On dit souvent que chercher du travail, câest dĂ©jĂ un travail en soi.
Mais personne ne parle du poids invisible quâon porte quand, derriĂšre chaque CV envoyĂ©, derriĂšre chaque relance, il y a une part de soi quâon dĂ©pose dans une boĂźte mail ou sur un bureau froid.
Et puis, on entend cette phrase, balancée comme une gifle :
Un candidat qui ose rappeler deux fois par jour. Comme si la motivation, aujourdâhui, devenait un dĂ©faut. Comme si insister, câĂ©tait dĂ©jĂ trop.
La vĂ©ritĂ©, câest que ce nâest pas le candidat qui fatigue. Câest le systĂšme.
On a inversĂ© les rĂŽles : on dit que le demandeur dâemploi est lourd, insistant, gĂȘnant⊠alors que câest lui qui se bat, qui cherche Ă exister dans une mer de CV empilĂ©s comme du papier inutile. On dĂ©pose nos parcours, nos espoirs, nos heures passĂ©es Ă croire quâun appel pourrait changer nos vies. Et en face, parfois, le silence, ou pire : le mĂ©pris.
Alors oui, on finit par se dire que nos CV servent Ă caler une vitre ou Ă remplir une corbeille. On se dit que nos mots, nos expĂ©riences, nos failles et nos forces sont rĂ©duits Ă un simple fichier PDF qui ne sera jamais ouvert. On se dit que si le poste ne nous est pas donnĂ©, alors au moins, quâon nous rende ce bout de nous-mĂȘmes quâon a offert, pour quâon puisse le confier ailleurs.
Ătre RH, ce nâest pas un petit job. Ce nâest pas une formalitĂ© administrative. Câest avoir entre les mains des fragments de vies entiĂšres, des gens qui comptent sur toi pour avancer. Comme une infirmiĂšre soigne, un RH devrait accueillir avec respect. Parce que derriĂšre chaque CV, il nây a pas seulement des lignes de compĂ©tences. Il y a quelquâun qui dit : « Laisse-moi une chance, je veux juste travailler, je veux juste vivre. »
Alors, non. Relancer deux fois par jour, ce nâest pas « relou ».
Câest vivre dans une sociĂ©tĂ© oĂč si tu nâinsistes pas, tu nâexistes pas.
Câest la preuve dâune flamme qui brĂ»le encore malgrĂ© les humiliations.
Et si ça dĂ©range, peut-ĂȘtre que le problĂšme nâest pas le candidat. Peut-ĂȘtre que le problĂšme, câest la maniĂšre dont on a choisi de traiter les ĂȘtres humains.