Une de mes patientes avec une rĂ©cidive de cancer, ayant pris du poids du fait de tous ses traitements m'a dit qu'elle n'Ă©tait plus aussi bien qu'avant, plus aussi belle. Elle pleurait en dĂ©tournant le regard du miroir de la salle de bain. AlorsâŠJe lui ai montrĂ© mon ventre.
Et je vais aussi te le montrer Ă toi qui me lis et te dire la mĂȘme chose que ce que je lui ai dit :
La société voit mes rondeurs comme le résultat d'une mauvaise alimentation, comme le résultat de ma négligence. La société voit mes cicatrices, mes vergetures, comme quelque chose de disgracieux à cacher sous des huiles et des crÚmes miracles. La société pense que je n'ai pas ce qu'il faut pour porter des bikinis, pour me montrer sur la plage.
Moi ce que je vois quand je me regarde, c'est le résultat de mes études et de mon travail d'infirmiÚre qui ne me permet pas d'avoir un équilibre alimentaire mais dans lequel je m'investi parce que j'aime ce que je fais.
Moi ce que je vois quand je me regarde, ce sont mes marques de mes grossesses qui m'ont permis d'avoir mes enfants et ça n'a pas de prix.
Moi ce que je vois quand je me regarde ce sont mes cicatrices d'opération de la vésicule biliaire qui a été une délivrance aprÚs des mois de souffrances sans réponses. Qui m'a permis de changer certaines habitudes, de consommer toujours mieux.
Moi ce que je vois quand le papounet me regarde c'est qu'il aime toutes les parties de moi et que mon corps Ă plus d'intĂ©rĂȘt Ă se retrouver cĂąliner par lui qu'Ă se pavaner sur une plage.
Moi ce que je vois quand mes enfants me regardent ce sont des petites mains qui me réclament pour mieux que je les serre contre ce ventre qui en dégoûte certains.
Une personne n'est pas définie par une apparence, par une maladie, par un diagnostic. Ce qui permet de se sentir reconnue, unique et belle c'est de se voir dans le regard de ceux qu'on aime, de ceux qui comptent pour nous⊠pas dans celui d'une société faite de slogans, de papier glacé et de froideur impartiale.
Alors ma patiente elle a sourit, elle a mĂȘme rit. Puis quand je vois son regard qui se pose sur moi, c'est un regard complice, de partage et des yeux qui pĂ©tillent. Et c'est ça qui m'importe !