La nuit est noire, si noire quâelle est dâun silence de mort.Â
Un Ă©pais brouillard est tombĂ© et Ă©touffe le moindre bruit.Â
Un faisceau de lumiĂšre Ă travers les rainures des volets se fraie un chemin dans lâobscur.
Je suis seul, seul dans ce silence. Je ne me suis jamais senti aussi seul que ce soir.
Jâentends le bruit dâun clocher qui sonne 10 coups. Puis plus rien.Â
De nouveau ce silence. Comme si tous les bruits sâĂ©taient tapis dans leur taniĂšre. Il est si absolu, le noir est si noir qu'on remonte Ă la naissance du monde, un monde silencieux et aveugle.
Et je suis lĂ , au milieu de ce quâon ne peut entendre, et de ce quâon ne peut voir.Â
Quand il faisait encore jour, jâai perdu quelquâun que jâaimais, et puis la nuit est tombĂ©e. Je ne peux plus lui parler, plus la voir, plus lâentendre, câest comme si elle Ă©tait morte, mais seulement pour moi. Impossible de partager ma peine, car pour les autres elle vit... Impossible de me recueillir.Â
Alors je suis lĂ dans cette mer dâencre de Chine, oĂč ne rĂšgne que ce silence qui me renvoit Ă ma solitude. Quand jâĂ©tais ce petit garçon, le noir me terrifiait. Jâaimerais quâil soit lĂ , car le silence ne lâeffrayait pas. Je le rassurerais, il me rassurerait. Jâessaie de le retrouver, mais impossible, je nâentends que le silence, entrecoupĂ© du crĂ©pitement de ma cigarette qui se consumme.Â
Le silence...Â
Ce soir, je voudrais le fuir, mais il est en moi, dans cette partie de mon coeur qui autrefois Ă©tait pleine des mots quâelle me disait.
BientĂŽt le silence se taira. BientĂŽt...