Lava del Monte Karthala in le plagia (Grande Comore)Â | David Stanley | Flickr (CC BY 2.0)
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Lava del Monte Karthala in le plagia (Grande Comore)Â | David Stanley | Flickr (CC BY 2.0)

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Protestantisme & bande dessinée
"MarquĂ©s par les textes marxistes et situationnistes des annĂ©es 1960 et 1970, Vandermeulen et Ambre veulent montrer qu'une contre-culture rĂ©volutionnaire pouvait dĂ©jĂ exister en des temps plus anciens, mais avec une idĂ©ologie totalement diffĂ©rente. L'Ă©vocation du protestantisme radical sert ici Ă une rĂ©flexion politique. [...] La force des auteurs est d'avoir cherchĂ© Ă illustrer un projet politique en allant puiser dans une histoire ancienne et Ă Ă©voquer cette histoire sans description rĂ©aliste des Ă©vĂšnements, tout en Ă©tant respectueux du passĂ©. Peut-ĂȘtre est-ce dans cette veine qu'il faut aller puiser pour rĂ©aliser des BD prĂ©sentant le protestantisme et, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, une religion de maniĂšre non-confessionnelle, non platement didactique et sans anachronisme trop flagrant."
Krumenacker, Yves, « Lâhistoire du protestantisme en BD », in Delisle, Philippe, (dir.), Bandes dessinĂ©es et religion, Paris, Karthala, 2016, pp. 153-171.
Retour Ă Moroni
13.11.2006
Anjouan. Quinze minutes dâarrĂȘt. LâaĂ©rogare a commencĂ© Ă se refaire une beautĂ© depuis mon dernier passage. MĂȘme nonchalance en bord de piste, chantier langoureux, uniformes variĂ©s et bruissement des conversations Ă lâombre. LâĂ©quipage attend tranquillement la chargement sous lâaile du petit coucou de Comores Aviation.
Une belle dame Ă poids bleus nous accueille Ă lâaĂ©roport de Moroni en slalomant entre les diverses formalitĂ©s dâarrivĂ©e. Le taxi providentiel qui devait nous attendre a manifestement oubliĂ© dâapparaĂźtre. Attente et discussions avec vue sur le parking paysager, vide. Performances olympique Ă Atlanta, commerciales Ă Maurice, fort sympathique cette mĂ©tĂ©orologue.
Lâattente câest le voyage, ou bien lâinverse. Moroni et ses habits du soir, Ă lâheure ou les commerçants plient boutique, mĂȘlant le chant des cadenas Ă celui des mosquĂ©es qui font salle comble. A cĂŽtĂ© de cette jolie placette, le âcybercafĂ© de lâĂźleâ et la âboucherie de lâĂźleâ font local commun.
14.11.2006
Bref passage Ă lâimmigration pour une histoire de visas. On y laisse quelques francs comoriens et deux passeports. Menues emplettes et retour chez Nassib, cafĂ© arabisant oĂč il fait dĂ©cidĂ©ment bon de regarder la vie qui sâĂ©coule. Hopital de Moroni. Une entrĂ©e qui tend au magnifique dans un style qui penchant vers le mauresque, et qui cache bien mal lâenfilade de bĂątiments dĂ©crĂ©pis qui tient lieux dâhĂŽpital. Personnel accueillant et concernĂ©, moyens et locaux mĂ©diocres. EuphĂ©misme. Ambiance calme, sereine. Une femme passe, inerte, allongĂ©e sur un brancard poussĂ© par quelques soignants. IsmaĂ«l, en seconde annĂ©e de son cursus dâinfirmier dâĂ©tat, en a encore deux Ă tirer. Peu de moyens ici, il confirme, peu de mĂ©decins aussi. Quelques gars envoyĂ©s par la coopĂ©ration chinoise, qui sâest aussi fendue de locaux flambant neuf pour la nĂ©onat ou les urgences. CoopĂ©ration chinoise ou peut ĂȘtre japonaise, ou alors celle des Emirats. Enfin pas la coop française en tout cas.
15.11.2006
Quatre heures du mat, rĂ©veil rugueux. Si tĂŽt et pourtant le ciel de Moroni encore si sombre sâemplit de la joyeuse cacophonie de lâappel Ă la priĂšre de dizaines de mosquĂ©es. Notre guide Ă beau rĂ©pondre au nom de âChauffeurâ, il nâa pas de bagnole. Câest donc un Maalesh encore Ă©mu par le rhum de la veille qui prend le volant, direction le Karthala. Jâouvre la marche en silence, notre guide, lui, la ferme. Tellement de toiles dâaraignĂ©es Ă travers de ce sentier que jâai lâimpression dâĂȘtre un bĂątonnet de barbe Ă papa. Sept heures et dĂ©mis et deux milles mĂštres des dĂ©nivelĂ© plus tard (lĂ©gĂšrement arrondis) on dĂ©barque sur la lune sans vĂ©hicule spatial ni porteur. Le cratĂšre est remplis de cendres qui font un bruit de corn flakes sous nos godillots. Lâascension a Ă©tĂ© lâoccasion de confirmer les dires dâun explorateur revenu rĂ©cemment de ces contrĂ©es, signalant la prĂ©sence de meutes de vaches enragĂ©es mangeuses dâhommes, par lâobservation dâindices materiels frais et encore fumants.
16.11.2006
Une roussette dĂ©trempĂ©e est en train de sâenfiler consciencieusement une mangue pas mure dans ce grand arbre en face de chez Maalesh. Dois-je intervenir ? Bien ici. TrĂšs bien. Etrange. Le panneau tout neuf rappelant au dessus du port Ă qui lâaurait oubliĂ© que lâĂźle de Mayotte appartient aux Comores a Ă©tĂ© dĂ©montĂ©. Juste le jour de lâarrivĂ©e dâun bateau de la Marine française. Etonnant. Il se met Ă pleuvoir violemment. TrempĂ© malgrĂ© la protection dâun petit bout de tĂŽle dans le mĂ©dina. Quelques gouttes de pluies rĂ©cupĂ©rĂ©es pour mettre un peu de couleur Ă mes dessins. Pas bien satisfait, mais les gosses qui sâarrĂȘtent pour regarder aiment bien.
17.11.2006
On reprend la route avec des passeports Ă©quipĂ©s de tampons tout neufs. Cap au nord, temps nuageux. Maalesh vient de nous dĂ©montrer avec discrĂ©tion ce quâest vĂ©ritablement lâhospitalitĂ©, un fois de plus. Maaludja, dĂ©jĂ . Ciel bleu, mer turquoise, sable blanc et cocotiers inclinĂ©s selon lâangle adĂ©quat. Bien. Une angoisse cependant : il nâest pas certain que nous arrivions a avoir des langoustes pour le dĂźner de ce soir.
18.11.2006
Il pleut, un peu. Julie peste. Trop froid, mal dormi et impossible de se baigner. Jâenvisage de mâen plaindre Ă la direction. Toujours pas de nouvelles des primaires du PS. Dignes, oui, câest ça, dignes. Et beaux aussi. AllĂ©e de badamiers en bord de plage, superbe petite mosquĂ©e et marchĂ© couvert de Mitsamiouli. Taxi borousse pour MâBĂ©ni, petit arrĂȘt pour attendre un passager larguĂ© quelques minutes avant pour Ă©viter dâĂȘtre taxĂ©s pour surchage au passage du barrage de police. A MâBĂ©ni, superbe allĂ©e ombragĂ©e par des MâVĂ©ri de 7 Ă 8 mĂštres. On grimpe dans un J5 en Ă©tat poyen pour boucler sur Moroni. Notre vĂ©hicule est affrĂ©tĂ© par un jeune pilote de rallyes qui conduit globalement comme un con. Une fausse feuille dâĂ©rable en carton pendouille au rĂ©tro, je prĂ©fĂ©rerai un verset du coran pour lâoccasion. La route est en sale Ă©tat, avec ses nids de poule qui fleurissent tout au long du trajet, elle risque de retourner Ă lâĂ©tat de piste dâici la fin de la saison des pluies. Les villages traversĂ©s voient fleurir un peu partout de nouvelles mosquĂ©es, immenses monuments Ă©difiĂ©s Ă la gloire de Dieu et des bailleurs du Golfe. LâĂźle semble en chantier ou en ruine, câest selon, avec ces parpaings impudiques qui sâexhibent, nus, partout dans les villages. Erreur dâaiguillage ou acte manquĂ©, on se retrouve dans un 4 Ă©toiles, le plus rĂ©putĂ© de lâĂźle. MĂȘme si dans le dĂ©tail ça laisse Ă©videmment Ă dĂ©sirer pour ce standing, ne crachons pas dans la soupe, la douche chaude est bien agrĂ©able.
19.11.2006
AlpaguĂ© juste aprĂšs mon cafĂ© par un gros black trapu aux airs de barbouze dĂ©guisĂ© en homme dâaffaires dans son costard trop grand. Il dit me connaĂźtre et câest bien possible, et confirme mon premier sentiment : il fait partie de la garde rapprochĂ©e du prĂ©sident. Il aimerai bien que je lui dĂ©niche un holster pour planquer son pĂ©tard sous sa veste, je le rembarre trĂšs poliment. On quitte lâhĂŽtel encadrĂ©s dâune haie dâhonneur de portes flingues, suivis de prĂšs par un prince koweitien en goguette dans le quartier. Taxi pour Dzahadjou. Ali Hamed, qui dirige notre Ă©quipage, sâest fait usurper sa nationalitĂ© française au temps oĂč il Ă©tait âgavrocheâ. NĂ© de mĂšre malgache et de pĂšre comorien avant les indĂ©pendances, mais mal informĂ© par le consulat, il nâa pas fait les dĂ©marches nĂ©cessaires Ă lâĂ©poque. On file vers le sud en discutant de Sohili, un des leaders post-indĂ©pendance assassinĂ© un peu prĂ©cocement, quâil compare Ă Charlemagne. Pourquoi pas. Quelques heures dans la famille de Chakila, magnifique dialogue de sourd avec sa grand mĂšre volubile, puis je retrouve par hasard Ali et son taxi pour un retour rapide. A la radio, un zouk endiablĂ© appĂšle Ă la fin de lâoccupation française de Mayotte et Ă son retour dans le giron Comorien. Un peu aprĂšs le rond-point Caltex une Ă©choppe rappelle sur sa large enseigne âle gout Ă©trange de nos dĂ©sirsâ. FermĂ©e. Je laisse mon esprit divaguer sur son improbable contenu. Pas mal dâannonces pour des postes en ONG en ce moment, il y en a un pour le projet âdĂ©veloppement des capacitĂ©s des OCBS et promotion du volontariat en tant que modĂšle dâimplication des communautĂ©s villageoises pour la rĂ©alisation des OMDSâ. Sans doute un poste de traducteur. RFI en grĂšve, toujours pas de nouvelles du PS. Le sac est prĂȘt, plein de ce je ne sais quoi de plus. Ca pue le dĂ©part. Un peu court, il me faudrait juste quelques mois de plus ici. Dernier coucher de soleil sur Moroni. Concert puis repas avec Nawal et son groupe. Beau. AllongĂ©s sur le carrelage frais de sa terrasse, on devise tranquillement avec Maalesh sur le devenir de lâarchipel, lâavidence de lâunitĂ© culturelle, le fossĂ© du dĂ©veloppement et le jeu douteux de la France.
20/11/2006
Retrouvailles avec notre charmante mĂ©tĂ©orologue, petite visite et derniĂšre discussion politique avant de retrouver lâapathie du dĂ©bat mahorais. A lâembarquement tapis rouge, plus pour le prĂ©sident Sambi que pour nous vraisemblablement. Passage de la douane française aussi cordial quâun interrogatoire de la police militaire dâun quelconque rĂ©publique bananiĂšre. A la sortie une grosse dame dort allongĂ©e sous un panneau âKaribou maorĂ©â. Dialogue entre le chauffeur blanc du taxi et son passager maohrais.
Le client : vous venez dâoĂč ?
Le chauffeur : de Cannes.
Le client : ah oui en bretagne ! (âŠ)
Le client : et vous savez jouer à la pétanque alors ?
Le chauffeur : Ă©videmment, jâai fais cinq ans dâarmĂ©e moi !