Amie regarde comme tu es sage C’est la haine qui te mouille la nuque mais tes mains n’ont jamais rien fait Tes mots ont essayé, tes mains, jamais. C’est l’heure maintenant il faut rentrer
Il faut rentrer en vie.
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@peut-etre
Amie regarde comme tu es sage C’est la haine qui te mouille la nuque mais tes mains n’ont jamais rien fait Tes mots ont essayé, tes mains, jamais. C’est l’heure maintenant il faut rentrer
Il faut rentrer en vie.

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J’ai désespérément peur de mon visage, de ce qu’on ne peut pas contrôler, ni vous ni moi, peur de mon image, de mon visage, de ces traits qui m’appartiennent mais que je ne vois pas. Je ne vois pas, je ne sais pas comment les gens me voient, comment ne pas mourir d’angoisse quand on comprend cela, profondément, viscéralement. J’ai un corps mais je ne connais pas mon corps en dehors de moi même, j’ai un esprit mais je ne connais pas mon esprit en dehors de moi-même, je ne connaitrais peut-être pas ma propre mort, pas plus que ma propre vie. Je suis livrée à moi-même. Vous savez que je me conforte dans la répétition, c’est parce que j’ai peur de tout, de tout, de mon propre visage. J’ai peur d’ennuyer, peur que ma vie ne soit pas propre : mais déjà !! ma vie n’est pas propre ! je dois cesser ce rêve idiot de pureté idiote. Je dois m’emparer de ma propre souffrance, devenir autre en devenant moi-même. Dès lors, je me dois d’être ennuyeuse, détestée, incomprise. Je dois vivre tout ce qui me donne envie de mourir.
Juillet 2026
Je n’aurais jamais rien écrit. J’ai démissionné et je n’aurais jamais rien écrit. Quelque soit ma situation, je n’aurais jamais rien écrit. J’ai vécu dans l’attente et la stupeur d’écrire enfin quelque chose. Qu’une pensée certes fictive mais logique et raisonnée s’échappe enfin de mon cerveau pour enfin se mettre en forme ; pour me reposer quelque part ; quelque part qui soit ailleurs du monde.
J’ai pu penser que le temps m’aiderait ; le temps libre surtout. Le temps libre n’a rien fait que de me laisser guider entre une forme d’ennui et de culpabilité et d’indifférence — et, pire que tout, d’espoir. J’ai cru avoir le temps, j’ai cru avoir le temps. J’ai cru qu’il me serait possible de mettre les choses en forme, de mettre les choses en place, de me fier à une routine fictive que je me serais forgée au sein de mon temps libre. Il ne s’est rien passé, il ne s’est rien passé du tout. J’ai appris à me coucher plus tôt, j’ai appris à me coucher tard. J’ai tout appris sauf la forme de mon avenir.
Je me perds au fond de dynamiques de soulagement.
J’ai cru le voir au bout de la rue, en face de ma fenêtre du premier étage, derrière mon ordinateur à double moniteurs. Je suis sortie en furie et ça n’était pas lui. Je suis remontée et j’ai démissionné. Je m’y préparais depuis des mois si bien que j’ai fait passer cela sous de la logique.
Juste après, l'homme que je voyais m'a quitté. J'ai à peine lutté car une fois encore je m'étais embourbée d'espoir — et ça n'était pas lui au bas de l'immeuble, ça n'était pas celui de ma raison perdue. Je m'étais presque rendue heureuse dans cette éphémère vie inventée de temps libre. Au petit matin j'ai mis des cuillers en métal au réfrigérateur pour les appliquer contre mes yeux gonflés, avant de partir pour mon propre pot de départ. Le champagne eut un goût de champagne et je fus rendue à moi-même.
Je suis seule à nouveau et je suis seule encore et je serai toujours seule et on sera toujours là, il y a du champagne.
Maintenant tu connais l’immortalité l’éternité l’enfer ou le paradis les années-lumière le purgatoire les étoiles les prières la cosmogonie la métempsycose le néant l’absolu la beauté infinie certaines flammes plus chaudes que le soleil tous les christ possibles tous les blasphèmes toutes les vertues le sens de la vie la naissance de l’angoisse les fantômes les voix dans les oreilles les hallucinations sous les yeux les miracles la paix la paix pitié la paix.
Je bronze encore lentement au soleil. Pardonne-moi.
La sortie d’une épreuve (écrite ou orale) instaure de façon systématique un flottement au profond du monde, du corps, et de la matérialité ; flottement qui m’amena toujours allongée (à plat) le dos et les jambes étendues contre la surface molle d’un lit ou d’un canapé, regardant le plafond de plus en plus blanc puis de plus en plus gris, chatouillée des fourmillements d’une céphalée de tension dans un débordement d’idées à débuter ou abouties, qu’il aurait fallu débuter ou qu’il aurait fallu aboutir…Le corps entier (des minces muscles des yeux aux tendons des deux pieds) se décontracte en sortant du tunnel de l’urgence et de l’incertitude : c’est passé ; cela s’est joué ; maintenant il faut attendre ; tout fut génial, tout fut stupide, tout se résume aux mots réussite ou échec ; épanchement quant à l’idée d’avoir fait autrement (je ne sais pas, je n’ai aucune idée, oh merde c’était ça, pourquoi je n’y ai pas pensé); retournement quant aux définitions du sujet car quel étrange sujet cette année, toujours plus difficile que celui de l’année précédente ; etc (autres pensées de haine, de masochisme ou de désinvolture simulée). Le tout dans un épuisement flottant. Le tout est situé dans la délimitation d’un passé de quelques heures ou de quelques minutes, puis projeté sans transition vers la date du RÉSULTAT. Et entre ce temps de l’épreuve au RÉSULTAT, des choses banales se produiront : ma réussite sera sans faille ; il était évident que j’allais échouer ; il faut préciser que c’est très sélectif ; finalement c’était facile.
Comme dans toutes choses, j’ai donné de mon temps pour un avenir si modifiable.

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voilà maintenant je donne des conseils
Quelque chose a déserté la vie
Je ne nage plus en plein délire
Les herbes hautes ont quitté les champs
Je ne sais plus ce que je dis
Les yeux de Dieu
Se repose lorsque
Tu fermes les tiens
Je crois à des idées géniales puis je me réveillerai idiote.
Peur du bonheur, donc.

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Donc, peur du bonheur.
Nous attribuons généralement à nos idées sur l’inconnu la couleur de nos conceptions sur le connu : si nous appelons la mort un sommeil, c’est qu’elle ressemble, du dehors, à un sommeil ; si nous appelons la mort une vie nouvelle, c’est qu’elle paraît être une chose différente de la vie. C’est grâce à ces petits malentendus avec le réel que nous construisons nos croyances, nos espoirs – et nous vivons de croûtes de pain baptisés gâteaux, comme font les enfants pauvres qui jouent à être heureux. Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité, Christian Bourgois éditeur, 1999
31 mars 2026
Les jours sont frappés heure après heure jusqu’à la première de la nuit par un étrange souvenir de mes dix-huit dix-neuf vingt ans voire vingt-et-un
Je pleure comme une adolescente déjà adulte dans le noir de la nuit
Je ne sais plus où je suis
Aucune reconnaissance des murs des fenêtres & charpentes des carrelages & planchers
Je ne reconnais rien
Je pleure sans pleurer trois larmes humides au creux du cerne trois litres de larmes dans le silence le ventre tordu la gorge sèche la joue qui gratte
J’en ai tout à fait marre
Je ne vois peu de couleurs par un œil pers bistre ou bleuâtre
Je me réveille dans le noir je regarde le si haut plafond me disant : mais que fais-je ici est-ce bien chez moi
Claire comment es-tu venue ici
Qu’as-tu donc fait
Claire qu’as-tu donc fait dans toutes tes années de problèmes
Quel chemin as-tu emprunté
Claire tu t’exposes trop mais tu ne peux pas sortir du monde
Combien de fois as-tu regardé le si haut plafond en mourant un peu en te sentant dormante
Combien de fois es-tu morte combien de fois t’es-tu sentie dormir
Combien de vies as-tu vécues le visage écrasé contre la vitre d’une fenêtre
Combien de prénoms as-tu dessinés sur la buée des miroirs
Combien de fois t’es-tu répétée combien de fois tes introspections furent essentiellement chiantes
Combien de fois s’est-on foutu de ta gueule et combien de vies se sont données pour toi
Combien de rires as-tu entendus
Combien de sons as-tu doucement criés fredonnés pour éloigner ta honte à chaque fois qu’elle te prend la gorge comme un couteau sous la mâchoire
Tu fredonnes quelques sons comme un rictus de tolérance à toi-même comme une tentative comme une berceuse à chaque éveil d’un souvenir enfoui pour le ramener dans ta bouche
Comme je compte entre mes heures de nuit comme j’ai peur comme je jouis comme je me tords comme je me gêne
J’ai peur qu’il n’y ait pas d’œuvre et seulement des caprices
Le plafond est à trois mètres de haut les rideaux se soulèvent et se tombent le vent harcèle et se tue contre le mur
J’ai remonté les conversations comme une rivière rapide
je je je
Si je te parle peut-être ferons-nous la trêve enfin enfin enfin
Recouche-toi il y a du bruit blanc et mords-toi les canines
Je te cherche et je me demande : où as-tu encore disparu ?
je ne sais pas vraiment disparaître …
J’ai vingt-cinq ans j’ai quinze ans j’ai cinq ans j’ai la rage.

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Il m’a dit des choses horribles terribles abominables. Il peut parler. Il est parfaitement hors du monde. Pour la millième fois il était beau à m’en crever les yeux. J’ai constaté. Le constat d’un vide qui fulmine comme les souffles, les soupirs, les râles que je lâche dans les paroles que je prépare mais que la honte interrompt.