« L’évolution des mœurs fait partie du processus de la laïcisation. »
« L’évolution des mœurs fait partie du processus de la laïcisation. »
A cette phrase, m’a-t-on répondu : « Non, il ne faut pas dénaturer la laïcité sous couvert de l’évolution des mœurs ».
Le sens de mon propos n’était pas de savoir si oui ou non l’évolution des mœurs dénaturerait la laïcité, mais tendait à défendre l’idée que les mœurs basées sur les volontés libres - à l’instar de la laïcisation du mariage devenant dès lors un contrat entre deux personnes et ouvrant le droit au mariage- et la reconnaissance légitime du choix de l’orientation sexuelle -à travers le Pacs et le mariage pour tous- participent bel et bien à la sécularisation et à la laïcisation de la société.  Les résistances et réticences religieuses ne peuvent avoir valeur de raison et de vérité absolue et se poser en hégémonie. J’entends par laïcisation la « déthéologisation » de la loi et par extension du domaine public et privé.
Ayant réitéré mes propos, cette "spécialiste" m’a déclaré :
« Le problème de l’évolution des mœurs est au contraire qu’elle nuit à la laïcisation de la société parce qu’avec ce qui sa passe aujourd’hui il y  a dénaturation du concept de laïcité. Maintenant il y a trop de règles qui sous couvert de la laïcité portent atteinte à la liberté de religion et de pensée et d’exercer une religion. »
A cela je demande plus de précisions. En quoi l’évolution des mœurs nuirait-elle à la laïcisation ou sécularisation de la société ? En outre, pourrait-on me donner des exemples de ce « trop de règles » qui selon cette personne porterait atteinte à la liberté de religion ?
Nous ne partageons pas le même diagnostic concernant la laïcité, qui à mon sens est en danger et doit être renforcée par une loi. En effet, nous faisons face à un vide juridique en la matière, comme nous l’avons pu le constater à de nombreuses reprises, car la loi Chirac 2004 ne concerne que l’espace scolaire. Ainsi,  durant ces dernières nous avons eu affaire à des contentieux empoisonnant les collectivités.
Dépourvus de texte clair, les magistrats au travers de leurs décisions, n’ont eu de cesse d’osciller au regard de leurs convictions, propres expériences et cultures, provoquant des absurdités.  Dans l’affaire de la Caisse d’Assurance Maladie de Seine-Saint-Denis, les magistrats ont tranché qu’une employée vérifiant les liasses de remboursement des soins n’a pas le droit de porter le voile, tandis que dans celle de la crèche Baby Loup, une employée en contact avec des enfants y a le droit ! Plus étourdissant encore, les jugements oscillent en fonction des départements. La Cour d’Appel de Versailles avait en effet déclaré : « les enfants n’ont pas à être confrontés à des manifestations ostentatoires d’appartenance religieuse » et la Cour de Cassation de Seine-Saint-Denis invoque une « discrimination en raison des convictions religieuses ». Déclaration qui laisse croire que le foulard est l’attribut et prescription religieuse de la « vraie musulmane »…
Ceux qui crient au loup en dénonçant un « trop de règles » sont dans le déni de la réalité, car nous sommes victimes d’un vide juridique en matière de laïcité. Il est donc du devoir des législateurs de pallier à ce manque, qui nourrit la perte de repères et les incohérences.
Aux amateurs de surenchères et de caricature  qui confondent laïcité  et anticléricalisme, laïcité et islamophobie, laïcité et antireligiosité, je leur signifie que la laïcité est à la fois garante de la liberté des consciences, du libre exercice des cultes et de l’intégration républicaine. Etre laïc ce n’est pas porter atteinte à la liberté de religion ou de pensée, mais c’est être attaché à la neutralité philosophique, religieuse et politique dans les services publics.











