Trimer ou céder
3 semaines d'hypokhâgne. 3 semaines, 21 jours, 504 heures, environ 30 000 minutes et presque autant de questions.
J'aime la théorie de l'hypokhâgne, j'aime l'image qu'elle renvoie, j'aime ce que je pourrais être dans deux ans, j'aime les relations créées avec ces personnes qui me ressemblent, j'aime la connaissance, j'aime cette enseignante si fine linguiste et oreille attentive, j'aime l'architecture du lycée et sa vue magnifique, j'aime être au coeur de Lyon, j'aime l'émulation, j'aime apprendre de ceux qui savent tellement.
Et pourtant... je rêve de m'en aller. Rien que pour retrouver un semblant de liberté. Liberté intellectuelle, parce qu'on ne va pas se le cacher, nous sommes formatés dans ce genre de filières. Liberté de se laisser aller, et oublier quelques heures les cours pour penser à autre chose, aux loisirs, au futur, à soi. Liberté de profiter de la vie, qui sait ce qui va se passer demain ? Je ne veux pas être forcée de trimer chaque jour pour un futur hypothétiquement agréable.
En théorie, la prépa, c'est formidable. Mais je ne suis pas sûre que cela soit fait pour moi. Je vois très bien, comme tout le monde, tous les avantages théoriques. Mais j'ai l'impression d'être étouffée par tout ce que je n'aime pas. J'aime lire, mais je n'aime pas réfléchir sur des questions abstraites d'auteur, d'oeuvre et de genre. J'aime l'histoire, mais je n'aime pas commenter des textes du moyen âge. J'aime la philosophie, mais je n'aime pas les idées catho réac de mon professeur. J'aime l'anglais, mais je ne comprend pas l'intérêt de la version appliquée. J'aime apprendre de nouvelles langues, mais je ne vois pas à quoi pourrait me servir le latin.
Alors je rêve un autre quotidien. Qui pourrait advenir dès la semaine prochaine si je le décidais. Mais j'ai peur. Peur parce que j'aime la théorie de la prépa. Parce que, le regard des autres. Parce que, et si dans 2 mois, 2 ans ou 20 ans je regrette ? Au même titre que les autres je m'en voudrai d'avoir pris la mauvaise décision, d'avoir écouté mes émotions plutôt que ma raison, d'avoir laissé le doute s'installer, d'avoir cédé à la peur, et surtout, à la facilité.
Alors cette semaine je prendrai une décision, qui se dessine depuis la première semaine de ce mois de septembre. Je crois que je connais déjà l'issue de cette tentative de prépa, je ne crois pas que ce soit la meilleure, mais quand le cœur n'est pas au travail alors comment faire ? Résister n'est pas chose facile. J'ai l'impression d'être plus encline à supporter les regrets, la culpabilité et la honte que l'anxiété, la déprime et le brouillard.
Alors j'attends. Dans la tempête de la difficulté, hésitante à attraper la perche de la facilité. Les prochains jours diront si j'ai craqué, ou si je suis prête à ramer.
















