par prendre ses distances avec le gouvernement Wilson et par militer contre la Guerre de CorĂ©e, son idĂ©e dâexportation de « valeurs progressistes et dĂ©mocratiques » par lâinterventionnisme militaire deviendra le socle de la propagande de guerre des USA et de lâOTAN, la « R2P » (« ResponsabilitĂ© de protĂ©ger »). Walter Lippmann influencera profondĂ©ment Edward Bernays. Le chef de file : Edward Bernays, « pĂšre » du business moderne de la communication « La manipulation consciente et intelligente des habitudes organisĂ©es et des opinions des masses est un Ă©lĂ©ment important dâune sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique. Ceux qui manipulent ce mĂ©canisme invisible constituent un gouvernement invisible qui est le vrai pouvoir rĂ©gnant de notre pays⊠Nous sommes gouvernĂ©s, nos esprits sont formĂ©s, nos goĂ»ts dirigĂ©s, nos idĂ©es suggĂ©rĂ©es largement par des hommes sont nous nâavons jamais entendu parler. Câest le rĂ©sultat logique de la façon dont notre sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique est organisĂ©e. De grands nombres dâĂȘtres humains doivent coopĂ©rer de cette façon sâils veulent vivre ensemble dans une sociĂ©tĂ© fonctionnelle harmonieuse⊠dans presque chaque acte de notre vie quotidienne, que ce soit dans la sphĂšre politique, dans notre conduite sociale ou notre pensĂ©e Ă©thique, nous sommes dominĂ©s par un nombre relativement rĂ©duit de personnes⊠qui comprennent les processus mentaux et les schĂ©mas sociaux des masses. Ce sont Ă©galement eux qui tiennent les fils qui contrĂŽlent lâesprit public ». â Edward Bernays, Propaganda, 1928. « Quand je suis revenu aux USA, jâai dĂ©cidĂ© que, si on pouvait utiliser de la propagande pour la guerre, on pouvait certainement lâutiliser en temps de paix. Et âpropagandeâ Ă©tait devenu un mot nĂ©gatif, Ă cause des Allemands. Alors, ce que jâai fait a Ă©tĂ© de tenter de trouver un autre mot. Et jâai fini par trouver ârelations publiquesâ ». â Edward Bernays, interview. AnnĂ©es 20, la femme libre devient une icĂŽne et un stĂ©rĂ©otype cinĂ©matographique. Une des grandes rĂ©ussites de la propagande dâEdward Bernays pour lâindustrie du tabac Ă la fin des annĂ©es 20 : pousser les femmes Ă fumer au nom de leur Ă©mancipation. Homme de lâombre quasi inconnu du grand public, Edward Bernays (1891-1995), un neveu de Sigmund Freud, sera baptisĂ© « le pĂšre de lâindustrie des relations publiques » et influencera les sociĂ©tĂ©s occidentales dans les mĂȘmes proportions que son illustre oncle. En mercenaire dâun cynisme totalement assumĂ©, il Ă©rigera la propagande de masse en discipline scientifique, lancera le tabagisme chez les femmes, inspirera lâensemble du business de la propagande moderne, et travaillera pour la CIA sur la propagande mĂ©diatique dâun coup dâĂtat fomentĂ© par les USA. Bernays dĂ©clarera appliquer les dĂ©couvertes de son oncle Ă la manipulation des masses, mais ses mĂ©thodes nâoffrent quâun rapport de surface avec la psychanalyse. Sâil utilise systĂ©matiquement le nom de Freud comme carte de visite et caution scientifique, ses techniques proviennent au premier chef du ComitĂ© Creel (dont il avait fait partie), de Walter Lipmann, des recherches de Gustave Le Bon (Psychologie des foules, 1895), de Wilfred Trotter (Instincts of the Herd in Peace and War, 1916), ainsi que du nouveau champ des sciences comportementales (ethnologie, sociologie), auxquelles il ajoute quelques notions freudiennes mal digĂ©rĂ©es sur la sexualitĂ© et lâinconscient. Le cocktail sâavĂ©rera hautement toxique. En 1925, la Beech-Nut Packing Company, une entreprise de salaisons, recrute Bernays pour augmenter ses ventes de bacon. Bernays pense Ă le mettre sur la table matinale des AmĂ©ricains et sollicite par lettre lâavis de 5000 mĂ©decins sur le petit-dĂ©jeuner idĂ©al. Ils rĂ©pondent tous en se dĂ©clarant favorables Ă un petit-dĂ©jeuner solide Ă la place du cafĂ© matinal accompagnĂ© dâune tartine ou dâun bol de porridge avalĂ© jusque-lĂ par les AmĂ©ricains (Bernays nâa bien sĂ»r pas mentionnĂ© le porc dans sa lettre aux mĂ©decins). Leurs rĂ©ponses, envoyĂ©es Ă la presse amĂ©ricaine avec une note jointe suggĂ©rant le bacon, lanceront le petit-dĂ©jeuner dit « traditionnellement amĂ©ricain ». Et câest ainsi quâĂ ce jour, les AmĂ©ricains et Ă leur suite, les Britanniques mangent de salutaires tranches de porc entrelardĂ©es de graisse au petit-dĂ©jeuner. Si ce premier gros coup publicitaire de Bernays installe durablement une habitude alimentaire et accroĂźt exponentiellement les bĂ©nĂ©fices de lâindustrie du porc, ce nâest pas la plus cĂ©lĂšbre de ses campagnes. Câest avec la suivante quâil forge son image de pĂšre fondateur du business de la propagande/publicité : en 1929, pour le compte de lâAmerican Tobacco Company, il lance la mode du tabac chez les femmes au prĂ©texte dâĂ©mancipation fĂ©minine. La campagne remporte un succĂšs fracassant et double rapidement les ventes de tabac, mais lâhistoire ne sâarrĂȘte pas lĂ . Le rapport entre cigarette et sexe Ă©tabli par Bernays sur les conseils dâun psychanalyste new-yorkais (la cigarette serait un « pĂ©nis pour les femmes ») pose le premier jalon dâune connivence entre business de la publicitĂ©, psychologie de bazar et revendications de libertarisme sexuel qui conduira lâensemble de la sociĂ©tĂ© occidentale, Ă©tape par Ă©tape, Ă la rĂ©volution sexuelle des annĂ©es 60, 12 puis Ă la consommation « libidinale » actuelle (lâachat pour le simple plaisir dâacheter). Le documentaire dâAdam Curtis The Century of the Self (âLe SiĂšcle du Moiâ, BBC) prĂ©sente une chronologie et une analyse dĂ©taillĂ©es de lâimpact de Bernays et de la propagande « psy » sur la sociĂ©tĂ© occidentale. http://www.entelekheia.fr/century-self-le-siecle-du-moi/ Dans un registre plus sombre, en 1954, recrutĂ© par une grande compagnie bananiĂšre amĂ©ricaine propriĂ©taire de terres agricoles au Guatemala, la United Fruit Co, Bernays travaillera avec la CIA sur la propagande dâun coup dâĂtat contre le prĂ©sident Ă©lu du pays, Jacobo Arbenz, un social-dĂ©mocrate qui rĂ©clamait un peu trop de progrĂšs social pour ses paysans au goĂ»t des USA. Les pays dâAmĂ©rique centrale oĂč des entreprises nord-amĂ©ricaines possĂ©daient des terres arables achetĂ©es Ă bas prix, cultivaient la canne Ă sucre ou la banane en profitant dâune main-dâoeuvre indigĂšne bon marchĂ© et dictaient la loi avec la complicitĂ© achetĂ©e de dictateurs locaux ont lĂ©guĂ© au vocabulaire courant la dĂ©nomination « rĂ©publique bananiĂšre ». Lâintervention des USA au Guatemala se soldera par trente-six ans de guerre civile et plus de 250 000 victimes. En 1939, pour les corporations unies contre le New Deal de Roosevelt (une initiative trop « socialiste » Ă leur grĂ©), Bernays travaillera Ă lier les concepts de capitalisme, de libertĂ© et de dĂ©mocratie dans lâesprit des AmĂ©ricains, une fusion aujourdâhui si achevĂ©e quâaux Ătats-Unis comme en Europe, les trois mots sont devenus rigoureusement synonymes et interchangeables. Et pourtant, ce nâest que de la propagande⊠Corinne Autey-Roussel Notes :  Jean-Claude MichĂ©a, La Double pensĂ©e, page 34. http://abcnews.go.com/Business/Politics/story?id=7947528&page=1 http://www.jean-marcshdelporte.com/histoire-dalphabetisation.php https://www.history.org/Foundation/journal/Winter11/literacy.cfm http://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1974_num_29_3_293505 Le massacre de Ludlow http://l3d.cs.colorado.edu/systems/agentsheets/New-Vista/ludlow/ âPoison Ivyâ Lee and propaganda http://www.behindthespin.com/features/poison-ivy-lee-and-propaganda Anne Bernays, commentaire sur Amazon. https://www.amazon.com/gp/customer-reviews/R2KEQJIHSTMSJY/ref=cm_cr_getr_d_rvw_ttl?ie=UTF8&ASIN=0465061796 Manipulating Minds: The War Propaganda Machine http://www.authentichistory.com/1914-1920/2-homefront/1-propaganda/ http://www.cfr.org/about/history/cfr/inquiry.html Le livre en libre tĂ©lĂ©chargement. En anglais. http://www.historyisaweapon.com/defcon1/bernprop.html Documentaire « The Century of the Self » dâAdam Curtis. Intervention de Bernays dans la premiĂšre vidĂ©o, Ă 7:57. http://www.entelekheia.fr/century-self-le-siecle-du-moi/ Si le texte « fondateur » de la rĂ©volution sexuelle des annĂ©es 60, le trĂšs faussaire Rapport Kinsey (1948) a Ă©tĂ© financĂ© Ă lâorigine par la trĂšs capitaliste Fondation Rockefeller, ce nâest pas un hasard. A la remorque de Bernays et de lâAmerican Tobacco Company, le monde du business Ă©tait Ă lâaffĂ»t des profits Ă tirer de la psychologie et de la sexualitĂ©, dâoĂč une multiplication de recherches brouillonnes dans les deux domaines. En matiĂšre de recherches en sexualitĂ©, deux noms se sont imposĂ©s, Wilhelm Reich et Alfred Kinsey. Lâun Ă©tait psychotique, lâautre escroc. Tueurs dâespoir : 1954, les fruits amers de la CIA au Guatemala http://www.entelekheia.fr/tueurs-despoir-fruits-amers-de-cia-guatemala/ Source: http://www.entelekheia.fr/une-breve-histoire-de-la-propagande/ Â
france : XL Airways en cessation de paiements : âOn va ĂȘtre trĂšs attentifs pour prĂ©server lâemploiâ, assure Elisabeth Borne info247 La ministre de la Transition Ă©cologique a rĂ©agi vendredi matin Ă lâannonce de la cessation de paiements de la compagnie aĂ©rienne française, moins de trois semaines aprĂšs la faillite dâAigle Azur.
Attentifs à l'un et à l'autre - Exhortation de «La Sainte Bible se continue» publiée par GROY
Attentifs Ă lâun et Ă lâautre â Exhortation de «La Sainte Bible se continue» publiĂ©e par GROY
Attentifs Ă lâun et Ă lâautre ProphĂ©tie de Dieu appuyant lâexhortation prĂ©cĂ©dente intitulĂ©e : «HĂ©ritiers de la grĂące de la Vie» prononcĂ©es dans lâassemblĂ©e des saints de Dieu EnregistrĂ©e le 27 juillet 2008 Ă 21 h 40 MontrĂ©al (QuĂ©bec) CANADA DurĂ©e : 5 min 19 s     ROY0105R4P Enregistrements originaux, transcription, Ă©dition, traduction en langue anglaise et publication par Guylaine Roy (GROY) ©âŠ
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