Revolution Radio, ou le problème du “C’était mieux avant”.
Quand Green Day a annoncé son retour, je m'en suis rongé les sangs.
Quand Rob Cavallo a affirmé que l’album avait des chansons plutôt fantastiques et que les fans n’allaient pas être déçus, j’ai eu une once d’espoir qui naquit. Quand j'entendais des phrases telles que « If you are a fan of the early, punky Green Day, you will LOVE the new song 'Bang Bang ». Oh. Dookie. Vraiment ? Mais, n'est – ce pas depuis des années qu'on nous tanne avec un retour à Dookie ? Ayant été fan hardcore de ce groupe durant mon collège et mon lycée, c'était avec une lueur d'espoir que je m'attendais à danser à nouveau sur la voix de notre Billie Joe, secouer la tête grâce à Tré Cool et ressentir cette vague de bonheur quand la basse de Mike Drint jouait. « When I say early, think 'Dookie', but not 'When I Come Around' 'Dookie', but more 'Welcome To Paradise', 'Burnout' & 'Chump' 'Dookie'... with hints of 'Kerplunk' & the rawness of '39 Smooth ». D'accord, Nick Rivers n'est qu'un journaliste, mais quand j'ai entendu ça, je pense que, comme moi, tous les fans de la première heure se sont réjouis. Un Welcome to Paradise ? Avec l'énergie et le côté peu assuré ?
C'est là où ça a clashé. Et c'est là où Green Day merdera toujours. Ce qui faisait l'énergie de Green Day et son côté indéniablement punk (écoutez Platypus I Hate You et vous verrez que Green Day a toujours eu sa racine punk), c'était son côté peu assuré. Ils avaient l'air de trois branleurs, à prendre leurs instruments, tremblant de rage, et balançant trois accords tremblants avec une batterie épileptique et une voix mal gérée. Là où on peut voir dans ces adjectifs quelque chose de négatif, je vous dis que, non.
C'était du bon non assuré.
C'est tout le problème qu'on a à attendre un Dookie. Green Day a mûri et a prit de l'âge, de l'assurance, de l'expérience. Pourquoi Billie Joe, alors maître de sa voix, mimerait sa voix de gamin rageux du début ? C'est pas logique les gars. Donc, bien que tous les journalistes vous tendront un Dookie à chaque nouvel album, il faut se faire une raison : Green Day ne fera plus de Dookie, plus de Nimrod, plus d'Insomniac. Ils ont acquis une expérience qui fait que le son a changé, la technique est plus propre. Dans l'enregistrement, chaque instrument est bien distinguable, tandis que dans Insomniac … Faut avouer que le mixage est un peu bordélique. Et c'est bien en soit.
Donc pour ce qui est de Revolution Radio en lui – même, ne vous attendez pas à un second Dookie. Vous en savez maintenant les raisons. Je pense que le gros problème de cet album a été de vouloir faire du « comme avant », parce que ça fait des années que les fans nostalgiques ont grandis et en veulent. Or, vous savez comme moi que foutre une guitare très énergique, une batterie claquante et une basse bien lourde, ça ne fait pas l'esprit d'un groupe qui avait la vingtaine à l'époque et qui veut faire la même chose à 40 ans. Le gros problème de Green Day est qu'ils restent bloqués dans cette promesse du punk.
« Bang Bang » était promise comme étant le morceau le plus énergique et le plus ressemblant de Dookie selon les journalistes et les critiques. D’accord c’est la future chanson à pogo des futurs concerts, mais à mes yeux, le plus intéressant de ce single reste le petit pont oriental qui fait sympa.
Le meilleur dans Bang Bang, c'est ce qui a été apporté au style de Green Day dans Revolution Radio, en faisant un album plutôt sympa à l'écoute mais pas profondément marquant. Ce qui est réellement désolant est de voir désormais Billie Joe tenter de faire une voix bien punk et nerveuse, en vain. Le résultat rend plutôt une voix fluette, pas désagréable en soit (par exemple, elle marche très bien avec l'esprit de So Goodbye, qui fait un peu doublon de East Jesus Nowhere mais c'est pas grave), mais ce n’est pas le délire. Ce n’est plus le délire. Faites des trucs comme So Goodbye qui affirme des contrastes dès le début plutôt que vouloir faire un truc très nerveux à la Revolution Radio, d'être lancé dès le début mais de se calmer dès l'entrée de la voix. Ça casse le délire un peu et ça déclenche plus un rire nerveux qu'autre chose.
Car en vérité, l'album donne un ensemble assez répétitif. Autant vous dire qu'Outlaws m'est sortie par les oreilles dès le départ, j'ai pas pu la finir.
Still Breathing. Mais. Mais mon enfant que fais – tu là ? On sent ici une référence aux petits problèmes de santé du groupe pendant ces dernières années, c'est mignon, c'est gentil. En soit, cette chanson ne m'a pas dérangé, elle a le côté rythmé et sait accueillir la voix plus douce de Billie Joe. C'est sympa, ça se laisse écouter. Bien que je sens l'armée de fans puristes, dégoûtés par le changement de Green Day en mode « oe on dirait de la pop c nul » ou encore « oe on dirait du My Chemical Romance un peu ».
Youngblood continue un peu sur cette lancée, ressemblant pas mal pour le coup je trouve à 21st Century Breakdown avec des titres comme Last of the American Girl ou The Static Age. C'est rythmé, même dansant, chantant. On sent la direction que prend Green Day, vers quelque chose de plus orienté pop, préservant l'imagerie des pistolets et des punks kids. On se permet même une petite pique sur Oakland, on rigole c'est marrant. Voilà. Encore une fois, j'écouterais pas ces titres naturellement, mais en soit ça se laisse écouter, c'est assez fluide.
L'album se termine peu à peu en passant par Troubled Times, qui la première fois m'a bien fait pensé à la chanson de fin du Rocky Horror Picture Show. C'était perturbant, vous en conviendrez. Troubled Times est l'exemple typique de ce que devrait faire le groupe. La voix de Billie Joe est nickel sur cette chanson, réussissant à mêler ses sonorités un peu agressives, fluettes et mélancoliques. En plus, les effets retouches de voix qui sont utilisés à foison dans cet album sont à leur apogée. Donc, les gars, gardez ça. On arrête l'époque surf et skateboard, c'est sympa deux minutes mais ça devient assez fade à la fin d'un morceau, bien que vous maîtrisiez maintenant les ponts pour rajouter du piment, le mélange donne quelque chose qui sonne faux, un peu piteux, bref, c'est vraiment pas plaisant.
En conclusion, je dirais que Green Day reste un bon groupe. Et Dieu sait que je n'aurais jamais pensé dire ça après l'écoute de Revolution Radio. Ils ont réussis à utiliser les moyens qui leur était mis à disposition, que ce soit des moyens de mixage avec les effets de voix ou le changement de voix de Billie Joe. On sent que Revolution Radio est un album plus mûr que la trilogie Uno ! Dos! Tré !. En effet, cette dernière sonnait un peu le glas pour le groupe, et m'avait laissé un goût si amer dans la bouche qu'en tant que fan, j'avais décidé d'enterrer Green Day après l'écoute de Tré. Ici, Green Day semble tout de même prendre conscience que jamais Dookie ou Insomniac ne trouvera de frères jumeaux, alors pourquoi ne pas leur faire de grands frères plus originaux, moins axés punk, plus adaptés aux moyens du groupe ? Pourquoi toujours chercher à faire comme avant ? Je comprends cette démarque qu'on a tous en tant que fan hardcore d'un groupe, agissant en être nostalgique. Un groupe change, et dire « c'était mieux avant » n'aide en rien la création artistique d'un groupe. Si Green Day avait fait jusqu'à leurs 40 ans du Welcome to Paradise, on se serait lassés.
Je suis étrangement confiante sur l'avenir du groupe, que j'avoue ne plus avoir suivi depuis 2012. Soyez vous même les gars, et arrêtez de jouer les Jean-Thug-Punk. Ca marche plus.