Maori boy performing a Haka on the beach, New Zealand, 1913.

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Ile Du Sud : Picton - Richmond
Début d'après midi, le samedi 7 avril. Nous venons de débarquer à Picton. La petite ville n'a pas grand chose d'intéressant. Il est temps de reprendre la route. Notre prochain objectif est le Abel Tasman National Park où nous pourrons faire une randonnée. Nous pointons donc nos pouces en direction de Nelson où nous dormirons peut-être. Ou pas. La route en décidera pour nous.
Dans la rue que nous empruntons pour rejoindre la sortie de la petite ville, nous tombons sur une magnifique Jaguar Type-E qui paraît flambant neuve. Je fais quelques clichés tout en expliquant à Coraline la chance que nous avons.
Elle est parfaitement conservée.
La Type-E a été produite de 1961 à 1974. C'est aujourd'hui une voiture de légende. Le Daily Telegraph l'a mentionnée en 2008 dans sa liste des 100 plus belles voitures de tous les temps.
Après avoir pris congé de cette icône du design automobile des années 60, nous rejoignons les abords de la ville où nous attendons le chaland sous un soleil de plomb. Pendant notre attente, nous sommes royalement snobés par une autre Jaguar Type-E. Puis une autre. Puis d'autres modèles. Je réalise finalement qu'il devait se dérouler ce samedi à Picton une sorte de meeting de Jaguar anciennes. Pas d'autre explication. Je lève mon pouce de plus belle. Il FAUT que nous soyons ramassés par une de ces merveilles ! Hélàs, ces véhicules sont en majorité des cabriolets biplaces et leurs pilotes sont principalement de vieux parvenus coincés flanqués de leur moitié racornie. Au fur et à mesure que la parade se déroule devant nous mes espoirs sont peu-à-peu réduits à néant. C'est finalement un vieux monsieur à l'accent épais qui nous prendra dans son énorme 4x4 fatigué. Il nous déposera dans un endroit sans nom, à la croisée de deux routes au milieu des vignes.
Il se fait tard et l'air fraîchit. S'il le faut nous dormirons dans les vignes, mais nous préférerions néanmoins rejoindre le prochain backpacker. Nous levons nos pouces encore.
Nous atterrissons en fin de journée dans la toute petite bourgade de Havelock. Nelson est encore devant nous, mais il est trop tard pour aller plus loin. Au bord de la route, le backpacker nommé Blue Moon annonce la nuit à vingt dollars. Nous y rencontrerons deux français ferrus de pêche venus taquiner le saumon kiwi, une néerlandaise qui voyage depuis dix ans, et une allemande francophone et une suédoise (ou danoise ?) qui ont oublié leur sac de nourriture dans la dernière voiture qui les a prises en stop. Les autres voyageurs, nous compris, se plieront à la tradition pour partager leurs ressources avec elles. De quoi vous redonner foi en l'humain.
Constituée de quelques rues et d'un tout petit port, Havelock a beau être minuscule, elle n'en est pas moins la capitale néo-zélandaise de la moule. Un festival y prend même place. Pas étonnant donc d'y trouver des restaurants spécialisés et des sculptures du mollusque bivalve un peu partout.
Le mollusque bivalve en question, ici chaussé comme le voyageur moyen pour décorer la terrasse de notre backpacker. Je vous rappelle, comme il est mentionné ici, que la moule de Nouvelle-Zélande est verdâtre et mesure environ vingt centimètres.
Le soir la gérante du Blue Moon nous conseille une balade sur un sentier qui serpente sur la colline toute proche à travers le bush. Nous aurons la surprise d'y trouver quelques glowworms au détour d'un bosquet.
Le lendemain matin, direction Nelson. Nous y ferons une pause le temps de faire une petite sieste sur un banc et de capturer quelques mouettes.
Au dessus des bancs, des toiles tendues servent de perchoirs à mouettes.
Nelson est la ville la plus ensoleillée de Nouvelle-Zélande. Beaucoup de gens viennent s'y installer pour cette raison. Pour seulement quelques centaines de mètres nous serons ramassés par une allemande immigrée ici depuis une quinzaine d'années. Elle nous expliquera combien la vie y est agréable.
Un peu plus loin et après une attente assez longue et fatigante, un vieux bus londonien vide s'arrête à notre hauteur. Il est piloté par un allemand lui aussi immigré de longue date. Le bus a été importé de Londres et sert à promener les touristes. Notre ami allemand a fini sa journée et nous propose de nous déposer à la sortie de Richmond, juste après Nelson, sur sa route vers le dépôt. Lui non plus ne rentrerait au pays pour rien au monde.
Après avoir sauté au bas du bus anglais, je le prends en photo avant de le laisser s'enfuir. Je n'aurai pas eu ma balade en Jaguar mais finalement le tour en bus ancien valait aussi le coup.
Nous nous installons pour la suite du voyage. Puisque nous avons bien avancé notre objectif est Motueka, non loin de l'entre du Abel Tasman National Park que nous avons prévu de visiter à pied. Nous n'attendrons pas très longtemps jusqu'à ce que Reg (prononcez "ridj") passe devant nous, fasse demi-tour, et s'arrête pour nous héler depuis l'autre côté de la route. Il se rend justement à Motueka voir un ami. Reg est mécanicien et ses doigts sont noirs de cambouis. A première vue il ne nous paraît pas très engageant, mais nous acceptons quand même la course. Après un court trajet, Motueka est en vue. Reg nous demande où il doit nous déposer. "Devant un backpacker pas trop cher" sera notre réponse. Reg nous propose alors d'attendre qu'il voie son ami et ensuite de nous ramener chez lui près de Richmond où la place ne manque pas. Il nous emmènera le lendemain matin directement à Manhau, juste à l'entrée du parc national, où il a une machine agricole à réparer. Pas rassurée, Coraline hésite. Moi je le sens bien et j'accepte avant qu'elle ait eu le temps de répondre. Grand bien nous en a fait. Je consacrerai un billet spécial à ce drôle de personnage qu'est Reg.
A l'arrière de la voiture de Reg, le tout jeune et tout foufou Titus (prononcez Taïteuss) a déjà adopté mes genoux.
Ile Du Sud : Auckland - Picton
Me revoilà après plus de deux mois de silence. Les photos de l'île du sud sont triées depuis longtemps et j'ai enfin un peu de temps devant moi pour vous raconter mes histoires. En plus je trouve ce moment plutôt propice à un retour sur ce voyage puisque je vais vous montrer l'été, faisant écho à Cécile et Pauline qui vous ont (magnifiquement) fait voyager en hiver à travers cette île sur leurs blogs respectifs. Je vous invite à les relire goulûment avant ou après la lecture du mien.
Retour donc à Auckland, le vendredi 6 avril, tôt le matin. Ma colocataire Coraline, qui a deux semaines de vacances devant elle, et moi-même nous sommes levés à l'aube pour rejoindre en bus l’extrémité sud de la ville pour y faire du stop, exactement comme lors de mon trip à travers l'île du nord avec Moon (souvenez-vous).
Frais et pimpants dès le matin très tôt, les voyageurs attendent le bus qui les mènera vers l'aventure.
Prochaine étape : Wellington. Nous avons réservé deux billets sur un ferry qui nous emmènera le lendemain à Picton, tout en haut de l'île du sud. On larguera les amarres vers 10h30. Interdiction de le louper. Nous avons la journée pour rejoindre la capitale en stop, et la nuit aussi s'il le faut. Quelques secondes après notre descente du bus, une fois en vue de l'autoroute, un policier surgi de nulle part nous rappelle qu'il est interdit aux piétons de s'y aventurer. Ça commence mal. Pour faire bonne figure nous nous postons à l'entrée de l'échangeur, à la limite de la zone autorisée, et sortons nos pouces.
Après une courte attente, une charmante dame s'arrête à notre hauteur. Elle ne va pas à Wellington mais elle peut nous avancer de quelques kilomètres. En discutant un peu, Coraline (qui est assistante prof de français, je vous le rappelle) apprend quelle connaît l'une de ses élèves. C'est vrai, Auckland est un petit village après tout. Un million et demi d'habitants, autant dire que tout le monde se connaît.
Nous voilà donc déposés à une vingtaine de kilomètres au sud d'Auckland, sur le bord de l'autoroute cette fois. Si un flic nous en fait le reproche on dira la vérité : on n'a pas eu le choix, on nous a déposés là. Pouces. Nous sommes au début d'un long weekend de Pâques. Le trafic est dense et lent. Les gens nous regardent sans nous voir. Soudain une voiture passe à la fenêtre de laquelle je reconnais une tête familière. Lui aussi m'a reconnu et fait des grands gestes de surprise. C'est Ete et Malaya, le couple d'hawaiiens qui avaient séjourné chez Tim après le départ des deux suissesses ! Cerise sur la gâteau, ils se rendent à Wellington pour le weekend. Ce séjour commence plutôt bien finalement...
Photo de groupe prise à bout de bras lors de l'arrêt au stand pour ravitaillement. Ete (ça se prononce comme la saison, en insistant un peu sur le premier E) et Malaya avaient séjourné à la maison mais leurs relations avec Tim s'étant dégradés ils avaient dû partir et j'avais perdu leur trace. Ça m'a fait énormément plaisir de les retrouver, qui plus est par hasard, ce qui faisait démarrer ce voyage sous les meilleurs auspices.
Ete a trouvé un travail dans une usine de préparation de poulet à Auckland. Il joue du couteau toute la journée. Lui qui est DJ et animateur de karaoké ça ne l'amuse guère, mais ça lui permet ce genre de weekend prolongé avec Malaya, et c'est une chance pour nous. Nous arrivons donc sans encombre et dans la bonne humeur à Welly.
A l'origine nous espérions trouver un hébergement en Couch Surfing, mais bredouille jusqu'au dernier moment j'ai recontacté Regina, qui m'avait hébergé quelques jours avec Moon à l'époque. Elle a accepté avec entrain. Comme sa nouvelle colocataire occupait la chambre, elle s'est inquiétée du confort spartiate qu'elle avait à nous offrir dans sa maison, par ailleurs somptueuse selon les critères néo-zélandais. Qu'à cela ne tienne, nous dormirons sur la moquette dans le petit cagibi. Peu importe. Nous avons un toit sur la tête et pourrons être à l'heure sans stress à notre rendez-vous avec l'île du sud. Le luxe.
Nous voilà donc enfin en partance pour cette fameuse île du sud. Wellington disparaît progressivement derrière le cap. Trois heures de traversée nous attendent.
Wellington est nichée à l'intérieur d'une baie dont il faut sortir. Les côtes sont restées sauvages.
Le bateau longe un temps les côtes avant de se lancer dans le détroit de Cook, le bras de haute mer qui sépare les deux îles. Des éoliennes hérissent certaines crêtes. Leur spectacle me fascine. Je mitraille.
Golgotha moderne.
Un dernier signe d'adieu à la terre du nord. Ça y est. On est en plein mer. En regardant s'éloigner la côte j'aperçois très furtivement un dauphin faire surface au loin. Pas le temps de prendre une photo. Il a disparu en un clin d'oeil.
J'occupe mon appareil photo pendant la traversée.
Les chaloupe sont là. Au moins en cas de problème on n'aura pas à sauter dans l'eau pas très engageante de la mer de Tasman.
Au loin, l'île du sud fait sa lente apparition.
Avant d'atteindre Picton, notre ferry va devoir traverser pendant plus d'une heure un relief déchiqueté composé d'îlots et de fjords. L'île du sud est enfin à portée le notre main.
Heureux qui comme Ulysse...
L'odyssée néo-zélandaise est désormais derrière moi. Je laisse des gens là-bas, et d'autres partent prochainement les rejoindre. Je leur souhaite à tous d'être aussi vivants que je l'ai été là-bas.
Je retrouve la douceur angevine mais l'attrait de l'air marin ne s'est jamais autant fait sentir. Mon petit Liré ne me satisfera pas longtemps, il faudra bien que j'aille voir le Mont Palatin.
J'ai encore quelques belles histoires illustrées à publier ici. Le tri des photos avance.
A bientôt !
300
Le périple est terminé. Je suis finalement rentré de l'Île du Sud hier soir. Tim nous a fait la gentillesse de sortir sa rutilante Chrysler 300 (The Black Beast, comme il la surnomme) pour venir nous chercher à l'aéroport d'Auckland où nous avons atterri en début de soirée après avoir embarqué à Dunedin.
Ce tour de l'Île du Sud avec Coraline, c'est :
17 jours de voyage
2700 km en stop, à pied ou en ferry
à peine plus de 600 dollars de budget par personne (370€)
Plus de 2000 photos et vidéos sur près de 17 Go de données
quelques kilos de nouilles chinoises déshydratées
deux tubes de lait concentré sucré
une bonne demie douzaine de tablettes de chocolat
deux ampoules aux pieds
des rencontres extraordinaires
des souvenirs inoubliables
beaucoup de chance
Etant donné le nombre de nos péripéties et la quantité de données photographiques à trier, il va me falloir un peu de temps pour publier un récit de cette aventure. Restez connectés.

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Hit The Road Jack
Ce weekend commencent les vacances de Pâques. Ma colocataire Coraline, qui donne des cours de français à Auckland, m'a proposé de profiter de ces deux semaines pour visiter l'Île du Sud. Nous partons demain matin en stop pour Wellington d'où nous prendrons un ferry pour Picton. J'annonce donc un silence radio jusqu'à fin avril. Je reviendrai avec de nouvelles histoires et de nouvelles photos.
La révélation sensationnelle de la semaine, c'est que j'ai décidé de rentrer en France après ce dernier périple. Le marché néo-zélandais est petit, j'en ai fait le tour, et la période n'est probablement pas favorable. Sans travail, il est devenu inutile que je continue à gaspiller mes économies ici. Bien qu'un peu triste de quitter ce magnifique pays et les gens incroyables que j'y ai rencontrés, je rentre sans amertume parce que ça m'ouvre d'autres horizons et d'autres perspectives. Dans le meilleur des cas mon séjour en France ne sera que provisoire. Je n'ai pas trouvé le job de mes rêves ici, mais j'y ai gagné l'expérience personnelle que j'étais venu chercher. Une page se tourne encore une fois. L'histoire n'en sera que plus riche.
Skytower
Mardi dernier je parlais de la Skytower avec Tim. Je lui disais que j'aurais aimé y monter mais que je trouvais le prix d'entrée beaucoup trop cher pour 30 secondes en ascenseur. Le soir même il m'a offert un coupon pour une entrée dans la tour ! C'était totalement inattendu et ce geste m'a beaucoup touché de sa part.
Mercredi je suis donc monté tout en haut de la plus haute construction humaine de l'hémisphère sud. Là-haut les vitres sont légèrement tintées de bleu ce qui fait que toutes mes photos tirent vers le bleu. J'ai tenté de corriger ça de mon mieux mais les couleurs sont encore blafardes sur certaines d'entre elles.
Pour rappel voici la Skytower, symbole inratable de l'horizon d'Auckland.
Merci Tim !
Le plancher de l’ascenseur est vitré.
Certaines zones du plancher de l'observatoire son vitrées aussi. Je marche au-dessus de 220 mètres de vide. J'ai dû faire un petit effort pour faire cette photo.
Le centre, le port, et au loin Rangitoto island.
TVNZ vu du ciel.
Sim City 2000
La clock tower près d'Albert Park.
Un coin d'Albert Park
Le kiosque au centre d'Albert Park. On l'aperçoit brièvement dans ma vidéo sur le Lantern Festival. (souvenez-vous)
En haut de la colline, le Auckland War Museum qui n'a de militaire que le nom puisque c'est un musée comme les autres sur l'histoire naturelle et humaine de la Nouvelle-Zélande.
Nuancier.
L'hôtel de ville, coincé entre Queen Street et Aotea Square.
Mt Eden à gauche, et les deux pixels blancs, là, à droite, c'est la maison où j'habite.
Circuit TCR
Vue générale, vaguement vers le sud. En bas au milieu on retrouve l'hôtel de ville avec Queen Street qui part en diagonale vers la droite, et à gauche en bas c'est Albert Park avec le petit kiosque qui dépasse timidement.
Vers le nord-est : downtown, puis le port industriel, la baie et au fond Rangitoto Island.
La tour sert aussi de support à toutes sortes de bidules de télécommunication. Elle mesure 8 mètres de plus que la Tour Eiffel, soit 328 mètres au total ce qui équivaut à 37 autobus bout-à-bout. Le Sky Deck, qui est la passerelle d'observation la plus haute, culmine à 220 mètres au-dessus du sol. La tour contient aussi un café et un restaurant panoramique rotatif situé à 190 mètres de hauteur. Il a fallu 33 mois à plus de mille personnes pour construire la Skytower, qui pèse le poids de 6000 éléphants. Depuis le Sky Deck on peut voir du pays jusqu'à plus de 80 kilomètres de distance.
Vue de l'intérieur sans retouche de couleurs.
Les néo-zélandais sont très friands de voitures anciennes. Dès qu'il y a un rayon de soleil ou un weekend prolongé on les voit de sortie un peu partout.
Speed sketching
Il y a deux jour, petite conversation après le repas du soir avec Tim et Coraline. J'avais un carnet et un stylo sous la main. Ça faisait longtemps que je n'avais pas fait ça.
Ça ne coûte pas très cher de personnaliser sa plaque d'immatriculation en Nouvelle-Zélande. Le nombre de caractères disponibles et l'imagination des conducteurs sont les seules limites.

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It's Oh So Quiet.
Il y a eu pas mal de turn over à la maison ces dernières semaines. Wei et Erika sont parties, la chambre du sous-sol où étaient les deux suissesses quand je suis arrivé a été occupée par un couple d'hawaiiens puis est restée vide pendant un temps, et de nouvelles têtes sont arrivées.
Récemment nous avons organisé un petit picnic dans le parc tout proche pour rassembler tout le monde. Comme si on en avait besoin... Mais il fallait bien trouver un prétexte !
L'idée était donc que chacun prépare un plat de chez lui pour le partager avec les autres.
De gauche à droite : Tim (Nouvelle-Zélande), Tanja (Slovénie), Coraline (France) et Moon (USA). Sur la photo il manque Vicky (Argentine) qui est arrivée quelques jours plus tard dans la chambre qu'occupait Erika.
Lundi à quatre heures du matin j'ai accompagné Moon à l'aéroport. Après avoir repoussé plusieurs fois son retour elle est finalement repartie vers de nouvelles aventures. Nous nous sommes promis de nous revoir, ici ou ailleurs dans le monde. Je vais finir par avoir la même révulsion pour les aéroports que celle que j'ai pour les hôpitaux. Le weekend dernier Coraline était partie pour plusieurs jours à Wellington, Tim aussi mais pas pour les mêmes raisons, et Tanja a reçu la visite de sa maman qu'elle a emmenée visiter le pays. La maison est donc restée bien vide et silencieuse pendant quelque temps. Tim est rentré mardi et Coraline hier soir. La maison reprend vie et c'est tant mieux.
Rotorua Redwood Forest
Après environ deux semaines à arpenter les rues à la recherche du meilleur chai latte d'Auckland en causant avec les guitaristes qui font la manche moins pour gagner leur vie que pour exercer leurs techniques d'improvisation, à partager du chocolat noir à 70% et de la musique psychédélique des années 70, à discuter du bien fondé de la politique extérieure des Etats Unis d'Amérique et du jus de citron dans la salade de légumes, à rire bruyamment pour écarter le silence qui s'approche, à projeter d'autres voyages, le temps est venu de reprendre la route.
Destination Rotorua. C'est un lieu d'activité volcanique et par conséquent touristique, et c'est aussi un centre culturel Maori. A cause des émanation soufrées exhalées par les volcans, toute la région sent l'oeuf pourri. Une fois sur place nous sommes déçus de constater que tout est à vendre. Surnommée Roto-Vegas par ses détracteurs, la ville est farcie d'hôtels. Je rechigne à débourser 46 dollars pour voir un geyser qui était déjà là avant tout le monde. Finalement je crois que j'irai plutôt en voir un en Islande, ou peut-être dans le parc de Yosemite. Notre séjour sera plus court que prévu. Nous profitons quand même d'une petite randonnée dans l'unique forêt de séquoias de Nouvelle-Zélande. Il s'agit d'une expérimentation menée par le gouvernement. En 1886 une éruption volcanique avait dévasté la région. Pour relancer l'économie locale, 170 essences d'arbres importées du monde entier ont été plantées afin de déterminer la plus adaptée au climat et au terrain en vue de son exploitation commerciale.
L'entrée de la forêt est gardée par le Chevalier qui dit "ni".
En route pour la maison de Mère-Grand.
Hug a tree.
Est-ce une simple souche vermoulue ou la tête du Grand Dieu Cerf ?
La forêt est toujours entretenue et de jeunes arbres trouvent leur place parmi les ancêtres.
La relève.
Le chemin traverse un petit plan d'eau saumâtre aux couleurs surnaturelles.
Le volcanisme ambiant doit probablement avoir un rapport avec le bleu irréel de cette eau où rien ne semble pouvoir vivre...
...ce qui ne semble pas affecter les vénérables qui entourent la mare.
Rien ne bouge sous la surface.
Wrinkles.
Un sanglier végétal sort de terre...
...sous la protection bienveillante d'une fougère en robe de bal. Mon imagination prend des couleurs de paganisme ce soir.
Écorce moussue.
Une forêt dans la forêt.
Eclipse
A la veille de repartir, Moon m'a dit que je serais le bienvenu si je souhaitais faire un bout de chemin avec elle. Elle me l'avait déjà laissé entendre à Waitangi mais j'avais pris ça pour des paroles en l'air. La proposition tombait à pic, j'avais justement besoin de bouger. Peu avant d'aller à Waitangi, j'avais eu un bon contact dans un petit studio d'animation à vingt minutes à pied de la maison. Le job semblait parfait, les gens que j'avais rencontrés là-bas avaient l'air emballés par mon travail et notre entretien avait été plutôt encourageant. Et puis après quelques échanges qui m'avaient semblé être des formalités, plus rien. L'affaire est tombée à l'eau sans explication. J'ai supposé que les complications d'immigration avaient eu raison de leur intérêt pour moi. Frustré, déçu, découragé, j'ai accepté avec joie la proposition de Moon de visiter l'île du Nord en stop et Couch Surfing. L'axe principal du voyage est un aller-et-retour entre Auckland et Wellington, mais nous n'avons presque rien planifié de nos étapes intermédiaires. Les indications contenues dans le Lonely Planet de Moon, les conseils glanés au fil de nos rencontres, et ma modeste expérience de l'île du Nord nous orienteront dans nos choix. Comme nous avons prévu de faire du stop je n'emporte pas mon sac photo mais seulement mon boitier et mon objectif le plus polyvalent. Je ne ramènerai pas forcément de photos de tous les endroits où nous irons.
Le sourire ravi de l'aventurière qui reprend la route. Moon vit pour voyager. Notre première destination est Raglan, au sud d'Auckland, sur la côte ouest. Nous étions en train de descendre en bus vers la limite sud de la ville pour y pêcher les voitures quand notre futur hôte Ross nous a appelés pour nous dire qu'il était sur Auckland et qu'il pouvait nous convoyer. Nous nous sommes donc arrêtés à Manukau pour l'attendre.
L'air hébété je rêve à ce qui nous attend sur la route.
Raglan est une toute petite bourgade au bord de la mer à environ deux heures et demie au sud ouest d'Auckland. Elle est bien connue des surfeurs. Nous y passerons deux jours. Ross est un hôte sympathique qui nous met à l'aise tout de suite. Il est très actif, bien qu'il soit dans un fauteuil roulant depuis qu'il s'est cassé le cou pendant un match de rugby. Son bureau est un temple dédié à sa passion. Nous passons le plus clair de notre temps à nous promener dans Raglan et à bavarder avec Ross et ses amis qui passent pour l'aider dans son jardin et sa maison. Je profite du temps radieux pour piquer une tête dans la mer de Tasman. L'eau est fraîche mais très supportable. Moon a grandi en Floride, elle ne me rejoindra pas. Je fais quelques plongeons depuis le ponton avec des gamins du coin. Nous aurions aimé rester un jour de plus pour faire un tour en kayak mais Ross a reçu des demandes de couchsurfers. La maison, pourtant grande, n'est déjà plus libre et nous devons repartir. Notre destination suivante est Waitomo. J'avais parlé des glowworm caves à Moon qui a voulu les voir.
C'est la saison des cigales. Il ne fait pas très chaud. J'en trouve une en état de léthargie sur le chemin de la grotte.
La seconde grotte est l'endroit rêvé pour exercer notre rire diabolique.
Inutile d'en montrer plus, j'ai déjà publié de meilleures photos de ces grottes.
Après ce passage de Moon au milieu des constellations souterraines de Waitomo nous reprenons la route vers Ohakune, au sud du Tongariro National Park. Le stop fonctionne à merveille en Nouvelle-Zélande. Nous sommes pris en charge par des automobilistes tous plus amicaux les uns que les autres qui n'hésitent pas à faire des détours pour nous déposer au meilleur endroit pour continuer notre voyage. Tous ont des histoires à raconter et Moon est la meilleure pour les faire parler. Elle a une inépuisable curiosité pour les gens qu'elle rencontre. Elle sait se faire apprécier des inconnus qu'elle rencontre et je suis presque jaloux de la simplicité avec laquelle elle devient amie avec tout le monde. Le plus souvent je reste silencieux à l'arrière des voitures pendant qu'elle bavarde avec nos généreux convoyeurs.
Après une courte nuit à Ohakune, nous sommes ramassés à l'aube par un bus qui nous emmène dans le Tongariro National Park. Nous allons faire le Tongariro Alpine Crossing, la plus prestigieuse randonnée d'une journée trouvable en Nouvelle-Zélande, qui fait aussi partie du top 10 mondial aux yeux de beaucoup de randonneurs. Elle s'étale sur 19,4 km à travers les reliefs escarpés des volcans actifs du centre de l'île du Nord, juste au sud du lac Taupo.
Il n'est même pas huit heures du matin sur la pendule démodée du vieux bus. Moon est encore moins familière que moi de cette partie de la journée.
Nous arrivons en vue de notre objectif : le Mont Ngaurohoe. Nous allons l'escalader en partie puis le contourner pour aller sur le Mont Tongariro.
Au pied du volcan la végétation est bien présente mais pas surabondante. L'altitude de notre point de départ est d'environ mille mètres. Il y règne une fraîcheur vivifiante qui ne nous entrave pas.
Des ruisseaux se transforment en petites cascades au contact des rochers.
Les quelques premiers kilomètres se font facilement. La végétation s'amenuise progressivement.
Un regard en arrière. Les escaliers aménagés sur le chemin sont pour moi les passages les plus difficiles. Les marches sont trop courtes pour mes jambes et je m'y épuise rapidement. Ça ne dure heureusement pas trop longtemps.
Nous arrivons sur un plateau qui ressemble en fait au fond d'un immense cratère.
Un peu plus haut le panorama est lunaire.
La ligne diagonale qui passe entre les deux volcans est le chemin que nous venons de parcourir.
Bouclier fumant.
A 1900 mètres d'altitude.
La lave et les cendres qui composent les bords du cratère s'amusent avec des couleurs vives.
Vue plongeante.
De l'autre côté de la crête, on aperçoit le Blue Lake...
...et en baissant les yeux on a une vue plongeante sur les Emerald Lakes qui nous attendent au pied de la pente.
La piste longe la crête pour nous emmener vers les trois lacs d'émeraude.
Les lacs d'émeraude n'ont pas volé leur nom.
Encore des jeux de couleurs.
Encore un petit coup d'oeil en arrière. On aperçoit le cratère rouge au bord duquel nous étions un peu plus tôt.
Coulée de lave.
Au détour d'une crête on aperçoit au loin le lac Taupo et plus proche de nous le lac Rotoaira.
Nous touchons au but. Dans les ruisseaux les rochers sont couverts d'un lichen rouge qui leur donne l'aspect d'une scène de crime. Les deux derniers kilomètres se feront à travers le bush sur un terrain à peu près plat. Nous sommes entourés par les fougères arborescentes et les oiseaux mais pour l'ambiance sonore ce sont les cigales qui ont le dessus. Nous arriverons au bout du chemin à temps pour le bus de quatre heures qui nous ramènera à l'auberge à Ohakune. Nous aurons parcouru les 19,4 kilomètres de la randonnée en environ sept heures et demie. C'est une performance plutôt satisfaisante compte tenu des mises en garde alarmistes du Lonely Planet quant à la condition physique requise pour s'engager dans cette aventure. Nous sommes épuisés mais fiers de notre effort et enchantés par les paysages que nous avons traversés. Je connais un kiné immigré clandestin d'origine belge qui pourra se vanter de ce que j'ai fait avec "sa" jambe...
Le lendemain nous levons le pouce en direction de Wellington. Moon y a rendez-vous pour deux jours avec un festival de hula hoop. Non, moi non plus je ne savais pas qu'on pouvait faire un festival sur ce thème. Il faut de tout pour faire un monde. En danseuse passionnée, elle me démontrera par l'exemple que le maniement du cerceau est plein de possibilités et de difficultés. C'est comme une rencontre entre la jonglerie et la danse et finalement ça mérite bien un festival. N'étant pas moi-même un mordu du cerceau je ne l'y ai pas accompagnée. A la place j'ai passé le weekend chez Alan, Fiona et Aidan, la famille de wellingtoniens rencontrée au lac Taupo (souvenez-vous !)
Alan est pompier volontaire à la brigade de Tawa, qui est la banlieue de Wellington où habite la famille Drummond. J'ai la chance d'être invité à une soirée à la caserne. Le vendredi les familles et les amis peuvent venir tenir compagnie aux pompiers de garde.
Alan me fait essayer un équipement complet et me propose de prendre quelques photos de moi devant les camions.
L'équipement tient bien chaud et ces gants sont simplement énormes.
Le rêve de plus d'un gosse. Ça n'a jamais vraiment été le mien mais ça valait quand même le coup.
C'était bien moi sous le scaphandre. La preuve par l'image.
Après ce weekend chacun de son côté je retrouve Moon qui nous a trouvé un hébergement chez l'une des festivalières pour les trois nuits suivantes. La maison cossue est située sur les hauteurs d'un quartier chic de Wellington et la ville entière s'étale sous les fenêtres du salon.
Notre hôtesse, Regina, est originaire de San Francisco comme Moon et vient d'emménager dans cette maison.
Une soirée dans un bar-librairie du coeur de Welly en compagnie de Jonno et sa femme. Je les ai rencontrés par l'intermédiaire d'un guitariste qui joue dans les rues d'Auckland. C'est comme ça qu'on se fait des amis en Nouvelle-Zélande.
La baie de Wellington vue depuis les hauteurs derrière le centre-ville.
Petit passage par le jardin botanique.
Spirale.
Rouge.
Cimetière trouvé en redescendant des hauteurs. L'ange tourné vers la ville me rappelle la peinture romantique du dix-huitième siècle.
Disproportions.
Pour rentrer sur Auckland nous avons loué une voiture. En Nouvelle-Zélande il existe un service nommé relocation qui consiste à rapporter un véhicule à son agence d'origine. Notre voiture venait d'Auckland où elle avait été louée et avait été rendue à l'agence de Wellington. Nous la rapportons à son point de départ en échange de quoi nous ne payons que l'essence. La location elle-même nous est offerte. Il faut avoir de la chance car ce type de formule n'est disponible que quand un véhicule a été déposé dans une autre agence. C'est notre cas et nous en profitons sans discuter. Nous avions choisi de louer une voiture car à Auckland nous attendait un rendez-vous que nous ne voulions pas rater.
Roger Waters, co-fondateur du groupe Pink Floyd, nous a refait son mythique The Wall dans la plus grande salle de spectacle couverte du pays ! Ce show vous attrape par les tripes, vous secoue dans tous les sens pendant plus de deux heures, et ne vous abandonne qu'après avoir sucé toutes vos forces. J'en suis ressorti avec les yeux rouges.
Quiche Lorraine
Hanh et Moon se sont rencontrées par hasard en Australie et ont fait un bout de chemin ensemble. On peut dire qu'elles se sont bien trouvées. Déjà à Waitangi, et ici aussi à la maison, elles passent leur temps à rigoler. Hanh est repartie mais l'énergie est restée.
Moon est américaine, vit à San Francisco, mais elle est née en Iran. Le soi-disant monde libre et l'axe du mal dans une seule personne. Ses origines orientales se voient dans ses yeux en amandes marron-vert foncé. Elle danse sur tous les styles de musiques, visite tous les pays, s'adresse sans complexe à n'importe qui. C'est un trait d'union vivant. Son rire traverse les murs. Elle est libre et sauvage. C'est elle-même qui le dit et c'est vrai. Elle véhicule une énergie vivante apparemment inépuisable. Nous avons tous été irradiés. L'ambiance à la maison a changé depuis qu'elle et Hanh sont arrivées. Nous nous réunissons dans la cuisine pour rigoler comme des gamins. Moon avait prévu de repartir le lendemain du départ de Hanh mais nous avons tous insisté pour qu'elle reste encore un peu. C'est moi qui ai trouvé les mots justes : si tu restes un jour de plus je ferai de la nourriture française.
J'avais depuis longtemps déjà l'intention de préparer pour mes colocataires une quiche lorraine comme celles avec lesquelles j'ai grandi. L'occasion est venue, et maintenant que c'est officiellement promis je ne peux plus reculer. Ce n'est pas du grand art mais c'est une grande première pour moi qui ne cuisine jamais, et j'avais envie de m'y mettre de toute façon. Merci Maman pour la recette ancestrale...
Le lendemain matin, je vais au marché français qui se tient tous les samedis à côté de Parnell Street. Moon m'accompagne. En arrivant au marché la salive me monte à la bouche. Je souhaite à Moon la bienvenue en France. Nous goûtons à tout ce qui nous est proposé. J'achète deux baguettes à l'ancienne et un petit morceau de fromage pour partager avec les amis. Les prix sont exorbitants, mais la connivence entre français du bout du monde me permet d'obtenir un rabais par-ci, un surplus de fromage par-là.
De retour vers la maison, nous apercevons un photographe d'un autre âge sur le trottoir, puis plein de gens en costumes à la fois loufoques et élégants. Sans hésitation, nous sautons du bus en marche pour aller voir ça de plus près.
L'étrange photographe nous explique qu'une convention streampunk va se tenir dans le bâtiment en briques de l'autre côté de la rue. Nous accompagnons les ladies et les gentlemen sous un soleil de plomb. Je suis un peu encombré par mon pain et mon fromage.
Photo de famille avant d'ouvrir les festivités.
Dans un monde victorien imaginaire, la vie est dure pour tout le monde...
...sauf pour les sirènes, qui s'en sortent plutôt pas mal.
Le Général Custer prend la parole pour un petit speech improvisé...
...sous l'oeil courroucé d'un Bismark d'opérette.
Il a l'air sympa celui-là. Je suis tenté de lui demander l'heure pour voir comment il s'en sort...
...mais ses potes n'ont pas l'air très commodes.
Heureusement l'infirmière de service veille.
L'heure tourne. Nous quittons la convention pour rentrer à la maison. J'ai une quiche à préparer. La liste des ingrédients est simple, mais j'ai cependant eu du mal à les réunir. Les lardons seront remplacés par des morceaux de bacon, ce qui est sensiblement la même chose. Quand à la crème fraîche, elle est introuvable ici. Ce qu'ils appellent "crème fraîche" (en français dans le texte) est en fait une espèce de crème épaissie à la gélatine. Pas très encourageant mais finalement ça fera l'affaire.
L'aspect n'est pas très réussi mais la texture et le goût sont bien ceux de mon enfance. Mes convives semblent satisfaits.
Breakfast Vietnamien
Me revoilà ! Ça faisait longtemps, je sais. J'étais parti pour un trip imprévu à travers l'île du Nord. J'en raconterai plus à ce propos prochainement.
Mais reprenons le fil des évènements là où nous l'avions laissé. Souvenez-vous : à Waitangi, Tim et moi avions été rejoints par Moon l'amie américaine. Nous avions aussi rencontré par hasard Hanh, que Moon avait connue en Australie. Quelques jours plus tard, Moon et Hanh sont passées nous voir à Auckland, d'où Hanh devait prendre l'avion pour les îles Cook. Elle a pris un an et demi pour faire le tour du monde et elle en est au Pacifique. Pour fêter son départ, Hanh nous a fait un breakfast vietnamien.
Ça ne se voit pas au premier coup d'oeil, mais Hanh est allemande. Ce qui se voit au premier coup d'oeil, c'est son origine vietnamienne.
L'ouverture du pot de crème est un moment délicat.
L'opération est une réussite !
Un petit thé en attendant...
C'est prêt ! Petits pains croustillants à la française (good morning Indochine) avocats, tomates, fromage frais et oeuf poché. Simple et succulent. Miam.
A l'attaque ! Jazz hands !
Wei se régale...
Moon se régale...
Votre serviteur se régale...
Et tout le monde est heureux.
Merci Hanh. Au plaisir de te revoir ici ou ailleurs !

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Weta
Tout a l'heure en ouvrant mon sac j'ai trouvé un passager clandestin ! Au début j'ai sursauté en croyant que c'était une grosse araignée, mais ça n'existe pas ici. C'est bien un weta. Je ne suis pas spécialiste mais d'après la longueur des antennes il semblerait que ça soit un cave weta, un weta cavernicole. Quatre bons centimètres sans les pattes ni les antennes. Je ne sais pas d'où il est venu. S'est-il installé dans mon sac cette nuit ou est-il monté en marche à Waitangi ? Il n'a pas voulu me répondre. Je l'ai relâché devant la maison.
Waitangi Day
Comme je l'ai déjà expliqué, le 6 février est jour de fête nationale en Nouvelle-Zélande. C'est la date anniversaire de la signature du Traité de Waitangi en 1840, qui a instauré la souveraineté britannique sur l'archipel et la reconnaissance du peuple Maori comme sujets à part entière de la Couronne.
Evidemment, l'endroit où il faut être ce jour là si on est un français curieux c'est le lieu même de la signature du traité, la petite ville de Waitangi située dans la Bay of Islands, à 230 kilomètres au nord d'Auckland. Et c'est encore mieux si on est chaperonné par un vrai maori 100% pur muscle.
Tim et moi sommes partis en voiture le dimanche après-midi. Nous avons empaqueté vivres et sacs de couchage, mais rien n'était organisé. Nous ne savions pas où nous allions dormir le soir même.
Quelques kilomètres avant notre but, Tim me demande brusquement de m'arrêter (c'est moi qui conduisais) pour aller voir un ami qui habite dans les environs. Je m'exécute et nous nous garons devant une maison en bois comme il y en a beaucoup ici. Un peu intimidé, je suis Tim dans la maison où nous sommes accueillis comme des membres de la famille. Rapidement et sans me demander mon avis on me met dans les mains un gros bol de thé au lait. Tout le monde parle en même temps et j'ai un peu de mal à suivre. Le père, Maani, est un gros costaud maori. La mère, Evelyn, est une pakeha (une non-maori, une kiwi). Marni, la fille d'environ vingt-cinq ans, est hyper bavarde mais son amie brésilienne Bianca est plus discrète. La cuisine est pleine de figurines et de peintures de pukekos de toutes sortes, jusque sur les sous-bocs et les gants pour ne pas se brûler quand on met la main dans le four. C'est Evelyn qui les collectionne. Puis Maani demande à Tim s'il a faim, ce à quoi l'intéressé répond qu'il a toujours faim. Nous sommes invités à nous installer autour de la table de jardin derrière la maison. On nous apporte une grosse marmite remplie d'épis de maïs cuits à l'eau et une plaquette de beurre. Sois pas timide, sers-toi, fais comme chez toi. Ok, pas de problème. Le beurre fond sur le maïs, on s'en met plein les doigts. Avec une pincée de sel c'est succulent. Puis vient un saladier rempli d'une soupe de crevettes et de moules. Il faut savoir que les moules néo-zélandaises font vingt bons centimètres de long. Rien à voir avec les mini bouchées qu'on trouve dans la paëlla Garbit. Là je me permets quand même de prévenir Marni que je ne suis pas amateur de fruits de mer, que je vais goûter sa soupe parce que je suis curieux de tout, mais qu'il ne faudra pas m'en vouloir si je n'aime pas. J'en ai repris deux fois.
Marni la fille, Maani le père, et Tim le pote. Photo prise à bout de bras par Tim.
Ben le voyageur, la fameuse soupière de fruits de mer, Bianca la brésilienne, et Marni. Photo prise par Tim également.
Rassasiés, nous avons repris notre route après avoir remercié nos hôtes. L'hospitalité des maoris n'est pas une légende, c'est une tradition.
Une fois sur place, Tim a fait le tour des lieux pour rencontrer différents membres de l'organisation de l’évènement. Le but était de glaner des informations : où garer la voiture, où dormir, où manger, etc... Tim ne s'est adressé qu'aux maoris, qui étaient en majorité de toute façon. A sa façon de les aborder, j'ai compris que le peuple maori tout entier était une grande famille. Qu'un maori en interpelle un autre en commençant par "Kia ora, bro !"* et immédiatement il s'adresse à un ami. D'ailleurs la plupart des maoris sont loin d'être fermés aux autres peuples, et il m'est arrivé plusieurs fois que des inconnus maoris s'adressent à moi de cette manière pour me demander d'où je venais. Il m'aura suffi de leur répondre de la même façon pour gagner leur respect. J'ai aussi eu droit au hongi, le partage du souffle, qui a la même fonction que se serrer la main dans les cultures occidentales. D'ailleurs c'est souvent accompagné d'un shake hands. Les deux personnes se rapprochent et se pressent front contre front, nez contre nez. Partage du souffle. Je connaissais le hongi mais croyais que c'était une marque de respect profond réservée aux gens très proches, aux anciens, aux dignitaires. J'ai été très impressionné la première fois quand un vieux maori costaud m'a serré la main et m'a doucement tiré vers lui en me présentant son front. C'est une expérience que j'espérais vivre sans trop y croire. Sans surprise, ces gens-là sont moins farouches que certains médias d'ici ne le laissent entendre. Rapidement la voiture s'est avérée être notre meilleur abri pour la nuit, ce qui n'était pas un problème en soi puisque celle des deux voitures de Tim que nous avions prise est un van à sept places dont les sièges arrières peuvent être rabattus pour libérer l'espace. * littéralement : saine vie, frère !
Le jour de Waitangi le coup d'envoi des festivités est donné par la cérémonie de l'aube, qui se tient dans le marae (bâtiment de rassemblement traditionnel) érigé à l'endroit précis de la signature du Traité, à partir de cinq heures du matin. Nous avons donc mis le réveil à quatre heures et demie pour être sûrs de ne pas la rater. Comme m'y ont habitué les néo-zélandais, et surtout les maoris, la cérémonie est un mélange de solennité et de simplicité familière, pour ne pas dire familiale. J'avais plus l'impression d'assister à un mariage qu'à une pompeuse commémoration historique. Et finalement c'est peut-être bien ce que c'était : le mariage de deux peuples antagonistes signant un traité pour vivre ensemble sur le même territoire. De hauts dignitaires religieux, maoris, et politiques étaient présents. John Key, le premier ministre en personne, a fait un discours. D'ailleurs il est intéressant de remarquer que bien que quelques gardes du corps aient été présents (qui m'ont regardé de travers quand l'assistance a entonné l'hymne national que je ne connais pas), le Chef de l'Etat est passé à trois mètres de nous sans la protection d'un cordon de sécurité musclé. J'aurais pu faire quelques pas et aller lui parler.
A quatre heures et demie du matin, nous traversons le petit pont qui nous mène vers le marae où va se tenir la cérémonie. Il ne fait pas trop froid et l'excitation me tient éveillé.
Nous arrivons au marae. Moon, une amie américaine de Tim, nous a rejoints.
Par un heureux hasard, nous nous retrouvons tous les trois au premier rang à l'extérieur du marae. Les places à l'intérieur sont réservées aux invités.
Tim semble très habité par l'ambiance de la cérémonie. Il chante ou fredonne tous les chants, anglais ou maoris.
A la fin des discours, un peu longs car dits en deux langues avec parfois des blagues en maori auxquelles seuls les maoris rigolaient, les officiels, suivis de près par toute l'assistance, se rendent sur l'immense pelouse impeccable qui s'étale à côté du marae. Au milieu se dresse le triple mât au sommet duquel flottent les drapeaux néo-zélandais, britannique, et maori.
Hommage aux couleurs au son de la cornemuse. Le mât existait à l'époque de la signature du traité, mais il était en bois et des protestataires ont tenté de l'abattre à la hache. Régulièrement la cible des activistes, il a été remplacé par un mât en métal. Il a même pendant un temps été hérissé de pointes et maintenu sous bonne garde. Aujourd'hui les activistes, bien que toujours présents, se sont calmés et on peut flâner librement sur la pelouse où trônent les drapeaux en admirant la baie.
En bon maori, Tim ne manque pas une occasion de faire des grimaces.
La cérémonie terminée, nous retournons au marae déserté. Il faut enlever ses chaussures pour y pénétrer. Les panneaux de bois sculpté sur les murs représentent la généalogie de la tribu (c'est le terme employé), c'est-à-dire l'histoire des ancêtres. D'ailleurs la veille quand nous mangions les épis de maïs au beurre Maani m'avait demandé comment était la généalogie du peuple français. La formulation de sa question m'avait surpris. Je lui avais expliqué que contrairement à la Nouvelle-Zélande, la France n'est pas isolée au milieu de l'océan et que son peuple trouve ses racines dans le continent tout entier. Son regard de surprise intéressée m'a bien plu. Découvrir des concepts qu'on n'avait pas imaginés, c'est à ça que ça sert de rencontrer des étranger.
Tim semble vraiment différent ici, plus sérieux et paisible. Cette photo est assez surprenante quand on le connait un peu.
...mais la présence de son amie Moon le réveille rapidement.
Je me suis moi aussi installé contre le mur du fond (à gauche de Moon sur la photo au-dessus). Quelques personnes passent discrètement de temps en temps. Les maoris restent souvent quelques secondes la main posé sur l'un ou l'autre des personnage sculptés. C'est une manière de rendre hommage à l'ancêtre représenté et d'établir une connexion avec lui.
Nous ressortons. Le soleil s'est enfin levé.
La pelouse, le drapeau, la baie des îles. Moon est toute petite. A côté d'elle Tim paraît gigantesque, pourtant il n'est pas plus grand que moi.
Le fameux triple mât. Dommage qu'il n'y ait pas eu un petit coup de vent au moment de prendre la photo. Au centre en haut le drapeau de la Nouvelle-Zélande, à gauche le drapeau de l'union des tribus maories à droite l'Union Jack britannique.
Nous redescendons vers la plage.
Nous passons près d'un ponton auquel est amarré un waka (bateau). Celui-ci est un grand modèle à double coque conçu pour traverser les océans. Il est de construction récente mais d'architecture traditionnelle.
Tim n'hésite pas une seconde et nous emmène serrer la pince du capitaine. Celui-ci nous explique qu'il a parcouru tout le Pacifique sur ce bateau. Il est même monté jusqu'à Hawaii. Vingt personnes composent l'équipage, dormant à tour de rôle dans des logement exigus pratiqués dans les flotteurs. Le reste du temps est passé entièrement sur le pont, livré aux quatre vents. Au moment de prendre congé, le capitaine me tend une carte de visite en me disant que si ça me tente je peux venir pagayer sur les wakas monocoques. Des gens viennent de partout pour ça.
Un waka monocoque. Ce modèle est plus proche d'une pirogue et ne permet que de longer les côtes ou d'atteindre les îles les plus proches. Il est mû par la pagaie.
Ceux-ci sont relativement petits. Notez le nombre de bancs. En comptant ceux qui se tiennent debout pour diriger les manoeuvres, une vingtaine de personnes peuvent composer l'équipage de ces wakas.
Nous continuons notre marche vers la plage principale de Waitangi. Ce type est parti il y a deux mois de Bluff, au sud de l'île du Sud. Il est directeur d'un club cycliste. Il a traversé le pays tout seul sur son grand bi sans autres bagages que ses petites sacoches et son costume du XIXe siècle. Waitangi est proche de l’extrémité nord de la Nouvelle-Zélande. On ne trouve pas de grand bi dans le commerce. C'est son club qui le fabrique.
A mesure que nous avançons vers la plage nous somme dépassés par les wakas qui longent la côte à toute allure. De loin nous pouvons entendre les voix des équipages qui scandent le rythme à l'unisson. Quelque chose va se passer sur la plage.
A côté du waka bicoque de tout à l'heure, voici le grand modèle monocoque. Il est manoeuvré par une bonne cinquantaine de personnes !
Les uns après les autres les wakas viennent accoster sur la plage, en marche arrière, chaque équipage obéissant comme un seul homme aux injonctions du chef de bord dans une discipline toute militaire.
En Nouvelle-Zélande, les montagnes flottent.
Chaque waka est amarré sur la plage à l'aide d'une corde au bout de laquelle une ancre accroche le sable.
Sur la plage au milieu de la foule un maori petit et gros arbore fièrement et ostensiblement ce drapeau, dont Tim n'avait pas su me dire exactement ce qu'il était. "Kia ora, bro !" Je lui demande la signification de cet étendard. Il a un accent à couper au couteau et il lui manque la moitié des dents, l'autre moitié étant pourries, ce qui ne facilite pas la compréhension. Il m'explique que les wakas maoris se faisaient constamment arraisonner par les anglais parce qu'ils n'avaient pas de drapeau pour les identifier sur la mer. Le Roi William IV avait exigé des maoris qu'ils en aient un, et avait fini par reconnaître officiellement celui-ci cinq ans avant la signature du Traité de Waitangi. C'est l'étendard officiel de l'Union des Tribus Maories. A la mort du Roi peu de temps après et à l'accession au trône de la Reine Victoria, les anglais ont ignoré le précédent accord et ont envoyé Hobson signer le Traité. Mais les droits du peuple Maori avaient donc bien été reconnus cinq avant plus tôt. Je vois bien que mon interlocuteur me déroule un discours pré-enregistré, et je devine que j'ai affaire à un activiste anti-traité. Je ne vois pas bien ce qu'il revendique et je ne suis pas sûr qu'il le sache lui-même. Je prends congé et retourne à mes photos.
En Nouvelle-Zélande on aime les tatouages. Ils font partie de la tradition maorie et sont rentrés dans les usages, y compris chez les pakeha.
Je suis prêt à parier que ces deux-là sont venus ensemble.
Il y a un petit vent frais et l'eau ne doit pas être très chaude. Pourtant je n'ai pas vu un seul maori frissonner, même chez les plus jeunes, en restant de longues minutes à attendre dans l'eau.
Les femmes ont aussi leur place sur les bancs des pagayeurs, et elles ne sont pas les dernières à gueuler en rythme. Quand un waka de femmes passe à proximité de la côte on l'entend de loin. Impressionnant.
Un autre waka bicoque, plus grand que le premier, observe les évènements.
Les équipages une fois débarqués se regroupent sur la plage devant la foule et exécutent des hakas. Je suis à trois mètres d'une cinquantaine de maoris gras, musclés et à moitié nus qui gueulent comme des sourds à l'unisson en faisant des grimaces et en brandissant leurs pagaies à bout pointu. Je me mets dans la peau d'un soldat anglais du XIXe siècle et je me retiens de pisser dans mon froc. Ça donne envie de jeter son sabre à terre pour aller leur écrire un traité de paix.
KA MATE !
Un haka exécuté par les tane (hommes)
Et un haka exécuté par les wahine (femmes)
Grimaces.
On vient de loin pour assister à ça. En fait non, j'exagère. A ma grande surprise il n'y a que très peu de touristes. J'assiste à un rassemblement culturel maori.
Ensuite tout le monde remonte dans les bateaux et le signal du départ est donné en soufflant dans une conque.
Discipline.
Chef de bord.
Un dernier passage le long de la côte et les guerriers s'en vont.
On est en début d'après-midi. Avec notre lever avant l'aube la matinée a déjà été bien remplie. Nous passons le reste la journée à flâner au milieu des nombreuses tentes des commerçants et exposants venus s'installer ici pour l'occasion. Sur une scène, un groupe de jeunes maoris et pakehas chante des reprises de tubes pop avec une énergie réjouissante malgré la qualité pitoyable de la sono. Un peu plus tard une amie de Moon nous rejoints et nous allons tous les quatre nous prélasser sur une terrasse, puis devant un chanteur maori au look improbable : manteau de fourrure synthétique blanche, leggings noirs, bottes en caoutchouc et trogne tordue. Il joue de la guitare debout sans bandoulière. Il passe son temps à remonter l'instrument qui glisse sur son manteau de fourrure.
Fin de journée. Nous raccompagnons les filles à leur backpacker et reprenons la route. Arrivée à la maison vers vingt-trois heures. Crevés, mais contents. Tim m'expliquera que ce qui se passe à Waitangi est la vraie culture maorie. L'accueil, la convivialité, la nourriture, la tradition, la culture dans lesquels nous avons été plongés tout au long de cette journée sont parfaitement authentiques. Rien n'est faussé pour le tourisme. La célébration de Waitangi Day à cet endroit est une vraie fête maorie.