Au pays des hommes intĂšgres
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Salle d'embarquement, encore quelques minutes, puis quelques heures. Stupéfiante sérénité. Silence, juste quelques paroles d'enfants : - viens voir ! - chut ...
 24/03/2003
Salle d'embarquement, encore quelques minutes, puis quelques heures. Stupéfiante sérénité. Silence, juste quelques paroles d'enfants : - viens voir ! - chut ...
Au loin le Vieux Port s'Ă©loigne dans la nuit noire. Mes pieds nus sur la moquette, et les genoux Ă deux ou trois centimĂštres du siĂšge de devant. Pas mal de pas ĂȘtre grand. Bizarre, mais j'ai achetĂ© du chocolat pour le vol, quelle idĂ©e ? 4h40 de vol, mais je ne verrais pas le dĂ©sert, trop tard...
On vient de survoler Alger, Ă 10 000 m dâaltitude.
Arrivée à l'hÎtel. Charmant, genre « fin de rÚgne » avec clim des années 60. En arrivant à deux heures du mat je réveille un peu tout le monde. Le taxi ? Une 305 au bout du rouleau, pas break, ni diesel, et plus d'amortos, bientÎt plus de moteurs mais son allume cigare fonctionne !
 25/03
Pas encore neuf heure et j'ai mon billet en poche pour Bobo. Et je crois bien avoir commandé un café...
Petit dej rapide : café, confiture de mangue, pain, je me fais rapidement truander quelques CFA par un vendeur de babioles avec qui j'avais sympathisé, et embarquement.
Bus quasi luxueux. De ces bus que j'aime avec du bruit, des remous secs d'amortisseurs en fin de course, des odeurs, et le vent dans la face. Un seul petit problĂšme, mĂȘme si petit n'est pas le terme adapté : l'immense corps de ma voisine qui me presse de ses larges cuisses contre l'accoudoir. Au bout de quelques minutes je m'endors dans sa voluptueuse chaleur doucement odorante. Au rĂ©veil il semble bien qu'elle ait fait de mĂȘme. La vue au dessus de son fascinant dĂ©colletĂ©, par la fenĂȘtre, est assez monotone : paysage plat et sec, terre rouge, arbres bas un peu partout, et des cases oĂč que l'on soit. L'Afrique nâest pas noire, en tout cas pas celle-la, elle est verte, d'un vert sec, jaune en fait, qui vire au rouge sombre, comme du sang sĂ©chĂ©.
Arrivée chez Tom, il attendait à la gare. Bien chez lui, coquet presque.
TempĂȘte de sable Ă Bagdad, 20h lĂ bas, 17h ici...
Coucher du soleil sur Bobo. Le chant du Muezzin au loin, le chant béni qui accompagne le soleil sur la fin de sa course et annonce la fraßcheur du soir. Heureux de me retrouver en terre d'Islam.
DiffĂ©rent oui, mais pas choquant. L'humanitĂ© me surprend d'ĂȘtre si semblable en des lieux si lointains.
Ils vont bien tous les deux je trouve, et bien ensemble aussi. Et moi bien ici...
 26/03
Réveil précoce. Levé 8h comme une fleur. Déjà 30 degrés, enfin non pas déjà , encore ! Sommeil profond, aidé par la biÚre d'hier soir...
« Le Journal Hippique - Quarté du jeudi 27 mars 2003 - Longchamp - 18 partants » Ici on parie sur les courses en France, « au hasard un peu » sur les pronostics de Paris Turf, Ouest France, de l'Yonne Républicaine...
Pendant ce temps les amĂ©ricains apprennent ce qu'est la guerre, et salopent mĂȘme le dĂ©sert.
18h30. SiĂšge de l'asso. Le soleil se couche dans ses draps roses. Un souffle de vent vient nous rafraĂźchir.
Ce soir « MĂ©ga concert Live au Théùtre de l'Amitié⠻... Live dĂ©jĂ , pas en play-back, frĂ©quent ici. Le théùtre en plein air Ă©tait complet, surtout de femmes endimanchĂ©es dans leurs boubous multicolores, belles comme des fleurs. Au bout d'une ou deux chansons un homme dans un grand boubou blanc monte sur la scĂšne, tape sur l'Ă©paule du chanteur et lui fourre des billets un par un dans la poche de sa chemise. Il est suivi par ses deux femmes qui font de mĂȘme ! Le chanteur chante alors ses louanges sous les acclamations de la foule, jusqu'ici assez calme. Et puis c'est le dĂ©filĂ©, les billets jonchent le sol, un jeune a pour mission de les ramasser. Un notable vient mĂȘme avec son propre griot qui prend le micro du chanteur et raconte je ne sais quoi qui fait rire le public aux Ă©clats. Un policier en service boit une Guinness au bar... Puis, dĂšs le dĂ©but de la derniĂšre chanson, tout le monde commence Ă se lever. Elle finit et le théùtre est presque vide. Pas de rappels ni d'applaudissements ici.
 27/03
Réveil tardif : 11h. Je baigne dans ma sueur, 35° dehors et sans doute bien plus dans la chambre. Douche froide bienvenue...
Hier soir grand tour dans Bobo avec Tom aprĂšs le boulot, histoire d'aller boire une biĂšre dans un maquis. On s'arrĂȘte et une nuĂ©e de petits se prĂ©cipite pour me serrer la main « oh le blanc, ça va ? » Mon bras est aspirĂ© rapidement dans les rires et quand je rĂ©plique « oh le noir ! » tout ce petit monde est pliĂ© en deux.
La ville est grande, mais plate. Pas d'Ă©tages ici, le sentiment constant d'ĂȘtre Ă la pĂ©riphĂ©rie alors qu'on est au centre. Certainement des quartiers plus riches que d'autres, mais si peu. Le pays est pauvre, il n'y a rien, et en plus ce rien est Ă©galement rĂ©parti entre tout le monde. PauvretĂ© dĂ©mocratique ? Peu de voitures, seuls les grands axes sont goudronnĂ©s, et les routes sont occupĂ©es par les P50, des copies de 103 Peugeot, et les vĂ©los.
Au bureau du HCK, le poste « officiel » de Tom un vieil ordinateur, trois piÚces et des papiers. Rien pour bosser, et le gardien n'est plus payé depuis des mois. Décidément la coop française n'a pas changé : toujours incapable de prendre des décisions claires.
16h. J'ai oublié de prendre ma Savarine. Une pensée émue pour toutes celles qui prennent la pilule depuis des années, et qui n'oublient que de temps en temps !
17h30 Retour du maquis de l'Aurore, retrouver Issa et boire un Coca, fait chaud, chaud... Quelques heures de travail efficace, ça avance bien...
 28/03
A midi poulet. Le poulet en question est sorti de sa cage, et reste docilement la tĂȘte en bas. Tanfissi discute le prix en lui tĂątant la panse, puis le rend au marchand. Visiblement ça fait tout de suite baisser le prix. Finalement affaire conclue, le poulet se prend un coup de machette et va finir d'agoniser dans un carton. Puis il passe dans une barrique d'eau posĂ©e sur un feu, histoire d'y laisser ses derniĂšres plumes.
Je retrouve Ă©tonnĂ© du « Bissap », les fleurs de JamaĂŻque mexicaines, dont on fait aussi ici des eaux sucrĂ©es. Un marchĂ© couvert avec de tout : lĂ©gumes, tailleurs, viandes⊠MĂȘme des piĂšces de voitures, mais pas d'amortisseurs de haillon arriĂšre pour ma 305. Je vais trouver, ça vaut de l'or en France ! En sortant on passe dans un supermarchĂ©. Classique bien qu'un peu plus rustique qu'une supĂ©rette occidentale. Un blanc compte une liasse de billets derriĂšre la caisse. A y regarder de plus prĂšs c'est en fait un arabe, sans doute un libanais. Tanfissi erre lentement dans les rayons en me jetant quelques coups d'Ćil : - mais tu veux acheter quoi Tanfissi ? - oh rien, c'est pour visiter... J'Ă©courte alors la visite de mon premier supermarchĂ© burkinabais...
Taxi. Le chemin le plus court n'étant pas forcément le meilleur, on commence par laisser une dame dans le quartier, puis on passe prendre quelques litres d'essence à la pompe, on laisse une autre femme montée en route, un peu plus loin et c'est finalement notre tour.
Tiercé du 29/03 à Saint Cloud. 100 CFA sur les 5-2-10.
1h du mat. Retour du maquis. SoirĂ©e Ă discutailler autour de grillades et de biĂšres. Les moustiques qui ont l'air eux aussi de bien avoir apprĂ©ciĂ© la viande, mais pas la mĂȘme. Fait frais dehors maintenant, je ne comprends pas que ce pays ne soit pas envahi de hamacs, le climat me semble aussi adaptĂ© que les habitants Ă cet exercice salutaire.
 29/03
Temps calme ce matin, lecture à l'ombre, litres de jus d'orange. « Mali Blues » de Lieve Joris, un vrai beau voyage...
Je crois avoir perdu au PMUB, mais rien n'est sûr...
Visite chez le coiffeur. La boutique est pleine, crainte de devoir attendre. Mais non, une bonne dizaine de personnes sont lĂ , mais bien peu de clients. Le patron me fait asseoir : - on fait comment ? - court, j'ai trop chaud ! Et c'est parti. Pas de tondeuse, des coups lents et prĂ©cis de ciseaux, et ça n'en finit pas. Deux femmes couvertes de bigoudis suent sous leurs casques. Fait au moins 40 dans la boutique. Au mur quelques affiches jaunies de beautĂ©s africaines : lâune dâentre elle est parmi nous, en la personne de la coiffeuse, avantageusement moulĂ©e dans un fin tailleur rose. Une affiche de l'Ă©quipe de France aussi, avec Platini, enfin je crois, et devant moi quelques exemplaires de la revue Air France de 1999. Au final du travail soignĂ©, mais si je me dĂ©cide Ă tracer vers le dĂ©sert faudra passer un bon coup de tondeuse sur lâĆuvre de l'artiste : encore trop long.
Virée en scoot avec Monique dans Bobo à la tombée de la nuit. Etalages du marché qui se vident, cuisses de poulets qui grillent, lumiÚres des maquis qui s'allument, poussiÚre, fumée, agitation partout dans tous les sens...
 30/03
Un disque au réveil : « Kaira » de Toumani Diabaté, à dénicher.
16h. RĂ©veil aprĂšs une bonne heure de sieste. MalgrĂ© la douche j'ai encore un « sieste â lag », un peu dans les vapes, Ă©crasĂ© par la chaleur. Ce matin visite de la famille au village de Monique, Ă 15 Km de Bobo. Des petites cases en terre, l'ombre de quelques manguiers, une fontaine d'eau oĂč des femmes se chargent de grandes bassines d'eau sur la tĂȘte. Les champs semblent plantĂ©s de bois secs, en attendant la pluie.
DĂ©part pour la cĂ©rĂ©monie des masques, dĂ©part des hommes seulement, puisque les femmes du village n'y sont pas admises. A quelques centaines de mĂštres deux ou trois cent personnes sont regroupĂ©es. Les percus tapent sous le soleil. On fĂȘte les morts de l'annĂ©e. Les gens se massent en cercle autour d'une piste ou des danseurs / acrobates Ă©voluent Ă un rythme rapide et saccadĂ©. Ils sont couverts de longues ficelles oranges, jaunes, bleues trĂšs vives qui leur couvrent le corps, qui tournoient autour d'eux en frappant l'assistance et en soulevant des nuages de poussiĂšre. Leurs visages sont dissimulĂ©s par de grands masques de bois peint. Au bord de la piste je suis rapidement couvert de poussiĂšre, qui se colle Ă mon corps en sueur. Chaleur, cris, rythmes, rires, musique, foule, vitesse, poussiĂšre... La cĂ©rĂ©monie prend fin sans prĂ©venir. J'achĂšte un sac d'eau pour boire un peu, mais l'essentiel sert Ă me refroidir la tĂȘte. Nous retournons former cercle sous le manguier, en buvant de la biĂšre de mil dans des calebasses.
Quelques coups de feu au loin, c'est la fin de la fĂȘte, on chasse les mauvais esprits. Deux femmes arrivent, l'une d'elles porte un bĂ©bĂ© minuscule accrochĂ© dans son dos par un tissu. Les salutations commencent, je n'y comprend rien, puis le nourrisson passe de main en main : « oh le beau bĂ©bĂ©, il est bien clairâ »
Un ancien combattant nous raconte comment il a vu « degoule » (je met un temps Ă percuter « de Gaulle ») en « vis-Ă -vis », et par deux fois : la premiĂšre lors d'une revue de troupes en Mauritanie, et la deuxiĂšme le lendemain, au SĂ©nĂ©gal, oĂč il avait Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© nuitamment...
Des vaches à bosse, faméliques, traßnent à cÎté de nous, accompagnées de quelques cochons noirs. On ne peut pas dire qu'il y ait une activité frénétique dans le village, pas grand chose à faire avant les pluies.
Je profite de l'absence de Tanfissi pour faire un peu de lessive. Un peu complexé de retrouver mes caleçons lavés et repassés tous les jours ! Ca va vite sécher...
Quelques pages avant la fin de « Mali blues », j'hésite, pas envie de quitter ce livre...
 31/03
SiĂšge de l'asso. Encore une coupure de courant. Une partie de la puissance venait de la CĂŽte d'Ivoire il y a peu. Impossible de bosser sur un site web sans ordinateur, mais le plus grave c'est que le ventilateur lui aussi est Ă l'arrĂȘt ! Je vais aller faire le cafĂ© pour tout le monde, on en a bien besoin.
 1/04
Pub pour un jeu à gratter à cÎté du marché : « grattez, y a l'argent dedans ! »
Trouver de la menthe pour le bissap, « nanaï » en Dioula.
Matinée au marché. D'abord avec Tanfissi pour les courses, et au pas de course. Puis virée avec Monique pour trouver quelques tissus, et faire tailler des pantalons chez son couturier de l'autre cÎté de la ville.
 2/04
Je pense à la CÎte d'Ivoire. FrontiÚres bloquées, plus de tissus, le coton contourne le pays et part vers la mer par le Ghana. Et surtout le sang. MystÚre de ces peuples qui vivent si longtemps ensemble et qui ne parlent subitement que par la machette ou la kalache : CÎte d'Ivoire, Yougoslavie, Liban, Irlande du Nord, et trop d'autres encore... Violence de l'homme qui a besoin d'un ennemi, de haine pour savoir qui il est.
 4/04
RĂ©veillĂ© cette nuit par un de ces rĂȘves immenses qui veulent nous dire tant de choses qu'on ne sait pas par oĂč commencer. Besoin urgent de me lever pour noter tout ça, pour m'en souvenir... et c'est tout ce dont je me souviens Ă©videmment. RetombĂ© entre temps dans un sommeil lourd sous ma moustiquaire.
Suivre Nicolas Bouvier sur les chemins crasseux de CorĂ©e et le froid irlandais. Voyages dans le voyage Ă ne plus trop savoir oĂč je suis.
 5/04
Réveillé de ma sieste par le fracas de la pluie qui cogne le toit en tÎle. De grosses gouttes d'eau tombent comme des cailloux dans la poussiÚre, espoir de fraßcheur...
« Ca c'est trop foutaise », dixit Monique, trois gouttes qui ne sont tombées que pour rendre l'atmosphÚre poisseuse et étouffante.
 6/04
Retour d'une journĂ©e en brousse, Ă Bama, Ă boire et manger du poulet dans des maquis. La sauce a laissĂ© une odeur assez violente Ă mes doigts... Sur la route une pancarte : « Ecole biblique et agricole. » EntrĂ©e dans la ville alors que le jour baisse. LumiĂšres rougeĂątres dans la poussiĂšre, flot de camions surchargĂ©s, de P50 fumantes, de vĂ©los, de piĂ©tons au milieu de la route. Tout ça s'Ă©carte de la voiture au dernier moment. Ca me rappelle Bouselsa, mĂȘme masse compacte de corps et de vĂ©hicules dans laquelle la voiture se faufile comme par magie.
Longues discussions sur les diffĂ©rentes ethnies de la rĂ©gion. Les Mossis sont la cible de bien des plaisanteries : sĂ©rieux, travailleurs, discrets, un peu les fourmis d'Edith Cresson. On dit que si dans un village il n'y a pas de Mossi, il faut partir immĂ©diatement : le lieu est vraiment invivable. Quand les AmĂ©ricains sont arrivĂ©s sur la lune, ils ont Ă©tĂ© accueillis par un petit homme qui portait des scarifications sur le visage. Un Mossi. Ils sont partout. Et le Mossi de leur demander de reculer un peu la fusĂ©e, et de bien vouloir payer le parking... Ă chacun son belge. Longues discussions qui nâen finissent pas, mais finalement on se lĂšve : « on va demander la route. »
 7/04
DĂ©but de travail en trombes. ArrivĂ© Ă 8h30. Pas de net. Quelques coups de tĂ©lĂ©phone et la liaison est rĂ©tablie Ă 9h10. Coupure de courant Ă 9h20. Plus quâĂ boire un cafĂ©âŠ
 8/04
Boulot aujourdâhui. Finir les sites, former Nah et Ramata. SoirĂ©e aux « Bambous ». Percus, poisson, biĂšres et moustiques. Demain cap au Sud.
 9/04
Tengrela, village en brousse Ă 7 Km de Banfora. Je viens de finir ma carpe et ma Flag en compagnie de Yaya, mon guide pendant quelques jours, et dâun pĂȘcheur, Abdoulay. Un moustique tente de se frayer un chemin dans mon nez.
On est arrivĂ© Ă Banfora en bus. Un vieux bus de la Rakieta, aux siĂšges en similicuir passĂ©s dâĂąge mais confortables. On est montĂ© un par un dans le bus Ă lâappel de nos noms par une grosse mama qui surveillait farouchement les issues. Une route avec un peu de vue, ça fait du bien dans ce pays plat oĂč on ne voit jamais lâhorizon. Vastes Ă©tendues de canne Ă sucre. Deux chĂšvres debout sur le toit dâun bus. Boutique annonçant fiĂšrement « vente de frigos, liqueurs, et divers. » Un homme passe avec un cache yeux bleu Air France devant la bouche pour se protĂ©ger de la poussiĂšre. Deux gendarmes affalĂ©s dans leurs fauteuils attendent Ă lâombre dâun manguier que les gens sâarrĂȘtent et viennent leur prĂ©senter leurs papiers. Les termites mettent la derniĂšre main Ă leur chĂąteau de sable, au bord dâun champ de maĂŻs.
Puis dĂ©part pour le village en P50. Un rĂ©gal. Au dĂ©but mi-goudron mi-piste, enfin goudron autour des trous, puis piste avec tĂąches de goudron, et finalement le goudron sâest essoufflĂ©. On passe sur une digue. Des deux cĂŽtĂ©s une prairie marĂ©cageuse avec quelques vaches. Vague de fraĂźcheur. Un gosse souffle dans son sifflet pour rameuter le troupeau, enfin je pense. La piste se mĂ©tamorphose en tĂŽle ondulĂ©e. Je ralentis, mes vertĂšbres Ă©tant les seuls amortisseurs de mon vĂ©hicule. Crissement des grillons qui tentent de couvrir le bruit du deux temps rĂ©glĂ© Ă la louche. Un gosse me salue dâun « oh ! le blanc ! » Je manque de me vautrer en lĂąchant le guidon pour le saluer alors quâune bosse se prĂ©cipite sous ma roue. ArrivĂ©e au village, baobabs, Kapokiers, et surtout salutations, nombreuses, puis biĂšres, nombreuses⊠Et retour Ă ce repas oĂč on a parlĂ© de foot, de four Ă micro-ondes, de techniques de pĂȘche et de culture du riz. Avec en fond sonore la tĂ©lĂ©, qui justifie largement le dĂ©marrage du groupe-Ă©lĂ©ctrogĂšne.
Au fait, je sais maintenant pourquoi samedi on a eu que quelques gouttes de pluie. Dimanche il y avait des funĂ©railles alors « ils ont arrĂȘtĂ© la pluie pour ne pas gĂąter la cĂ©rĂ©monie. »
Douche au seau, y a que ça de vrai, puis visite de ma case de luxe. Ronde en pisĂ© avec grand lit, matelas de paille, toit de chaume et moustiquaire. Une bouteille de biĂšre tient la petite fenĂȘtre ouverte avec lâespoir â vain - de crĂ©er un courant dâair. Lâancien testament sur la table de chevet. Charmante attention, ici les gens sont musulmans. Et toujours le son de la tĂ©lé : un soap argentin ou brĂ©silien traduit dans un français approximatif.
 9/04
Nuit bizarre. Un match de foot Ă succĂ©dĂ© au feuilleton, puis la tĂ©lĂ© sâest Ă©teinte, suivie de peu par le groupe Ă©lectrogĂšne. Au loin quelques percus. Et la chaleur. Un fois le silence fait, câest la pluie qui revient enfin. Je sors pour profiter de la fraĂźcheur, qui dĂ©cidĂ©ment boude ma case. Quand on arrĂȘte la pluie, une femme est dĂ©signĂ©e et ne doit plus toucher dâeau sinon le sort est rompu. Jâen connais une qui Ă dĂ» boire un coup avant de se coucher dans le village dâĂ cĂŽtĂ©.
Bruits Ă ma porte. Un blanc dans ma mĂ©moire, et je me retrouve Ă marcher dans la nuit avec Abdoulay et son apprentis, rĂ©alisant peu Ă peu que je suis bel et bien en Afrique. On se dirige vers le lac. Il est 5h30 du matin. Avant dâarriver Ă la pirogue, Abdoulaye me dit de faire attention aux fourmis. Je mets donc franchement le pied sur une file de fourmis rouges qui se faufilent sous mon pantalon et me piquent toute la jambe, sans Ă©tat dâĂąme pour mon rĂ©veil approximatif. Leurs petits corps jonchent encore la plage. Hippopotames, pĂȘche au lancer avec un filet rond lestĂ© de plomb, lever de soleil sur ces femmes venues laver leur linge.
 ''Le lac a une histoire, mais ce n'est pas juste une histoire, c'est comme ça que ça c'est passé, puisque c'est comme ça qu'on le raconte...
Avant le lac n'y était pas, mais le village y était, lui. Un matin un homme du village part ramasser le pot de terre plein de nourriture qu'il avait laissé le soir. Il l'avait laissé là pour attirer les termites, trÚs appréciées par ses poussins.
Et lĂ oĂč il n'y avait que la brousse, il y avait le lac.
Tous les villageois viennent alors pour constater le miracle, et trĂšs vite ils vivent avec le lac. Certains deviennent pĂȘcheurs car ses eaux sont riches en poissons, les femmes viennent y laver le linge ou le mil, et tous viennent s'y baigner. Cela dure un an et demi. Des mois pendant lesquels personne ne se demande pourquoi et comment le lac est apparu pour leur donner tous ses bienfaits. Mais un jour l'eau disparaĂźt.
Dans la nuit le lac est parti, aussi vite qu'il était venu.
Les poissons sont tous au fond et risquent de mourir au soleil, alors les villageois se précipitent pour les protéger avec des feuilles de cocotiers. Puis le chef du village décide d'aller voir le charlatan pour comprendre se qui se passe. Il faut aller vite, les poissons vont mourir.
Tous se pressent autour de la case du charlatan qui aprĂšs avoir consultĂ© les oracles, leur explique enfin : « Le lac est arrivĂ© et personne ne lui a demandĂ© d'oĂč il venait. Le lac est arrivĂ© et personne ne lui a donnĂ© Ă manger. Quant un Ă©tranger arrive chez vous, vous lui demandez d'oĂč il vient. Quant un Ă©tranger arrive chez vous, vous lui donnez Ă manger. Mais vous n'avez rien fait pour le lac, vous l'avez mal accueilli, alors il est parti. Si vous voulez qu'il revienne, il faut rĂ©parer cela. »
Les villageois retournent alors Ă l'endroit oĂč se trouvait le lac et font une grande cĂ©rĂ©monie, la plus grande des cĂ©rĂ©monies. Les tam-tams tonnent toute la nuit, ils sacrifient des poules blanches, des chĂšvres, et mĂȘme des bĆufs.
Dans la nuit le lac est revenu, aussi vite qu'il était parti, à la joie de tout le village.
Depuis tous les ans les villageois font une grande fĂȘte pour le lac, pour l'accueillir Ă nouveau, et le nourrir par des sacrifices. Et depuis, le lac est restĂ©.''
D'aprÚs le récit d'Abdoulayé Tou - 9/04/2003
 13h AffalĂ© sur ma chaise dans un petit maquis. Je somnole en Ă©coutant Yaya parler en dioula avec un homme assis Ă cĂŽtĂ© de nous. La conversation prend son rythme, un rythme souple et beau, ponctuĂ© par les lĂ©gers claquements de langue dâapprobation. Lâaccent de lâhomme module doucement ses paroles. Cet homme est beau, avec son petit bonnet et sa djellaba blanche striĂ©e de lĂ©gers traits bleu clair.
Ce matin, aprĂšs la pĂȘche, retour au campement, cafĂ©, puis un deuxiĂšme, indispensable. Et nous voilĂ repartis sur nos fidĂšles montures. Enfin la mienne nâest pas si fidĂšle que ça, elle refuse de dĂ©marrer pendant quelques minutes. Direction les Pics de Sindou : 45 km de pistes dĂ©foncĂ©es par les camions de coton qui dĂ©boulent Ă une vitesse folle et nous couvrent de poussiĂšre. Il faut se glisser dans les fines pistes entre la tĂŽle ondulĂ©e tracĂ©e par mes prĂ©dĂ©cesseurs en deux roues. Parfois ce nâest pas la bonne, et le P50 se prĂ©cipite sur les bosses en manquant de se disloquer. PerchĂ©s au dessus de la plaine les pics sont de grandes roches Ă©rodĂ©es, chargĂ©s de rites et dâhistoires, que Yaya me conte sans fin sous un soleil de plomb.
IsmaĂ«l, 13 ans, CM2 Une commune achĂšte un champ Ă 165 000 F lâhectare pour amĂ©nager un terrain de sport. Ce champ est un rectangle de 115m sur 80m. - Calculez la surface totale et le prix - Trouvez le prix de revient sachant que les frais dâacquisition sont de 22% de la valeur du champ. - Une Ă©quipe de quatre ouvriers a travaillĂ© 8h par jour pendant 12 jours pour amĂ©nager le terrain. Les ouvriers touchent 156 F/h. Le matĂ©riel vaut 118 500 F. Quel est le prix du terrain complĂštement amĂ©nagé ?
Une feuille arrachĂ©e Ă un cahier, des rĂ©sultats alĂ©atoires. Allez, on va reprendre tout ça au propre. Je lui dois bien ça Ă IsmaĂ«l, il mâa apprit Ă rĂ©colter les graines de baobab.
On est arrivé il y a une heure. Usés par 100 bornes de piste en mob et le soleil qui a commencé à me transformer en écrevisse.
Lundi 24 mars 2003. Arithmétique Pour calculer une grandeur connaissant sa fraction on multiplie la quantité donnée par le dénominateur et on divise le produit par le numérateur.
Le papa trie ses papiers Ă cĂŽtĂ© de nous, son poste crachote du reggae. Nos graines de baobab sĂšchent par terre et on a un prix de 353 600 F CFA pour le terrain amĂ©nagĂ©. Ca Ă lâair juste.
Avant dâattaquer le second problĂšme, je mâattaque Ă une seconde carpe, vraiment excellentes ici. DĂšs que mon assiette arrive, le chat boiteux de la cours vient se frotter Ă ma jambe.
Ca fait bien deux heures que ce gars est concentré sur ses papiers. Des grilles de PMU.
 10/04
« 15 h pile » me prĂ©cise la dame Ă cĂŽtĂ© de moi. On attend le bus de 14h mais il est au garage. On sâĂ©tait un peu pressĂ©s pour le cafĂ©, enfin un peu. ArrivĂ© dans la cabane, je commande deux nescafĂ©s. Deux minutes aprĂšs Yaya renouvelle la commande en dioula, mais câĂ©tait bon, juste quâil faut le temps. La mama aux seins lourds et au sourire immense se dĂ©cide finalement Ă donner une piĂšce Ă une fille qui part⊠et revient avec deux sachets de nescafĂ©. On sort les grands verres, on y verse lâeau tiĂšde sur le nescafĂ©, et notre mama se met Ă battre le mĂ©lange comme si câĂ©tait des blancs en neige. Finalement elle redonne une piĂšce Ă la fille, qui revient peu aprĂšs dâune boutique voisine avec 4 morceaux de sucre. Aux usines Renault on appelle ça du flux tendu.
15h15. Notre bus est encore en train de se refaire une beauté.
16h30. Un bus part en klaxonnant, fin de ma sieste sur le banc en bois. Pas de trace du nĂŽtre. Les derniĂšres nouvelles sont rassurantes « Y a pas de problĂšme, y va arriver vers 16 ou 17 heures, y partira aprĂšs. » Pas de problĂšme en effet, jâai bien dormi. Les gens attendent patiemment Ă lâombre en regardant une petite tĂ©lĂ© noir et blanc, deux poules crĂšvent de chaud attachĂ©es dans un coin, et on a encore moins dâinfos quâun jour de grĂšve Ă la SNCF. Une dame transporte son bĂ©bĂ© sur son dos. De face on ne voit que les deux petits pieds qui dĂ©passent sur les cĂŽtĂ©s. Un minibus rouge bourrĂ© de monde passe dans la rue. Sur le cĂŽtĂ© en grosses lettres blanches « Science sans conscience nâest que ruine de lâĂąme ».
17h15. Le bus est là . On est parti chercher le chauffeur maintenant. Il va arriver. BientÎt. Un vieil aveugle arrive avec sa fille qui le guide en le tirant par une ficelle. Il nous fait un speech en Dioula. Je sors ma piÚce sans rien dire, et il finit son laïus par un « bonsoir monsieur » en français ! On explose tous de rire, sa fille y compris.
La nuit tombe. Il y a encore un gars couchĂ© sous le bus avec quelques outils. Câest pas gagnĂ©.
Ca y est, il fait nuit. Et le bus est reparti Ă vide. On attend.
Il est vingt heures passĂ©es quand finalement le bus arrive, je regarde les infos locales Ă la tĂ©lĂ©. On est tous affalĂ©s sur les bancs Ă grignoter en attendant le messie. Le bus qui arrive est plus grand certes, mais en piteux Ă©tat. Faudrait faire une datation au carbone 14, mais Ă vue de nez je dirai quâil est dâĂ©poque prĂ©coloniale. Les gens se lĂšvent lentement puis se prĂ©cipitent vers les portes, et la lutte des places commence, comme dirait lâautre. Bousculade pour avoir un siĂšge, jâen obtiens un en me laissant guider par le flot. Une Ă©cumoire en fer Ă cĂŽtĂ© de moi marque une place dĂ©jĂ rĂ©servĂ©e. On se serre les uns contre les autres, la tension monte. Les enfants tentent de pleurer au dessus de la mĂȘlĂ©e, et ils ont bien raison. Une femme donne stoĂŻquement le sein Ă son bĂ©bĂ© un peu plus loin dans lâallĂ©e. Il fait chaud, trĂšs chaud, et je fais eau de toute part. Les sacs de marchandises les plus diverses sâempilent lentement au fond du car. Plusieurs mĂštres cubes qui mettent plus dâune demie heure Ă trouver leur place. Jâose Ă peine imaginer ce qui se passe sur le toit⊠Finalement on dĂ©marre, et on sort doucement de la gare. On prend Ă droite, les freins font leurs « pschitt » caractĂ©ristiques une bonne dizaine de fois dâaffilĂ©e, et finalement le bus sâarrĂȘte. « Plus de freins » annonce le chauffeur. On nâa pas fait 200 mĂštres⊠Marche arriĂšre, mais le bus nâarrive plus Ă sâarrĂȘter. Finalement un gars glisse un gros caillou devant la roue qui nous stoppe violement. Je dĂ©cide dâarrĂȘter les frais, au soulagement de Yaya. Il Ă©tait Ă©crit quâon nâarriverait pas Ă Gaoua, pas la peine de forcer le destin dans un bus aux freins mal rafistolĂ©s. Yaya tente de se faire rembourser les billets, jâen rajoute une bonne couche derriĂšre lui. Une bonne cinquantaine de personnes Ă©coutent en cercle autour de nous la prise de bec avec le chef de gare. On obtient finalement satisfaction, mais la caisse est fermĂ©e, on verra donc demain. Le P50 de Yaya est dĂ©chargĂ©, et on rebrousse chemin. Depuis mon porte bagage je vois une Ă©toile filante dans le ciel noir. Je fais un vĆu. Yaya est ravi dâapprendre quâil reste une parcelle de magie dans notre froid monde occidental. ArrivĂ©e au campement. Accueil fabuleux. On boit des biĂšres devant la tĂ©lĂ© dans la cours de la famille en discutant du respect des vieux, des contes, de la CĂŽte dâIvoire, de la corruption, de Sankara. En allant me coucher je retrouve IsmaĂ«l Ă cĂŽtĂ© de mon lit, dĂ©placĂ© dehors pour lâoccasion. Il voudrait que demain je fasse un dessin pour illustrer un de ses poĂšmes sur son cahier tout neuf. Je ne suis pourtant pas arrivĂ© en avion dans le dĂ©sert, mais en P50 dans la brousse. CâĂ©tait vraiment une excellente journĂ©e.
 11/04
AllongĂ© Ă lâombre dâun manguier, dĂ©but dâaprĂšm. Des fillettes de six-huit ans pilent du mil avec des pilons aussi grands quâelles. Elles ne jouent pas Ă la dĂźnette, elles travaillent. Un manguier abrite les femmes et les filles, je suis sous un autre avec les hommes. Elles jettent le grain au vent dans un panier dâosier, la paille sâenvole en gerbe. MatinĂ©e Ă rouler en brousse sur le porte bagage de Yaya. Vastes champs de canne Ă sucre arrosĂ©s par dâimmenses rampes importĂ©es de France. La piste a Ă©tĂ© aspergĂ©e de jus de canne pour la stabiliser, un macadam Ă©colo qui sent bon au soleil et colle sous la chaussure. Câest la premiĂšre fois que je marche sur du caramel. Des journaliĂšres qui dĂ©sherbent les champs mangent Ă lâombre des kapokiers. Chaque gĂ©nĂ©ration sous son arbre. Chacun sa place, chacun Ă sa place.
Une mangue tombe Ă quelques mĂštres de moi. La sieste est un sport dangereux.
InvitĂ© Ă partager le repas des hommes. En cercle autour de bassines en plastique on mange des poignĂ©es de riz gluant trempĂ© dans une sauce Ă lâoseille et aux arachides. PĂ©niblement jâarrive Ă ingurgiter quelques bouchĂ©es, histoire de faire bonne figure. Pas pour moi, ça. Ce que jâaimerai trouver un mouton grillĂ© par un Peul.
- Il faut ranger tes affaires, me dit le chef de famille. - Pourquoi ?? - Regarde⊠Lâhorizon Ă virĂ© Ă lâorange : une tempĂȘte de sable approche. On plie bagage rapidement mais pas assez, on est pris par la premiĂšre rafale, toujours la plus rude. Je suis couvert immĂ©diatement de sable, un sable aussi fin que de la poussiĂšre qui sâinsinue partout. Kapokiers et manguiers lĂąchent prise de concert, et laissent tomber leurs fruits dâun seul coup. Heureusement on avait Ă©vacuĂ© leur ombre.
Maisons en pisĂ©. Briques de pierre et de paille (15 x 20 x 40 cm). Cases rondes (diam. 3m) ou carrĂ©es (2,5 x 2,5 m), selon les goĂ»ts (les jeunes ont lâair dâaimer les angles). Les briques sont montĂ©es Ă la main, scellĂ©es par de la glaise. Une planchette soutient le rang de briques au dessus de la porte. Seul outil sur le chantier : une ficelle Ă nĆuds. Charpente lĂ©gĂšre en bambous sauvage ou en eucalyptus, toit en paille de mil fixĂ©e Ă la charpente par deux pieux bloquĂ©s par des branches tressĂ©es ou un pneu de vĂ©lo, au choix. Les femmes finissent le travail en crĂ©pissant lâextĂ©rieur de boue. Travail Ă renouveler frĂ©quemment pour ne pas courir le risque de voir sa maison se transforment en tas de terre.
Parti vers le lac Ă pied, envie de marcher et de me retrouver seul avec les Ă©lĂ©ments. Le vent souffle encore fort, mais plus de sable. Le soleil est voilĂ© par des nuages jaunes, les gens semblent attendre la pluie qui tarde Ă venir. Quatre garçons se dirigent vers moi, difficile de se retrouver seul dans ce pays. AprĂšs quelques « bonsoir» et « ça va », ils restent en silence debout Ă cĂŽtĂ© de moi, rĂ©pondant poliment Ă mes questions. Simple et aimable curiositĂ© de leur part : pas si souvent quâils trouvent un blanc en train dâĂ©crire assis au bord du lac.
Jâattends la pluie dans lâancienne Ă©cole : quatre piliers en dur qui supportent un vieux toit en tĂŽle, ouverte aux quatre vents, Ă cinquante mĂštres du lac. Câest simplement beau, et ça devait ĂȘtre difficile de se concentrer sur la leçon avec un tel paysage sous les yeux.
20h30. Je me fais piquer au petit orteil par une espĂšce de hanneton. Ce besoin de marcher pied nuâŠ
21h. Je ne sais pas pourquoi IsmaĂ«l Ă choisi ce poĂšme, « Je suis malade », mais il va bien au moment : Biba, la fille d'AbdoulayĂ©, vient de se faire piquer par un scorpion. Elle pleure en silence, elle tremble, elle a peur. Et moi jâai peur pour elle et jâai lâair bien con avec mon homĂ©opathie et mon bobo au pied.
23h. PassĂ© du temps avec Biba, allongĂ©e sur une natte un peu Ă lâĂ©cart. Elle va mieux, elle a mangĂ©, elle a souri. Jâen rigole, sa mĂšre aussi. Elle a 6 ans. Elle est si jolie.
Pas de nouvelles de Saddam, il doit ĂȘtre en train de rouler vers la Jordanie tous feux Ă©teints sur son P50. Ou peut-ĂȘtre quâil fait une crapette avec Oussama au fond dâune grotteâŠ
 12/04
Quand je me lĂšve, Biba est dĂ©jĂ en train de piler du mil sous un manguier. Elle sourit. Câest beau. Parti pĂȘcher avec d'AbdoulayĂ©. Economie de paroles, bruit de la perche en bambou dans lâeau, des lests qui sâentrechoquent quant il arrange le filet, au loin des taureaux qui jouent au plus fort, des enfants se baignent en riant. Un capitaine nous Ă©chappe et sâenfuie vers les profondeurs du lac en laissant le filet largement dĂ©chirĂ©. Il faut rĂ©parer. AbdoulayĂ© recoud ça patiemment, avec des gestes prĂ©cis de celui qui connaĂźt son mĂ©tier. Au final une quinzaine de prises, deux carpes sont pour moi. Merci. On apprend en rentrant quâun homme sâest noyĂ© pendant que nous Ă©tions sur le lac. Mort stupide, rendue possible par une suite dâabsurditĂ©s qui Ă©tonnent les gens, un peu, et ne choquent que moi. Mort noyĂ©, lâhomme devra ĂȘtre enterrĂ© Ă cĂŽtĂ© du lac, Ă moins que sa famille ne compense cela par quelques sacrifices pour rĂ©cupĂ©rer le corps.
Avant de repartir passage par un grand trou dans lequel des femmes tressent des nattes. Elles sont protĂ©gĂ©es du soleil par des feuilles de palmier, et des hommes par un interdit fĂ©roce qui menace dâimpuissance celui qui pĂ©nĂ©trera ce lieux. Espace de paroles, de ragots et dâinitiation.
Adieux à la famille. Larges embrassades avec Abdoulayé, aussi heureux que moi de notre rencontre. Je le reverrais.
 14/04
Je trimballe un étau autour de mon crùne depuis deux jours. Jus de Tamarin glacé. Excellent.
Journal du Jeudi / 10-16 avril 2003 « La Justice câest comme la Sainte Vierge. Si on ne la voit pas de temps en temps, le doute sâinstalle. »
 17/04
DĂ©part pour Gaoua. Petit minibus en sale Ă©tat, pare-brise criblĂ© dâimpacts, dĂ©marrage dans la pente, plus de dĂ©marreur. Mais celui-lĂ jây crois. La derniĂšre fois on avait rĂ©ussi Ă se faire rembourser les billets le lendemain midi. Le bus nâĂ©tait toujours pas parti. RFI Ă fond dans le bus. Fin de la guerre en Iraq, menaces US sur la SyrieâŠ
Petite escale technique. De la fumĂ©e sort du cĂŽtĂ© dâune roue arriĂšre. Les plaquettes sont en train de cramer. RĂ©paration rapide et efficace : le chauffeur arrose le tout avec un petit arrosoir en plastique rose. Ca va aller.
Le bébé devant moi fixe le « toubabou » que je suis de ses grands yeux noirs. Il sourit, sa maman aussi, et moi aussi alors.
ArrĂȘt aux stands. On fait une pause dans un petit bled devant une boutique « vente de marchandises diverses ». Pour moi ce sera coca tiĂšde aux mouches. « Non non je veux pas de lunettes de soleil ni de montre. Pas de ceinture non plus, merci. » Ils changent une roue maintenant. Ca va aller.
On a redĂ©marrĂ© en poussant le bus. Et depuis le bitume sâĂ©tale sans fin sous nos roues. Un gosse joue avec un cerceau mĂ©tallique en plein milieu de la route, au loin le ciel est noir dâun orage que jâattends.
ArrivĂ©e Ă Gaoua. Le bus se perd dans un dĂ©dalle de dĂ©viations plus ou moins bien indiquĂ©es. A peine 2h de retard. Parfait. Direction lâhĂŽtel, quatre murs et un toit, rien de plus, ça ira bien. Un homme repasse une chemise avec un fer Ă repasser en fonte chargĂ© de braises et dĂ©corĂ© dâun charmant petit coq. Impression de dĂ©jĂ -vu en passant devant la poste par une route bordĂ©e dâarbres. Une image du Maroc. Visite dâun musĂ©e. Je me fais engueuler par la guide, visiblement je ne reste pas assez longtemps Ă admirer les photos : « ça vous intĂ©resse pas ? » Je rĂ©alise que le cauri est un petit coquillage blanc. ImportĂ© dâorient il Ă©tait Ă la fois monnaie dâĂ©change et instrument divinatoire. On passe voir lâoncle de Yaya, sympathique fonctionnaire sous clim Ă la sĂ©cu locale. Visite Ă son garagiste qui vient de re-segmenter sa 304. Pour vĂ©rifier que le moteur ne chauffe pas, il trempe le doigt dans le liquide du radiateur⊠Et nous voilĂ Ă boire du thĂ© en jouant au scrabble chez des amis. Enfin pas moi, jâaime pas le scrabble. Un peu vannĂ© ce soir, je commence Ă avoir envie de rentrer. Deux hommes font leurs ablutions et prient sur une natte dans un coin de la cour, pendant que le poste crachote une chanson de Claude François. Odeur du thĂ© vert qui bout sans fin dans sa petite thĂ©iĂšre en alu posĂ©e sur quelques braises.
 15/04
RĂȘve dâune grande maison rieuse. Une petite fille de 5-6 ans aux boucles dâor court partout en rigolant avec ses deux amis, un oiseau en peluche et un espĂšce de gros ver souriant et colorĂ©. Mais elle les oublie en partant, lâoiseau se met Ă pleurnicher et le ver redevient un mug en porcelaine blanche. Des pĂ©cheurs font des prises miraculeuses, les poissons sâempilent les uns sur les autres en des tours bien droites de plusieurs mĂštres de haut. Un homme fait un dessin superbe sur mon carnet, qui se transforme Ă la lumiĂšre.
A la craie sur le mur dâun maquis : « Si lâargent se trouvait dans les arbres, les filles se marieraient aux singes. »
40 bornes sur le porte bagage de Yaya avant dâarriver ici, les fesses en compote. Trois petits viennent nous voir, enfin mâobserver surtout, et en silence. Les deux plus grands sont habillĂ©s de fringues crasseuses Ă moitiĂ© dĂ©chirĂ©es. Le plus petit, peut ĂȘtre trois ans, ne porte quâune simple ficelle autour de la taille, et passe son temps Ă jouer avec son zizi. Tous trois ont le ventre gonflĂ© et le nombril qui ressort.
Le port du casque a Ă©tĂ© un moment obligatoire au Burkina. La mesure a bien Ă©videmment Ă©tĂ© supprimĂ©e depuis. On dit que les vieux mossis ont peint des calebasses en blanc pour se les mettre sur la tĂȘte. Enfin câest ce qui se dit.
Ici on dit bonsoir dĂšs lâaprĂšs-midi, et quand on dit « ça va ? », câest une vraie question.
AprĂšs un bout de piste cahoteuse, arrivĂ©e au village Ghan. Calme souverain. Salutations. Un groupe dâhommes est affalĂ© Ă lâombre dâun manguier, deux femmes sâaffairent dans le coin. Dans une bassine un petit de deux ans se fait laver par son grand frĂšre qui doit en avoir quatre ou cinq.
Un bĂ©bĂ© pleure, alors les autres sây mettent aussi, et les hommes brisent le silence et se mettent Ă parler, une radio sâallume. Les minutes durent calmement des heures. Un vieux chaussĂ© de sandales en plastique somnole dans son fauteuil, pendant quâun clip Ă la radio explique quâil faut faire silence Ă lâhĂŽpital. Je nâai quâune envie, mâallonger sur une natte et sombrer dans une vaste sieste.
Sacrifice aux fĂ©tiches. Fin (tardive) de la rĂ©colte du mil, on doit donc sacrifier aux fĂ©tiches pour dĂ©sacraliser le mil avant toute consommation. On se glisse Ă six dans une petite piĂšce sombre et surchauffĂ©e. Les fĂ©tiches attendent patiemment dans un coin sur leur petit monticule de terre. Une lampe de poche tente pĂ©niblement dâĂ©clairer la scĂšne. Le premier Ă y passer est un gros coq, enfin gros pour la rĂ©gion. Un coup de couteau et son sang coule sur les fĂ©tiches, il est ensuite laissĂ© sur le sol pour vivre ses derniers spasmes. Il saute encore deux fois au travers de la petite piĂšce avant de trĂ©passer, et finit sur le dos. Bon signe. Il perd encore quelques plumes Ă titre posthume, qui vont orner les fĂ©tiches. Au suivant. Une poule blanche, enfin pas tout Ă fait, quelques plumes noires justifient une remarque de lâofficiant. MĂȘme scĂšne, mais cette fois elle tombe sur le cĂŽtĂ©. Flottement. Regards un peu effrayĂ©s. Mauvais prĂ©sage. On recommence alors avec ce quâil y a, un poussin blanc qui a enfin la dĂ©cence de crever sur le dos. Soulagements. Dolo et farine de mil sont Ă©talĂ©s sur les fĂ©tiches ensanglantĂ©s, on va pouvoir y allerâŠ
Classe de CE2 â 22 garçons, 11 filles
ProblĂšme Un camion citerne contenait 645 l dâessence. Il a servi le tiers Ă une station. - quelle quantitĂ© dâessence a Ă©tĂ© servie ? - quelle quantitĂ© dâessence reste-t-il dans la citerne ?
Lorsque jâentre dans la classe, toutes les petites tĂȘtes se lĂšvent vers moi avec des yeux Ă©bahis. Je refuse la place de devant pour aller me glisser sur un petit banc au fond de la classe. Pas moyen de se caller prĂšs du radiateur, y en a pas. Une fillette pose au tableau 6021 â 4237. Elle hĂ©site un peu. Les doigts se lĂšvent en claquant pour attirer lâattention de lâinstit. Les tĂȘtes se tournent pour me jeter des coups dâĆil discrets. Un petit passe au tableau. Il Ă©crit « solutions » sur le tableau noir. Chuchotements : « y a pas de S ». Bruit de poules qui passent sous la fenĂȘtre. Le gosse encadre consciencieusement ses rĂ©sultats avec une large rĂšgle en bois. « Quand maman prĂ©pare la bouillie, avant de la boire quâest-ce quâon ajoute ? » Les doigts claquent : « du sucre ! » Bonne intro. Livre de science. Page 48. Les aliments de lâhomme. « Quâest-ce quâon voit sur le dessin ? » « Je vois un homme qui coupe le bois de sucre » Calmes, attentifs, mais ils participent, beaucoup. « Quâest ce qui se passe si on laisse le sucre dans lâeau ? » « Ca va se mouiller ! » Je hoche la tĂȘte Ă une rĂ©ponse et toute la classe se met Ă rigoler. Le maĂźtre sourit, mais ne dit rien. Le petit derriĂšre moi se met Ă bailler⊠Le maĂźtre fait rĂ©pĂ©ter Ă tout le monde « Il ne faut pas boire lâeau du marigot ». Puis il mâinterpelle « comment on dit en français le koudougou ? » Il mâexplique un peu, et je peux rĂ©pondre : « lâeau de vie ». Et les gosses explosent de rire une nouvelle fois.
Expression Ă©crite. Le jeudi tu ne vas pas Ă lâĂ©cole. Tu joues. - dis ce que tu joues. - dĂ©cris ton jeu prĂ©fĂ©rĂ©.
Les cartables sont taillĂ©s dans des sacs de riz, les fringues sont sales et trouĂ©es, les murs nus et dĂ©crĂ©pis, bancs et tables usĂ©s jusquâĂ la trame. Jâen ai marre. Je regarde par la fenĂȘtre pendant que les petites frimousses recopient le cours. Le dolo mâa bien assommĂ© faut dire⊠La cloche, qui mâa tout lâair dâĂȘtre une barre de mĂ©tal frappĂ©e, sonne enfin.
Extrait quelques grains de pomme cannelle. Fruits roses et ronds, de grosses graines et une chair dont le goĂ»t se rapproche de lâamande, qui peut servir Ă confectionner de la sauce pour le tĂŽ.
La lune se lÚve dans son halo, et donne un coup de main à quelques feux pour éclairer le village.
Assis prĂšs dâune petite table, entre trois cases. En pleine brousse. Je voulais y ĂȘtre, et bien jây suis. Je viens de me taper la prĂ©sentation au roi des Ghans, lâEtre SuprĂȘme, dans son palais (quatre cases). Un jeune gars de 26 ans, qui pendant une heure nâa pas dit un mot, affalĂ© sur son siĂšge les pieds sur la table, pendant que son plus jeune ministre mâassĂ©nait un cours magistral dâethno. Jây apprends les ethnies et sous ethnies des Ghans, leurs cĂ©rĂ©monies, et notamment que le pouvoir sây transmet par « matrilinĂ©aritĂ© », donc par « voies utĂ©rines ». Je sais pas qui a Ă©crit le bouquin que ce gars me rĂ©citait, en tout cas jâen pouvais plus, hochant la tĂȘte un peu nâimporte quand, histoire de conserver un semblant de politesse. Une bonne demi heure sous le clair de lune, puis une autre pendant laquelle ils se mettent Ă parler Ghan. LĂ je somnole franchement sur mon fauteuil. Finalement on peut lever le camps, et le Roi nous adresse finalement la parole : « au revoir ». Peu de chances.
 16/04
RĂ©veillĂ© par le bruit des pilons, juste aprĂšs lâaube. Je somnole sur mon matelas dans la cour. Coups de fusils, puis des cris sâĂ©lĂšvent Ă cĂŽtĂ©, de plus en plus fort, presque des hurlements. On pleure la mort dâune femme dans la cour voisine. Les cris montent, puis baissent un peu, puis remontent encore, par vagues immenses. Je propose de lever le camp avant midi. Ca a lâair dâĂȘtre apprĂ©ciĂ©. Douche sommaire avec lâeau boueuse du puit, abritĂ© par un muret qui mâarrive Ă peine Ă la taille. Longue discussion avec Yaya sur les croyances. La femme qui est morte Ă©tait protestante, sans doute adventiste. Sa famille est animiste. Ca promet de longues discussions pour lâorganisation des funĂ©railles. Catholiques, adventistes, fĂ©tichistes, tĂ©moins de jĂ©hova, musulmans se cĂŽtoient, souvent dans une mĂȘme famille sans problĂšme rĂ©el. Equilibre prĂ©caire et trop rare. Et puis mĂ©langes des rites, des croyances, des traditionsâŠ
Ca me fout la haine tous ces ventres dâenfants gonflĂ©s par la malnutrition, cette misĂšre gĂ©nĂ©ralisĂ©e, dâentendre parler avec fatalisme de ces gosses tuĂ©s par le palu, de ces jeunes morts de « maladie », pour ne pas dire « Sida ». PauvretĂ©, mort, illettrisme, corruption, crise Ă©conomique qui placent le Burkina au troisiĂšme rang selon lâindice du dĂ©veloppement humain, mais en partant de la fin.
Bus. Retour vers Bobo. Grillades, Guinness, soleil⊠jâai la tronche en feu, je sombre dans le sommeil sur le siĂšge du bus, les pieds sur des bidons dâessence.
Tous les 4 ou 5 Km un camion en panne sur le bord de la route, souvent des pneus Ă©clatĂ©s, tuĂ©s par la chaleur et lâusure. Ici on les changent quand il pĂ©tent, pas avant. Des convois de camions maliens chargĂ©s de conteneurs roulent Ă fond vers le Ghana. Et ce ciel chargĂ© de cette lourde odeur de pluie.
Pour le chauffeur je ne sais pas, mais moi je ne vois plus rien au travers du pare-brise. Les essuie-glaces Ă©taient en option visiblement. Ah non, erreur, ils marchent : les balais sâactivent finalement aprĂšs de longues minutes dâhĂ©sitation du chauffeur, et le pare-brise se retrouve couvert dâune boue opaque. Il abandonne, et on continue de tracer toujours aussi vite.
 19/04
Le garagiste. Vaste cour un peu vide. Quelques vieilles bagnoles se dĂ©sagrĂšgent doucement. Un vieux me fait entrer dans son petit bureau, encombrĂ© de piĂšces dâauto jusquâau plafond, amalgamĂ©es dans la graisse et le cambouis. Sympa. Un jeune part en P50 Ă la recherche de mes amortos de haillon arriĂšre. On parle de peugeot et de foot. Sans nouvelles de la premiĂšre Ă©quipe, un autre gars part en voiture et revient peu aprĂšs avec le prĂ©cieux butin. Victoire, câest du neuf Ă un prix dĂ©fiant toute concurrence, et ça vient directement de France⊠Je conviens avec le patron de monter une petite affaire : on fait faire des allers-retours au Burkina Ă des piĂšces de bagnoles françaises, ça divise les prix par 4, selon une rĂšgle de lâĂ©conomie de marchĂ© qui mâĂ©tait inconnue. Je quitte ce beau monde, toujours sans nouvelle de la premiĂšre Ă©quipeâŠ
Zone industrielle de Bobo. On se faufile entre les usines. Lâodeur de pesticides me prend la gorge. ArrivĂ© au bord dâune immense fosse qui recueille les dĂ©chets de lâusine de savon. Un lac de boue noirĂątre. Des femmes rĂ©cupĂšrent ce jus poisseux dans de grandes barriques. Bouilli puis sĂ©chĂ© en boulle ça fera du savon aussi agressif quâun dĂ©capant. Fin de la chaĂźne industrielle, travail terrible dans les Ă©manations de potasse. Ce qui me marque le plus, câest le sourire de ces femmes qui me saluent. Envie de revenir passer quelques jours avec elles. Envie de crier.
SoirĂ©e en boite. Zouk et Gin To. Sueur, strombos, danse endiablĂ©e. On ne peut pas dire que les corps se frĂŽlent, ils se collent les uns aux autres, pendant que les mains sâĂ©garent.
5h du mat. Le muezzin appelle ceux qui y croient encore Ă la priĂšre. Un coq chante. Je me couche.
 21/04
Parti de Bobo vers minuit. Bus Sogebaf. Brave bordel Ă lâembarquement. On se presse autour du bus, mais finalement pour rien : plus de place. Plus de chance avec le suivant. Au revoir Ă Tom, Monique et François. Attente et finalement dĂ©collage. Evidemment je suis encore Ă cĂŽtĂ© dâune dame souffrant dâembonpoint, Ă©crasĂ© contre la fenĂȘtre cette fois-ci. La lune, un peu timide, me regarde Ă moitiĂ© cachĂ©e derriĂšre son nuage. Un parfait demi-cercle jaune, on dirait une calebasse de chapallo. La lumiĂšre sâĂ©teint finalement, mais la musique dĂ©marre par un zouk effrĂ©nĂ© qui continuera tout le trajet. Ok, nuit blanche.
 22/04
ArrivĂ© Ă 5h du mat. Taxi pour lâaĂ©roport. Je passe deux heures Ă attendre sur le trottoir avec deux burkinabĂ©s dans la mĂȘme situation que moi.
DĂ©collage. Ouaga se dĂ©coupe en carrĂ©s sous la torpeur du jour. La clim tente de lutter contre la chaleur de la cabine et crache des nuages de vapeur. Ca tangue un peu. Les hĂŽtesses mettent lâambiance en parcourant lâavion avec leurs bombes insecticides.
Escale technique Ă Tozeur. Etrange retour en arriĂšre. On longe longuement ce lac salĂ© sur lequel jâai passĂ© des heures Ă faire du cerf-volant. Palmeraies rectilignes, damiers verts vus de haut.
Un dernier petit saut et jây suis.














