B. Les traits de caractère
Les princesses traditionnelles ont un caractère extrêmement révélateur de l’image de la femme qui est véhiculée à travers elles.
 La gentillesse et l'amabilité sont tout d’abord deux qualités indispensables de la femme. Blanche-Neige, elle, est toujours très attentionnée envers les nains : elle les embrasse un à un avant qu’ils partent à la mine, leur prépare des tartes pour leur faire plaisir.
Cendrillon prend grand soin des animaux qui sont aussi ses amis : elle confectionne par exemple des vĂŞtements pour les souris, les aide Ă se nourrir et les sauve souvent de Lucifer, le chat de la maison, qui essaye Ă©videmment de les attraper pour en faire son repas.Â
Aurore part souvent cueillir des mĂ»res pour ses trois marraines par pure gentillesse, accompagnĂ©e de ses amis, les animaux avec qui elle se montre particulièrement aimante. Â
Les premières princesses Disney sont Ă©galement d’une joie de vivre dĂ©bordante, malgrĂ© les malheurs qui les assaillent. Blanche-Neige apparaĂ®t toujours joyeuse : souvent, elle chante et fredonne gaiement, danse et rit avec les nains, en oubliant que sa belle-mère la reine pourrait Ă tout moment la retrouver et la tuer. Cendrillon est une jeune femme qui inspire la gaietĂ© et garde constamment le sourire malgrĂ© le fait qu’elle soit servante dans sa propre maison, puisqu’elle espère qu’un jour son rĂŞve de bonheur aux cĂ´tĂ©s de son prince deviendra rĂ©alitĂ©.Â
Ces trois femmes sont Ă©galement très douces et calmes : ces traits de caractère se ressentent notamment Ă travers leur gestuelle, leurs voix qui sont toutes trois très harmonieuses, qu’elles soient en train de chanter ou non, et Ă travers leurs attitudes dĂ©licates envers ceux qui l’entourent. Aurore, par exemple, parle toujours très calmement et d’une intonation extrĂŞmement douce avec ses trois marraines ; c’est Ă©galement le cas de Cendrillon qui reste toujours polie et aimable envers sa marraine et ses belles-sĹ“urs qui lui font pourtant vivre un enfer.Â
Ces trois premières princesses sont aussi prĂ©sentĂ©es comme serviables ; elles aident les autres et font ce qu’on leur demande sans se plaindre. Blanche-Neige, par exemple, fait le mĂ©nage pour sa belle mère qui pourtant, la dĂ©teste ; en arrivant chez les nains, elle nettoie leur maison en chantant et en espĂ©rant que cela lui permettra de rester chez eux. Cendrillon est une vĂ©ritable servante dans sa propre maison. Elle rend service Ă sa marâtre et Ă ses belles-sĹ“urs sans se plaindre et se plie Ă leurs ordres, bien que ces dernières soient extrĂŞmement dĂ©sagrĂ©ables avec elle et lui donnent une montagne de travail Ă faire. C’est elle qui s’occupe de tout le mĂ©nage; elle nettoie tout le château de fond en comble, depuis l’escalier jusqu’au lavage des rideaux. Elle fait Ă©galement la cuisine et est en charge du linge de sa belle-famille. Blanche-Neige, Cendrillon et Aurore sont la « parfaite » image de la femme au foyer, en charge de toutes les tâches mĂ©nagères.Â
Ces trois femmes sont Ă©galement soumises aux autres personnages prĂ©sents dans leur dessin-animĂ© respectif. Blanche-Neige ne cherche jamais Ă se rĂ©volter contre la jalousie de la Reine qui veut la tuer, elle la subit simplement en fuyant et en trouvant refuge chez les sept nains. Elle ne s’est jamais plaint du traitement que lui infligeait sa marâtre ni du fait qu’elle veuille l’assassiner. De la mĂŞme façon, Cendrillon, vĂ©ritable victime des pièges de sa belle-famille, ne cherche pas Ă se rebeller contre ses demi-sĹ“urs et sa belle-mère alors qu’elle est servante dans sa propre maison. Lorsque sa belle-mère, Ă la fin du dessin-animĂ©, l’enferme dans sa chambre pour qu’elle ne puisse pas essayer la pantoufle de verre qui lui permettrait de prouver qu’elle est bel et bien la jeune fille dont le prince est tombĂ© amoureux, elle se met Ă pleurer sans plus d’efforts. Lorsqu’Aurore, qui pensait s’appeler Rose, apprend sa vĂ©ritable identitĂ©, elle pleure, dĂ©sespĂ©rĂ©e, mais se plie pourtant aux volontĂ©s de ses marraines les fĂ©es et se laisse emmener au château pour retrouver ses parents et Ă©pouser un homme qu’elle ne connaĂ®t pas, alors qu’elle est amoureuse d’un autre.Â
Blanche-Neige, Cendrillon et Aurore sont aussi prĂ©sentĂ©es comme des femmes parfois peu courageuses, sensibles et fragiles. Lorsque le chasseur tente de tuer Blanche-Neige et lève son couteau vers elle, elle hurle, apeurĂ©e, puis cache son visage de ses mains dans un geste de soumission : elle ne se dĂ©fend pas. Le chasseur, pris de pitiĂ©, la laisse alors fuir. Elle se met Ă courir dans la forĂŞt (qui s’anime grâce Ă l’imagination de Blanche-Neige : les arbres lui agrippent sa robe, les branches se transforment en crocodiles…) ; elle finit par abandonner, sous le choc, se laisse tomber Ă terre et pleure. Lorsque les belles sĹ“urs de Cendrillon lui dĂ©chirent la robe que les souris lui avaient confectionnĂ©e pour qu’elle puisse aller au bal, elle s’enfuit en courant, puis s’assois sur un banc dans la cour et fond en larmes. Quand Aurore apprend qu’elle doit Ă©pouser un prince du royaume, elle s’enferme dans sa chambre et y pleure toute la nuit, effondrĂ©e ; Ă peine arrivĂ©e au château elle fait de mĂŞme, dĂ©sespĂ©rĂ©e et pensant Ă l’inconnu dont elle est tombĂ©e amoureuse et qu’elle ne reverra jamais. Une autre scène du dessin-animĂ© montre le Roi StĂ©phane, le père d’Aurore, en pleine discussion avec le père de Philippe, le roi Hubert ; celui-ci lui explique qu’il ne veut pas marier Aurore tout de suite parce que « C’est une jeune fille, ça peut lui faire un choc ». Selon lui, Aurore sera Ă©branlĂ©e non pas parce qu’elle a vĂ©cu dans le mensonge toute sa vie… Mais parce qu’elle est une « jeune fille ». Cette citation rĂ©sume l’image de femme fragile qui est dĂ©veloppĂ©e tout au long de ses trois dessins-animĂ©s.Â
Ces trois jeunes femmes sont Ă©galement très amoureuses. Blanche-Neige rencontre son prince charmant dès le dĂ©but du film, alors qu’elle s’employait Ă faire le mĂ©nage dans la cour de son château et chantait sa première chanson, intitulĂ©e « Je souhaite ». Surprise et intimidĂ©e, Blanche-Neige fuit devant lui, mais elle tombe immĂ©diatement amoureuse de cet homme venu chanter Ă sa fenĂŞtre alors qu’elle en rĂŞvait justement.Â
Cendrillon, quant Ă elle, rencontre son prince pour la première fois lors du bal. A son arrivĂ©e, celui-ci, apparemment Ă©blouit par sa beautĂ©, la remarque immĂ©diatement et l’invite alors Ă danser. Cendrillon accepte avec joie bien qu’elle ne sait pas que c’était le prince lui-mĂŞme qui lui avait proposĂ© une danse. Ils passent la soirĂ©e ensembles et dès lors, Cendrillon ne cessera de penser Ă cet homme avec qui elle a passĂ© la plus belle soirĂ©e de sa vie. En rentrant du bal, elle en fait l’éloge Ă ses amis les souris, et elle passera la journĂ©e du lendemain Ă danser avec son balais en fredonnant.Â
Aurore est aussi très amoureuse de son prince qu’elle rencontre dans la forêt alors qu’elle cueillait des mûres pour ses trois marraines. Prénommé Philippe, celui-ci se promenait également en forêt et a entendu Aurore chanter. Attiré par sa belle voix qui était « trop belle pour être réelle » à ses yeux, il décide de la retrouver. Arrivé près de la jeune femme, il se cache d’abord derrière un buisson puis chante et danse avec elle. Aurore, qui pensait être seule avec ses amis les animaux, est apeurée et essaie de se dégager de l’étreinte du prince, mais Philippe la rassure immédiatement. Ils dansent, chantent et passent l’après-midi ensembles, s’enlacent, puis Aurore repart chez elle en lui promettant de revenir le voir le soir même ; évidemment, elle ne savait pas qu’elle venait de rencontrer l’un des princes du royaume. Tout au long du film, Aurore développe une véritable passion pour l’amour et le romantisme et ne cesse de penser à Philippe. Lorsqu’elle apprend, peu après sa première rencontre avec l’homme qu’elle l’aime, qu’elle est la princesse du royaume et qu’elle doit retourner au château de ses parents puis qu’elle y mariera un prince, elle est dévastée et fond en larmes.
Blanche-Neige, Cendrillon et Aurore sont aussi trois femmes rĂŞveuses ; elles espèrent de tout leur cĹ“ur vivre une vie meilleure, aux cĂ´tĂ©s de leur prince charmant. Dans la chanson « Un jour mon prince viendra », Blanche-Neige rĂŞve Ă son Prince et au bonheur que sa venue engendrera pour elle. Cette chanson est reprĂ©sentative du comportement passif de Blanche-Neige, qui ne fait qu’attendre son prince charmant dans une attitude rĂŞveuse et niaise : « Un jour, mon Prince viendra / Un jour, on s'aimera / Dans son château, heureux, s'en allant / GoĂ»ter le bonheur qui nous attend ! ».Â
Dans une autre scène du dessin-animé, elle fait l’éloge de son prince aux nains par le biais d’une histoire qu’elle raconte, qui est en réalité la sienne. Elle assure « qu’il n’a pas son égal dans le monde entier » et rêve de lui en regardant dans le vague, les yeux pétillants.
Cendrillon rêve constamment de rencontrer un homme et de vivre le « véritable amour » avant même d’avoir rencontré son prince. Elle rêve d’une vie meilleure et espère que ses rêves de bonheur se réaliseront. Dans la chanson « Tendre rêve », Cendrillon affirme que "Les rêves qui sommeillent dans nos cœurs / habillent nos chagrins de bonheur" : c’est l’attitude rêveuse de Cendrillon et son espoir de vie meilleure qui lui permet de surpasser ses pires chagrins. "Même si ton cœur a l'âme en peine / il faut il croire quand même" : d’après elle, malgré les malheurs de la vie, il ne faut pas s’arrêter de rêver. Le lendemain du bal, lorsqu’elle apprend que le prince la recherche, elle sourit sans autre réaction et ne répond plus à ses demi-sœurs qui lui parlent, puis elle sort de la pièce en fredonnant et en dansant avec son balai.
Peu avant la scène dans La Belle au bois dormant oĂą Aurore rencontrera son prince dans la forĂŞt, celle-ci affirme Ă ses amis les animaux qu’elle a rencontrĂ© un prince qu’elle dĂ©crit comme « Grand, jeune, beau, et si romantique » (Aurore est reprĂ©sentĂ©e comme une femme superficielle Ă travers ces paroles) ; enjouĂ©e, elle leur raconte qu’ils se sont promenĂ©s ensembles, puis qu’il l’a prit dans ses bras… et qu’enfin, elle s’est rĂ©veillĂ©e.Â
Les trois princesses traditionnelles de Disney sont aussi présentées comme étant des jeunes femmes plutôt naïves. En effet, lorsque la reine, transformée en sorcière propose à Blanche-Neige une pomme rouge qui exaucerait tous ses vœux, celle-ci n’hésite pas longtemps et oublie les maintes et maintes mises en gardes des nains en s’exclamant «Je voudrais que mon Prince l’emmène dans un château où nous vivrons lui et moi comme dans un rêve ».
De la même façon, lorsqu’Aurore arrive au château de ses parents et qu’elle aperçoit une étrange lumière verte, elle ne réfléchis pas et la suit : elle tombe ainsi dans le piège de Maléfique et touche le fuseau maudit par la sorcière. Ces princesses peuvent également être considérées comme naïves dans la mesure où elles aiment tous trois un homme démesurément, alors qu’elles ne le connaissent pas, ou très peu.
Blanche-Neige, Cendrillon et Aurore sont ainsi prĂ©sentĂ©es sans dĂ©fauts de caractère : par exemple, elles ne sont ni colĂ©riques, ni impolies. Cependant, de nombreux stĂ©rĂ©otypes fĂ©minins sont dĂ©veloppĂ©s Ă travers leur personnalité : une femme doit ĂŞtre gentille et douce, mais aussi serviable, sensible, soumise, naĂŻve et Ă©perdument amoureuse d’un homme. Il est aussi intĂ©ressant de noter que le caractère d’Aurore n’est que très peu dĂ©veloppĂ© dans le dessin-animé : il faut dĂ©jĂ attendre la 24ème minute pour l’entendre parler ; ensuite, une grande partie du dessin-animĂ© se concentre sur le prince Philippe qui veut la sauver, puisqu’Aurore est plongĂ©e dans un sommeil profond. Toute sa « personnalité » tourne ainsi autour de son amour pour le prince.Â