Lire Christian Bobin
Par où commencer ?
Une expérience personnelle
À l’origine de cette question, le constat suivant : les nouveaux lecteurs de Christian Bobin demandent régulièrement des conseils pour débuter la lecture de l’œuvre du poète. Si chacune de ses œuvres est comme une pièce de puzzle qui vient former une mosaïque éclairante et qui contient son lot de merveilles, il y a certains livres qui viennent donner le sens de l’écriture de Christian Bobin. De plus, il y a une singularité biographique qui est composée d’œuvres chacune très différentes. Un classement de ses œuvres est une tâche impossible, tant le primat du cœur y est important et où chacune de ses œuvres se répondent entre elles.
Je souhaiterai commencer par un bref excursus personnel. De mon côté, la lecture du récit autobiographique, Prisonnier au berceau (2005), a été fondatrice dans ma plongée dans l’univers de Christian Bobin. Ce récit parle de son enfance, cette période de la vie où tout se passe et chère à l’auteur pour qui l’écriture doit et fait conserver, voire développer ce « cœur enfant ». L’enfance, vécue post- Seconde Guerre mondiale, dans une ville qui a été bombardée (Le Creusot en 1943, Bobin y est né en 1951), du poète en germes se passa dans une grande solitude, où la contemplation de la vie à travers une vitre conditionne les « visions » poétiques à venir. La crainte développée du dehors forgera son intériorité et son imagination, l’aidant à créer un univers littéraire abyssal, profond, singulier et sensible.
« J’écris ce livre pour tous ces gens qui ont une vie simple et très belle mais qui finissent par en douter parce qu’on ne leur propose que du spectaculaire. », (Prisonnier au berceau)
Second livre à part : La Plus que vive (1996). Il s’agit d’un livre provoqué par un destin tragique, celui d’une femme que Christian Bobin a profondément aimé, d’un amour pur, presque enfantin et avec qui, il avait noué des liens d’amitié très forts. Elle est décédée subitement, brutalement. Dans ce récit, on ressent toutes les émotions vécues par le poète après le choc de cette disparition. Pour autant, Christian Bobin a réussi à faire entrer la lumière dans cette période sombre. En fait, ce récit ressemble à une ultime lettre adressée à son amie. Un texte bouleversant et une mise à nu.
On constate une hétérogénéité discursive et de genre dans l’œuvre de Christian Bobin. Poète, il l’était. Ses écrits se caractérisent par une prose poétique singulière. Toutefois, on retrouve sous sa plume des romans de 1999 à 2007. Ses romans se construisent tous autour d’un personnage principal que l’on suit, tout du long de l’histoire, de sa naissance à l’âge adulte. Ils évoluent dans un univers déjanté, quasiment surréaliste ou fantastique. Par exemple, dans Tout le monde est occupé (1999) où l’on suit la vie d’Ariane, on y retrouve des événements « magiques », qui déjouent les lois pragmatiques du réalisme.
Ses romans font tous l’objet d’une quête personnelle pour le personnage principal, devant ainsi se réaliser.
Enfin, l’œuvre de Christian Bobin se caractérise par un art certain de la formule et de la brièveté. Dans Noireclaire (2014), il écrit à nouveau à « la plus que vive » cette fois-ci de manière aphoristique, laissant ainsi passer l’air et en faisant ainsi de sa plume une plume aérienne.
Loin d’être exhaustif dans ce petit article, l’œuvre de Christian Bobin a donc un visage pluriel. En effet, vous retrouverez des récits poétiques, auto (et bio, comme La Dame blanche) graphiques, des romans, mais aussi des recueils de pensées.
















