Val-Terreur 27 Le Guide de l'aventurier adofarien
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Val-Terreur 27 Le Guide de l'aventurier adofarien

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Gadin 27 Lettres au tribun Ăpisode 1 : Myortxa (ScĂšnes 1-7)
Val-Terreur 26 La Faiseuse de miracle (suite)
De son majeur, il remonte rapidement le capodastre et transpose la pĂ©dale Ă lâoctave. Le pauvre petit Ă©lutron de Mousse nâest pas de taille face Ă lâinstrument royal du Jardinier. Dâun geste vif, son annulaire ajoute une pression qui fait courber lâĂ©lytre. Un contrechant se manifeste. Tes graisses sont expulsĂ©es de ta viande, se dissolvent dans la boisson et s'Ă©vaporent. Se condensent. Recouvrent les murs. Recouvrent mes vĂȘtements. Ma peau. Je retiens mon vomi et ajoute ma voix aux efforts du colosse Ă©lutroniste. Câest facile dâoublier Dans lâchaos dânos idĂ©es Quâon existe en deux formes IrrĂ©gularitĂ©s Le tout dâune mĂȘme somme Une existence sans borne Pis lâautre, un peu usĂ©e Pendra au bout dâune corde Ă moins quâelle ne sâĂ©lĂšve Cette version de nous-mĂȘmes Qui donne sans compter Et permet dâoublier Un passĂ© de souffrance Par deux, multipliĂ© Peut-ĂȘtre un peu par chance Ou bien par destinĂ©e ApothĂ©ose des cendres Nirvana de joie pure Ensemble, enfin au centre Dâun cyclone qui perdure Se noyer de bonheur Dans nos larmes jusquâau cou Et planter dans nos coeurs Un couteau de fer mou AprĂšs, Ă bout de sang On dira quâcâtait dâadon Quâencore, aprĂšs tout câtemps On aime sans condition â Dans le repĂšre du Jardinier, le temps sâĂ©chappe. Jâarrive au bout de ma vie. Ă la fin programmĂ©e dâun destin sans triomphe. RecroquevillĂ©e dans ton sarcophage, je m'agrippe Ă tes os dĂ©nudĂ©s. Comme jâaurais aimĂ© entendre ta voix! Comme jâaurais aimĂ© sentir ton Ă©treinte! Le Jardinier mâapporte ton essence dans une coupe de bois que jâapproche soigneusement de mes lĂšvres. Je ne peux supporter lâidĂ©e de ne perdre quâune seule goutte de toi. Quand je te goĂ»te enfin, des spasmes me parcourent et je dois mâappuyer contre les parois du sarcophage pour ne pas tâĂ©chapper. Mon corps retrouve sa jeunesse. Notre jeunesse. MalgrĂ© la douleur, je te savoure. Ton histoire devient la mienne. En un instant, je te retrouve. Tu es lĂ , en moi. Mon regard neuf, riche de tes expĂ©riences et de tes connaissances, sâouvre Ă nouveau sur la crypte. Ă travers le temps, nous retrouvons enfin notre fidĂšle protecteur. Je pose une main sur son masque. «Natesht!»
Val-Terreur 26 La Faiseuse de miracle
Dans le repĂšre du Jardinier, le temps sâĂ©chappe. Je ne sais pas sâil fait jour ou nuit. Quand la fatigue me rattrape, je me couche Ă tes cĂŽtĂ©s. Je rĂȘve que ma chaleur te rĂ©veille, que mon souffle Ăącre embaume ta mĂ©moire et te ramĂšne Ă moi. Dans notre berceau de pierre, au sec, on sâemboite lâune dans lâautre. Moi, la fille, sculptĂ©e Ă ton image. Toi, la mĂšre, façonnĂ©e par un mystĂšre â suspendue, soustraite au passage des annĂ©es par un rituel oubliĂ©. Nos peaux se marient comme des frontiĂšres, barricadĂ©es de callositĂ©s. JâespĂšre une osmose impossible. Que ton histoire te dĂ©serte et me pĂ©nĂštre. Que ton essence baroque, visqueuse et lourde de ton identitĂ© fĂ©conde mon coeur et mâĂ©veille Ă ce que je ne suis pas. Mais Ă mon rĂ©veil, rien nâa changĂ©. â Le Jardinier ne dort jamais. Mon gardien silencieux sâaffaire Ă cultiver une variĂ©tĂ© Ă©clectique de plantes grasses, dâarbres fruitiers et de champignons bicolores quâil contemple par les trous de son masque de bois. Lui non plus ne pense quâĂ toi. Il guide ma main tandis que je pĂšle dâĂ©tranges agrumes et en suspends les quartiers pour les faire sĂ©cher. Il mâenseigne, Ă sa façon, comment prĂ©parer la dĂ©coction qui tâextirpera des abĂźmes de ton sommeil Ă©ternel. Lui seul sait faire appel au vĂ©ritable maĂźtre de ces lieux. Celui que je surnomme lâIntendant hante les coulisses de notre donjon de son inquiĂ©tante bienveillance. Il purifie lâair, rĂ©gule lâhumiditĂ©, capture les petits animaux qui sâintroduisent par accident dans la crypte et nous achemine une eau propre; Ă moi et aux plantes. Jâapprends Ă tolĂ©rer, puis apprĂ©cier sa prĂ©sence rassurante. Il me devance dans mon travail et fait voyager les instruments Ă travers le plan de travail. Couteaux, faucilles, dĂ©canteurs et ingrĂ©dients dansent sous mes yeux et Ă portĂ©e de main alors que nous travaillons â trinitĂ© de la productivitĂ© â jour aprĂšs jour. â Ă la veille de ton rĂ©veil, je suis une vieille femme. Ă cĂŽtĂ© de moi, tu ressembles Ă une enfant. Lâenchantement qui te soustrait au passage du temps a prĂ©servĂ© tes traits juvĂ©niles, tandis que le travail acharnĂ© auquel me soumettent le Jardinier et lâIntendant me prĂ©cipite vers la mort. Ma respiration, rauque et haletante, se module et sâharmonise Ă la tienne, sĂ©culaire. Je peine Ă retenir mes larmes quand le gĂ©ant entre dans la crypte, traĂźnant lourdement notre dernier brassin. Nos potions nâont pas su te ramener Ă la vie. Ton sommeil est trop profond et les recettes anciennes ne conviennent pas Ă ta constitution, trop Ă©loignĂ©e de la biologie ĂŠdificiĂšre. Je me suis donc tournĂ©e vers le Strhadrâlk. Le vin des morts. LâIntendant, jusquâalors pudique, mâaide Ă soulever ton corps. Il te recouvre dâune toile pourpre aĂ©rienne et je tâemporte sans effort par-dessus lâĂ©paule. Le Jardinier prĂ©pare une attisĂ©e sous lâimmense cuve quâil vient de placer prĂšs de ton sarcophage. Sentant que les secousses de ma vieillesse m'empĂȘchent de retirer tes vĂȘtements, lâIntendant les fait disparaĂźtre et les escamote quelque part dans son rĂ©seau. Peut-ĂȘtre les trouverai-je quelque part, pliĂ©s et empilĂ©s par ses agiles pseudopodes. Un gigantesque index effleure ma joue et me sort de mes rĂȘveries. Le Strhadrâlk bouillonne et fleure la crypte du puissant parfum des Ă©pices funĂ©raires. Câest lâheure. Jâescalade le cuir rugueux du Jardinier jusquâau bord du bassin. Le vin noir crache, sâagite et fait circuler Ă sa surface les ingrĂ©dients plus lĂ©gers : les bicolores sĂ©chĂ©s, lâĂ©corce de citrolune et les racines dâun ogalier; qui ressemblent Ă des plumes. Jâabandonne ta dĂ©pouille qui sâintroduit dans la substance et sâĂ©clipse dans sa profondeur dâencre. En redescendant, je lutte pour ne pas mâeffondrer au sol. Comme jâaurais aimĂ© entendre ta voix! Mais le rituel ne sâarrĂȘte pas lĂ . Le Jardinier soulĂšve sa cape et dĂ©ploie un Ă©lutron dĂ©mesurĂ©; rĂ©galia dâune Ă©poque rĂ©volue. Son plectrum attaque une fois â puis deux â lâarchet de lâĂ©lytre, laissant Ă©chapper un bourdon presque perceptible. La crypte tremble. Ta chair se dĂ©tache lentement de tes os.
Gadin 26 Prise de contact, escouade Ćempwatfub
1 J2-S3-M4
Alright. Commençons par les formalités.
En ce Jour-matin de Semaine-midi du Mois-crĂ©puscule de lâAn-crĂ©puscule du Lustre-matin du vingtiĂšme Cycle de lâĂre de Syeb, je, le colonel Fen Virada, mâengage par la prĂ©sente Ă renoncer Ă mes obligations envers Helyargotas, Ă prendre le nom de code Rinel et Ă former et commander Ćempwatfub, escouade tactique ne rĂ©pondant quâaux ordres directs de son chef de mission, nom de code KedibaĆ.
Chu pleinement conscient quây sâagit dâune opĂ©ration clandestine pis que, si on vient quâĂ se faire pogner, KedibaĆ va nier toute implication pis les membres de lâescouade vont dire que jâtais le seul derriĂšre lâopĂ©ration pis que chaque move a Ă©tĂ© mon call.
En connaissance de toute ça, jâaccepte, avec honneur, cette mission de sauvetage.
Quin ton serment. Scelle-le, brule-le, encadre-le, enfonce-toi-le dans le cloaque, je mâen crisse. Tu voulais une escouade tactique, te vâlĂ servi. AprĂšs celle-lĂ , on est quittes.
Sous mes ordres : le lĂ©gionnaire qui mâa transmis ta lettre (nom de code Fongus) ; son caporal, promu au rang de la Cible depuis sa capture (nom de code Xunay) ; pis ton agent prĂ©sentement en reconnaissance (nom de code FosomdawĆ).
Deux autres survivants du massacre de Khowxyal, assez mal en point merci, partagent notre tente dâinfirmerie en ce moment. Pis yâa lâincompĂ©tent de mĂ©dic qui mâa recousu tout croche. Mâas nettoyer ça en partant. Un bon vieil incendie accidentel devrait le faire.
En attendant des comms plus safe, tu sais quoi faire avec le messager qui vient de te remettre ma lettre.
Yâest ben mieux dâĂȘtre vrai, câte ragzyum-lĂ .
Rinel
************************************************************************
2 J3-S3-M5, h2-v5
Ici Xunay.
Commandant Rinel, indisposĂ©, mâa temporairement dĂ©lĂ©guĂ© son rĂŽle.
QuittĂ© le camp la nuit passĂ©e. Les officiers nây ont vu que du feu, littĂ©ralement. Les membres de Ćempwatfub sont maintenant officiellement morts au combat, selon les livres du lĂ©gat. Pour notre commandant, câpas tant loin de la vĂ©ritĂ©. Y fait toute pour pas le laisser paraitre, mais je lâai vu sâaffaisser dins roseaux quand quâon a pris un break talleur, le souffle court, Ă chigner entre ses dĂ©fenses. Le mĂ©dic avait clairement pas fini sa job. On aurait peut-ĂȘtre dĂ» lâĂ©pargner.
LouĂ© les services dâun pĂȘcheur local pour traverser Sanarusmar. On fait route de nuitte, mais la visibilitĂ© est limpide Ă cause de la double pleine lune. Le commandant a dĂ©cidĂ© quâon devait tirer vers le nord pour Ă©viter les rampeux-sentinelles, presque Ă contrevent, ce qui nous met en retard, mais on a pas eu le choix. Câtait la seule option safe. Ă espĂ©rer que notre dĂ©lai ait pas raison de la Cible.
DĂ©barquement dansâ baie dâAsphazi estimĂ© pour jour-soir, vote-aube heure-midi. Plus une heure pour dissimuler notre lift, pis une heure de marche pour rejoindre le rendez-vous avec FosomdawĆ. Heure dâarrivĂ©e estimĂ©e : vote-matin.
Le Fongus se plogue suâl mycĂ©lium dĂšs quâon arrive. AprĂšs ça, fini les traces Ă©crites, fini les messagers.
Gardez votre gars de comms Ă lâĂ©coute. Jâattendrai vos ordres.
Xunay
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3 ââââââââââ
â vvvvvvjzzzzzzjkrrrrrr-krrrrr-FffosomdawĆ ici KedibaĆ. FosomdawĆ ici KedibaĆ. Vous me recevez? Ă vous. â Ici FosomdawĆ. Je te reçois comme dins cieux, KedibaĆ. â Pas de spĂ©cificitĂ©s, FosomdawĆ! Ăvite les expressions locales. Pis termine avec « à vous ». Ă vous. â Ah oui, au cas oĂč on serait sous Ă©coute. Tu mâexcuseras, je pense ben que jâtais encore sous opercule quand le mycĂ©lium postal a Ă©tĂ© dĂ©saffectĂ©. ⊠⊠Allo? KedibaĆ, tâes encore lĂ ? â Affirmatif, mais tâas pas dit « à vous », pis tâas encore lĂąchĂ© une spĂ©cificitĂ©... Anyway, mieux vaut pas sâĂ©terniser sâes comms, nos fongiens vont finir par manquer de stamina. Restons brefs. Compte rendu? â Oui oui. Donc, pour faire une histoire courte, la situation est sous-optimale. Votre escouade est arrivĂ©e quatre heures en retard. Le Proboscidien Ă©tait pas capable de marcher. Câest lourd un Ă©lĂ©phant, tsĂ©. Le MustĂ©lien pis le Fongien ont dĂ» le transporter Ă bras sur une civiĂšre de fortune, une planche quâyâont dĂ©wrenchĂ©e du pont de leur esquif. Mais bon, ça aurait servi Ă rien quâyâarrivent plus tĂŽt anyway, ça mâa pris trois jours dans le temple juste pour trouver du mycĂ©lium pis le dĂ©nuder. Jây su arrivĂ©e, en excavant sous le mur effrondrĂ© de la salle hypostyle. Astheure on est toute lĂ pis ready to go. Ben, sauf commandant Rinel, qui⊠ouin, je le zieute live pis on dirait ben quâyâest aprĂšs perdre son dard, comme on dit par chez nous. â FosomdawĆ! Pas de spĂ©cificitĂ©s! â Ah ben oui, ga donc ça, perdre son dard câtâassez spĂ©cifique aux Apiens, han? â Passe-moi donc le furet. â Yup. â (Hein? Moi? Euh, OKâŠ) Xunay aux lamelles. Ă vous. â Bon! Caporal Xunay, Ă partir de maintenant, câtâavec toi que je parle. Tu prends le lead de lâescouade. Donc, Rinel est pas en Ă©tat de continuer? Ă vous. â Le commandant est dins pommes, mais y respire encore. On fait quoi avec lui ? Ă vous. â Si câtâun fardeau, faut nettoyer. Ă vous. â Mais⊠Vous savez câest qui? Câpas un soldat quelconque, câtâun colonel dĂ©corĂ©, un hĂ©ros de la LibĂ©ration. Yâa pratiquement mis lâEmpereur suâl trĂŽne. Dix-huit boucles martiales⊠â Est-ce que son Ă©tat risque de compromettre la mission? Ă vous. â Ben oui, mais⊠â Yâa-tu quĂšquâun dans vous autres qui peut le remettre sur pied? Ă vous. â Non, mais... â Ben tâas ta rĂ©ponse, caporal. Un fardeau, avec des ben belles boucles dâoreilles. Nettoyage. Ă vous. â Mais⊠câest lui le commandant. Moi chu yinque un lĂ©gionnaire bumpĂ© dâun rang. Les autres vont jamais respecter mon authorité⊠â Eille, tough luck. Câest la guerre, ti-gars. Tâes au front. Deale avec. Vous ĂȘtes dĂ©jĂ quatre heures en retard Ă cause de Rinel. Si vous partez maintenant, vous allez arriver lĂ -bas juste Ă temps pour exĂ©cuter la phase deux avant le lever dâAyanif. Nettoie, marche sâes braises, ramĂšne la Cible au Nid, pis y va y avoir un beau gros fruit en mĂ©tal pour toi, mon chum. Ăchoue, pis tâes aussi ben de refaire ta vie en Misitel. Pendant ce temps-lĂ , tes scrupules, tu peux te les enfouir dans lâarriĂšre-terrier â ah pis je mâen torche raide que ça soit une spĂ©cificitĂ©, si ça peut te faire catcher câest qui qui tient le gros boutte du bĂąton icitte. Est-ce quâon se comprend? Ă vous. â ⊠A-- affirmatif. Ă vous. â OK ben active. Phase deux. TerminĂ©.
ââââââââââ
Communications archivĂ©es pour la cour impĂ©riale par Untya Sanagar, ex-assistante du tribun Askeph Naphitis Traduites de lâhiryal par le Jorneau

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Val-Terreur 25 Araneum
Je me plais Ă croire que ma routine, aussi Ă©laborĂ©e soit-elle, reprĂ©sente en elle-mĂȘme un acte de rĂ©sistance. LĂ oĂč plusieurs croient voir une sĂ©rie dâactions sans consĂ©quence, dĂ©cousue et futile; jâobserve plutĂŽt un chapelet de gestes calculĂ©s et numineux, symboliques sans ĂȘtre performatifs. Vers huit heures, je mĂ©dite avant de prendre mon dĂ©jeuner. Jâapprivoise le nouveau silence qui rĂšgne sur la terrasse du Hilton, rĂ©cemment ponctuĂ© par lâappel des bernaches qui commencent Ă repeupler lâĂźle et le bourdonnement des vagues abandonnĂ©es. Je ne mâembĂȘte pas avec la vaisselle, que jâenvoie se fracasser dans le hall dâaccueil parmi les fragments de mes appĂ©tits passĂ©s. Je souris Ă lâidĂ©e dâarchĂ©ologues post-humains, subjuguĂ©s par le monticule de porcelaine et tentant dây assigner une quelconque signification. Je me dis que je devrais peut-ĂȘtre y laisser une plaque : «En lâhonneur de Kai, plongeur puis contemplateur.» Je fais ensuite la tournĂ©e du deuxiĂšme Ă©tage, lĂ oĂč jâai Ă©lu domicile quand lâascenseur a cessĂ© de fonctionner. Câest lĂ que se trouvent les chambres des employĂ©s, un peu plus petites. Je commence par nourrir le chat de monsieur Mahelona, un vieux persan bedonnant que jâai mis au rĂ©gime lâĂ©tĂ© dernier quand le cuistot sâest sauvĂ© avec les derniers sacs de croquettes. Je lui rĂ©serve toujours une partie de ma pĂȘche de la veille quâil sâempresse dâavaler avant de retourner sâĂ©tendre au soleil. JâarrĂȘte Ă lâancienne chambre de madame Kim. Elle, câĂ©tait la chef dâĂ©quipe du service dâentretien mĂ©nager. Une des premiĂšres de lâĂźle Ă boire le Kool Aid. Je pense lâavoir aperçu vers la fin de lâĂ©tĂ© avec dâautres contemplateurs prĂšs du LÄâahi. Plus ancienne que les autres, la partie infĂ©rieure de son corps Ă©tait atrophiĂ©e au point que ses orteils effleuraient Ă peine le sol, se tenant plutĂŽt debout avec ses nouveaux appendices qui sâĂ©chappent de son crĂąne comme les pattes dâune faucheuse immobile â le regard Ă jamais vers le sud. Jâessaie de chasser son expression figĂ©e dans lâĂ©tonnement et le sifflement Ă peine audible de son souffle de mes pensĂ©es. Jâai choisi de faire ma serre dans sa chambre parce que câest la seule piĂšce de lâĂ©tage avec des fenĂȘtres sur deux cĂŽtĂ©s: lâest et le sud. Jây fais pousser des tomates, des concombres, des aubergines et des piments forts; mais aussi quelques projets personnels comme un immense Banisteriopsis Caapi que jâai dĂ©placĂ© de ma maison et qui me sert dans la fabrication de mon propre ayahuasca et quelques peyotls matures plutĂŽt impressionnants. Je me rends finalement Ă la champignonniĂšre improvisĂ©e que jâai construite dans la cuisine commune qui contient maintenant assez de psilocybine pour envoyer lâarchipel au complet dans la stratosphĂšre. Jâajoute du substrat, je mesure lâhumiditĂ© et je rĂ©colte un dosage adĂ©quat pour mon poids que je consomme fraichement et immĂ©diatement. Jâajoute quelques pileus Ă mon sac de provisions avant de sortir pour lâaprĂšs-midi. Jâemporte aussi mon carnet de notes et un crayon. * * *
Je choisis Waâahila Ridge pour ma randonnĂ©e quotidienne. Une vue splendide de la ville mây attend aprĂšs quelques miles ou je dĂ©pose mon sac et mâadosse contre une pierre, tout prĂšs dâun goyavier. Au fil des annĂ©es, ce mĂȘme panorama a su attirer trente-deux contemplateurs. Certains sây trouvent depuis si longtemps que leurs corps se sont fusionnĂ©s; leurs masses calcifiĂ©es, Ă peine reconnaissables, ressemblent Ă des moaĂŻs. Ces statues dĂ©portĂ©es des Rapa Nui, perverties, parasitĂ©es; ne sont reconnaissables que par leur regard brillant et par lâharmonie de leurs souffles combinĂ©s. Un om dissonant, cauchemardesque qui concorde avec le sommet de mon trip. Sur cette Terre, ils sont comme le goyavier â Ă la fois invasifs, rĂ©sistants et indĂ©sirables; Ă la fois porteurs dâun fruit sucrĂ© et acidulĂ©, intriguant et effrayant. Mon esprit sâĂ©veille, ma conscience sâĂ©lĂšve tandis que je confirme une thĂ©orie longuement entretenue : ma proximitĂ© avec un groupe de contemplateurs ainsi que la taille de ce groupe influencent directement la puissance de mes expĂ©riences psychĂ©dĂ©liques. DĂ©jĂ , Ă quelques mĂštres, je suis au bord du prĂ©cipice. Jâarrive Ă voir lâhorizon des Ă©vĂ©nements, bordĂ© par une rangĂ©e parfaite de trente-deux contemplateurs. Je mâappuie contre la pierre, me lĂšve et mâapproche. Ils sont maintenant une centaine. Ceux de LÄâahi sont lĂ aussi. Je reconnais madame Kim. Ils sont maintenant des milliers, je vois le Grand Canyon, le lac BaĂŻkal, KhĂ©ops. Des millions. Un pulsar aux confins de la Voie lactĂ©e, la fin dâune Ă©toile, une comĂšte transmutĂ©e. Des milliards. La forge flottante dâAbldrâsadg, les ruines anciennes qui recouvrent la surface dâAlzemi oĂč dorment les seuls survivants dâune supernova. Je franchis la singularitĂ©. Je nâexiste quâen pure conscience; mon corps prisonnier de lâespace et du temps. Je deviens chaque fil dâune toile immense et me perds. Le chant dissonant des contemplateurs fait place Ă lâunisson. Ă lâUnitĂ©. Araneum. Je cherche Ă mâaccrocher Ă moi-mĂȘme tandis que mon Ă©go se dissout. Araneum. Jâaperçois des creux dans la toile. Araneum. Jâaperçois des creux dans lâAraneum. Ma conscience glisse vers celui qui semble le plus profond. Elle orbite autour dâun objet lourd. Ce sont des milliards de consciences parfaitement alignĂ©es. Je les orbite avant de tomber en leur centre; avant de passer entre les mailles de lâAraneum. Puis, plus rien. Jâarrive Ă voir lâAraneum dans son entiĂšretĂ©. Une seule conscience, immense et majestueuse, me domine. Maternelle, elle me nourrit â me berce dans lâobscuritĂ© dâun monde ancien, froid, aux frontiĂšres de lâunivers. Mon corps se trouve Ă un nombre incalculable dâannĂ©es-lumiĂšre, mais je ressens quand mĂȘme sa chaleur. Je touche sa peau chitineuse, garnie de scopules et radieuse. Ici, elle existe en X, en Y et en Z. Ici, elle est soumise au temps. Elle mâenvie. Elle envie la lumiĂšre, la chaleur et lâentropie de mon X, de mon Y et de mon Z. Son Ă©treinte se resserre. Je ne suis pas lâenfant prodigue quâelle attendait. Aranea me rejette. Me repousse Ă travers lâAraneum et me dĂ©sincarne. Mon corps lointain mĂ©tabolise la psilocine et contracte le fil dâargent qui me rattache Ă notre dimension. Je redeviens moi-mĂȘme. Il fait nuit et le chant dissonant des contemplateurs mâaccueille Ă mon rĂ©veil. Je retrace mon chemin vers lâhĂŽtel et me dĂ©pĂȘche Ă mettre mes notes sur papier. Au matin, je remarque une rĂ©action urticante lĂ oĂč ma peau a touchĂ© celle dâAranea. ----------- Passage tirĂ© des notes personnelles de Terry Huxley, botaniste, psychonaute et premier humain Ă voyager Ă une vitesse supraluminique. Pionnier dans lâĂ©laboration du protocole La Barre-Huxley et de lâexploration de lâAraneum.
Gadin 25 Anatomie d'une phrase
Gadin 24 Rudiments d'écométrie pour le petit écolier
Val-Terreur 24 Le Jardinier
Le jardinier sort une fois de temps en temps nous chercher Ă manger. Les plantes quâil cultive ne sont pas pour nous, maintenant je le sais. Il apaise le lichen rouge qui cache lâentrĂ©e dâune maniĂšre qui mâest occulte. Une longue nĂ©gociation silencieuse et immobile entre deux monarques oubliĂ©s qui mĂšne inĂ©vitablement Ă lâouverture de la crypte.
La premiĂšre fois jâai tentĂ© de fuir.
Ăa faisait trois jours que jâattendais dans lâombre. Trois journĂ©es Ă boire la rosĂ©e filtrĂ©e par le thalle cramoisi de ma nouvelle prison. Trois nuits Ă craindre le courroux de mon ravisseur. Quand la voie sâest finalement ouverte, la crĂ©ature nâa pas semblĂ© remarquer mon dĂ©part. Jâai filĂ© entre ses doigts puis Ă travers les arbres en jetant quelques regards par-dessus mon Ă©paule, mâattendant Ă voir la main lancĂ©e Ă ma poursuite. Ă la place, je lâai vu partir dans la direction opposĂ©e, lentement.
Ana et mousse Ă©taient partis. Pis câest pas en fuyant lâĂ©trange quâon fait des dĂ©couvertes.
La nuit tombait quand le jardinier est revenu, la cape chargĂ©e de givrefruits, dâiricourge et de baies dâor. Le sol sâest ouvert, nous avalant Ă nouveau.
Le jardinier ne parle pas, mais fait preuve dâune grande capacitĂ© de communication. Ses gestes sont prĂ©cis et calculĂ©s. Il pousse un melon vers moi avec son index gĂ©ant et nous partageons ainsi nos repas, soir aprĂšs soir. Je remarque que son visage nâest quâun masque, quâil se nourrit en Ă©crasant les fruits dans sa paume; la pulpe disparaissant au fond dâune fente qui sâouvre le long de sa ligne de vie.
Un matin, il me pousse gentiment vers lâextrĂ©mitĂ© dâun long corridor; vers une porte grise et froide qui grince quand je lâouvre. Jâentreprends dâexplorer le reste de mon donjon, atteignant de nouvelles profondeurs chaque jour. Jây dĂ©couvre sa serre, Ă©clairĂ©e par les iricourges, chauffĂ©e par les racines des givrefruits qui dĂ©robe lâair de sa fraicheur. Ici, le lichen se plie aux volontĂ©s du jardinier. Il y recouvre chaque centimĂštre, sert de tuteur Ă une dizaine de variĂ©tĂ©s de plantes exotiques, irrigue en y acheminant lâeau de la surface.
Jour aprĂšs jour jâobserve cette main gĂ©ante naviguer dans un rĂ©seau de toiles rouges en taillant, repiquant, dĂ©sherbant. Puis, je dĂ©couvre la crypte.
Loin, dans les profondeurs de ma nouvelle demeure, un nombre incalculable dâĂŠdificiers momifiĂ©s reposent dans un labyrinthe de dĂ©dales. Ils sont tous enveloppĂ©s de lichen rouge. Jâen ai libĂ©rĂ© un avec le sabre de Mousse, mais lâorganisme se referme presque instantanĂ©ment sur la dĂ©pouille. Mais câest au centre de ce labyrinthe que je fais la plus grande dĂ©couverte. Dans un immense sarcophage en pierre polie, Ă©pargnĂ©e par le lichen, je dĂ©couvre le corps dâune femme. Elle me ressemble. Je crois que câest pour ça que le jardinier mâa emmenĂ© ici.
Je crois quâil veut que je la rĂ©veille.
Gadin 23 Demande de rĂ©parations, station AĆgzir
En notre absolue humilité plébéienne pis en connaissance du risque de chùtiment pour parjure, nous présentons cette supplique au Tribun de la plÚbe :
Monsieur le Tribun,
En quatre cycles de service, mettons que jâen ai vu des vertes pis des pas mures sâes rails de wagons-barbeaux. Faut dire quâElaos le ConquĂ©rant avait pas mal nĂ©gligĂ© le rĂ©seau, faque Ă lâĂ©poque oĂč jâai commencĂ©, la bĂątisse Ă©tait au mycĂ©lium, littĂ©ralement. Mais quand notre bon Hastorel II a pris le dail, ah ben lĂ tout a changĂ©. Dâun coup, comme ça, le rĂ©seau mĂ©lolonthoferroviaire est devenu une prioritĂ©, pis un petit palefrenier comme moi pouvait enfin avoir les moyens de ses ambitions.
Jâai faite venir les meilleurs Ćufs dâAyampĂŒer pis je me su assurĂ© que nos bĂȘtes auraient des attelages robustes pis des lanternes alchimiques cheloniennes authentiques. LâĂ©quipe que jâai rassemblĂ©e icitte avait rien des colonies de parachutĂ©s sans avenir quâon trouve dins autres rĂ©gions frontaliĂšres. Mon charron Ozu est le meilleur au sud de Loyokser, pis ZargĂŒeth a Ă©tĂ© maitre-lanterniĂšre Ă â gare de Kwan pendant trois lustres. Câtâavec fiertĂ© quâon a servi lâEmpire toute notre vie. Dâailleurs, la feuille de route de la station AĆgzir est irrĂ©prochable ; zâavez juste Ă consulter les registres Ă©comĂ©triques.
â Quâest-ce tu fais lĂ ? ArrĂȘte dây licher le cul pis dis-y!
â Câest bon, Zarg, jây arrive.
Heuheum⊠ChĂ© ben que vous le savez que si je vous Ă©cris, câpour chialer sur quĂšque chose. Câest la nature de votre job, aprĂšs tout. Mais je veux que vous sachiez quâon est full reconnaissants de toute ce que lâempereur a faite pour nous, pis que câest vraiment juste parce quâon est arrivĂ©s au bout du rouleau quâon fait appel Ă vous.
Monsieur le Tribun, la gare dâAĆgzir a besoin dâĂȘtre reconstruite. La plateforme est dĂ©foncĂ©e, on a deux wagons qui ont des porte-lanternes crochis pis un qui sâest faite arracher son balcon arriĂšre, sans compter tous les Ćufs de notre pondoir qui se sont faite Ă©crapoutir. Aussi, nos rĂ©serves de bouffe pis de vin sont Ă sec. En fait, toutes les infrastructures de la rĂ©gion sont dĂ©labrĂ©es. On pourrait accuser les Bifidistes, pis pour certaines stations on aurait raison, mais pas pour AĆgzir. Icitte câpas les insurgĂ©s qui ont ravagĂ© la place, câest⊠câestâŠ
â Ben câest les troupes, tabarnac! Dis-y, que câest les troupes!
â ChĂ© pas, man. Accuser Helyargotas ouvertement, câpas mal lâaffaire la plus antipatriotique quâon puisse faire.
â Antipatrio⊠Mais on sâen cĂąlisse! AprĂšs ce quâyâont faite, faut ben quâyâait une justice!
â Ah parce que tu penses vraiment que ces osties-lĂ vont ĂȘtre trainĂ©s en cour martiale? Yâavait sĂ»rement une couple de lĂ©gionnaires lĂ -dedans, mais câtait surtout des officiers, tsĂ©. Le SĂ©nat va pas envoyer des furets croupir Ă TĂŒitxa juste pour quĂšques inconduites au front.
â Inconduites? Des inconduites! Crisse Jyehi, y les ont violĂ©s pis battus. La moitiĂ© dâentre eux Ă©taient pas reconnaissables.
â ChĂ©, maisâŠ
â Non tu le sais pas. Tu sais rien. TâĂ©tais pas lĂ câte nuitte. TâĂ©tais pas lĂ quand quâon les a dĂ©couverts. Lâodeur dâhĂ©molymphe⊠Câpas toĂ© qui as charriĂ© les corps de tes amis pis de ta famille pour en faire un bĂ»cher derriĂšre la barbeauterie, qui as moppĂ© leur glu pis vidĂ© deux gallons de tĂ©rĂ©benthine dins moppes pour en nettoyer le cauchemar. Câpas toĂ© qui as incendiĂ© une pile de cadavres qui imploraient juste quâon les venge. Ozu a mis le feu Ă sa mĂšre, cĂąlisse! Ozu, couvre tes genoux.
â Non, câest bon Ozu, pas besoin de te boucher les chordotonaux. Zarg va nous Ă©pargner les dĂ©tails.
â Je tâĂ©pargnerai rien. Helyargotas, tu penses quâyâĂ©pargnent quĂšquâun, eux? Non. Faut toute dire si on veut que le Tribun nous dĂ©fende. Faut oser mettre nos bobos Ă vif. La mĂšre Ă Ozu, ben y lâont dĂ©figurĂ©e pis dĂ©membrĂ©e. Câest fucked-up. Pourquoi tu ferais ça au peuple mĂȘme que tâes censĂ© protĂ©ger? Juste parce la soirĂ©e Ă©tait un peu trop arrosĂ©e pis ta peur des ifitserk kicke in? Parce tâes grisĂ© par le speech du centurion pis dĂ©sensibilisĂ© par lâhĂ©catombe de rampeux suâl champ de bataille? Surtout parce tu le sais que tâes au-dessus de la loi pis quâyâen aura pas, des consĂ©quences, pour toi. Une fourmi de plus ou de moins, ça change quoi, si nos nobles soldats rĂ©ussissent Ă reprendre Khowxyal pis Ă ramener des ragzyums Ă Lithakis? Han? Ăa fait juste pas le poids. Sauf si on se met le Tribun de notre bord en y faisant comprendre lâinjustice, si on reste assez crus pour quâyâempathise, si on Ă©panche notre dĂ©tresse sâa page.
Les vâlĂ , les dĂ©tails : lâodeur en dedans me levait trop le cĆur, faque jâai faite les voyages de barouette au bĂ»cher. Câest Ozu qui pelletait les corps. JusquâĂ ce quây pellete sa mĂšre. Ou plutĂŽt la tĂȘte Ă sa mĂšre, qui pendait de son prothorax par un tesson de sclĂ©rite, sans abdomen ni membres ni antennes. Ses mandibules Ă©taient toute dĂ©wrenchĂ©s pis ses yeux crevĂ©s. Son chest Ă©crasĂ© Ă©tait couvert dâhĂ©molymphe coagulĂ©e. On a yinque retrouvĂ© trois de ses bras dansâ place, dĂ©sarticulĂ©s⊠si câtait mĂȘme les siens.
Câest ça quây faut raconter dans notre lettre. Mais toĂ© tu louanges le bon Hastorel en mentionnant quĂšques bris matĂ©riels au passage.
â Ben, ça reste vrai que la station est inopĂ©rationnelle. Yâa pas mal plus de chances que le SĂ©nat vote pour renipper son systĂšme dâapprovisionnement que pour condamner des patriciens. Câest plate Ă dire, mais si on envoie une lettre qui implique un manquement Ă lâhonneur, y vont juste nous dĂ©clarer traitres pis catapulter nos entrailles suâl village.
â Le villageâŠ. On lâa incinĂ©rĂ© hier, le village.
â Coudonc, yâest-tu encore aprĂšs Ă©crire, lui?
â Ben oui toĂ©. Eille le scribe, on te paye pas pour que tu documentes nos ostinades sur ton parchemin! Juste la supplique au Tribun. On a pas de cash pour plus que mille mots anyway.
â Ben voyons, yâĂ©crit encore. ArrĂȘte! ArrĂȘte, sinon tu peux ĂȘtre sĂ»r quâaprĂšs la nuitte que je viens de passer, je me gĂȘnerai pas pour
Le personnel de la station mĂ©lolonthoferroviaire AĆgzir
â
Cacheté par le Bureau du Tribun, Elurmurd
J1-S1-M1-A5-L2-C20, Ăre de Syeb
Traduit de lâhiryal par le Jorneau

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Val-Terreur 23 Le Rempart
CâĂ©tait ma derniĂšre descente.
Je ne retournerai plus dans la caverne.
CâĂ©tait ma derniĂšre traversĂ©e du Vikshem. Avec ses colossales dunes de sel quâon dirait quâon voit jamais lâautre bord. Avec ses nuits glaciales et silencieuses jusquâĂ tant quâun oiseau de proie dĂ©cide de profaner le calme. Avec ses tempĂȘtes qui grugent jusquâĂ lâos les mains de mes disciples tartarĂ©ens; qui dĂ©vorent la chitine de nos montures avec appĂ©tit, sans laisser de traces.
Je ne traverserai plus les eaux troubles de La Déchirure. Avec ses patrouilles véniliennes comptables qui mesurent, pÚsent et jugent. Avec ses contrebandiers salaciens qui taxent, pillent et échantillonnent. Avec son crachin pernicieux qui transperce, qui te prend par surprise pis qui te fait revirer de bord.
Je ne chercherai plus mon chemin dans le Labyrinthe Tranquille. Avec Son armĂ©e de dĂ©mons dociles qui attendent, qui talonnent ma procession. Avec son panorama de dĂ©solation toxique qui dissuade et encourage Ă la fois que peut-ĂȘtre que tâes sur le bon chemin, mais finalement non.
Non.
Cette fois, je laisse le dormeur dormir.
Bon, je le sais que câest pas la premiĂšre fois que jâdis ça, mais lĂ câest vrai.
Comme chaque annĂ©e, les survivants de la procession ainsi que moi-mĂȘme bandons nos yeux avant de descendre. MĂȘme si on n'apporte aucune flamme avec nous pis mĂȘme si yâa plusieurs centaines de mĂštres de roc et de terre qui nous sĂ©parent de la surface. On le fait parce que câest ce quâIl demande.
On descend Ă tĂątons pendant ce qui nous semble ĂȘtre des heures. Sous nos doigts, les murs bougent, se dĂ©calent et se repositionnent. Le souffle tiĂšde de sa respiration nous traverse par vagues depuis notre entrĂ©e. Lâodeur est si insupportable quâun des disciples sâĂ©touffe et vomit. Il a dĂ» perdre son bandeau Ă un moment ou un autre parce quâil disparaĂźt aprĂšs un cri Ă©touffĂ©. Une bruine chaude asperge ma joue. Je me dĂ©goute en me laissant espĂ©rer que câest celui qui a perdu ses mains dans le dĂ©sert, que ce serait «économique». Je rĂ©flĂ©chis comme Lui.
Les autres tiennent bon et rĂ©sistent Ă lâenvie de sâenfuir ou pire, de regarder. On atteint lâantichambre, accueilli par le parfum des ingrĂ©dients nĂ©cessaires Ă la fabrication du Solvant. On opĂšre dans les tĂ©nĂšbres, en utilisant nos autres sens. On mesure au toucher, on identifie au goĂ»t, on mĂ©lange et mixe Ă lâoreille. Plusieurs heures sâĂ©coulent. Le Solvant est prĂȘt.
Comme toujours, jâentre seule dans lâimmense chambre. Son sommeil est troublĂ©. Ses spasmes font trembler le sol. Comme Il doit ĂȘtre immense! Je peine Ă garder mon voile.
Il murmure. Un son guttural assourdissant qui me pousse Ă genoux, comme le tonnerre sur la pierre. J'atteins finalement le bĂ©nitier et je mâen sers pour me relever, avant dây verser la mixture. Je lâagrippe fermement au risque de tomber. Câest la galerie complĂšte qui semble basculer Ă Son rĂ©veil. Il se racle la gorge et toussote, ce qui me propulse jusquâĂ lâaube de lâantichambre.
«Coccinelle?»
Je rampe jusquâĂ Lui et touche saâŠ
Je ne sais pas ce que je touche, Sa mĂ©tamorphose est complĂšte. Je le sens frĂ©mir, puis se calmer. Je ne dispose que de quelques minutes pour le mettre Ă jour. Date, migrations, accords diplomatiques, renseignements, dĂ©couvertes, naissances, dĂ©cĂšs, maladies, sĂ©cheressesâŠ
Sa respiration ralentit. Plus que quelques secondes. Je risque une digression.
«Papa? Est-ce que⊠est-ce que tu gagnes?»
Jâentends les disciples prier pour mon salut. Jâentends le colosse sombrer Ă nouveau dans son long repos. Je dĂ©cide de jouer le tout pour le tout.
Mes yeux sâajustent Ă lâobscuritĂ© et je vois mon pĂšre. Je vois son sacrifice. Elek, la main gauche de Dieu. Celle qui punit. Xlkjskaskjdf, le dĂ©voreur dâau-dessus, qui mĂšne une guerre secrĂšte contre AranĂ©a. Une guerre quâIl perd. Mon regard se pose sur sa tĂȘte. Sur les huit excroissances qui le suspendent aux parois de la chambre.
Jâanalyse les parois. Des milliers de mains qui s'agrippent les unes aux autres et qui forment la caverne comme un organisme colonial.
Jâai dĂ©sobĂ©i. Les murs se referment.
Je bouscule les TartarĂ©ens sur mon chemin dans lâespoir de ralentir les dĂ©mons.
Ăa fonctionne.
Je ne retournerai plus dans la caverne.
Chaque seconde dâĂ©veil laisse les AranĂ©ens reprendre du terrain. Il est notre rempart.
CâĂ©tait ma derniĂšre descente.
Je ne retournerai plus dans la caverne.
Gadin 22 Réquisition impériale d'arbitrage
Tribun Naphitis,
Tu devais certainement pas tâattendre Ă recevoir une lettre au sceau dynastique aujourdâhui, mais stresse pas trop, câest juste moi, Fikor Hobo-Syeb. ChĂ© que jâtais yinque un petit fureton la derniĂšre fois quâon sâest vus, mais lĂ jâai cĂ©lĂ©brĂ© ma bilustrale pis chârais en Ăąge de gouverner, mĂȘme si le Grand ĂcomĂštre a pas lâair Ă voir ça de mĂȘme. Y veut pas rĂ©pondre Ă mes questions sâa plĂšbe, le vieux malcommode. Y dit que câpas des affaires dont on devrait se soucier, que câtâindigne de notre statut pis de notre pelage, Ă Ziyozar pis moi. Nous on veut juste que quĂšquâun nous aide Ă trancher sur une copple dâaffaires pas claires, faque on sâest dit que tâaurais des rĂ©ponses pour nous â tâes le tribun de la plĂšbe, aprĂšs tout.
TsĂ©, je le sais, pourquoi y tâont mutĂ© au sĂ©nat. Jâavais peut-ĂȘtre lâair de rien, mais je tâai regardĂ© aller quand tâhabitais au palais. Câtâen observant du monde comme toi que jâai appris comment jouer la game, comment un aiglon de famille moyenne peut finir Ă â table de lâempereur si y met ses piĂ©cettes sâes bonnes cases. TâĂ©tais beau Ă voir, tribun. Tu tricotais de la dentelle, un beau grand rĂ©seau de redevances comme une toile dâarachnassin. Tu te forgeais un avenir au sommet, jusquâĂ ce que tu te fasses cut comme un ostie de pouiche. Ben moi je ferai pas la mĂȘme erreur, pis si tu nous aides Ă dĂ©terminer qui qui a raison pis qui qui est dans le champ, Ziyozar pourrait ben convaincre son pĂšre de te redonner ta place au palais, qui sait?
De toute façon tu lâas facile : mon cousin yâa une conception crissement wack de câest quoi la plĂšbe. ChĂ© pas oĂčsquây va chercher toute ça, mais ça parait quâyâa jamais tenu une conversation avec un garde. Câpas mĂȘlant, jusquâĂ hier y pensait que nos esclaves câtait des plĂ©bĂ©iens. YâĂ©tait toute mĂȘlĂ© aprĂšs la dĂ©claration Ă son pĂšre. YâĂ©tait comme « OK mais pourquoi on offrirait la plĂ©bĂ©itĂ© aux coquerelles. Câest dĂ©jĂ des plĂ©bĂ©iens. » Pis lĂ moi jâai faite genre « Tâes donc ben ortho! Câpas des plĂ©bĂ©iens, câest des esclaves. » Pis lĂ yâa dit que plĂ©bĂ©ien pis esclave câest la mĂȘme affaire, mais moi je le sais que les esclaves câest les coquerelles faque tsĂ© les plĂ©bĂ©iens câest genre les autres lĂ â les Ă©lĂ©phants, les abeillesâŠ
Anyway on sâest ostinĂ© toute lâaprĂšme, jusquâau fouissage crĂ©pusculaire. Cette semaine, câest le mausolĂ©e dâOsfat Syeb-Zemil que le dĂ©pouilleur a dĂ©terrĂ©. Le prince consort de Dindanah IĂšre : un squelette particuliĂšrement maganĂ©, mais un mĂ©chant bon augure pour la prochaine avancĂ©e des troupes! Ziyozar pis moi on sâest ostinĂ©s tout le long quâon paradait la chaise funĂšbre, pis aprĂšs la danse de la guerre, sa fiancĂ©e pis quĂšques amies sont venues nous rejoindre avec une fiole de zyumni, pis on est allĂ©s se pourchasser ben high dans le labyrinthe de fleurs. On a fini par sâeffouĂ©rer tounus dins Ćillets pis les filles nous ont relancĂ©s avec plein dâautres colles sâa plĂšbe. Y nous ont drillĂ©s jusquâĂ pas dâheure, pis ben⊠on sâest rendu compte quâon Ă©tait pas sĂ»rs de grand-chose dans le fond. Mais tsĂ©, comment tu veux quâon rĂšgne si on connait pas notre empire? Câtâun moyen cave, le Grand ĂcomĂštre, de penser que ça nous sera pas utile de mieux connaitre nos sujets.
Me su rĂ©veillĂ© Ă midi, encore un peu dins vapes de mon zyumni, pis sur ma table de chevet yâavait une tite feuille de palmier scribouillĂ©e de nos bets dâhier. Ouin, parce quâon sâest genre montĂ© un pool comme pour les nationaux du jeu de flĂšche, mais avec nos opinions. Je reconnais le coup de roseau de la fiancĂ©e Ă Ziyozar, donc jâestime que câtâun document impartial. Je te le joins avec ma lettre.
Tâas juste Ă marquer les bonnes rĂ©ponses dâun « s » pour « sap », pis redonner la feuille au messager â dâailleurs, un tit-aigle noir comme lui, ça compte-tu comme un plĂ©bĂ©ien? Pas clair.
Fikor Hobo-Syeb,
cinquiĂšme dans lâordre de succession au dail de Syeb, fils hĂ©ritier dâAmbĂșnted Hobo-Syeb, cousin de lâempereur Hastorel Ier, et de Rinta Rag-Zemil, belle-sĆur de lâempereur Hastorel Ier
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CachetĂ© par le Bureau du Tribun, Elurmurd J3-S3-M4-A4-L2-C20, Ăre de Syeb Traduit de lâhiryal par le Jorneau
Val-Terreur 22 ĂvĂ©nements mineurs et mouvements migratoires
Gadin 21 Sintur ij dolnir
Val-Terreur 21 RĂ©ponse dâune dormeuse Ă une question inconnue
«Notre espÚce entretient son obsession pour la mort.
MĂȘme Ă leurs premiers pas, en sâextirpant de leur soupe primordiale marĂ©cageuse, mes ancĂȘtres cultivĂšrent une certaine prĂ©disposition; un engouement marquĂ© pour le trĂ©pas. Plus quâune simple tocade, leur appĂ©tit pour le dĂ©cĂšs se poursuivit bien au-delĂ des premiĂšres migrations et, dans certains cas, littĂ©ralement. Les Trkâtk, face Ă une disette historique, recoururent effectivement au cannibalisme funĂ©raire avant de dĂ©velopper des techniques dâexcarnation extrĂȘmement sophistiquĂ©es. Nous conservons de ce peuple insulaire plusieurs rites et câest dâeux que nous vient le fameux Strhadrâlk â le vin des morts.
Ă lâautre extrĂ©mitĂ© du continent, chez les Thodrâtk, la fascination pour le morbide passait plutĂŽt par la mĂ©moire. Les parois des immenses galeries que ce peuple sĂ©dentaire partageait avec son bĂ©tail sont recouvertes de fresques dĂ©crivant les circonstances du dĂ©cĂšs de membres importants de leurs communautĂ©s. Plus tard, ils troquĂšrent leurs pinceaux pour des ciseaux et Ă©rigĂšrent les plus imposants monuments de lâĂ©poque; toujours en lâhonneur des disparus â puis, au bout de quelque siĂšcle, dĂ©veloppĂšrent le premier systĂšme dâĂ©criture. Ils racontĂšrent ainsi de grandes Ă©popĂ©es dans lesquelles leurs hĂ©ros chevauchaient khrajkâvk et thodlâvk jusquâau coeur du soleil en dĂ©fiant la Mort elle-mĂȘme.
Ce sont finalement les Frkstkâtk, desquels nous descendons directement, qui surmontĂšrent cette fascination et entreprirent de vaincre totalement lâentropie. SurnommĂ©s les «nĂ©cromanciens du dĂ©sert» par les autres tribus, nos ancĂȘtres dĂ©couvrirent comment utiliser le sel du Vikshm de maniĂšre Ă ralentir le vieillissement puis, quelque temps plus tard, comment le raffiner et lâadministrer de façon Ă provoquer une cryptobiose. Propre Ă notre espĂšce, cette mort temporaire â cette osmobioseâ permit aux vikshĂ©miens dâĂ©tirer leur vie sur plusieurs centaines de rĂ©volutions au prix de longues pĂ©riodes de dormance. On appelait dâailleurs dormeurs ces vĂ©ritables encyclopĂ©dies vivantes quâĂ©changĂšrent entre eux les diffĂ©rents groupes ethniques Ă©tablis Ă proximitĂ© du dĂ©sert. Les alchimistes des galeries concoctĂšrent un solvant unique ayant pour utilitĂ© de rĂ©veiller les dormeurs pour une courte durĂ©e soit pour les consulter â soit pour stocker de nouvelles donnĂ©es. La plus cĂ©lĂšbre de ces encyclopĂ©dies est sans aucun doute Kltmtrkâshatr; une VikshĂ©mienne dont on estime lâĂąge Ă environ 5000 rĂ©volutions et qui se trouverait, au moment de lâĂ©criture de ce texte, en orbite autour du trou noir primordial Fdkâlr.
LâĂ©quilibre dĂ©licat engendrĂ© par le troc de Sel, de Solvant, de dormeurs et de vin des morts est Ă lâorigine de la Paix des Alchimistes â une relative harmonie quâune soi-disant pĂ©nurie de Solvant troubla, quelques centaines de rĂ©volutions plus tard.
Câest durant cette accalmie que lâesprit scientifique de notre espĂšce sâaffina. Lâobsession que nous entretenions pour la mort se dĂ©tourna graduellement vers une fascination pour la vie et comment la prolonger sans avoir recours Ă lâosmobiose. Lorsque des percĂ©es dans le domaine de la manipulation gĂ©nĂ©tique ouvrirent les portes Ă ce genre dâinnovation, Ă une vie rĂ©ellement Ă©ternelle, une majoritĂ© de dormeurs furent enfouis dans de gigantesques nĂ©cropoles souterraines. Ce nâest que lorsque les guerres tribales furent terminĂ©es que les ĂŠdificiers se heurtĂšrent Ă une problĂ©matique colossale : le cerveau et lâensemble des mĂ©canismes neurocognitifs ne sâadaptĂšrent jamais Ă lâimmortalitĂ©. Avec le temps, plusieurs maladies dĂ©gĂ©nĂ©ratives apparurent sournoisement et lâĂ©tat psychotique dans lequel certains chefs tribaux se trouvĂšrent commença Ă inquiĂ©ter. Le Conseil des Anciens fut fondĂ© et, ironiquement, les dirigeants les plus affectĂ©s furent purgĂ©s. On dĂ©terra hĂątivement une poignĂ©e de dormeurs afin de redĂ©couvrir lâosmobiose dans lâespoir de ralentir la corruption, mais cela ne fit que retarder lâinĂ©vitable.
Finalement, les ĂŠdificiers confrontĂ©s au dĂ©mon intĂ©rieur de lâimmortalitĂ© firent face Ă deux choix: lâexil vers le Vikshm ou lâautodestruction.»
RĂ©ponse de la dormeuse Glkftkâshatr Ă une question inconnue

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Gadin 20 Réponse de la centurionne Amis Adzervi
Tribun,
LâĂ©tĂ© dernier, jâai reçu ma nouvelle assignation. On mâenvoyait diriger une centurie de lâarmĂ©e de terre, dĂ©jĂ stationnĂ©e Ă â marche chĂ©iroptĂ©rienne. Ă ce moment-lĂ jâtais postĂ©e Ă Loyokser, faque vous pouvez imaginer le dĂ©racinement que ça implique pour moi pis ma suite. Jâaurais ben aimĂ© y aller direct, mais jâai Ă mon service dix aides de camp, deux cooks, un dĂ©pouilleur tout frais sorti du sĂ©minaire, pis un Ă©comĂštre. Des subalternes de confiance, mais aucun hastĂșl lĂ -dedans. Câtait Ă©vident quây nous faudrait marcher.
Le plan initial câtait de quitter les vieux pays par les routes impĂ©riales, une expĂ©dition de quatre mois selon mon Ă©comĂštre â contre une semaine si jâavais simplement volĂ©, mais bon, on a le miel quâon se jabote, han? Jâai avisĂ© la cohorte de notre date dâarrivĂ©e. Ăa le faisait pas pour eux. Le lĂ©gat-primipile mâa rĂ©pondu que si jâtais pas en poste au premier jour de la nouvelle annĂ©e, chârais rĂ©trogradĂ©e pour refus dâobĂ©ir Ă un ordre.
En brainstormant, mon dĂ©pouilleur a mentionnĂ© une autre route, une que pus personne emprunte de nos jours : le chemin Tirmeos. Y sâagit de remonter un peu le fleuve, traverser le dĂ©sert jusquâĂ â vallĂ©e thakissienne pis ensuite suivre les riviĂšres intĂ©rieures, pour un total de deux mois et demi de marche, ce qui rentrait dins temps. LâĂ©comĂštre lui a vite fermĂ© le clapet en disant que câte route-lĂ avait Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© « Ă©comĂ©triquement insuffisante », mais tsĂ©, une trompe se trompe. Faque jâai demandĂ© au dĂ©pouilleur si les sols Ă©taient assez favorables pour quitter le pavĂ©. Y mâa rĂ©pondu quâon arrivait en saison sinistre pis que le mycĂ©lium nous ferait la vie dure dins riviĂšres. TsĂ© ce quây disent : ignore lâĂ©comĂštre, ignore le dĂ©pouilleur, mais ignore jamais les deux. Contre toute recommandation, jâai Ă©lu de passer par la vieille route.
AprĂšs trois semaines de chemins de terre, on sâest engagĂ©s dans le dĂ©sert. Je pensais avoir toute planifiĂ© parfaitement â les rĂ©serves dâeau pis de bouffe, les bivouacs, les antivenins pour nos mammifĂšres, mais jâavais pas calculĂ© le facteur camĂ©lien.
Câest lĂ quây nous ont embusquĂ©s. Des Fosomdarun. On a rien vu venir. En plein milieu de la nuitte, me su ramassĂ©e une lame Ă â gorge Ă genoux sâa dune avec ma suite. Y devaient ĂȘtre cinquante, soixante peut-ĂȘtre, des CamĂ©liens flambant nus sauf pour leurs couvre-bosses dâalbĂątre pis leurs coiffes de bronze. Le genre dâaccoutrement quâon voit juste dins vieux contes prĂ©conquĂȘte.
Jâavais un aide de camp qui Ă©tait CamĂ©lien. Y chignait, yâimplorait pour sa vie pis y gesticulait vers nos ravisseurs. Y devait penser quâyâaurait droit Ă un passe-droit, mais si yâa de quoi, câest lui que les Fosomdarun avaient lâair Ă haĂŻr le plus. Les Syeb-Rinta se vĂȘtissent de Syeb-Sana, aprĂšs tout. Ăa mâapparaissait Ă©vident quâyâallait se faire Ă©gorger dins secondes qui suivraient, faque je me su parĂ©e Ă lâattaque, mais mon dĂ©pouilleur mâa faite des gros yeux. Câest vrai que jâtais la seule dansâ gang qui avait de lâexpĂ©rience au combat. Si je faisais quoi que ce soit, je condamnais tout le monde. Lâaide de camp sâest vidĂ© de son sang pis son corps a dĂ©valĂ© la dune. Suivi de trois autres : deux serpentiens pis lâĂ©comĂštre.
Y nous ont trainĂ©s en chaines Ă travers le dĂ©sert pendant des semaines. Au moindre son, au moindre ralentissement du groupe, y nous frappaient, nous sliçaient, nous arrachaient un doigt, un membre, une antenne. Chaque fois quâon passait par un campement, les dĂ©sertiques locaux nous accueillaient avec une haie dâhonneur de matraquage. Au dĂ©but je me demandais câtait avec des os de quel animal quây nous frappaient, pis un mannĂ© jâai reçu un coup de dĂ©fense.
Ă ce que je calcule ĂȘtre le huitiĂšme jour, la chĂ©lonienne sâest affalĂ©e pis a nous a toute faite dĂ©bouler la dune. Alâarrivait clairement pus Ă trainer sa carapace au soleil. Ăa nous a pris des heures pour la remonter sâa crĂȘte, pis quand quâon est arrivĂ©s, nos ravisseurs lâont dĂ©tachĂ©e pis passĂ©e au cimeterre. Mon dĂ©pouilleur avait lâair en tabarnac, mais tsĂ©, on peut pas toute baigner dansâ gelĂ©e royale.
Ăa a pris une autre semaine avant quâon arrive Ă une oasis. Ayanif Ă©tait en plein midi. Ă ce moment-lĂ , on en avait perdu trois autres Ă cause de plaies infectĂ©es. Y restait moi, mon dĂ©pouilleur, un aide de camp formicien pis les deux cooks, des fongiens qui au final semblaient vraiment plus dĂ©rangĂ©s par la dĂ©shydratation que par les sĂ©vices.
Y nous ont tirĂ©s jusquâĂ une structure troglodyte, une sorte de butte de roche avec une dizaine de balcons sans rampe faisant face Ă lâoasis. ArrivĂ©e Ă mon balcon, jâai vu la fosse qui mâattendait en bas. Les pieux avaient dĂ©jĂ faite la passe Ă plusieurs autres prisonniers. Une CamĂ©lienne en robe verte mâattendait. A psalmodiait des vers dans sa langue mĂąchonnĂ©e. Y semblait se passer la mĂȘme chose sâes autres balcons, je le voyais aux regards de la foule qui se promenaient de haut en bas. AprĂšs ça, jâai entendu des claquements de mandibule, avant quâun corps de fourmi me passe dansâ face.
Mon dĂ©pouilleur, Ă autre balcon, sâest mis Ă argumenter. Je lâentendais leur dire quây connaissait des trucs pour irriguer les sols les plus sableux, quây pourrait leur ĂȘtre utile pour consacrer leurs morts pour quây trouvent la paix dans lâaprĂšs-vie. Toutes ces affaires-lĂ . Ă travers toute ça, lui, yâavait jamais catchĂ© que nos ravisseurs parlaient pas hiryal. Anyway, je lâai vu rejoindre lâaide de camp dans le pit. Les cooks pis moi on allait y passer bientĂŽt.
La prĂȘtresse sâest avancĂ©e vers moi, a mâa dĂ©tachĂ©e pis du bout de son cimeterre a mâa poussĂ©e dans le vide. Faque chu rentrĂ©e Ă Loyokser.
Comme on dit par chez nous : pourquoi regarder la danse si on sait dĂ©jĂ âest oĂč la bouffe? Depuis, je prends ça relax. Jâai encore un mois off avant de rejoindre mon nouveau poste.
Bref, toute ça pour dire que mon dĂ©pouilleur pourra pas dire la messe Ă lâenterrement de votre cousine. JâespĂšre que vous en trouverez un autre Ă temps.
Une bonne journée à vous,
Centurionne Amis Adzervi
â
Cacheté par le Bureau du Tribun, Elurmurd
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Traduit de lâhiryal par le Jorneau
Val-Terreur 20 Religions, spiritualité et cultes sur le territoire adofarien