La Bande des Ayacks en 1938 était un livre très osé pour l’époque ! Pour un jeune d’aujourd’hui, il est difficile de s’imaginer le tollé provoqué par sa parution, notamment chez les Scouts de France. Pourriez-vous résumer l’affaire? De plus, la révolte contre “le monde poussiéreux des adultes” n’est-elle pas un peu systématique comme certains auteurs l’ont déjà fait remarquer ?
La Bande des Ayacks relate en fait plus la persécution d’une classe sociale par une autre que la révolte de jeunes contres adultes, plus qu’un conflit de générations. En ce sens c’est un livre très moderne (par comparaison avec la guerre des boutons par exemple). Les Ayacks, pauvres gosses promus à la vie des champs ou à l’apprentissage ingrat d’un métier manuel, sont traités en parias par des collégiens arrogants, fils de notables et de parvenus (dans le cadre étroit d’un petit bourg des années 30 au surplus).
Or les Scouts de France, à leurs débuts (encadrés par des militaires, des aristocrates et des ecclésiastiques en renom) recrutaient essentiellement dans la classe bourgeoise des “bien pensants”.
J’attaquais donc et la classe politique en vogue, et le clergé. C’était trop ! Heureusement, on était encore fair play à l’époque et un grand débat fut lancé dans la revue “Le Chef”. J’en sortis vainqueur, tellement vainqueur que le Q.G. scout me commanda immédiatement un deuxième roman pour la revue “Scout”. C’était un besoin si urgent que, tel Alexandre Dumas, je dus fournir les chapitres dans la cadence de la parution du journal pour aller plus vite. La guerre étant intervenue alors que je rédigeais le 8è chapitre, je dus leur envoyer la fin depuis le front de Lorraine où je me trouvai entre octobre 1939 et février 1940. Le récit parut en livre et en entier alors que j’étais en captivité. Seuls les premiers chapitres étaient illustrés par Joubert. Le mal fut réparé dès 1943, Joubert ayant gagné Lyon puis Paris.
Cette révolte de gamins n’est en fait pas aussi périmée qu’elle pourrait le paraître. Simplement le phénomène d’urbanisation qui a transformé les bourgs en villes et l’évolution de l’habitat des campagnes en ont un peu changé les motivations et les modes d’expression.
Dans le livre “Les Canards sauvages”, j’ai montré que le problème subsistait dans l’optique de l’après Mai 68 et dans les difficultés de l’immigration. Je conseille aux jeunes de lire les deux ouvrages dans la foulée. Ils en tireront un enseignement toujours d’actualité.
Entretien avec Jean-Louis Foncine.