"LâamoralitĂ© du pervers narcissique est systĂ©matiquement constatĂ©e par les experts. Elle est due en grande partie Ă lâinsensibilitĂ© et Ă la recherche de la jouissance dont la condition est lâacquisition dâun pouvoir sur lâautre. Le pervers sâest repliĂ© en deçà de ce qui est humain. Câest un dĂ©sĂ©quilibrĂ© qui nâa pas intĂ©grĂ© la loi morale et qui a tendance Ă faiblement neutraliser ses conflits internes. Il les projette sur lâextĂ©rieur dans son comportement et ses actes. Lâautre, dans lâusage quâil en fait, devient comme le commentaire de ses pensĂ©es inconscientes, car la pulsion nâest pas Ă©laborĂ©e dans ses consĂ©quences. Il y a dans ce domaine faillite des processus secondaires, ces processus constructeurs qui obĂ©issent au principe de rĂ©alitĂ© par opposition au primat du pulsionnel qui suit lâunique principe de plaisir. Lâirruption de la brutalitĂ© pulsionnelle qui sâempare du pervers renvoie bien sĂ»r Ă la perte de contrĂŽle liĂ©e Ă lâurgence Ă satisfaire une pulsion, mais il y a aussi la maĂźtrise de la proie issue de son incapacitĂ© fondamentale Ă ĂȘtre sensible Ă la souffrance dâautrui. La sympathie â câest-Ă -dire Ă©tymologiquement la capacitĂ© Ă souffrit avec â nâexiste pas chez le pervers. Pourtant, il est sĂ©ducteur et ĂŽ combien ! Le diable nâest pas une figure grimaçante, il attise notre intĂ©rĂȘt, et la tentation peut prendre une forme ravissante pour capter notre attention !"
Dominique Barbier, La fabrique de lâhomme pervers, 2013.












