Brésil: la boucle est (presque) bouclée
Entrée au Brésil
Nous entrons donc de nuit au BrĂ©sil par Foz do Iguaçu. On passe la douane et on file directement Ă la gare routiĂšre. Il nous reste deux semaines et plus de 1600 km pour aller Ă Rio de Janeiro, alors nous faisons le choix de prendre le bus pour avoir le temps ensuite de profiter des endroits que nous traversons. Mais avant de partir on prend le temps de manger. Câest gras et pas terrible comme souvent. On se rend au guichet pour demander les horaires des bus de nuit qui vont Ă Curitiba. Le dernier part 10 minutes plus tard⊠en 5 minutes nos vĂ©los et nos bagages sont dans la soute, que câest simple ici! On passe ensuite une dizaine dâheures dans le bus, seulement perturbĂ© par une fouille musclĂ©e de la police brĂ©silienne. Des vrais cowboys: les armes sont dĂ©gainĂ©es, les visages agressifs et on se sent prĂ©sumĂ©s coupables.
ParanĂĄ
AprĂšs la nuit dans le bus on visite Curitiba, ville de 2 millions dâhabitants, qui nous paraĂźt bien plus organisĂ©e, moderne et agrĂ©able Ă vivre que la moyenne. On visite le centre ville, le jardin botanique et on grimpe dans une tour pour profiter de la vue. On sort en dĂ©but de soirĂ©e en passant par lâautoroute qui va vers la cĂŽte. Câest galĂšre pour trouver un endroit oĂč camper et on finit entre deux champs brĂ»lĂ©s, Ă cuisiner de la polenta. Pas la soirĂ©e la plus luxueuse.
Le lendemain, on sâattend Ă avoir un peu de pente. Il y en a effectivement mais câest uniquement de la descente: 15km sans avoir besoin de pĂ©daler et nous arrivons Ă ParanaguĂĄ. Câest une ville cĂŽtiĂšre assez jolie avec ses maisons coloniales colorĂ©es et ses rues animĂ©es. Ensuite on reprend le vĂ©lo en direction de Pontal Do Sul oĂč on doit retrouver Catherina, une amie de Gabriela, cycliste brĂ©silienne que jâavais rencontrĂ©e Ă Chuy en Uruguay. Pour pouvoir la contacter on se rend dans une agence immobiliĂšre pour profiter de la connexion. Lâaccueil est trĂšs chaleureux et on passe un bon moment Ă discuter avec les employĂ©s qui nous paient le cafĂ©. On finit par arriver Ă Pontal Do Sul et Catherina nous rejoins. ProblĂšme, elle vient de dĂ©mĂ©nager et nâa plus de place chez elle. Pas grave elle demande de lâaide Ă ses amies et câest comme ça quâon se retrouve chez Bruna, Christina et Duda. Je rĂ©sume donc: on est reçu chez les amies dâune amie dâune fille avec qui jâai discutĂ© une heure. Vive le BrĂ©sil. Lâaccueil est incroyable. La journĂ©e, Romaric et moi visitons la rĂ©gion et le soir on sort avec les filles dans les bars de Pontal. La cĂŽte est partagĂ©e entre les plages tranquilles et les collines boisĂ©es entre lesquels serpentent les cours dâeau. On nâavait pas vraiment prĂ©vu de passer dans ce coin du BrĂ©sil et on se retrouve jour aprĂšs jour Ă repousser le dĂ©part. Finalement aprĂšs avoir grimpĂ© le Morro do Cabaraquara, fait la tournĂ©e des bars, partagĂ© un barbeuc brĂ©silien de picanha accompagnĂ© de caipirinhas puis des tourtes et des crĂȘpes, goĂ»tĂ© la Cataia (alcool local Ă base de cachaça, et de feuilles de cataia) et fait du canoĂ© dans la baie, on reprendra la route vers Ilha do Mel.
La traversée des ßles
Un bateau nous y dĂ©pose, puis on fait le tour de lâĂźle, parfois en roulant sur la plage, mais le plus souvent en portant les vĂ©los au milieu des rochers. LâĂźle est magnifique et on y passe toute la journĂ©e. Le lendemain on dĂ©cide de continuer vers le nord dâĂźles en Ăźles. On se rend au bout de l'Ăźle du Miel et on alpague un bateau de pĂȘcheur pour traverser le bras de mer. On atterrit sur la Ilha das Peças et on continue de pĂ©daler sur la plage dĂ©serte en direction du nord. On arrive au bout et on aperçoit la Ilha do Superagui en face. On enlĂšve nos T-Shirt de cyclistes aux couleurs flashys que lâon met au bout dâun bĂąton pour faire des gestes en direction des pĂȘcheurs qui passent par lĂ . Ca finit par marcher et on s'arrĂȘte dans le village de Superagui oĂč lâon fait une pause casse-croĂ»te en laissant passer la pluie. On parcours ensuite une trentaine de km de plage dĂ©serte, seulement parsemĂ©e dâanimaux morts Ă©chouĂ©s. On voit ainsi 3 dauphins, dont un encore enroulĂ© dans un filet de pĂȘche, une tortue gĂ©ante et mĂȘme⊠une baleine! Nous sommes de nouveau bloquĂ©s par un cours dâeau avant dâavoir atteint le bout de lâĂźle. Pas de bĂąteau en vue pour nous sortir de lĂ cette fois-ci. âOn nâa quâĂ construire un radeauâ. Mon idĂ©e qui est limite une blague au dĂ©but se transforme rapidement en projet concret quand Romaric sort cordes et tendeurs de ses sacoches. On rassemble un bon paquet de bois Ă©chouĂ©s sur la plage que lâon assemble ensemble. Et pour amĂ©liorer la flottaison on rajoute par dessous une dizaine de bouteilles en plastique qui polluent la plage. Incroyable, ça flotte! On parvient mĂȘme Ă mettre les deux vĂ©los dessus en une seule fois. On nage en poussant notre navire de fortune et on parvient Ă traverser le bras de mer sans encombre, si ce nâest le froid qui nous gĂšle rapidement. Hey oui, câest toujours lâhiver en septembre dans cette partie du BrĂ©sil! On arrive dans le minuscule village dâArarapira oĂč lâon trouve un pĂ©cheur qui nous fait traverser sur la Ilha do Cardoso. On plante la tente pour la nuit sur cette Ăźle aprĂšs cette journĂ©e bien chargĂ©e. Le lendemain on la traverse avant de prendre de nouveau le bateau direction CananĂ©ia. On visite cette petite ville coloniale de lâĂ©tat de SĂŁo Paulo avant de prendre le bac pour camper sur la Ilha Comprida, derniĂšre des 5 Ăźles que nous traverserons au total. Le lendemain est une journĂ©e difficile, la marĂ©e Ă©tant haute, on a le choix entre pousser le vĂ©lo dans le sable mou ou de rouler sur du sable tassĂ© mais dans lâeau. On choisit de rouler dans lâeau pour pouvoir pĂ©daler. Mon vĂ©lo agonise. Je suis obligĂ© de mâarrĂȘter rĂ©guliĂšrement pour remettre ma chaĂźne quâune vague un peu plus forte que les autres a fait sauter de la roulette guide chaĂźne. On s'arrĂȘte bien fatiguĂ© pour manger dans un restaurant de plage abandonnĂ©. On finit par rĂ©ussir Ă sortir de la plage et Ă rejoindre une route que lâon suit jusquâĂ Iguape. On y passe la nuit dans une auberge oĂč on profite de lâeau douce pour nettoyer les affaires.
SĂŁo Paulo et Rio de Janeiro
Le lendemain on prend le bus pour SĂŁo Paulo et on arrive le soir dans la ville. On monte et descend les collines qui parsĂšment la ville pour aller dans une auberge de jeunesse. Câest difficile pour mon vĂ©lo entre la chaĂźne qui saute sans arrĂȘt et les freins qui ne fonctionnent plus vraiment. On passe le week-end avec mon cousin Florian Ă visiter le musĂ©e dâArt Moderne et le musĂ©e dâArt. Le soir on sort dans le quartier de Vila Madalena pour profiter de la vie nocturne de la plus grande ville dâAmĂ©rique du sud: 20 millions dâhabitants quand mĂȘme! (44 millions dans lâĂ©tat de SĂŁo Paulo, lâĂ©quivalent de la population de lâArgentine).
Ensuite on reprends le bus pour aller jusquâĂ Rio de Janeiro. On arrive encore plus tard cette fois, aprĂšs 22h, et on doit traverser la ville Ă vĂ©lo. La pauvretĂ© est criante et on prend bien soin de rester dans les grands boulevards pour Ă©viter les ruelles pauvres qui sâĂ©tendent de chaque cĂŽtĂ©. Les rares dĂ©tours que nous y faisons nous passent lâenvie de nous y attarder. En plus nous devons faire attention au trafic: aprĂšs 22h les automobilistes ne sont plus tenus de respecter les feux tricolores pour Ă©viter les agressions aux carrefours. Nous sommes donc obligĂ© de redoubler de vigilance Ă chaque feu, mĂȘme sâil est vert pour nous. On est bien content quand on arrive Ă lâauberge.
On sâĂ©veille au milieu de la misĂšre et de la saletĂ© dans le quartier de Lapa, pourtant prĂšs du centre ville. On prend un açai et on se dirige vers le Corcovado. On monte au sommet Ă pied. La balade, au milieu des arbres, est sympa et nous sommes presque seuls. En haut par contre câest la cohue. Les foules de touristes se bousculent pour avoir son selfie au pied du Christ RĂ©dempteur. Je crois que les longs mois Ă pĂ©daler seul mâont rendu un peu misanthrope et je dĂ©teste instantanĂ©ment cet endroit. NĂ©anmoins la vue sur la baie de Rio est vraiment magnifique et câest sans doute la seule chose que jâapprĂ©cierai de cette ville.
Le lendemain on laisse nos vĂ©los Ă lâauberge et on se rend dans le parc national Serra dos ĂrgĂŁos pour faire une randonnĂ©e. On part un peu prĂ©cipitamment et avec le strict minimum. On achĂšte Ă manger dans le terminal de bus, quelques bananes et oranges, câest un peu court pour deux jours de randonnĂ©es⊠Le dĂ©but est pentu puis on enchaĂźne les montagnes russes. Malheureusement le temps est trop brumeux pour profiter pleinement du paysage. Le soir arrive et on tombe sur un passage Ă escalader. Pas que ce soit hyper difficile mais le fait dâavoir le sac Ă dos sur les Ă©paules et le prĂ©cipice juste Ă cĂŽtĂ© le rend assez impressionnant. On arrive juste Ă la tombĂ©e de la nuit dans le refuge oĂč des BrĂ©siliens partagent avec nous leur reste de pĂątes. Ouf! La journĂ©e du lendemain est toute en descente et trĂšs facile et nous arrivons le soir Ă Rio. Le lendemain est le jour du dĂ©part de Romaric. Moi il me reste un jour de plus avant de monter dans lâavion direction Toulouse.
Brexit: Brésil Exit
Avant de partir je passe une journĂ©e Ă chercher des souvenirs, ce qui s'avĂšre Ă©tonnement difficile malgrĂ© la taille de la ville et sa renommĂ©e touristique. Ensuite je prends la direction de lâaĂ©roport 7h avant le dĂ©collage. DĂ©jĂ parce que je mây rends en vĂ©lo et quâil y a environ une heure de route, ensuite parce que je nâai pas rĂ©servĂ© de place en soute pour mon vĂ©lo et que je ne sais pas trĂšs bien comment ça va se passer. Sans doute pas trĂšs bien. Je regarde rapidement la carte et je me mets en route. Une fois sorti du centre ville jâhĂ©site sur la route Ă prendre: jâai le choix entre lâautoroute bondĂ©e ou une route parallĂšle. Je tente ma chance par la petite route et me perds rapidement dans les dĂ©dales dâune favela. Câest pauvre mais ça me choc finalement moins que la misĂšre qui sâĂ©tale dans le centre ville. Des jeunes mâinterpellent et me demandent ce que je fais lĂ . Ce nâest Ă©videmment pas la place dâun voyageur et de toute façon la route ne mĂšne mĂȘme pas Ă lâaĂ©roport. Lâun dâeux me raccompagne en mobylette jusquâĂ la sortie de la favela et mâindique lâautoroute qui mĂšne Ă lâaĂ©roport. Je mây engage donc et y passe les 10 derniers km sur la bande dâarrĂȘt dâurgence dâune route qui est parfois large de 4 fois 4 voies. Pas vraiment le trajet le plus plaisant du voyage. Jâarrive Ă lâaĂ©roport et me rends au guichet de TAP, ma compagnie aĂ©rienne. Ils me disent que pour pouvoir embarquer le vĂ©lo je dois le dĂ©monter et le mettre dans une caisse. Je nâen ai pas et eux non plus. Je fais le tour des autres compagnies pour leur demander une caisse. Je finis par en trouver une chez Iberia pour 20 euros. Ăa fait cher le bout de carton⊠Mais bon pas le choix, je dĂ©monte mon vĂ©lo, le range ainsi que mes sacoches dans la caisse et vais faire lâenregistrement. Ils me demandent de payer 100 euros pour embarquer le vĂ©lo. Pas le choix encore une fois, je m'exĂ©cute et charge le vĂ©lo aprĂšs mâĂȘtre assurĂ© quâil allait bien jusquâĂ ma destination finale. Ca mâaura quand mĂȘme coĂ»tĂ© 120 euros supplĂ©mentaires alors quâĂ lâaller, avec la mĂȘme compagnie, jâavais rĂ©ussi Ă embarquer sans carton, ni supplĂ©ment pour le vĂ©lo, ni mĂȘme un bagage supplĂ©mentaire. Bon pour ĂȘtre honnĂȘte je crois que câĂ©tait pas complĂ©tement normal.
Finalement, le dĂ©tour sur la route et les dĂ©marches pour lâenregistrement mâauront pris plus de 5h sur les 7. Jâai bien fait de mây prendre Ă lâavance. Il me reste cependant un peu de temps pour Ă©crire avant dâembarquer. Je pense Ă toutes les choses que je ne ferai plus tous les jours en rentrant: chercher un endroit oĂč dormir, rencontrer des gens nouveaux, dĂ©couvrir des paysages, apprendre de nouveaux mots, avoir faim (mais une de ces faim!), faire 6h de sport, avoir du temps, demander mon chemin... Il y a aussi toutes les choses que je vais recommencer Ă faire comme dormir dans un lit, prendre une douche tous les jours, avoir un chez moi, passer du temps avec mes proches, jongler entre boulots, sorties, sport et sommeil⊠JâĂ©cris les derniĂšres lignes et les derniĂšres pensĂ©es, referme mon carnet de voyage et me dirige vers la porte dâembarquement.











