Rencontre avec Denis Janon.
Nous avons Ă cĆur de pouvoir vous permettre de dĂ©couvrir lâenvers du dĂ©cor des EnvolĂ©es. Ainsi, Denis Janon, chef dâatelier construction dĂ©cors Ă la MC2, a eu la gentillesse de bien vouloir rĂ©pondre Ă quelques unes de nos questions concernant son mĂ©tier, mais aussi la semaine de rĂ©sidence MC2 : du 12 fĂ©vrier dernier oĂč les Ă©quipes ont eu lâoccasion de travailler avec lui.
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Denis Janon présentez-vous, parlez-nous de votre parcours professionnel, de votre métier
Ma premiĂšre expĂ©rience visuelle sâest faite avec la nature quand jâĂ©tais enfant. Jâobservais les herbes Ă la campagne et câest de cette façon jâai acquis une vison des choses dans lâespace. Jâai toujours eu goĂ»t de la poĂ©sie des choses, de la vie en gĂ©nĂ©rale. Cela mâa menĂ© petit Ă petit vers la crĂ©ation. AprĂšs avoir obtenu mon Bac LittĂ©raire, jâai eu envie de devenir architecte, mais comme jâĂ©tais assez bon en peinture, jâai voulu tenter ma chance et jâai passĂ© le concours des Beaux-Arts que jâai rĂ©ussi. Ainsi jâai fait quatre annĂ©es en Arts appliquĂ©s aux Beaux-Arts et en parallĂšle je faisais des Ă©tudes Ă la facultĂ© en Histoire de lâart. Câest pendant ces mĂȘmes annĂ©es que jâai rencontrĂ© Jean-Pierre Vergier, Ă lâĂ©poque binĂŽme dĂ©corateur de Georges Lavaudant au CDNA. Je me suis alors dit que je voulais absolument travailler dans les dĂ©cors de théùtre et Ă force dâinsister, jâai Ă©tĂ© embauchĂ© par Georges Lavaudant pour qui jâai fabriquĂ© des maquettes avant de faire des toiles peintes. Jâai travaillĂ© pendant dix-sept ans un peu partout en France, dans divers lieux, avant de travailler Ă Grenoble pour Laurent Pelly (ex-directeur du CDNA puis du Théùtre National de Toulouse). Depuis, je suis toujours Ă la MC2 : oĂč je suis devenu, au fil du temps, chef dâatelier construction dĂ©cors. Mon mĂ©tier consiste de passer du rĂȘve Ă la rĂ©alitĂ©. Passer de plusieurs idĂ©es au concret du spectacle dans le domaine du dĂ©cor. Un dĂ©cor peut ĂȘtre trĂšs travaillĂ©, vide ou seulement constituĂ© de lumiĂšres. Ă chaque nouveau projet de dĂ©cor, un nouveau challenge se prĂ©sente. Les scĂ©nographes arrivent avec des maquettes, des cahiers des charges puis il faut penser Ă lâexĂ©cution du dĂ©cor, comment le monter, le dĂ©monter, dans combien de camions le charger, sâil est lourd ou non, sâil est fragile. Tout cela dĂ©pend du programme de tournĂ©e. Dans mon travail, il nây a pas dâhabitude, chaque projet est unique. La technique se rĂ©invente Ă chaque fois, câest un mĂ©tier crĂ©atif. Il faut savoir se renouveler.
Câest la premiĂšre fois que vous avez lâoccasion de travailler sur un Ă©vĂ©nement tel que les EnvolĂ©es ? A quoi vous attendiez-vous avant la rĂ©sidence du 12 fĂ©vrier dernier Ă la MC2: ?
Ce nâĂ©tait pas vraiment la premiĂšre fois que je travaillais avec de jeunes artistes. Il mâest arrivĂ© de travailler avec des scĂ©nographes fraĂźchement sortis dâĂ©cole sur des projets un peu plus aboutis que Les EnvolĂ©es. LâintĂ©rĂȘt avec Les EnvolĂ©es, câest que tout est nouveau, que les jeunes sont prĂȘts Ă foncer tĂȘte baissĂ©e. Le budget est restreint et rend les choix plus dĂ©licats, mais câest aussi une façon pour ces jeunes gens de dĂ©couvrir que ces contraintes deviennent intĂ©ressantes et stimulantes.Je ne mâattendais pas vraiment Ă quelque chose avant la rĂ©sidence. On peut ĂȘtre agrĂ©ablement surpris et je prĂ©fĂ©rais cela. Je pense quâil faut mettre les aprioris de cĂŽtĂ© dans ce genre de mĂ©tier. Le théùtre doit ĂȘtre porteur pour les nouvelles gĂ©nĂ©rations.
Aviez-vous dĂ©jĂ quelques idĂ©es et propositions Ă faire aux Ă©quipes ou attendiez-vous justement de voir ce quâelles avaient Ă vous proposer ?
Il fallait quâils arrivent avec leurs idĂ©es. Je leur ai demandĂ© de venir avec des dessins, des maquettes pour que lâon puisse Ă©changer et rĂ©flĂ©chir autour de ces premiĂšres propositions. Je me suis alors rendu compte quâils nâavaient pas vraiment de notion dâĂ©chelle ou de correspondance entre une maquette et lâobjet final. Nous avons retravaillĂ© tout cela ensemble.Il y a eu une vĂ©ritable nĂ©cessitĂ© Ă ce que ces jeunes gens confrontent et formalisent leurs intentions. Ce nâĂ©tait pas toujours cohĂ©rent avec les moyens rĂ©els et on Ă©tait parfois dans la digression. Les Ă©quipes avaient tendance Ă vouloir « faire du plein », câest-Ă -dire montrer tout un tas de choses Ă voir sans que cela soit nĂ©cessaire. Il leur a fallu prendre en compte le temps, le budget ; que chacun revoit ses propres intentions pour ainsi apprendre Ă synthĂ©tiser les choses. Câest trĂšs important : il ne faut pas trop en faire pour ne pas sây perdre. Au final, ils sont me semble-t-il repartis avec le moral, satisfaits du travail effectuĂ©. Ils se sont rendu compte que quand on nâabandonne par on arrive Ă sortir quelque chose de certes plus modeste, mais essentiel.
Les EnvolĂ©es câest permettre Ă de jeunes artistes de se lancer dans des conditions professionnelles et professionnalisantes. Que pensez-vous de cette idĂ©e de transmission de savoir et dâexpĂ©rience ?
Câest parfait. Je trouve que, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes ont du mal Ă laisser leur place Ă la relĂšve. Avec les EnvolĂ©es, câest possible. Avec cette expĂ©rience, les jeunes vont pouvoir se frayer un chemin dans la jungle du travail. Les EnvolĂ©es, câest un projet qui fait envie. Ce qui est moteur dans ce genre dâĂ©vĂ©nement, ce sont les idĂ©es et de pouvoir les partager avec autrui. Les rencontres permettent de dĂ©couvrir de nouveaux points de vue, de penser autrement et pousser sa rĂ©flexion vers des directions auxquelles on nâavait pas pensĂ©es.Jâai pris beaucoup de plaisir Ă Ă©changer avec les Ă©quipes, une bienveillance sâest installĂ©e entre nous. Pouvoir les aider ces jeunes gens et les accompagner en mâappuyant sur mes propres expĂ©riences passĂ©es mâa fait trĂšs plaisir.
La rĂ©flexion et le cheminement crĂ©atif a-t-il Ă©tĂ© diffĂ©rent dâune Ă©quipe Ă une autre ?
Aujourdâhui, avec lâexpĂ©rience, je sais oĂč veulent aller les artistes. SolĂšne (projet ĂtĂ©), par exemple, nâavait pas envisagĂ© que son dĂ©cor puisse ĂȘtre mobile. Jâaime quand on peut jouer avec le dĂ©cor, dâailleurs les dĂ©cors ont toujours Ă©tĂ© mobiles, mais avec des parcours dĂ©finis. Aujourdâhui, les dĂ©cors nâont plus de parcours dĂ©finis, les comĂ©diens lâutilisent, jouent avec. La limite dâun dĂ©cor Ă lâheure actuelle, câest lâimaginaire de chacun. Avec SolĂšne et son Ă©quipe, nous avons donc pensĂ© un dĂ©cor mobile et dynamique.La lumiĂšre est une maniĂšre dâoccuper lâespace, elle a Ă©tĂ© trĂšs sollicitĂ©e. Les Ă©quipes Ă©taient dĂ©jĂ assez au point sur la lumiĂšre, sur son importance dans une mise en scĂšne.
Un petit retour global sur cette semaine passée avec les trois équipes ?
CâĂ©tait une trĂšs bonne semaine pleine dâoxygĂšne et de sang neuf. JâespĂšre, avec un peu de chance, ĂȘtre arrivĂ© Ă aider les Ă©quipes Ă avancer. Je peux parfois ĂȘtre âbrut de dĂ©coffrageâ et jâai eu pour objectif de pousser au maximum la rĂ©flexion des Ă©quipes. Je leur posais tout le temps la mĂȘme question : « Et aprĂšs ? Et aprĂšs ? Et aprĂšs ? » afin de leur permettre de se rendre compte quâils ont bien travaillĂ© et avancĂ© du dĂ©but Ă la fin de leur rĂ©flexion. JâespĂšre leur avoir appris Ă prendre plus de recul vis-Ă -vis de leur travail, Ă ne pas se laisser avoir par des histoires de contraintes, de ne pas penser que cela est nĂ©gatif. Ils ont appris Ă faire malgrĂ© les contraintes. Je leur souhaite un bon voyage, une bonne envolĂ©e.
Propos recueillis par CharlĂšne Ferrer.