Erik Satie a aimé une seule femme dans sa vie. Pendant 5 mois. Et il a porté cette douleur en silence pendant 32 ans.
1893, Montmartre. Erik Satie, jeune compositeur de 26 ans, croise le chemin de Suzanne Valadon, peintre flamboyante venue du cirque. La passion est immédiate. Au lendemain de leur première nuit, il la demande en mariage. Elle décline. Mais accepte de devenir sa voisine, occupant une chambre adjacente à la sienne, rue Cortot.
Pendant 5 mois, leur liaison est une fièvre. Il l’appelle “Biqui”, compose pour elle, lui écrit des billets enflammés sur la beauté de ses yeux et la finesse de ses mains. Elle peint son portrait, lui offre la toile. Et puis, sans préavis, le 20 juin de la même année, elle part. Elle finira par épouser un riche banquier.
Satie ne s’en remettra jamais. Il écrira plus tard cette phrase déchirante : “Il ne me reste qu’une froide solitude qui remplit la tête de vide et le cœur de peine.”
Il a 26 ans. Il en vivra encore 32, sans jamais aimer à nouveau.
Désormais, il s’enferme. À partir de 1898, il s’installe dans une chambre minuscule à Arcueil, dans la banlieue ouvrière de Paris. Pendant 27 ans, personne, pas un seul ami, n’aura le droit d’y entrer. Chaque jour, il marche les 8 kilomètres qui le séparent de la ville, parapluie noir à la main, costume de velours gris sur le dos, notant ses idées musicales sous les réverbères.
Lorsqu’il meurt en juillet 1925 et que ses proches franchissent enfin le seuil, ils découvrent un sanctuaire silencieux. Deux pianos désaccordés empilés l’un sur l’autre, 12 costumes identiques, 14 parapluies noirs alignés, des centaines de lettres jamais envoyées. Et dans un tiroir, un carton manuscrit où il avait inscrit, de sa propre main, les dates exactes du début et de la fin de sa liaison avec Suzanne. Du 14 janvier au 20 juin 1893.
Il avait été l’un des compositeurs les plus avant-gardistes de son siècle. Mais derrière chaque silence de sa musique se tenait une femme qui ne reviendrait jamais.
ERIK SATIE - Le génie du silence.















