Elle apostrophe
Les maux s'Ă©taient enchaĂźnĂ©s au rythme effrĂ©nĂ© d'une vie sans ponctuation. Entre cris d'exclamation et douleurs d'interrogation, le point final avait Ă©tĂ© confisquĂ©, rendant le rĂ©cit inexorablement long et les sourires tristement courts. Quelques virgules pour faire passer les pilules, imbuvables, intraitables, impitoyables, trop nombreuses, trop amĂšres, trop toxiques. La liste est trop longue et le temps de digestion trop court. Il faut sauter... ...une ligne, dans le vide. Gagner un espace. Souffler. Interroger sur un point, ou plus. EspĂ©rer sans but, ou moins. InsĂ©rer une donnĂ©e, rĂȘver. Ajouter une annotation. Trois ĂȘtres en suspension.
Puis les vrais mots font leur apparition. Ceux qui font trÚs mal tellement ils sont beaux. Ceux qui réinventent les définitions et s'approprient l'alphabet. Deux points ouvrez les guillemets. Bonjour? Ils se suivent, se serrent, se chevauchent, s'empilent, s'imbriquent, s'impliquent. Sans condition, sans confusion... Ou juste un peu? Trait d'union. Jamais loin, jamais seuls, plus jamais. D'une lettre à l'autre, les majuscules se déplacent, s'enlacent, s'M et D-bordent. Trop plein de sens, trop peu de lexique. Evidence. La page s'étrique. Ouvrir une parenthÚse. Respirer, planer, aimer, voler, courir, sourire, saisir, vivre, mourir et ressusciter. Avoir la rage. Note de bas de page. Celle qu'on écrit en tout petit. Une référence à tout ce qui a été dit. Celle à laquelle on reviendra quand la parenthÚse se refermera.
Mais qu'advient-il quand on rompt le contrat? Juste une fois. AlinĂ©a trois. Prime de risques, cherchez l'astĂ©risque. Ăa a Ă©tĂ© chantĂ©, dit et Ă©crit. En grand, en gras et en noir: "On la vivra notre putain de belle histoire". Le poĂšte avait-il raison? Fin de citation. C'est l'histoire d'un homme qui aime une femme qui aime un homme. Et pas qu'en post-scriptum.
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