Unica ZĂĽrn, printemps sombre et Homme-Jasmin.
Née Nora Berta Unica Ruth Zürn, le 6 juillet 1916, pendant la première guerre mondiale, dans un milieu très aisé, elle passe son enfance dans la maison familiale de Grünewald. Cet épisode de sa vie, elle le relate dans une auto-fiction, printemps sombre. Obsédée par son père souvent absent, elle entretient des rapports complexes avec sa mère, elle grandit dans un climat incestuel d’abord, incestueux ensuite quand son frère la violera à l’age de 10ans. Elle revient sur son enfance, à la troisième personne, son éveil à la sensualité, à la sexualité, à la violence, à la transgression, elle sait quand elle l’écrit que cette vie ne vaut pas/plus la peine d’être vécue et préfigure sa fin. Elle dépeint la violence d’une enfance qui d’extérieur pourrait paraitre idyllique, dans un intérieur bourgeois et colonialiste de l’Allemagne des années 20. Tout le contexte social est absent, la maison est hermétique au monde.
Ses parents divorcent tôt et chacun adhère au NSDAP durant l’entre deux guerres. Par les relations de sa mère (mariée à un proche d’Hindenburg et futur ministre du Reich) elle obtiendra un poste de sténodactylo, puis de chargée de production à l’UFA (Universum Film AG). Elle ne rejoindra jamais le parti elle même, et racontera qu’en 1942, la découverte des crimes perpétrés par les nazis est un choc dont elle ne se remettra pas.
La même année, elle se marie avec un industriel, avec lequel elle aura deux enfants dont elle perdra la garde lors de leur divorce en 1949.
Sans réels moyens, elle se met à écrire pour des journaux, à peindre et à dessiner pour subsister. Elle commencera à fréquenter la scène artistique allemande et les cabarets, ce qui en 1953, l’amène à rencontrer Hans Bellmer (lui même plasticien) en 1953, qui l’introduira dans le cercle des surréalistes parisiens.
Unica Zürn - Sans titre, 1955, Collection privée, Paris ©Dominique Baliko
Il n’en fera pas seulement une muse et une compagne, il la soutiendra dans sa création et l’aidera à exposer dès son arrivée à Paris, lui fera découvrir les anagrammes ce qui aboutira à sa première publication en 1954 : Hexentexte.
En 1957, par son intermédiaire elle rencontrera Henri Michaux, qui lui fera prendre de la mescaline, cet homme deviendra l’incarnation d’une figure fantastique et fantasmé de son enfance : L’Homme-Jasmin. Elle utilisera leur relation pour écrire son premier roman entre 1963 et 1965. Œuvre autofictionelle dans lequel on marche sur le fil du délire psychotique, de la lucidité, et de la fiction pure et dure. Il est difficile de démêler la pelote, tout comme dans ses dessins; finalement rien ne sert de vouloir tout analyser il est trop tard maintenant, cette lecture est un voyage, il s’agit d’une fenêtre qu’elle ouvre, pour nous, sur son esprit, sur la psyché d’une schizophrène.
Unica Zürn - Sans titre, 27 septembre 1962, Hôpital Sainte-Anne, Paris ©Dominique Baliko
Car en 1960, de retour à Berlin après 7 ans d’absence, elle est internée pour la première fois et diagnostiquée. S’en suivent dix années d’aller-retour. Saint-Anne, La Rochelle, Saint Anne, Maison Blanche en 1966-67-69, mais aussi la clinique psychiatrique du Château de la Chennais et sûrement d’autres. Bellmer et Michaux tentent de la faire sortir, ils s’arrangent pour lui procurer encre, papier et plumes.
En 1970, elle obtient une permission, elle se rend chez Bellmer et se jette du 6ème étage.
Elle avait 53 ans.
Reste derrière elle une oeuvre riche et complexe, souvent catégorisée dans l’Art Brut de par son institutionalisation, mais aussi des romans, des poèmes, qui, à l’image de son existence transcendent le réel, la fiction, la pudeur et la morale.
Oeuvre traduite en Français :
printemps sombre - chez Ypsilon, traduit par Lucie TaĂŻeb. Postface de la traductrice.
L'Homme-Jasmin. Impressions d'une malade mentale - chez l’Imaginaire Gallimard traduit par Ruth Henry et Robert Valençay. Préface d'André Pieyre de Mandiargues
La maison des maladies - chez Hourra, traduit par Ruth Henry & Robert Valençay. Après propos de Mathilde Girard.
MistAKE / Le blanc au point rouge - chez Ypsilon, traduit par Hélène Quiniou et Thomas Hippler. Préface de Rike Felka.














