Dans le rĂ©cit hĂ©gĂ©monique des luttes pour les droits des femmes, un oubli met particuliĂšrement au jour le refus de considĂ©rer les privilĂšges que donne la blanchitĂ©. Ce rĂ©cit met en scĂšne des femmes privĂ©es de droits qui les obtiennent progressivement, jusquâĂ bĂ©nĂ©ficier de celui qui est lâemblĂšme des dĂ©mocraties europĂ©ennes, le droit de vote. Or, si sur une longue pĂ©riode les femmes blanches nâont effectivement pas pu jouir de nombreux droits civiques associĂ©s, elles ont eu celui de possĂ©der des ĂȘtres humains ; elles ont possĂ©dĂ© des esclaves et des plantations puis, Ă la suite de lâabolition de lâesclavage, ont Ă©tĂ© Ă la tĂȘte de plantations coloniales oĂč sĂ©vissait le travail forcĂ©. LâaccĂšs Ă la propriĂ©tĂ© dâĂȘtres humains ne leur Ă©tait pas refusĂ© et ce droit leur a Ă©tĂ© accordĂ© parce quâelles Ă©taient blanches. Une des plus grandes esclavagistes Ă lâĂźle de La RĂ©union fut une femme, Madame Desbassyns, qui nâavait ni le droit de vote, ni de passer le baccalaurĂ©at, ni dâĂȘtre avocat, ni mĂ©decin ou professeur Ă lâuniversitĂ©, mais avait celui de possĂ©der des ĂȘtres humains, classĂ©s comme « meubles » dans son patrimoine. Aussi longtemps que lâhistoire des droits des femmes sera Ă©crite sans tenir compte de ce privilĂšge, elle sera mensongĂšre.
-- Francoise VergÚs, Un féminisme décolonial










