#4
Ce matin-lĂ , il nâavait pas eu envie de se lever. Il avait contemplĂ© les lames de lumiĂšre que les stores dessinaient sur les murs, comme autant de barreaux que nul lime ne pouvait ronger. Ils Ă©taient bien lĂ pourtant, et il sentait chaque jour quâil Ă©tait plus difficile de lutter. Les couleurs de son Ăźle lui manquaient, lâocre violent des montagnes qui dĂ©coupait le bleu incandescent de la mer. Les aiguilles de pin chauffĂ©es Ă blanc par le soleil, qui craquaient sous ses chaussures tandis quâil dĂ©valait le sentier...
CâĂ©tait avant. Avant que ses souliers ne se remplissent de la vase du chagrin. Il lui avait dit va-t-en, tu nâes pas la bienvenue ici, tu mâĂ©touffes. Mais la tristesse, visqueuse, avait trouvĂ© oĂč se loger. Si le coeur Ă©tait imprenable, il restait les pieds, et peu Ă peu, elle le clouait au sol, et chaque pas devenait plus pĂ©nible.
âAntoine? Tu viens? Sâil te plaĂźt, tu mâavais promis que cette fois on irait!â
Julie, le bal. Il avait oubliĂ©. Elle voulait quâil la fasse tourner, et tourner encore, sous les regards jaloux de ses amies, qui soupireraient en attendant lâinvitation dâun cavalier plus ou moins fringant. Secoue-toi mon vieux, secoue-toi! Julie avait droit elle aussi Ă sa part de joie.Â
Alors il se leva, sorti sa paire de souliers du dimanche quâil frotta un instant avec sa manche. Elle nâavait guĂšre dâallure, mais Julie serait heureuse de lâavoir Ă son bras, et lui soulĂšverait, un pas aprĂšs lâautre, la vase et les secrets qui lâhabitaient.Â









