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#SersToidetesCouilles(PourdeVrai)

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#SersToidetesCouilles (PourdeVrai)
A voir défiler les posts et les jours, s’impose la sordide conclusion que 40 à 60% de mon entourage féminin - et une bonne partie des potes homos pour alourdir un peu plus la barque de la honte - ont été victimes d’abus, d’insultes, de harcèlement, bref de cet exaspérant jeu de pouvoir entretenu et porté par une certaine vision de la virilité, qui ne serait que testostéronée, langue gluante et chibre frétillant, et incarnée par une armée d’hommes violents, maladroits, grossiers, vulgaires, idiots, dangereux, menaçants, assassins – kikou Bertrand C. et les Inrocks – en bons héritiers de siècles façonnés par un mélange de religions mal digérées et d’atavisme valant pour argument d’autorité.
Me too… Me trop… Mytho… On a envie de croire qu’il ne s’agirait que de menues vérités, de réalités grossies et/ou enlaidies pour étayer un flux général et alimenter la foire au déversement favorisée par les réseaux sociaux. Pourtant un simple soupçon d’honnêteté intellectuelle suffit à forcer le constat : rien de ces # en cascade n’est faux, exagéré et inutile, pas de mytho derrière ces Me too de trop, juste des bouches qui s’ouvrent et dont le musellement jusqu’alors arrangeait tout un chacun.
Il y a 10 ans j’avais écrit une pièce sur la condition de la femme, 5 personnages qui finissent en tôle pour avoir pété le nez - et pas seulement - de leurs oppresseurs, lesquels, forts de leur sexe, jouaient à affaiblir un genre tout entier. En prison, en attente de jugement, en proie à ce frottement du légitime avec le légal, elles interrogeaient le sort que nos sociétés leur réservaient. Ce projet était né du désir de rendre hommage à celles qui m’avaient élevées et de leur dire mon inaltérable, immanquable, puissante et éternelle solidarité.
Je ne suis pas une femme. J’ai à ma modeste mesure éprouvé en tant que petit pédé pas trop moche le même sort en casting, avec un réal un peu con, avec un prod monstrueusement vulgaire qui m’a harcelé de texto pour aller tourner en Belgique une série Espagnole dans laquelle il me voyait « jouer avec mes cheveux et mes lunettes parce que je suis trop sexy », et que toute l’équipe m’adore déjà , et qu’il espère que ça ne me dérange pas qu’il m’écrive à minuit passé pour me dire tout ce que je lui inspire, ou encore cet agent polonais qui me propose d’avancer ma venue pour le tournage d’une pub parce qu’il voudrait me faire découvrir la nuit varsovienne.
Mais en même temps, je fais un métier où l’image et la séduction sont à l’œuvre en permanence. Cela aussi est à interroger. Et à condamner. Un métier qui repose en partie sur le désir à susciter, à stimuler, à entretenir. De même qu’il faut interroger le paradoxe de nos sociétés contemporaines ou l’on sanctifie l’homme et surtout la femme désirables, donc le désir, donc la séduction qui y est associée, et où l’on met par là même en danger celles et ceux qui en sont les étendards. Jeux de dupes. La collaboration se situe à tous les niveaux dès lors qu’est entretenue la moindre racine du mal.
Mais mes expériences ont finalement été plus drôles qu’effrayantes, et j’appartiens malgré moi au genre des puissants, qui, si désorientés soient-ils, n’en demeurent pas moins mâles et peuvent enrober l’horreur d’une certaine distance et d’un second degré salutaire. Ce qui n’est pas le cas de la majorité de celles qui l’ouvrent. Et on ne parle pas de l’énorme majorité de celles qui se taisent.
En tant que représentant de la gent Porte-couilles, je suis convaincu que nous avons un devoir. Qu’il faut au Deuxième Sexe de Beauvoir accoucher d’un Premier pour interroger les vices d’un univers construit sur le totalitarisme de la bite - dont nombres d’hommes souffrent par ailleurs, ne serait-ce que par la bêtise de comportements qui leur échappent.
Le salut de notre société passera par une conscience masculine libérée de ses canons de virilité, sans pour autant renoncer ni à ses attributs, ni à sa jouissance – l’idée n’étant pas d’opérer une vaste castration mondiale qu’on se rassure - mais de développer une conscience massive pour limiter, rééduquer, sensibiliser tout à la fois l’humanité, l’intelligence et la dignité noyée sous un surcroit de testostérone. Nos couilles ne sont pas ennemies de nos cerveaux. Nos queues, même si elles demandent un surcroit d’irrigation sanguine venant parfois priver le crâne d’une partie du flux dont il a besoin pour fonctionner à plein, ne sauraient empêcher la réflexion, le bon sens et le ravitaillement du coeur. Ce n’est pas renoncer à soi que d’accepter l’autre et de le respecter, ce n’est pas affaiblir un genre que de reconnaitre qu’il n’y a aucune faiblesse en ce domaine-là , donc aucune logique de conquête qui tienne, ni aucune logique de pouvoir à asseoir, maintenir ou faire prévaloir.
Il est certes difficile de s’ériger contre des millénaires d’histoire façonnée par des siècles de croyances plus ou moins occultes, difficile de mettre à mal ce que des générations entières se sont plues à consacrer et à valider. Mais il est très facile d’ouvrir sa bouche, d’agiter ses neurones ou ses ventricules pour endiguer un peu du merdier ambiant. Balance tes synapses, utilise tes couilles qui ne demandent qu’à enrichir le domaine de leurs compétences. Sans verser dans une délation systématique et mesquine, il convient simplement de s’atteler à une attention quotidienne. Pour racheter le crédit perdu. Reconnecter le slip et la tête. Faire la paix avec son zizi et la zézette de la voisine.
Etre humain, ça a plus de gueule qu’être un homme. Et plus de sens. Ca demande peut-être un peu plus de rigueur et de courage. Donc MeToo, merde à la race porcine qui est d’ailleurs bien moins crade que les sales types qu’on lui associe, stop les œillères et la mauvaise foi. Pour ta mère. Ta sœur. Tes copines. Et toutes les autres.
#SersToideTesCouilles(PourDeVrai)
Et big bisous.
(J’ai tout donné sur Fotor pour ce subtil montage)
Tout est dit dans la baguette
Trop frais
A madame Vallaud-Belkacem et aux copains des ministères.
A la direction des Universités de France.
A mes élèves bien chers.
  Trop frais
 Dans une université d’Ile de France, à Créteil pour être plus précis, un prof, ses élèves et la troupe de la fac se sont vus interdire de scène pour le spectacle de fin d’année parce qu’ils avaient choisi d’aborder la question du terrorisme. Ensemble, ils avaient pris le parti de réfléchir sur ce sinistre phénomène, sur ses implications, son histoire, ses formes contemporaines et les solutions possibles pour l’éradiquer. Et pour le dire en moins de dix-huit mots : la fac a pas aimé l’idée, y’a eu zéro négo et un bon gros véto. Un poil plus tard, déguisé sous un appel à candidature fantoche, le gentil prof qui s’était défoncé avec passion pendant 6 ans, qui avait fait jouer quelques-uns de ses élèves sur le plateau du théâtre de la Bastille, en tournée, raflé des prix et fait rencontrer une des plus grandes dramaturges contemporaines[1], a été viré. Mais y’avait écrit cordialement à la fin du mail. C’était sympa.
   Jusqu’à juin dernier, j’étais prof de théâtre à la fac de Créteil. Trop frais. Genre enseignant trentenaire qui se marre avec ses élèves et qui leur apprend un peu de son boulot entre deux vannes et trois répliques de Victor Hugo. Dans mes cours on se marre beaucoup. Parce que mes étudiants, je les aime, parce que mon boulot je l’adore, et parce que leur transmettre un peu de ma passion, c’est un gros kiff. Donc bonne ambiance quoi.
 Mes étudiants, je leur parle comme à des professionnels. Ca aussi ils aiment. Je leur demande la même chose qu’aux comédiens que je mets en scène, ou que je voudrais qu’ils soient, ou que je voudrais qu’on voit. Sinon je m’ennuie à les regarder.
 Avec les meilleurs, ou les plus fidèles, ou les plus kamikazes, je sais pas, on a même monté une troupe. Le théâtre du Créteil Soleil. C’était notre blaze. Un clin d’oeil au centre commercial de Créteil Préfecture (c’est sur la fin de la ligne 8, toi-même tu sais – du rêve en barre sur 4 étages) et un kikou à l’amie Mnouchkine qui se trouve à quelques encablures de tram sur le périph.
 Mes supers élèves, ils jouent, ils cherchent, ils proposent, et moi je les mets en scène, je corrige, je rythme. On travaille ensemble. Ils sont tellement bons mes supers élèves, qu’ils se sont frottés à des textes pointus, engagés, couillus, clitorissé comme dirait Benyamina. Et ils l’ont fait avec fougue et passion. Du coup ils ont gagné plein de prix dans plein de festivals. Le premier ils l’ont décroché dans celui où Thomas Jolly a fait ses armes dixit l’organisatrice. Très chic. Puis ils ont joué au théâtre de la bastille. Moi-même j’y avais jamais foutu les pieds à part en tant que spectateur. Pour fêter nos petits triomphes, on a dansé au Grand Hôtel de Cabourg après avoir un peu bu. Sinon on allait au Mc Do. Trop Frais.
 Badre, Cyprien, Mehmet, Laura, Anouck, Sihem, Chloé, Alihou, Shayma, Ali, Bastien, Anne, Tatiana, Arnaud, Audrey, Maxence, Anaïs, Marie-Jocelyne, Mame Anta…. La ribambelle de leurs noms ça fait comme un poème. Ou un drapeau qu’a plus d’éclat que trois couleurs. J’aime les écouter se prendre la tête sur du Musset, j’aime les engueuler quand à chaque début de semestre, après avoir tapé « monologue théâtre » dans Google, tous commencent par me réciter maladroitement la partition d’Edouard Baer dans Astérix, j’aime qu’ils découvrent Tchekhov et butent sur les noms imprononçables de ses personnages, j’aime qu’ils s’enivrent du souffle puissant de Wajdi Mouawad, de la magie de Pommerat, sans oublier Hugo, Shakespeare et les autres géants. J’aime aussi qu’ils me surprennent avec des films, des séries improbables. Je me rappelle, Jennifer un jour à joué une scène de Glee. Epique. Mehmet, avec son accent indescriptible et génial, a revisité le solo de Norton dans la 25ème heure. Grosse claque. Badre et Taieb ont écrit des textes qu’aucun invité relou de cette mauvaise rentrée littéraire n’écrira jamais. Vraiment, ce cours, eux comme moi on est tous d’accord, il est trop frais.
 En fait ce qui est magique, c’est que des petits loulous timides, souvent totalement incultes en matière théâtrale, qui sont lĂ pour apprendre Ă parler sans rougir, ou parce qu’il y avait plus de place en option foot, qui ont rĂ©sistĂ© au cours de prĂ©sentation, au style exigeant, frontal, second degrĂ© et amical que je propose et qui parfois dĂ©route – parce que certains partent en courant, on va pas se mentir – eh bien tous ces jeunes adultes qui Ă©taient encore quasi ado la veille se retrouvent Ă se dĂ©passer, Ă s’engager, Ă rĂ©flĂ©chir sur le monde au travers de textes puissants et via l’un des actes les plus courageux qui soit : monter sur scène. Â
 Et puis les attentats, Charlie, l’Hyper Cacher, la tuerie de novembre, une majorité de médias toujours plus affligeants dans leur traitement, dans leur putasserie, dans leur bêtise. Les raccourcis qui pleuvent sur twitter, Facebook et ailleurs. Je pleure. Je me hérisse. J’ai besoin d’en parler avec eux. C’est urgent. Et c’est délicat.
 Sofia, Anissa, Julia… Chaque année, dans la classe, il y a quelques jeunes filles voilées, quelques jeunes garçons au duvet mi hipster, mi halal, d’autres qui partent plus tôt le vendredi parce que c’est shabbat, ou parce qu’il y a mariage dans le Sud à Arcachon. La religion est là , un peu plus qu’à St Paul où je vivais à l’époque. Elle se voit, se pratique, se défie aussi, mais, je le sais, elle n’a rien à voir avec les infamies perpétrées.
 Alors je me demande : ça leur fait quoi ? Moi qui ne crois pas, pas en ça : je leur demande. J’ai besoin de les entendre. C’est viscéral.
Les réponses fusent. La consternation va sans dire. Les analyses plus ou moins hâtives mais pleines de tripes et de volonté sont autrement plus éloquentes. Les plus bavards, les plus choqués, qui sont souvent les plus pratiquants et les plus éclairés, en parlent avec une intelligence admirable. Cette même intelligence que les médias quels qu’ils soient refusent de montrer. Cette même dignité qu’on planque à la faveur de consultants débiles ou d’imams sélectionnés par on ne sait quel tour pervers pour nous faire croire que les personnes d’origines maghrébines en 2016 parlent toutes avec un accent à couper au couteau et ne savent pas conjuguer les verbes.
 A force d’échanges, j’en viens à leur dire qu’il faut leur donner la parole. Que quiconque commence à déconner en réduisant l’ensemble d’une communauté - qui d’ailleurs ne se revendique pas forcément comme telle - à la barbarie d’une poignée d’illuminés aura les idées aussitôt remises en place à leur écoute. Il faut que ces jeunes flamboyants soient entendus. Qu’ils soient vus.
 Mais comment ? Et comment éviter les innombrables écueils ? Ecrire ? Improviser ? Choisir des textes sur le sujet ? Je ne sais pas encore mais j’ai leur feu vert, alors on s’y colle. C’est libre pour commencer, chacun y va de sa trouvaille. L’atelier du vendredi a carte blanche. On verra ce qu’on retient et ce qu’on coupe. Quant à la troupe elle s’attellera à la pièce que je veux leur écrire, en me nourrissant de plusieurs de nos conversations. Ce sera sûrement bordélique. Mais ce sera beau. Forcément. Parce que 46 jeunes de tous horizons sociaux, de toutes origines, pleins de neurones alertes, de solutions simples, de discours tout à la fois rassurants et galvanisant, plein d’humour, de recul et de colère aussi, c’est une leçon de vie et d’espoir sans pareil.
 Puis l’échéance du spectacle approche. Je termine d’écrire la pièce pour la troupe et aimerais y intégrer les élèves du vendredi tout en gardant quelques-uns des extraits qu’ils ont sélectionnés et produits. Du coup je leur envoie le texte et les inclus dans la distribution. Je demande à la fac de faire suivre.
 Pour la plaquette du festival, il faut faire un bref résumé[2]. Et donner le titre aussi[3]. Dès le lendemain, ça bug. Au regard du thème abordé, on doit faire valider par la direction dit la nouvelle jeune louve ultra zélée de la vie étudiante. Par mail hein, surtout pas de coup de fil, ce serait dommage de se parler.
 Ok. Fair-play. Allons-y.
 Retour quasi immédiat. La direction s’oppose au projet de spectacle. Quoi ? Comment ? J’ai pas du comprendre. Les mots vont pas ensemble ? Une fac ? Un cours de théâtre ? Un pays d’expression libre ? Là où des millions de personnes ont marché après le 7 janvier pour justement revendiquer le droit de l’ouvrir ? A quelques kilomètres d’une place de la République où des centaines de personnes se retrouvent toutes les nuits depuis plusieurs semaines pour tenter de penser autrement et valider leur droit inaliénable de s’exprimer. Non, vraiment, j’ai pas du comprendre. Je relis. Mais non, c’est bien ça, c’est veto. Pourquoi ? Parce que théâtre = divertissement dit la jeune dame. Festival de fin d’année = fête. Et puis, après ces équations indigentes, les valdas sont finalement lâchées. Public délicat – comprendre public avec grosse proportion de musulmans – et puis attentats trop frais. Nous sommes en juin. Les attentats ont frappé Paris en novembre, puis en janvier dernier, et ne cessent de frapper le monde partout ailleurs, avant la France, pendant la France et après elle. Trop frais donc les attentats.
 Sans aucun doute.
 Et puis d’ailleurs on me rappelle en fin de mail qu’on m’avait parlé de soumettre les textes déjà l’an passé[4], et que la prochaine fois il ne faudra pas oublier. Si prochaine fois il y a, me laisse-t-on entendre. Oulala, des menaces. Toujours par mail hein, des fois que le courage soit un peu plus qu’un concept. Alors j’y vais moi aussi. Bim. Si censure : pas de spectacle. Parce que c’est inadmissible. Que c’est passer à côté de l’essence même du théâtre, de la pièce qui a été écrite, de l’envie de réfléchir qu’il y a derrière, du besoin de partager, de stimuler, de catharsiser sans pour autant s’asseoir sur le divertissement. Mais ça ne sert à rien de s’exciter sur son clavier azerty. Miss secrétariat est ferme. C’est non. Pas de spectacle. Je suis scié en deux.
 Une amie m’appelle quelques jours plus tard pour me dire qu’on lui a proposé mon poste. Je suis scié en quatre.
 Mais je résiste. Les élèves aussi. On s’indigne comme le vieux Hessel suggérait. On tient bon. Les plus affligés vont voir le doyen, d’autres, les administrateurs. Sauf que ça continue de bloquer. C’est annulé. Point barre. Et puis tant pis. Les cours sont bientôt terminés. Les vacances étoufferont le scandale. Plus de débat. Pas de débat. Chacun chez soi pour terminer le joli mois de mai. Et ça fera du temps en plus pour regarder la téloche quand les Etats-Unis relaieront la tuerie d’Orlando.
 12 juin 2016. Merde. Ce sera encore plus frais. Toujours là pour foutre la merde ces ricains. La fac a bien fait d’annuler finalement. Et bim again. 28 juin. Istanbul. 3 juillet. Bagdad. 4 juillet. Médine. Fait chier alors ! On pourra donc jamais en parler. Peut être à la rentrée prochaine. Mais non bonhomme. C’est mi-juillet, t’as foutu le camp à la playa chez les parents et tu reçois un mail de l’autre courge toute pleine de sa cordialité de bureau. T’es viré. Enfin non, ça dit : la « commission » a voté pour un autre « contenu pédagogique ». Sauf qu’avant toi y’a jamais eu de commission. Et qu’on t’a recruté après t’avoir vu jouer sur le plateau de la MAC. Bullshit number 45. Trop frais le mytho[5].
 Mais je m’en fous, je la monterai cette pièce, et je ferai entendre la voix de ces gosses. Avec la troupe de la fac. Ah mais non je suis con. Si je suis viré de l’université, y’a plus aucune raison que je puisse continuer à diriger cette troupe non plus. Alors ce sera avec ma troupe à moi. Je la monterai dans un théâtre curieux et confiant qui n’a pas eu peur d’accueillir le projet[6], de toute façon c’était prévu. Et pour le clin d’oeil j’y mettrai même une de mes anciennes élèves en premier rôle. Parce qu’elle est ouf. Et parce que c’est d’autant plus important au regard du traquenard qu’on m’a tendu.
 Comme il est important de gueuler au travers de ces lignes.
 Gueuler contre une universitĂ© qui faillit Ă sa mission et qui va Ă l’encontre de son job premier, Ă savoir mobiliser l’esprit critique, penser le monde, mettre la connaissance au service du quotidien. Gueuler contre le contresens, le malaise ambiant, le gros problème de fond.Â
Parce qu’il n’est pas question de fraîcheur, mais juste de peur. Cette même peur que le terrorisme veut instiller, c’est l’administration d’une Université qui en est et devient le premier agent. La sinistre ironie. Comme si on n’avait pas assez d’une Lepen enragée, de toute sa clique nauséabonde et des roquets de l’UMP toujours prêts à dégainer les crocs avant de penser à enclencher leur cerveau. C’est donc ça, le terrorisme qui continue de triompher. Au-delà des bombes. Le terrorisme qui fait trembler de l’ouvrir, même si c’est juste pour réfléchir, pour tenter de trouver ensemble des solutions. Modestement. Naïvement. Honnêtement.
 On a peur des réactions des parents, des élèves, des copains de la Direction toujours plus coupée du réel depuis ses bureaux estampillés ENS, ENA et autres ENergumènes. On a peur d’échanger avec une jeunesse qui est la première victime de l’obscurantisme et du désarroi social alors même qu’elle est aussi et surtout le premier et le plus puissant de ses combattants.
 Trop frais.
 L’horreur est toujours trop fraîche.
 Plus fraîche et glaçante encore la lâcheté qui refuse de se confronter à la réflexion, seule capable d’ériger les remèdes du mal.
Raoul Vaneigem, cité dans la pièce que l’administration a avoué ne pas avoir lue avant de brandir le fanion de la censure écrit en conclusion de son ouvrage « Rien n’est sacré, tout peut se dire » : « « nous apprendrons à annuler la force attractive des nuisances, (…) nous les combattrons par la seule critique qui les puisse éradiquer : (…) en créant des situations qui rendent impossible l’empire de l’inhumanité ».
2 jours après le mail d’éviction et 1 jour après la réponse qu’il m’a inspiré, la promenade des anglais devenait le énième terrain des abominations barbares.
 Non, décidément, tout ceci est trop frais.
 N’en parlons plus.
   [1] Alexandra Badéa, auteur de Pulvérisés, lauréate du Grand prix de littérature dramatique du CNT en 2013, est venue voir la jeune troupe de la faculté à la MAC et est descendue sur le plateau pour saluer leur prestation et la qualité du projet.
 [2] « C’est à la fois une enquête, une histoire d’amour, une réflexion sociale et un combat effréné pour la justice. Jeanne va fêter ses 17 ans. Son amoureux est parti en Libye. Elle fera tout pour le retrouver, en dépit de ses parents, du quai d’Orsay et d’autres esprits plus ou moins éclairés. Idéalisme, désespoir ou folie, lequel des trois va triompher ? »
 [3] #JeSuisLeProchain
[4] Parce que pour le spectacle des 10ans, certaines oreilles s’étaient dressées. Un spectacle sur l’amour – je trouvais ça festif - avec des gros mots comme bite, cul, poil, sodomie et foutre, c’est pas bien. Mais c’est pas moi, j’ai dit, c’est Pommerat, et Blier, et Céline, mêlés à Musset, Racine, Molière, Shakespeare et consort pour faire de belles étincelles. Ce sont des grands textes magnifiques, dit par de grandes personnes, toutes majeures et accessoirement dopées à youporn depuis au moins un lustre… Mais j’avoue, mon cerveau avait oublié cette requête gestapiste, parce que j’avais sûrement pas voulu croire qu’on puisse avoir ne serait- qu’un mini réflexe inquisitoire en France, dans l’enseignement supérieur.
 [5] La nana, je l’assassine, c’est de bonne guère :
“Bonjour J----,
Content d'apprendre que cette nouvelle tocade du contenu pédagogique aura porté ses fruits. Sûrement n'y étais-je pas assez préparé pour vous offrir une proposition digne de ce nom vu que, contrairement à ce que tu as pu avancer sans rougir, il ne m'a jamais été demandé en six ans de fournir ce genre d'exposé, pas même lors de mon recrutement qui s'est fait - pour rappel - après que l'on m'ait vu jouer sur scène à la MAC.
Content aussi de confirmer ce qu'un accès de mauvaise foi de ta part avait transformé en négation. De toute évidence l'appel d'Elise sonnait le glas de ma collaboration et ces contenus pédagogiques fantoches déguisaient mon évincement. Mais tu as remarquablement feint la surprise et l'indignation, je te le concède.
Et content enfin de ne plus avoir à collaborer avec une université qui pense que le théâtre se résume à des cotillons et des perruques et qui nie le devoir de réflexion de ce matériau vital, social, cathartique et politique en plus que d'être divertissant. Orlando, Bagdad, Istanbul, Médine viennent confirmer l'urgence à penser, avec notre jeunesse. Vos arguments pour l'interdiction de monter la pièce qui vous a effrayé n'avaient pas grande ampleur et deviennent chaque semaine plus risibles encore. Les attentats du 13 novembre étaient trop frais avanciez vous. Puisse la fraîcheur des dernières hécatombes continuer d'anesthésier le courage et la pensée alors.
Impatient de découvrir la densité prochaine des contenus pédagogiques retenus, de communiquer sur votre effarante inclairvoyance, sans oublier la bassesse de vos procédés.
Je salue pour finir ton travail en particulier, car il est dans son genre remarquable, de même que ton implication sans relâche qui, depuis ton arrivée, n'auront jamais rendu aussi sotte et administrative la gestion de l'option transversale pour laquelle j'ai eu l'immense honneur d'oeuvrer. Des performances qui, vraiment, méritent mention et applaudissements.
Je te vole ta douce conclusion en te souhaitant une "bonne continuation" et en y joignant cette formule décidément bien vide de sens.
"Cordialement"
 [6] Le théâtre de La Loge, trop exceptionnel dans son fonctionnement et sa programmation pour ne pas le nommer