(petite scène de la ville quotidienne, la perte historique des gestes)
le serveur écrit sur sa grande ardoise le menu du soir au feutre blanc ; la craie n’existe plus depuis longtemps ; courbé comme un peintre sur sa toile, il peine à réaliser les lettres et les mots ; il relit et relit de peur de laisser des fautes ; il se trompe, il efface à l’aide d’un chiffon blanc le blanc des erreurs ; ici pas de correcteurs automatiques, tout prend du temps et de la réflexion, le corps et les mains au travail ; il y met le même temps que l’artiste qui dessine sur le motif le premier croquis ; la scène vient d’un autre temps où la main servait encore à noter sur des feuilles et autres supports, où la main était encore agile et sûre pour ce travail ; désormais seul l’extrémité des doigts travaillent l’écran lumineux
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the waiter writes the evening menu in white marker on a large blackboard; chalk disappeared long ago; bent over like a painter before his canvas, he struggles to shape the letters and the words; he reads them over and over again for fear of leaving mistakes behind; he makes one, then wipes away with a white cloth the white of the error; here there are no automatic spell-checkers; everything takes time and thought, the body and the hands at work; he devotes to it the same time an artist spends sketching the first outlines from life; the scene seems to come from another age, when the hand was still used to write on sheets of paper and other surfaces, when it was still agile and sure in that task; now only the fingertips work upon the luminous screen
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© Pierre Cressant
(lundi 9 décembre 2024)


















