Tard dans la nuit, nous parlĂąmes de lâamour, de ses complications. Aux yeux de mon pĂšre, elles Ă©taient imaginaires. Il refusait systĂ©matiquement les notions de fidĂ©litĂ©, de gravitĂ©, dâengagement. Il mâexpliquait quâelles Ă©taient arbitraires, stĂ©riles. Dâun autre que lui, cela mâeĂ»t choquĂ©e. Mais je savais que dans son cas, cela nâexcluait ni la tendresse ni la dĂ©votion, sentiments qui lui venaient dâautant plus facilement quâil les voulait, les savait provisoires. Cette conception me sĂ©duisait : des amours rapides, violentes et passagĂšres. Je nâĂ©tais pas Ă lâĂąge oĂč la fidĂ©litĂ© sĂ©duit. Je connaissais peu de chose Ă lâamour : des rendez-vous, des baisers et des lassitudes.
Françoise Sagan, Bonjour tristesse.















