Type: Closed competition-Workshop 1rst Prize
Themes: Public Spaces, Infrastruture, ,...
Team: With Stéphane Bonzani, Marc-Antoine Durand and the support of Maëna André
Client: Communauté d’agglomération Tour(s) Plus - Institut de la ville en Mouvement - Vinci Autoroutes - ATU
Tours/Saint-Pierre-des-Corps (FR) | 2015
Minor interventions for major transformation
More info here : IVM Passages & ATU
Le territoire de Tours et de Saint-Pierre des Corps est emblématique d’une condition métropolitaine contemporaine où ont fini par entrer en conflit les grandes infrastructures de mobilité et les milieux habités. Striés de toute part par de puissantes lignes de rupture – l’autoroute, mais aussi les emprises ferroviaires, les digues – ces milieux résistent malgré tout mais aspirent aujourd’hui à recouvrer plus de cohérence, plus de porosité. Les lignes d’usages, itinéraires fins des déplacements quotidiens, composent tant bien que mal, avec ces lignes de ruptures, passent le long, au bord, par-dessus, par-dessous…
La stratégie du projet, loin de réinventer tout le système urbain, consiste à apporter des microporosités sur des points clés situés à l’intersection de lignes de rupture et de lignes d’usage. Il s’agit d’identifier ces points névralgiques, de les analyser et d’améliorer leur condition de passage voire d’en créer de toute pièce. Ces micro-interventions sont conçues comme des tapis urbains. Formant des seuils, équipant les passages de services associés, fonctionnant en réseau de lieux, ils visent à territorialiser les grandes infrastructures, à les rendre plus urbaines et à mettre en scène ces héritages du 20ème siècle.
Le positionnement de ces tapis sur, sous, au bord de ces infrastructures crée des espaces négociés à l’occasion desquels les concessionnaires peuvent trouver des occasions de faire évoluer leur patrimoine dans le sens d’une meilleure intégration. Ainsi, paradoxalement, ce sont les lignes de rupture qui pourraient devenir des lignes de régénération.
Cette stratégie, inscrite dans un contexte d’incertitude et d’économie de moyens devenus inéluctables, cherche avant tout à déclencher un processus de transformation, à initier des scénarios, mais laisse ouverts les effets d’entraînement. Interventions mineures pour transformations majeures, ces tapis sont volontiers opportunistes : ils composent avec les forces en présence et les pratiques déjà en place, profitent des investissements techniques indispensables (comme l’ouverture partielle de la digue qui fournit l’occasion de faire de l’espace public). Ces opérations ciblées et délimitées de quelques centaines de m2 tout au plus s’inscrivent dans une économie territoriale critique, où l’effort d’investissement en espace public doit être concentré : ces tapis sont précisément dessinés, durablement construits, bien équipés. Leur sol répare des discontinuités, gère les eaux de pluie, fournit des assises, accueille des usages sans les contraindre.
La construction d’un tapis urbain génère une aire d’influence qui suscite des effets d’entraînement plus ou moins forts dans le quartier, sur l’autoroute, sur les emprises ferroviaires. Création d’un arrêt de bus, extension d’un usage sur un parking, mutation d’une parcelle, densification légère, etc.
Chacune de ces interventions situées est une architecture qui raconte le territoire. Les héritages du fer, du maraîchage sur la varenne, des fleuves capricieux et de l’autoroute trouvent dans ces lieux l’occasion de faire récit commun. Le Marché des Cheminots réactive les jardins ouvriers, rouvre un passage sous les voies ferrées, profite de l’abri offert par l’autoroute… Le Tapis des sports travaille la digue du Canal, en révèle l’épaisseur, installe une passerelle en fer.
Enfin, les microporosités, à rebours des master-plans qui décident du futur en ignorant l’à-venir, sont des lieux privilégiés à partir desquels un observatoire des milieux habités peut être mis en place. Des études peuvent être menées en partenariat avec l’Université et des laboratoires de recherche pour suivre ces lieux et, à travers eux, soulever des thèmes de recherche variés : Nouveaux lieux partagés, Contrats de concessions autoroutiers, Capteurs pour la qualité de l’air.
A l’horizon de ces micro-interventions se dessine une métropole où les milieux réels, imaginaires et symboliques sont à nouveau interreliés, où les grandes entités géographiques de la Loire et du Cher sont reconnectées par une promenade jalonnée de lieux-passages, où les Tourangeots et Corpopétrussiens se rencontrent.