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10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, lift off... David Bowie.
Happy New Year! (photo by bpwmedia)
Un livre doit apparaßtre comme une évidence au lecteur, et non comme quelque chose de prémédité ou de construit. Mais cette évidence, l'écrivain, lui, doit la construire.
Lâurgence et la patience, Jean-Philippe Toussaint, 2012.

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Madame Bovary version boloss/ouaich ouaich/cassos, par Jean Rochefort. Pour les flemmards de la lecture, câest plus marrant quâun rĂ©sumĂ© WikipĂ©dia...
Manhattan : Reservoir, Guggenheim, Met.
Qu'importe qu'un chanteur avec une guitare vomisse sur l'AmĂ©rique devant un parterre de dizaine de milliers de jeunes Ă©bouriffĂ©s. En quelques mois on le transforme en produit et le contestataire finit en bienfaiteur d'une association caritative. Il faut reconnaĂźtre qu'ils ont trĂšs bien nĂ©gociĂ© le virage de la rĂ©bellion des annĂ©es soixante-dix. A cela s'ajoute une capacitĂ© exceptionnelle Ă faire croire Ă leur Ă©lectorat rĂ©actionnaire qu'une idĂ©ologie du bien guide leurs intĂ©rĂȘts les plus fondamentaux.
Une exécution ordinaire, Marc Dugain, 2007. Ou comment résumer le pouvoir de communication américain en quatre phrases...
Manhattan, midtown.
On peut me dire tant qu'on voudra que la libertĂ©, la dignitĂ©, l'honneur d'ĂȘtre un homme, tout ça, enfin, c'est seulement un conte de nourrice, un conte de fĂ©es pour lequel on se fait tuer. La vĂ©ritĂ©, c'est qu'il y a des moments dans l'histoire, des moments comme celui que nous vivons, oĂč tout ce qui empĂȘche l'homme de dĂ©sespĂ©rer, tout ce qui lui permet de croire et de continuer Ă vivre, a besoin d'une cachette, d'un refuge. Ce refuge, parfois, c'est seulement une chanson, un poĂšme, une musique, un livre. Je voudrais que mon livre soit un de ces refuges, qu'en l'ouvrant, aprĂšs la guerre, quand tout sera fini, les hommes retrouvent leur bien intact, qu'ils sachent qu'on a pu nous forcer Ă vivre comme des bĂȘtes, mais qu'on n'a pas pu nous forcer Ă dĂ©sespĂ©rer. Il n'y a pas d'art dĂ©sespĂ©rĂ© - le dĂ©sespoir, c'est seulement un manque de talent.
Education Européenne, Romain Gary, 1954.

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Brooklyn Heights / Manhattan - 2
Brooklyn Heights/Manhattan - 1
La palme qui vaut son pesant dâor
Soyons clairs dĂšs le dĂ©part, oui, Jacques Audiard a largement mĂ©ritĂ© sa Palme dâor, et pas pour services rendus au cinĂ©ma avec lâensemble de son Ćuvre, mais bien pour le film rĂ©ellement rĂ©compensĂ© (bon, Un ProphĂšte lâaurait largement mĂ©ritĂ©e aussi, mais câest une autre histoire).
Les rĂąleurs, les contre-Audiard-par-principe, les professionnels du visionnage intellectualiste du cinĂ©ma (surtout le français, de cinĂ©ma, dâailleurs) ont arguĂ© quâAudiard offrait une image dĂ©plorable de la banlieue, que la fin âils vĂ©curent heureux et eurent beaucoup dâenfantsâ dans un autre pays est une vision pessimiste de la France et jâen passe. Peut-ĂȘtre, si on se met dans le âbonâ Ă©tat dâesprit, on peut le regarder sous cet angle-lĂ . Mais... quand Scorcese montre le South Boston des InfiltrĂ©s comme un repaire de mafieux irlandais, est-ce que ces mĂȘmes professionnels sâinsurgent de la mauvaise image donnĂ©e Ă ce quartier, Ă cette population ? Le Parrain ne prĂ©sente-t-il pas un archĂ©type de Sicilien mafieux sanguinaire tout aussi Ă©loignĂ© de la rĂ©alitĂ© que le Brahim trafiquant de drogue dâAudiard ? Les âvigilante filmsâ (ces films gĂ©nĂ©ralement amĂ©ricains oĂč les hĂ©ros se font justice eux-mĂȘmes) ne sont pas systĂ©matiquement vilipendĂ©s pour glorification des cons qui dĂ©cident purement et simplement de se venger, nonobstant toute rĂ©flexion sur lâintĂ©rĂȘt de la vengeance et le degrĂ© de civilisation de ceux qui sây adonnent sans limite aucune. Alors quoi ? Parce que Dheepan est un film français âsĂ©rieuxâ, il faudrait forcĂ©ment quâil soit sociologique ? RĂ©aliste ? Quâil se termine mal ? Quâil nâait aucun style, aucune gueule ? Que ses acteurs soient moches et parlent en mode wesh-wesh ? Quâun personnage qui a une couleur, une provenance diffĂ©rente du Français de base soit forcĂ©ment emblĂ©matique de sa couleur, de son pays dâorigine, et un modĂšle Ă suivre... ? LâĂ©tudiant fauchĂ© qui vit dans 70m2 Ă Paris ou les couples de profs qui logent dans des apparts que seuls les milliardaires saoudiens peuvent aujourdâhui sâoffrir et que lâon rencontre dans Ă peu prĂšs tous les films français rĂ©cents, ils sont rĂ©alistes et reprĂ©sentatifs, peut-ĂȘtre ? Bah non.
Allez, trĂȘve de rĂąleries. Voyons donc pourquoi ce prix est-il selon moi si mĂ©ritĂ©. DĂ©jĂ , parce que tu as beau avoir suivi toute la promo, Ă©coutĂ© le Jacques parler de son film encore et encore, les journalistes soulever les mĂȘmes points toujours (les genres, lâAngleterre idyllique, la violence, le film-français-tout-en-tamoul, la famille-pour-de-faux-qui-deviendra-peut-ĂȘtre-qui-sait-une-famille-pour-de-vrai...), les critiques intellectualistes coupeurs de cheveux en quatre critiquer (voir paragraphe prĂ©cĂ©dent), tu as beau savoir comment le film finit parce que tu as eu la bonne idĂ©e de regarder la confĂ©rence de presse de Cannes (je reconnais mes torts, je nâĂ©tais pas obligĂ©e), en gros tu as lâimpression dâavoir dĂ©jĂ vu le film, et pourtant Audiard tâembarque quand mĂȘme. GrĂące Ă quoi ? Au cinĂ©ma, messieurs-dames, tout bĂȘtement. Du cinĂ©ma pour le plaisir du cinĂ©ma : une scĂšne dâouverture sobre et efficace au possible, un dĂ©but de gĂ©nĂ©rique trĂšs intriguant qui se termine dans un sourire, deux acteurs magnifiques filmĂ©s au plus prĂšs (du cinĂ© de myope, comme dit Audiard, ce qui me convient tout Ă fait vu la faiblesse de ma vision) et pourtant toujours Ă la bonne distance, un montage au cordeau mais jamais brutal, une façon on ne peut plus naturelle (et malgrĂ© tout couillue) se passer dâun genre Ă lâautre, un propos prĂ©cis mais sans gĂ©nĂ©ralisation Ă lâensemble dâune population, dâun lieu, une derniĂšre scĂšne certes âhappy endâ mais faite avec intelligence et sobriĂ©tĂ© (Ă lâopposĂ© total de son Ă©quivalent dans De rouille et dâos, dâailleurs), sans grands discours ni regards humides, simplement un coup dâĆil, un sourire, un geste qui en disent bien plus long que le reste (ce qui est valable sur lâensemble du film, dâailleurs), et une avant-derniĂšre scĂšne... pour qui comme moi aime les westerns poussiĂ©reux et Johnny To... ah... cette montĂ©e dâescalier au ralenti, dans la fumĂ©e...Â
Bref, jâarrĂȘte, chapeau, câest tout !
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Toronto - 2
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