Au nord, tout au nord de la planète, là où le froid gelait les plus brûlantes passions, où la neige se déversait à torrent, où les larmes ne savaient plus couler, le crépuscule, doux crépuscule, annonça timidement l'arrivée de la nuit. Et parce que crépuscule était crépuscule, tous levèrent la tête vers le haut ciel, cessant par là même combats, survies, et autres loisirs de ces terres. D'un accord tacite, chacun rentra à son campement, délaissant morts et blessés, faute d'avoir de quoi les soigner. Seule une mine daigna exploser, répandant en étincelles et gerbes rougeâtres un soldat sans importance. Et sous le soleil toujours plus fuyant, une forme minuscule s'avança dans ce champ fleuri par la mort.
La forme attrapa au vol l'un des bras du soldat explosé. Elle l'étudia sous toutes ses coutures et le jeta derrière-elle: il n'avait rien d'intéressant. Puis elle s'approcha des corps, tout doucement, veillant à ne pas leurs marcher dessus, plus pour éviter de trébucher que par un quelconque respect. Un a un, elle fouilla ceux qui était encore dans un état regardable. A vrai dire, tous l'étaient, pour quiconque ignorait la décente entierté des humains des villes paisibles. Sans pudeur ni superstition, elle leur vida les poches, récupéra vêtements chauds et rations de survies. Elle revêtit les habits militaires, troués, ensanglantés et beaucoup trop grands pour elle, par dessus ses loques miteuses et y fourra les rations.
Malgré la faim qui la tiraillait, elle ne mangea rien: la nourriture était trop rare par ici et elle avait déjà déjeuné trois jours auparavant. Elle s'arrêta un court instant pour lever le nez, voyant que la nuit se faisait de plus en plus insistante, elle se hâta de dépouiller quelques autres corps, tous anonymes. Sur certains, elle pris des armes en assez bon état, des munitions, quelques objets de valeurs... Plus tard elle les échangerait contre le mince réconfort d'un repas chaud avec de la viande bien cuite et des légumes bien frais ou d'une nuit dans un lit avec des draps propres. Parfois, lorsque la chance lui souriait de ses belles dents jaunes et gâtées, elle trouvait des papiers scellés, remplis d'informations secrètes et illisibles. Elle aurait pu les vendre mais elle avait appris très tôt qu'avec ce genre de papiers en mains, on risquait plus de mourir torturé que de recevoir une récompense.
Comme il faisait présentement nuit noire, elle s'abrita sous un bunker à moitié effondré. A la lumière pâle et glaciale de la lune, elle observa attentivement le ciel. Il faisait un peu plus chaud que d'habitude: il ne neigerait pas. La forme en profita donc pour retirer certaines de ses couches de vêtements, ne dévoilant que sa tête. Si de dos et de très loin elle aurait pu ressembler à une fillette normale, sa face était tout autre. La réalité est bien trop souvent pire que la fiction. Ses yeux vides semblaient exorbités tant son visage était osseux. Ses cheveux noirs, ternes et hirsutes, recouvraient ses frêles épaules comme une écharpe rugueuse. Elle était maigre sous les uniformes volés aux morts, bien trop maigre. "Presque mourante" se seraient attendries les grandes personnes des villes paisibles. Et pourtant, bien plus qui quiconque, elle vivait.
Elle pris une poignée de neige pour se laver le visage. Puis une autre, qu'elle laissa fondre dans sa bouche. Elle remis en place ses multiples couches de linges et se roula en boule. Dès l'aurore, elle quitterait ce champ, laissant sa place à ceux qui faisaient fleurir la mort, et elle irait là où son butin lui offrirait l'assurance d'exister une journée de plus. Elle s'endormit, souriante. Oui, elle, qui n'était qu'une forme minuscule parmi tant d'autres, savait le véritable sens du mot "vivre".
Parce qu'elle ne connaissait pas le bonheur, elle était heureuse simplement de se savoir respirer.
Parce qu'elle ne connaissait que la haine, elle faisait parti des rares chanceux à réellement voir la vie en rose.
Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
✓ Live Streaming✓ Interactive Chat✓ Private Shows✓ HD Quality✓ Free Actions
Free to watch • No registration required • HD streaming
Je me glisse hors de ma peau quand tu me vois, ne laissant qu'une apparence derrière moi. Mais ce contour que tu salues, que tu présentes à tes amis, à ta famille, je le jalouse de tout mon être. Il est si beau quand, dans tes bras, il rayonne de l'amour que tu lui portes. Si doux quand, dans tes draps, il étend sa tendresse sur ton cœur. Le contemplant, je meurs un peu plus à chacun de ses gestes... car ce ne sont pas les miens. Lui sait t'adorer comme tu le mérites, il s'est offert en repentir à l'ardeur de ton pardon.
Malheureusement, ses fragiles caresses et son affection dévouée prouvent combien ta route a bifurqué loin de la mienne. Car je reste là cet horizon que tu délaisses, cet obstacle gravi et oublié dans les distances derrière ton dos. Et si tu ris, je n'entends rien. Et si tu pleures, je ne vois rien. Quand tu l'embrasses, je ne goûte rien. Quand tu le touches, je ne sens rien. Même ton parfum, un jour, s'évadera de ma mémoire. Je m'y accroche pourtant, désespéré, rêvant de le retenir alors qu'il s'enfuit déjà...
Je n'y arrive pas.
M'est parvenue la nouvelle que vous allez vous marier et m'est venue la folie de trouver cela malsain... Cet épiderme qui me ressemble, que tu crois être moi, prendrait ta main dans la sienne, poserait ses lèvres sur les tiennes et, sans que tu saches, sans que tu ne comprennes, te dirait « oui ». Quelle idée répugnante... Il n'est qu'une peau ! Une mue ! Il n'est rien de ce que tu penses ! S'il t'aime, il ne saura t'offrir les « toujours » auxquels tu songes ! Que le vent l'emporte ou que le temps l'assèche : il disparaîtra bientôt, t'abandonnant à la solitude et à l'incompréhension...
Je suis désolé... tellement désolé...
J'aurais voulu savoir être là et te révérer comme il te révère. J'aurais voulu rire avec toi et essuyer tes larmes, déguster la vie avec toi et frémir sous tes soupirs... mais je sonne faux. Je ne sais que mentir quand je me confie. Je ne sais pas que dire, quand tout m'asphyxie. Tu es magnifique et généreuse. Ton sourire éclaire ma vie et je me brise sous ta colère. Ton indulgence me reconstruit et tes doigts sur les miens me tiennent debout. J'ai pour structure ton bonheur épanoui et mes fondations sont faites de tes paroles. Mais la Vie... la Vie nous change... Tu es mon « tout » mais tu es trop... Ton amour est trop lourd et tes attentes trop destructrices. Ta présence m'obsède tant que j'en oublie d'exister. Ton verbe est si radieux que j'en oublie de respirer. Je ne suis plus rien, quand tu es là. Je ne sais plus être, quand tu ne l'es pas.
Alors d'un pas je me retire, te désertant sans même te fuir. Je demeure, avec nos premiers émois, l'image floue d'un souvenir. Cette écorce que tu épouses, que j'ai quittée il y a longtemps, n'a plus de sève ni de tissu ligneux. Ce profil que tu étreins, qui n'est plus mien depuis longtemps, n'a plus d'âme ni d'ossature.
La nuit tombe et l'enfant dort. Aux nuages qui s'épaississent, aux étoiles qui s'éclipsent, un cri étend son écho en alarme. Crissement aigu d'une langue râpeuse qui déraille de sa propre peine, tressant mots et suppliques à même ses afflictions, le bruit résonne mais s'éteint d'un battement. De cette vibration naît un effroi, un cauchemar aux secrets tortueux.
Une bruine froide dépose sa rosée sur les tempes de l'enfant et un frisson s'éprend du sol, hérissant l'épaisse toison de la moquette. L'air de la chambre est lourd et moite, la fenêtre s'embrume de sueur et d'expiration. La fièvre est là, qui embaume le tout d'une putridité maladive, et, où l'innocence devient crime, un souffle erratique vient titiller les relents de la peur. Les poumons se resserrent et le cœur se débat, étranglés par la panique à en faire éclater la baudruche des candeurs. Le ballon de l'ampoule explosé, la dernière lueur disparaît. Le monde a perdu sa lumière et l'enfant, son seul guide.
Les quatre murs du dédale se déforment d'angoisse. Les ombres allongent leurs griffes émaciées et burinent le plâtre. Aucun meuble n'échappe à leur poigne possessive, aucune surface n'élude leurs empreintes punitives, aucun espoir ne survivra à leur emprise.
Un sursaut tire l'enfant de son sommeil, éructant ses rêves de sa gorge comme une langue de flammes infernales. La brûlure atteint le plafond, la blessure en pourfend les chairs et la terreur, insupportable et obsédante, en avilit les maux. Corrodée par les palpitations furieuses de cet éveil soudain, la substance du toit se rétracte, exhibant la nudité affreuse d'un ciel d'agonie.
L'enfant tente d'apaiser sa frayeur. Il s'étreint de ses draps et calme sa respiration, compte les secondes et se convainc qu'il est sauf... et pourtant ses mains se crispent, enfonçant ses ongles dans ses paumes : il se sait en sécurité mais Savoir est inutile quand les Chimères le hantent.
Tremblant et détrempé d'épouvante, il gémit la complainte d'une bête mourante. Il connaît pourtant l'issue du cauchemar, n'ignore pas où se terre l'échappatoire. S'il en avait le courage, l'enfant irait la trouver. Il sortirait de ses couettes, se lèverait sur ses jambes grelottantes et malhabiles et, une main agrippée à l'existence même du mur, il suivrait la paroi jusqu'à l'interrupteur. Bien des obstacles se dresseraient sur son chemin et longue serait la route, mais il persisterait jusqu'à atteindre l’Éclat qui chasse les Ombres.
Sauf que les ténèbres l'emprisonnent et l'haleine du Démon l'asphyxie : l'enfant n'ose pas, ne peut pas poser le pied à terre. Prêt à s'emparer de ses chevilles s'il en avait l'occasion, à l'entraîner loin de sa chambre, de sa maison et de sa famille, à l'engloutir et à le submerger, le vice est là et réel, tapi dans les recoins de l'horreur. Alors l'enfant ne bouge pas. Et il ne bougera pas, tant que le Monstre se cache sous son lit.
J'ai laissé ma clef sur le comptoir et la porte grande ouverte. Je suis parti sans baiser ni au revoir, sans bagage ni change, t'abandonnant à l'espoir qu'un jour je revienne. Sur le buffet du salon, repose encore cette photo ancienne, celle des deux inconnus qui s'aiment. Et dans la cuisine, une casserole de soupe bouillante fume toujours, sans que personne ne la surveille. Un feu pourrait se déclencher, qui effacerait toute une vie de souvenances... Tu serais la seule à en souffrir, car tu es la seule à te souvenir.
J'ai pris mon temps jusqu'au bureau de tabac, admirant mon reflet distendu par la saleté des vitrines. J'ai slalomé entre les épais troncs de platanes bordant la route, frappant du pied une canette écrasée qui a fini dans le caniveau. J'ai regardé un ciel qui m'a fait me sentir minuscule et ridicule. J'ai regardé une flaque qui m'a renvoyé mes questions plus incompréhensibles qu'elles ne l'étaient à la base. Pourquoi est-ce que je ne nous reconnais pas sur cette photo dans le salon ? Qu'est-ce qui a bien pu nous arriver ? J'ai regardé droit devant moi, je n'ai pas trouvé de réponse.
Nous nous sommes aimé, c'est une certitude. J'ai quelques vagues mémoires d'un lointain temps d'affection. Ta main dans la mienne, marchant jusqu'au tabac du coin, alors que nous ne fumions pas, ni toi, ni moi... L'odeur de la cigarette posée dans le cendrier, qu'on regardait s'évaporer en devisant gaiement... Les bougies à chaque anniversaire... Les châteaux forts en couvertures, les chocolats et les batailles de crème pâtissière... Les rares disputes, qu'on oubliait au coin du lit... L'amour, le désir et les rêves qu'on faisait à deux sans jamais oser les réaliser... Puis je me suis réveillé.
Au sortir des draps, j'ai pris froid au cœur. La fièvre embrouilla tout. La toux chassa le reste. Je me suis demandé qui tu étais. Ma mémoire était floue et je ne me souvenais pas de toi comme ça. Mains dans les poches en allant acheter des clopes que j'étais le seul à fumer... La pestilence des mégots éteints qui s'entassaient dans le cendrier... Les bougies qui ne sortaient même plus aux jours d'orage... La forteresse inaccessible qui battait dans ton poitrail, l'amertume du café, la guerre à chaque petite erreur... Les nombreuses engueulades que, même enrhumé, mon cœur rancunier ne pouvait oublier... L'amour ? Non. L'envie... et ces cauchemars qu'on ne peut vivre qu'à deux.
Je suis arrivé au tabac, je l'ai contemplé sans mot dire, sans te maudire ni bouger. J'ai sorti un paquet de clopes neuf de ma poche et continué mon chemin vers le parc en soupirant, réalisant qui si personne ne m'arrêtait... Si personne ne m'arrêtait, je m'envolerais.
J'ai trébuché sur un caillou en plein milieu de l'Histoire et me suis retrouvé aveugle, face contre terre. Égoïste, j'ai persisté en rampant à vouloir te retrouver. Mais j'ai vite compris que tu n'existais pas, que tu n'étais qu'un mirage datant de vieux jours merveilleux. « C'était mieux avant »... Je ne me suis jamais autant haïs qu'en pensant cette phrase et pourtant, même la soupe bouillante était meilleure avant... avant quoi ? Je ne pense pas que je comprendrai un jour ce qu'il s'est passé entre nous : je ne me souviens de rien.
Assis sur un banc, mon paquet de clopes se balançant entre deux doigts sous mes yeux, je me suis demandé ce qu'il y avait au-delà... au-delà des clopes, au-delà de nôtre vie, au-delà de ma lâcheté et au-delà de ce « A tout à l'heure » resté sans réponse...
J'ai laissé mon cœur malade sur le comptoir et le tien grand ouvert. Je suis parti sans baiser ni au revoir, sans bagage ni changement, t'abandonnant à l'espoir qu'un jour je revienne...
Quand le crâne est une cage et la réflexion prisonnière, que devient la liberté de penser ? J'ai le cœur malade à l'idée que mes maux débordent, mais si personne n'ouvre la cage... comment m'exprimer ?
Je suis là à leur côté, vivant le même instant, respirant le même air. On se retrouve enfin, après des mois à n'échanger que nos voix, à ne partager que l'écran. On se retrouve enfin et pourtant... à leur côté je suis en Enfer.
J'aimerais que mon corps soit un asile, un endroit de repos pour mon esprit effaré. Il accueillerait la félicité de les revoir, la douce amertume de les trouver si changés et la sérénité de les savoir proches et bien portants, mais... quatre murs et un toit de marbre : mon corps est une geôle. Ni barreau, ni fenêtre... mon corps est un cercueil. Et dans ce temple immobile, tétanisé, une Terreur pure et écrasante dévore toute forme de raison.
Je les aime plus que tout, il n'y a aucun doute. L'Amour que je leur porte est puissant et inarrêtable, il grandit à chaque seconde qui passe, se confirme à chacun de leurs sourires. Alors pourquoi est-ce que mon propre corps me trahit ? Je suis là à leur côté, on se retrouve enfin... et tout n'est qu'épouvante. Mon cœur tremble mais mon corps se crispe. Mon âme s'ébranle mais ma frayeur me fige. Sous le tissu de mon masque, mes lèvres goûtent le sel des larmes que mes yeux n'arrivent même pas à verser... j'ai peur.
Alors on est tous là, ensemble, mais je reste lointaine. Leurs bouches forment des mots que je n'entends plus, des sourires que je ne vois plus. Leurs yeux me dévisagent, avec une soif que seul un an perdu dans un désert peut engendrer, et les miens restent choqués. J'ai l'Amour silencieux et l'effroi inaudible... Loin d'un accueil chaleureux, je ne dégage qu'une froideur semblable à l'absence.
Et pourtant, il se passe tant de choses en moi... tant de combats. Je lutte pour rester, pour ne pas les fuir. Je lutte pour un mot, rien qu'un brin de prévenance, qui refuse de sortir. Je lutte contre moi-même, contre ces instincts déloyaux qui m'envoient les mauvais signes. Je lutte contre des connexions qui répugnent à se faire entre mon cerveau et mon cœur, contre une frayeur qui me submerge et une culpabilité qui me ronge sans retenue. Je lutte... et ma propre crainte rend cette lutte vaine.
Je ne trouve plus ni souffle, ni quiétude. Une sueur froide inonde mon dos. Un déchirement atroce brûle mes poumons. Mais il faut que j'essaie. Je ne peux pas abandonner ici, à un soupir des retrouvailles tant rêvées ! Je ne veux pas faire ce deuil ! La panique bat en moi à m'en sortir du thorax... mais ma détermination sera plus forte ! Mon Amour pour eux l'emportera sur cette couardise illogique ! Je peux le faire ! Je peux me vaincre !
Au final, la visite se terminera sans surprise. Amour, effroi, conviction... Rien de cela ne s'échappera de la cage. Pinson sans aile ni chant, je resterai là, en marge d'un songe poursuivi des siècles durant... effleurant le bonheur sans jamais l'atteindre... à un battement de la liberté, sans moyen de la rejoindre.
Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
✓ Live Streaming✓ Interactive Chat✓ Private Shows✓ HD Quality✓ Free Actions
Free to watch • No registration required • HD streaming
Elle porte à ses lèvres une tasse d'amertume, humectant son rouge de quelques perles noires. Tu déglutis, baisse les yeux vers tes œufs et réprime un triste rictus de les voir brouillés eux-aussi. Son regard t'ignore, tourné vers l'horizon sans le voir. Tu doutes qu'elle ait remarqué comme le temps est mielleux. Le soleil du matin tend ses rayons sur votre petit coin de paradis, illuminant la terrasse d'une douce lueur de rosée. Le ciel est d'un bleu vivace et sans nuage, la mer est calme et épargnée de tout tourment... un orage silencieux gronde en toi et tu te hais de l'en rendre responsable. Quelles drôles de vacances, où tout est beau mais la Beauté n'est qu'image.
J'ai cherché au fond des verres le remède pour mes blessures,
me suis jetée de goulot en goulot pour percer à jour ce complot.
De théories en compromis j'ai étiré ma foi jusqu'à la déchirure.
De paracétamol en anti-dépresseurs j'ai jeté mes espoirs aux flots.
Vous marchez l'un derrière l'autre sans mot dire. Les arbres de la forêt sont gorgés de vie, leurs feuillages verts bruissant tranquillement au rythme d'une brise rafraîchissante. Elle observe le lointain, fixant les vagues au bas de la falaise, semblant contempler une idée. Tu t'éloignes d'un pas discret, effrayé par ces pensées inconnues sans trop savoir pourquoi. Cette randonnée sur la côte était sensée vous rapprocher et par derrière tes dents serrées, tu te maudis d'être la seule faute de ce parcours.
L'effervescence pétillait d'une danse faite d'illusions obscures,
ternissant sangs, sueurs et larmes d'une poudre blanche opaque.
J'ai avalé le mélange en rêvant honteusement qu'il soit La Cure,
la panacée qui te guérirait et non Le Mal qui me mettrait en vrac.
Tu aimerais être sa fierté mais tu n'es pas certain que ça vaille le coup. Elle avait des espoirs et des attentes pour ton avenir, tu te souviens. Tu riais souvent qu'ils pesaient si lourds que tu n'arriverais jamais à grandir. Tu as toujours été un petit gabarit, un petit bout d'homme haut comme trois pomme, impressionné de voir le Monde si grand autour de toi. Et elle avait toujours été ton guide, ton phare et ton modèle. Une Héroïne de tous les jours qui serait toujours là pour te sauver de toi-même. Une Grande Dame, de petite taille elle aussi, qui t'accompagnerait sur ta voie jusqu'à ce que tu sois sûr de tes pas. Tu n'aurais jamais cru que vos routes se sépareraient, que tu la décevrais tant. Et pourtant... tu n'arrives plus à t'en vouloir.
Au final, comme seule réponse je n'ai trouvé qu'un foie malade,
un cœur faible et des poumons creux. Autant de secrets que je tais,
de déshonneur que j'emporte avec moi derrière la dernière palissade.
Et si tu te souviens de moi, ce sera sûrement pour le silence que j'étais.
Toi aussi tu avais des attentes. Toi aussi tu as été déçu. Elle a brisé ton cœur et, même si tu l'as trahie en premier, tu n'es pas certain de pouvoir la pardonner. Tu n'es même pas certain de l'avoir réellement trahie... En quoi est-ce une trahison d'être toi-même ? Ton corps était une prison à l'époque où tu rentrais encore dans le moule qu'elle t'avait créé. Tu étouffais dans ta propre peau, à chercher ton souffle à en mourir sans jamais en mourir vraiment. Dysphorie de genre. Tu n'étais rien de ce que ton corps prétendait être et elle n'a pas su l'accepter. Elle avait fait appel à des prêtres, des exorcistes, des charlatans suspects qui l'avait allégée de l'argent de tes études. Elle avait commencé à prendre des remèdes douteux, se croyant responsable de ta soi-disant anormalité, et ça avait été la descente aux Enfers.
Je n'ai jamais su te dire que je t'aime, même si tu n'es plus ma fille.
Jamais su te dire combien je suis désolée d'être si mauvaise et amère.
Et jamais je ne te dirai combien je suis fière de toi, ma petite Morille.
Combien, tout champignon que tu sois, tu restes l'enfant de ta mère.
Tu ne sais pas pourquoi tu es resté. Pourquoi tu l'as suivie dans son plan incongru de partir à la plage. Prétendument que tout va toujours mieux sous le soleil. Peut-être dans un ultime espoir de réconciliation ? Peut-être pour t'accrocher encore un peu à ton enfance en partance ? Tu l'ignores. Au final elle ne t'a pas accordé un mot, te regardant sans te voir, avec des larmes sous les paupières. Tu te sens comme un échec. Tu sais que tu ne devrais pas. Tu n'as rien fait de mal. Rien. Et elle- Tu ne comprends pas ce qu'elle veut, juste que ce voyage est un adieu. C'est fini. C'est terminé. Tu en as marre de lutter alors tu arrêtes. Tu abandonneras derrière toi des années de bons souvenirs corrompus par son incompréhension. Et tu la quitteras là, sans regret.
Un nez en bec d'aigle et des yeux comme des trous noirs, elle te regarde de loin avec un sourire plus laid que ses cicatrices. Elle est couverte des couleurs de sa vie : dépression, solitude, amour à mort et même quelques traits de suicide par-ci par-là. Elle porte un manteau fait de douleurs, qu'elle amasse à parcourir le monde parée de ce patchwork. C'est un fantôme de peau, recousu au fil de fer et au malgré, comme une ombre qui ne saurait se détacher de tes pieds.
Il y a sous ses cils un imprimé de douceur emprunté à votre passé. Il est calqué sur des baisers nocturnes et des caresses de jours pluvieux, et brille par la grisaille de ses secrets. Assise à la fenêtre du bar, elle t'observe sans que tu ne le saches, muette elle aussi. Elle porte à ses lèvres une gorgée de caféine, humectant sa pâleur malade d'une brûlure de remembrance. Il n'existe plus aucun sucre pour étendre cet instant entre vos âmes.
Elle soupire.
Elle veut t'imaginer te lever de ton linceul, repousser cette foule agglutinée au bois de ton dernier repos, traverser la rue et ouvrir la porte du bar pour la rejoindre à sa table. Vous vous souririez tendrement et elle prendrait ta main pour y déposer la marque de son rouge. Alors le Monde n'appartiendrait plus qu'à vous et le Temps lui-même s'arrêterait pour vous laisser une seconde de plus. Une ultime éternité.
Mais elle ne peut se mentir.
Ce qui vous sépare est un Styx que nul navire ne saurait braver. La Mort prend, elle ne rend pas. Et par-delà le rigide silence que tu laisses derrière toi, cette minute d'agonie qui n'est dédiée qu'à toi, il y a celle que tu as tût. Celle au nez en bec d'aigle et aux yeux noirs de nuits sans lune, qui t'a tout offert sans rien attendre en retour, qui a mis entre tes mains fragiles son cœur battant d'un amour craintif, qui t'a confié sa Vie pour que tu répares la tienne... Celle qui a tout perdu en te perdant, qui ne retrouvera jamais ni son cœur, ni sa Vie que la Mort a osé emporter avec toi au-delà du Néant.
Que reste-t-il d'elle, maintenant que tu n'es plus ? Elle qui était ton secret le plus précieux, ton amoureuse des jours heureux... Ton mutisme d'autrefois est si cruel qu'il l'enchaîne encore à tes peurs obsessives et tes promesses absurdes. Tu es celle qui a quitté le Monde mais elle est le cadavre que tu as oublié au placard. Obligée de se taire pour ne pas infecter tes Mémoires de l'interdit de votre union, elle se tient à l'écart sans même pouvoir te dire au revoir.
C'est injuste.
Pourquoi ont-ils droit aux Adieux, eux qui t'ont enfermée dans ces peurs en premier lieu ? Eux qui te cracheraient sans hésitation s'ils savaient comme tu l'aimais ? Elle voudrait le crier sur tous les toits, du haut de la cime de toutes les montagnes : elle fait partie de ton Histoire ! Elle t'a aimé ! Elle t'aime ! Elle ne t'oubliera jamais ! Tu étais le Soleil qui l'abreuvait, la Pluie qui la nourrissait. Elle n'était rien avant toi. Elle n'est plus rien sans toi. Elle voudrait tellement pourvoir exprimer son Deuil sans avoir à te trahir... Ou que la Mort lui rende au moins de ce qu'elle t'a donné, juste assez pour continuer à exister et préserver la vérité de votre ensemble. Car qui se souviendra de vous quand elle partira à son tour ?
Seule dans le salon, le soleil m'embrasse d'un halo blafard, étendant mon ombre jusqu'à en repeindre le parquet. Adossée à la rambarde du balcon, je contemple quelques mots sur un feuillet. De cette note qui m'atteint sans m'être adressée, je caresse les sons du bout des lèvres. Comme un murmure d'amour ils m'emplissent d'un battement hésitant, venant papillonner au creux de ma langueur. Le bruissement de leurs ailes est un écho qui me hérisse d'un frisson émotif. J'ouvre mes bras pour en embrasser le message et une larme me surprend, se suspendant à mes cils sans oser en tomber.
Je ferme les yeux.
Le rêve gonfle derrière mes paupières, m'essoufflant mieux que le Temps n'aurait pu le faire. J'en retrace les contours sans en ôter le voile de brume, dessinant sans crayon les traits d'un matin s'allongeant sur les courbes de ses rues. Ingénue, j'en découvre en esprit les effluves de rosée. L'air est encore humide du jour juste levé, les travailleurs s'apprêtent et les boulangers sortent du four le pain bâtard. Il est encore trop tôt pour les grelots sibyllins des rires d'enfants. Seuls quelques bâillements plaintifs se font entendre ici et là, trouvant réponse dans des sourires amusés et aimants.
Dans un certain appartement, non loin d'une embouchure de métro, l'heure est encore un peu lasse. Sous des draps de coton, un corps prend son temps et s'éveille sans empressement. Il s'étire et se meut, faisant craquer ses jointures endormies et roulant jusqu'au bord du lit. Fascinée j'imagine en caresser le velours de mes doigts, mimant le geste avec envie sans parvenir à en toucher le revers. Le corps s'assoit et glisse les pieds dans ses chaussons, revêtant un habit pour couvrir ses appâts. J'en murmure le nom avec révérence, comme relisant tendrement la signature au bas de la lettre, serrant les poings de ne pouvoir être entendue.
« Gabrielle... »
Morceau d'ange accordé à une chair de stupre, ce nom résonne dans le rêve à en faire vibrer les nuances. La houle, pourtant nébuleuse, apporte à mes songes la clarté dont ils manquaient. Gabrielle se tourne vers ce qui semble être moi, avec sur ses lèvres plus de soie que je n'ose en imaginer. Elle prend la main de ma silhouette et l’entraîne dans une danse qui n'a pour rythme que la joie dans leurs cœurs. Leurs deux formes s'enserrent, entremêlant leurs traits et unissant leurs ombres, oubliant un instant le monde qui les entoure. Je goûte sur ma bouche le sucré de celle de Gabrielle... et pourtant c'est un sucre qui m'échappe. Je n'arrive pas à parfaire cette idylle, mon imagination trop vorace pour être précise. J'insiste en vain, me concentrer sur cette pulpe ne l'effaçant que plus vite.
Alors le rêve se tarit et éclate en soupir. Je me retrouve coite, appuyée contre la rambarde. J'essuie en silence la larme qui a fini par perler, repliant d'un geste un peu maladroit la lettre adressée à nôtre fils. J'abandonne au feuillet les mots qui m'ont émue et à des milles de mon cœur, ma Gabrielle, l'ange de mes songes.
Assise sur une chaise inconfortable, face à un bureau dégarni, je tisse un napperon de salive avec pour fuseaux des lèvres emmêlées de mots endormis. Mes rêves m'étouffent. Mes draps m'étranglent. Je dors debout, et pliée, et roulée. Ma droiture figée en nœud de huit, j'attends la nuit durant qu'une crispation me délasse.
Mes doigts tiquent. Le crayon glisse. En tic et en toc sur le parquet, la mine de graphite s'effrite, esquissant de roulades en rebonds de baveuses arabesques. Réticent à laisser perdurer son bienfaisant mutisme, un vieux réveil agite brusquement ses cloches. Précipitée dans la conscience de ce qui m'entoure, je sursaute, tressaille et tombe. Cambrure cassée sur le sol, une jambe sur la chaise, un pied sur le bureau et une main sur le lit, je papillonne de mes paupières embrumées pour les décoller de leur résine nocturne. Mon esprit vaporeux ricoche de réflexions floues en divagations peu éclairées, jusqu'à se cogner au mur de la Réalité. Sonné et chutant de heurt en compréhension, il retentit d'un clairon alarmé : je suis en retard.
Je bondis alors sur mes pieds, ne m'arrêtant nullement sur la vive douleur que l'atterrissage sur mes chevilles m'apporte. Je bats des bras et me tortille dans ma panique, quittant mon bas de pyjama d'une saugrenue danse de mollets et retirant mon tee-shirt trop large en me déhanchant sur la sonnerie qui persiste encore.
Par inattention, j’accroche mes ongles longs dans la serviette de bain qui séchait sur le dossier de la chaise. J'envoie valser le réveil en tentant de chopper ma brosse à cheveux, le regardant s'écraser dans un dernier « driiiing !!! » sans perdre de temps pour me jeter vers la salle d'eau. Je claque la porte, balance ma culotte dans la bac de linge sale et glisse sur le tapis en ouvrant le rideau de douche. Je me brosse les cheveux d'une main. Je me brosse les dents de l'autre. Plongeant sous la pomme de douche à moitié coiffée et les dents pleine de mousse, je réalise avec effroi que je ne peux pas me laver les mains prises. Me dépêchant comme jamais, je me résous à catapulter ma brosse à dent par dessus une épaule en espérant que le lavabo la rattrape. J'active le robinet, me rince le gosier le temps que l'eau chauffe et finis avec les gencives brûlées quand le chauffe-eau réagit plus vite que prévu.
Je règle le jet, achève ma coiffure dans une artistique contorsion capillaire autour d'un élastique entortillé sur lui-même et, les doigts enfin libérés, j'attrape le tube de savon liquide. Tournant le goulot vers ma paume, j’appuie de toutes mes forces... mais rien ne sort. Je m'énerve. Je râle. Je secoue. Je presse le tube à nouveau, le bouchon se détache, la bouteille se vide. Un cri m'échappe par surprise. Le savon froid et visqueux me dégouline sur le corps et je trépigne pour échapper à son emprise. A force d'osciller d'un pied à l'autre, mes voûtes plantaires se couvrent du gel et je patine sur le carrelage. J'ignore comment, mais je parviens à me nettoyer en essayant de ne pas tomber. Je rouvre le robinet pour chasser la mousse et me prends le jet en pleine face.
Enfin propre mais cheveux trempés, je sors de la cabine et m'essuie. La noyade intempestive de ma coiffure a calmé mes ardeurs. Je retourne à ma chambre pour m'habiller. J'enfile des sous-vêtements et les enveloppe aléatoirement de fringues dépareillées. Puisque mes efforts précédents ont été gâchés, je recommence à me coiffer. Je démêle mes tifs mouillés de mes doigts en enfilant mes godasses puis, échangeant lacets et rubans, je noue la finalité tant attendue de ma préparation matinale.
Je mets mon sac et mon manteau en courant hors de la maison, regarde l'heure à ma montre et hurle d'horreur : j'ai une heure d'avance, mon réveil était déréglé.
Sous les couleurs indécises du crépuscule, une voix s'élève, douce et enchanteresse. Nulle gorge, nulle lèvre, ne forme ces sons que nulle oreille n'entend, que tu écoutes pourtant, sans en ouïr les nuances. Les étoiles s'avancent en dansant, éveillant lentement les yeux à demi clos de la nuit. Et au centre de cette parade de brillance, se dégage un éclat comme nul autre. Sa silhouette fine et sa mouvance aiguisée te fascinent et t'aveuglent. Cachée derrière tes barreaux, tu n'aperçois que vaguement ce lointain monde en noir et blanc craché par des lumières diffuses. Mais qu'elle est belle cette brindille que tu contemples. Ô combien magnifique ! Ô combien merveilleuse ! Dure comme l'acier trempé et souple comme l'argent, elle se plie et se déplie avec langueur, étirant ses reliefs vers toi sans jamais t'approcher. Elle se joue innocemment de ta fascination, tu le sais. Tu le sais, mais elle... Elle l'ignore. Les lèvres entrouvertes par la stupeur, tu délivres un soupir haché, silencieux et envieux. Tu reconnais en elle un idéal, un but, un rêve. Tu aimerais tant être à sa place, être elle, être libre...
Lentement, tu enfilerais tes pointes. Gracieusement, tu te relèverais. Alors la voix entonnerait à mi-ton un refrain que tu adores, que t'aurait chanté ta maman autrefois, et dans un piqué volé à la splendeur, tu poserais ton corps sur la cambrure de ton pied, digne, fière, et commencerais à tourner. Cette pirouette simpliste réchaufferait ton cœur et ton faciès sévère s'animerait d'un tendre sourire. Tu tournoierais et tournoierais, tant et si bien que l'image s'ancrerait dans les rétines des petits rats assis sur leurs escaliers, te zieutant discrètement par derrière leurs barreaux, bien après l'heure du couché.
Cette pensée te frustre, toi qui t'identifies à ces adorables rongeurs sans en faire partie. Te voilà, comme eux, assise sur l'escalier et zieutant la glorieuse brindille par derrière tes barreaux, mais toi... tu n'as rien du petit rat : tu as tout du nuisible. Avec ton châle mité, tes jupons rongés et ta chemise trouée, tu n'oses même plus te mirer dans le miroir, tant tu as peur que ta laideur le brise et t'apporte la malchance. Tu n'es qu'une tige maigrelette, à la cambrure dévastée, que le moindre pas-chassé casserait en mille morceaux. Et tu oses rêver à ces élégants et graciles fouettés, développés, sauts de chat, pas de biche et autres arabesques ? Allons, tu n'as plus l'âge pour ces gamineries ! Tu es une grande fille à présent !
_Mathilde, t'interpelle une voix aussi fatiguée que ton corps. Tu ne viens pas te coucher ?
Dans un soubresaut qui n'a rien de l'entrechat, tu te retournes et découvres en haut des marches un époux qui a vu de meilleurs jours. Son faciès buriné a la mine douce de ces amours d'une ancienne ère, mais cache la misère et la maladie. Il te fait un peu pitié ce mari d'autrefois, jusqu'à ce que tu te souviennes que tu es celle qui l'a épousé. Sotte ! Perdue dans tes idylles impossibles, tu en oublierais ta propre vie, si celle-ci ne continuait pas à avancer inexorablement sans te demander ton avis.
_Mathilde ? T'appelle encore ton compagnon d'un autre temps.
_Je... Hésites-tu misérablement.
Tu voudrais répondre. Tu n'y arrives pas. Ton regard, ce traître, glisse sur lui sans le voir et se fixe sur l'abrutissant téléviseur. Des larmes délatrices montent au goulot de tes yeux. La jolie brindille scintille au cœur du spectacle, tandis que toi, la mauvaise herbe desséchée, tu songes à ce qui n'a pas été et ne sera jamais. Qu'y a-t-il à dire de plus ?
Ton vieil amoureux suit ton œillade sans que tu ne le saches. Tombant sur la rediffusion d'un de ces ballets d'antan qui t'obsèdent tant, il lâche un soupir exaspéré et disparaît dans vôtre chambre. Il revient, une couverture sous le bras, et descend les quelques marches qui vous séparent.
_Viens ma belle Mathilde, dit-il, nous serons plus à l'aise sur le canapé pour regarder ton programme.
Surprise, tu le talonnes sans mot dire. Tes larmes s'enfuient et un doux sourire éclaire ton visage ridé : « belle Mathilde » qu'il t'appelle... Et ton pauvre cœur qui s'emballe comme aux premières heures... Ah ! Tu n'as vraiment plus l'âge pour ces gamineries...
Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
✓ Live Streaming✓ Interactive Chat✓ Private Shows✓ HD Quality✓ Free Actions
Free to watch • No registration required • HD streaming
PlewAE (Pommade) @plewae-pommade - Tumblr Blog | Tumlook