« Il y a 3 ans environ, jâavais des problĂšmes de digestion importants, alors jâai dĂ©cidĂ© dâaller voir mon mĂ©decin de famille. Il mâa conseillĂ©, sans mĂȘme mâexaminer, de prendre des marches et boire de lâeau Ă cause de mon poids. Jâai dĂ» insister pour ne pas que la rencontre sâarrĂȘte lĂ et jâai finalement eu des mĂ©dicaments, toujours sans ĂȘtre examinĂ©e qui nâont pas rĂ©glĂ© le problĂšme. Jâai donc dĂ©cidĂ© dâaller voir un autre mĂ©decin et jâai dĂ» insister encore une fois pour quâon me prenne au sĂ©rieux et rĂ©ussir Ă avoir des examens. On a fini par dĂ©couvrir que jâavais des pierres Ă la vĂ©sicule biliaire, et pas rien quâun peu. Et mĂȘme lĂ , jâai dĂ» me battre pour quâon mâopĂšre et quâon ne se contente pas de me dire de perdre du poids, mĂȘme si on me disait clairement que perdre du poids ne rĂ©glerait pas mon problĂšme. OpĂ©ration qui a fini par avoir lieu cette annĂ©e, aprĂšs 3 ans de lutte pour ĂȘtre crue et entendue. VoilĂ Ă quoi ça ressemble, la grossophobie mĂ©dicale. Quand je vais chez le mĂ©decin, je dois demander Ă ce quâon ne parle pas de mon poids en premier comme si câĂ©tait la raison inĂ©vitable de tous mes maux : jâaimerais que mes douleurs et la raison pour laquelle je viens soient prises en compte. Câest difficile Ă comprendre pour ceux et celles qui ne la vivent pas, mais câest terrifiant dâaller chez le mĂ©decin quand on doit toujours prouver et dĂ©fendre que nos maux sont rĂ©els, quâon mĂ©rite dâĂȘtre traitĂ©s comme les autres. Il y a encore beaucoup de monde pour qui systĂ©matiquement gros Ă©gale mauvaise santĂ© et mince bonne santĂ©, et ce, mĂȘme si on connaĂźt tous des personnes minces en mauvaise santĂ©, qui mangent mal, qui ne bougent pas⊠mais Ă lâinverse, quâune personne grosse puisse ĂȘtre en santĂ©, câest difficile Ă accepter pour bien des gens. Et tu ne rĂ©ussiras jamais Ă dĂ©faire cette association-lĂ de la tĂȘte des gens sâils ne sont pas prĂȘts Ă le faire. Et dans tous les cas, la santĂ©, lâalimentation ou lâexercice physique, il nây a rien lĂ -dedans qui est prĂ©alable au respect et Ă la validitĂ© de lâĂȘtre humain.Â
Les gens se cachent derriĂšre la noblesse de la santĂ©, mais dans les faits, ils sâen foutent. On reproche aux personnes grosses de ne pas ĂȘtre en santĂ© ou de 'glorifier lâobĂ©sitĂ©' sur les rĂ©seaux sociaux quand tout ce quâon fait, câest exister. Tout ça alors quâon vit dans une sociĂ©tĂ© qui glorifie tellement tous les excĂšs, de nourriture, dâalcool et autres, tout en valorisant la minceur, aux dĂ©pens mĂȘmes de la santé⊠Ne serait-ce que le nombre de personnes qui ne prennent pas leur mĂ©dication juste pour ne pas prendre de poids Ă cause des effets secondaires, pour ne pas ĂȘtre gros, câest hallucinant. Et aprĂšs ça, on va stigmatiser les personnes grosses parce que câest pour leur 'santĂ©' ?
Câest vraiment lâhypocrisie qui mâatteint le plus dans ce discours. On reproche aux gros de ne pas ĂȘtre en santĂ© alors que lâindustrie de la mode et de lâimage sont des industries de minceurs toxiques, Ă base de rĂ©gimes nĂ©fastes et de retouches, de crĂ©ation et de perpĂ©tuation de troubles alimentaires. Câest ridicule. Ă un moment donnĂ©, il faut dĂ©crocher de cette idĂ©e lĂ que gros Ă©gale en mauvaise santĂ©, quâĂȘtre gros câest un choix. La santĂ© est tellement plus complexe que ça ! Si tu prends 100 personnes qui font exactement les mĂȘmes exercices et mangent exactement la mĂȘme chose, câest normal quâelles ne pĂšsent pas toutes la mĂȘme chose. Et il nâest pas question ici de faire un concours de qui est plus en santĂ©, câest juste de dire quâon ne peut pas rĂ©sumer la santĂ© Ă un ratio grandeur/grosseur comme lâIMC. En plus, la culpabilitĂ© ne devrait avoir de place dans notre relation avec notre corps. Si vraiment tu veux que les gens soient en forme et mangent mieux, ce nâest pas en les culpabilisant sur leur poids que ça va marcher. Câest comme si on Ă©tait valides juste quand on est mincesâŠ
La grossophobie, câest dĂ©licat, parce que câest la derniĂšre forme de stigmatisation encore socialement acceptĂ©e. Alors quand on parle de ce quâon vit, de grossophobie, on se fait reprocher dâĂȘtre des gros paresseux qui chialent, de se chercher des excuses, on se fait insulter, rabaisser, invalider⊠On renforce la culpabilisation des gros jusquâau point oĂč ils vont jeter leur argent dans des rĂ©gimes qui ne fonctionnent pas, dans des programmes dangereux et dans des produits nocifs qui ne font quâengraisser lâindustrie de la diĂšte de milliards de dollars. Et, autre ironie, mĂȘme dans le sport, on est stigmatisĂ©! On rit allĂšgrement des personnes grosses qui bougent et sâentraĂźnent. Sans compter que le sport chez les personnes grosses est toujours associĂ© Ă la perte de poids, et si tu ne perds rien, tu Ă©choues. Lâobsession du poids est tellement problĂ©matique. On mise tout sur la balance, au dĂ©triment de la vraie santĂ© physique et encore plus de la santĂ© mentale.
Jâai grandi en essayant de me construire et Ă chaque fois que je rĂ©ussissais quelque part, il me restait toujours cette derniĂšre chose Ă rĂ©gler dans ma tĂȘte qui Ă©tait de perdre du poids. JâĂ©tais complĂštement dĂ©connectĂ©e de mon corps, je le dĂ©testais comme sâil ne mâappartenait pas. Jâai fini par rĂ©aliser que le poids que la sociĂ©tĂ© me disait devoir atteindre, je ne lâaurais probablement jamais et sur le coup, ça mâa mis une claque. Mais cette pensĂ©e-lĂ , qui je croyais allait me dĂ©truire, mâa en fait construite et libĂ©rĂ©e. Parce que jâai rĂ©alisĂ© que ma validitĂ© ne passait pas par mon corps, que je nâavais pas besoin dâĂȘtre mince pour ĂȘtre respectĂ©e et que je pouvais ĂȘtre bien comme je suis avec le corps que jâai. Beaucoup de personnes grosses ont eu cette pensĂ©e-lĂ ou lâont encore : 'Je vais ĂȘtre la meilleure version de moi-mĂȘme et je serai enfin heureuse quand je serai mince'. Mais câest faux : bonheur et minceur ne sont pas des synonymes. On nâest pas des minces ratĂ©s : on est des humains comme on est. Je me suis trouvĂ©e autrement que par mon poids et mon apparence et je suis en paix avec ça. »
"About 3 years ago, I was having major digestive problems, so I decided to go see my doctor. He advised me, without even examining me, to take walks and drink water because of my weight. I had to insist not to let the meeting end there and I finally got some medication, still without being examined, which did not solve the problem. So I decided to go to another doctor and had to insist once again that I be taken seriously and get tested. Eventually they found out that I had gallbladder stones, and not just a few. Even then, I had to fight to get surgery and not just be told to lose weight, even though I was clearly told that losing weight would not solve my problem. Surgery that finally happened this year, after 3 years of fighting to be believed and heard. This is what medical grossophobia looks like. When I go to the doctor, I have to ask that they don't talk about my weight first as if it were the inevitable reason for all my troubles: I'd like my pain and the reason I come to be considered. It's hard to understand for those who don't live it, but it's terrifying to go to the doctor when we always have to prove and defend that our problems are real, that we deserve to be treated like others. There are still many people for whom being fat systematically equals bad health and being thin equals good health, even though we all know thin people who are unhealthy, who eat poorly, who don't move... but on the other hand, the fact that a fat person can be healthy is difficult to accept for many people. And you'll never get that association out of people's heads if they're not willing to do it. And in any case, health, diet or exercise, there is nothing in there that is a prerequisite for respect and validity of the human being.
People hide behind the nobility of health, but in reality, they don't care. Fat people are blamed for not being healthy or for 'glorifying obesity' on social media when all we do is exist. All this while we live in a society that glorifies all excesses, food, alcohol and others, while promoting thinness, at the very cost of health... If only the number of people who do not take their medication just to avoid gaining weight because of the side effects, to avoid being fat, it's mind-blowing. And after that, we are going to stigmatize fat people because it is for their 'health'?
It's really the hypocrisy that gets me the most in this speech. Fat people are blamed for being unhealthy while the fashion and image industry is an industry of toxic thinness, based on harmful diets and alterations, creating and perpetuating eating disorders. This is ridiculous. At some point, we have to get away from this idea that fat equals unhealthy, that being fat is a choice. Health is so much more complex than that! If you take 100 people who do exactly the same exercises and eat exactly the same food, it's normal that they don't all weigh the same. And it's not a question of having a contest of who is healthier, it's just to say that we can't summarize health with a height/fatness ratio like BMI. Also, guilt should have no place in our relationship with our bodies. If you really want people to be fit and eat better, guilt about their weight is not going to work. It's as if we're valid just because we're thin...
Grossophobia is a delicate issue, because it is the last form of stigmatization that is still socially accepted. So when we talk about what we're going through, we get blamed for being lazy fat people who whine, make excuses, get insulted, denigrated, invalidated... We reinforce the guilt-tripping of fat people to the point where they're going to throw their money away on diets that don't work, on dangerous programs, and on harmful products that only fatten up the diet industry by billions of dollars. And, another irony, even in sports, there is a stigma! Fat people who move and work out are laughed at. Not to mention that sports for fat people is always associated with weight loss, and if you don't lose anything, you fail. The obsession with weight is so problematic. We put everything on the scale, to the detriment of true physical health and even more so mental health.
I grew up trying to build myself up and every time I succeeded somewhere, there was always that last thing left to deal with in my head which was losing weight. I was completely disconnected from my body, I hated it as if it didn't belong to me. I finally realized that the weight that society told me I should be at, I would probably never be at, and right then and there, it was a slap in the face. But that idea, which I thought would destroy me, actually built me up and freed me. Because I realized that my validity was not in my body, that I didn't need to be thin to be respected and that I could be fine the way I am with the body I have. Many fat people have had this thought or still have it: 'I will be the best version of myself and I will finally be happy when I am thin'. But that's not true: happiness and thinness are not synonymous. We are not thin failures: we are humans as we are. I have found myself in ways other than my weight and appearance and I am at peace with that."