En moi coexistent trois réalités dont j'ai vu des portions en tirant quelques rideaux
Aujourd'hui j'aimerais les pénétrer chacune à leur tour
J'entre dans une méditation profonde pour tenter de les comprendre
Mon voyage commence dans un monde végétal
Rempli d'êtres féériques qui se cachent dans les forêts
Je sympathise avec des fées et des lutins tous rieurs
Je me trouve dans un monde de rêve, de couleurs
Dans un monde qui semble trahir une hostilité latente
Des couchers de soleil trop artificiels.
J'entends des cris stridents retentir
La flore s'anime, devient agressive,
De nombreuses lianes viennent m'enserrer
Et les rires paraissent soudainement moins innocents
C'est un monde de solitude, où je ne vois ni homme ni civilisation
Les lianes me fouettent, essaient de me tordre les membres, le cou
Elles visent mes yeux avec leurs épines
Elles cherchent tant bien que mal à m'estropier
Elles veulent me maintenir dans une fragilité émotionnelle
Elles sont une bête végétale omniprésente qui ne semble avoir aucun point d'origine
Elles sont entrées en moi, et ont cerné les contours de mon cœur
Le monde végétal est un lieu de parasitisme,
Qui cherche à protéger mon cœur par le traumatisme
Mais mon cœur ne plie pas
Il se laisse traverser par la vigne
Ces fleurs là n'ont aucune forme de matérialité
Une flamme bleue finit par naître en mon intérieur
Alors je continue mon voyage
J'arrive dans une grotte sombre
Ici, c'est le silence absolu
Un silence si prégnant qu'il en fait ressortir chaque pensée
C'est là que j'entends une mer de voix déferler
Je sens le torrent autour de moi mais je suis aveugle
Je sens un essoufflement profond
Comme si j'avais couru pendant dix jours
Mais je suis complètement aveugle
Je cherche à tout prix à m'enfuir
A éviter que les vagues me rattrapent
Et j'ai peur de tomber par terre
J'ai peur de tomber sur des fauves
J'ai peur d'être la proie d'un démon
J'ai peur de tomber sur un homme
Et je cours à m'époumoner
Je cours, sans la moindre lumière
Je ferme les yeux, je comprends qu'aucun sens ne saura me guider
Alors je ferme les vannes de mes sens
Je patiente alors que le monde court encore autour de moi
Je finis par sentir la présence de trois esprits qui me tournent autour
Sans qu'ils n'aient à me parler, ils m'influencent
Ils murmurent si bas qu'on les oublie dans le flux des pensées
Et je comprends comment mon esprit balance entre chacune de leurs réalités provisoires
Ils tordent mon âme, sans que le monde ne bouge d'un iota
Je sens les fantômes s'éloigner
Laissant place à l'appel calme d'un feu follet
Il n'éclaire pas très fort, mais il semble émaner de lui une certaine vérité
Je décide de suivre mon nouveau guide qui m'amène dans un monde souterrain
Ici, l'air est plus lourd
L'atmosphère est électrique
Je sens que les ombres me regardent toutes avec défi
J'arrive dans un couloir, puis dans une place circulaire
Autour de moi, les collines ressemblent étrangement à une arène
Et j'entends le cri d'un canidé abominable surgir d'un couloir sombre
Je reste sur place, dans l'attente que la bête trahisse sa présence
Je sens ses terribles yeux rouges briller dans l'obscurité, ainsi que des cliquetis s'affoler
Je comprends que c'est à moi de venir à elle
Un calme retentit, elle s'est arrêtée
Sûrement prête à bondir à la première occasion
Le couloir est long et il donne sur une pièce éclairée à la torche
Je vois du sang autour de la bête
Des coups de griffe sur les murs
Et surtout je la vois, immobile, avec des yeux plein de hargne
Son seul regard parvient à me trancher les côtes et à libérer une rage phénoménale en moi
Elle est puissante et je dois me battre pour protéger ma vie
Assez étrangement, son corps est parfaitement contenu
Elle ne semble pas déterminée à l'idée de me tuer
Pourtant sa présence déclenche des cris qui retentissent en moi
Malgré ce sentiment de menace je continue d'avancer
Mon sang bout encore davantage mais un sentiment me désarme
Je finis par voir dans cette bête un reflet de mon âme
Je vois ma force résonner en elle
Mon envie de protéger se réaliser en elle
Je ressens alors la blessure en elle, et je veux la protéger
Je laisse mes muscles se détendre, mon hérissement retomber
Et j'offre alors à mon amie la plus tendre embrassade
Et je retrouve en moi une chaleur dans l'acceptation de souffrir ensemble
Dans mon inflexion, je retrouve en moi trois flammes, et trois déchirures
Trois puissances conçues pour me protéger des reflets inquiétants du monde
Mais aujourd'hui, si je souhaite avancer dans un monde plus vrai
Je dois être capable de dire au revoir au pouvoir
D'admettre l'impertinence de rester indéfiniment en défense