Un crous en solo, Une critique inédite de Axel Auger
Il est vrai que l'on connaît le crous pour être un lieu de convivialité, bercé par les rires et les débats passionnés, un endroit ou se forge les amitiés à coups de fourchettes et de couteaux. Mais alors qu'en est-il de ce plaisir (semble t-il oublié) du gourmet solitaire, de l'Homme face à son repas, loin du brouhaha de la société. Comment renouer avec cette tradition culinaire ancienne et universelle dont la société moderne et les fast food nous ont tant éloignés ?
Assis seul à ma longue table ce midi j'observe le monde comme un oiseau depuis le ciel. De la haut je vois la totalité du crous, je ne m'attarde pas dans les détails, ainsi il m'apparaît dans toute sa vérité. Je suis saisi par sa dimension humaine et chaleureuse comme si la gastronomie finalement n'était relayé qu'au second rang ici. Le crous serait-il humaniste ? C'est en tout cas ma conviction. Je balaye la salle d'un dernier tour d'horizon et je me concentre sur mon repas.
L'entrée : maquereau à la sauce moutarde Un classique de la restauration bon marché. Tout en regardant mon maquereau je reste dubitatif. C'est presque trop classique, où est la surprise à laquelle le crous m'a habitué ? Je goûte. Ce n'est pas mauvais mais je reste frustré par l'académisme de ce plat. Je finis mon maquereau sans grande conviction. Une entrée, je ne mâcherais pas mes mots, décevante. 5/10
Plat principal: Sauté de dinde au Porto accompagné de ces patates et lentilles
L'intitulé de ce plat attise davantage ma curiosité. Visuellement le résultat est impeccable l'assiette est colorée et appétissante. Suite à l'épisode dit "du maquereau à la moutarde" j'avoue que j'attends que le crous me montre ce qu'il a dans le ventre. Hors de question de rester là dessus. N'écoutant que mon cœur j'entame mon plat avec appétit. Pour mon plus grand plaisir la réponse est à la hauteur de mes attentes en matière de crous. La sauce exquise me rappelle les longues nuits chaudes du Portugal, je mange chaque morceau de patate comme si Parmentier me les avait apporté pour me sauver de la famine. Comme d'habitude c'est un voyage pour les sens... A la différence près qu'aujourd'hui loin de la pression sociale et du distrayant attrait de la conversation je me donne entièrement à mon repas comme il se donne à moi.
Merci pour ce moment 10/10
Dessert : Compote aux abricots et petits palmiers (les gâteaux)
La compote est une de mes petites habitudes du crous ne nous le cachons pas. C'est une valeur sûr, un vieux compagnon de vadrouille qui ne présente peut être pas la compagnie la plus plaisante ou intéressante mais qui a le mérite de demeurer à nos côtés depuis longtemps et en qui ont peut avoir confiance. C'est donc les yeux fermés que je déguste ma compote. Un plaisir simple mais inaltérable. Car si les moments de fulgurances comme celui de la dinde sont des expériences incroyables mais de courtes durée , l'humain n'aspire t-il pas plutôt à la douce simplicité d'une compote ?
Dessert : 7/10
Conclusion/L'after crous
L'after crous (aussi appelé la petite crous) désigne ce moment de plénitude et de tranquillité absolu qui suit un repas crous. Je suis rassasié. Et tandis que je digère paisiblement, le film de mon repas se rejoue derrière mes yeux clos. Tous ces moments uniques, toutes ses émotions... Je profite de la solitude pour rester un peu plus dans la sensation.. Juste encore un peu plus....
Suite à cette expérience inédite une toute nouvelle facettes du crous m'apparaît, celle façonnée par ces femmes et ces hommes qui continueront d'aller au crous encore et encore, non par simple facilité d'accès ou de prix ou par pression sociale, mais par volonté farouche de découvrir de nouvelles saveurs et de profiter de chaque instant qui nous est donné.
Crousez bien, je vous dis a bientôt pour une prochaine aventure.












