Elle courait aussi vite qu'elle pouvait. Tous ses transports avaient été en retard. Covoiturage, avion, bateau... même le loueur de vélo n'avait pas ouvert à la bonne heure. Il fallait qu'elle se dépêche ou elle raterait l'heure de son rendez-vous.
Son cœur battait vite, le sang affluait dans ses joues, ses jambes étaient douloureuses. Elle avait dû pédaler à toute vitesse pour rattraper un peu son retard. Elle ne tiendrait plus très longtemps à cette vitesse. Elle fit une pause pendant laquelle elle en profita pour sortir une bouteille d'eau de son petit sac à dos et boire un bon coup. Son regard croisa l'étiquette. Une bouteille française....
Les mots écrits dans sa langue d'origine lui firent remonter le temps un peu plus de vingt-quatre heures en arrière. Elle avait tout laissé derrière elle, était partie sur un coup de tête. Son « chéri » était blindé de travail, ses ami(e)s étaient parti(e)s à droite et à gauche, sa famille pesait lourd ces temps ci. Elle avait donc décidé de faire une pause. Pas longtemps, quelques jours...une semaine au maximum. Les billets avaient coûtés bonbon mais elle en avait vraiment besoin. Elle avait pris l'avion qui avait eut une heure de retard. Le bateau avec lequel elle enchaîna allait plus lentement que prévu,. Elle avait laissé le vélo presque un kilomètre en arrière parce que le chemin n'était pas assez plat et maintenant, elle courait...Bref, ce voyage n'avait pas été de tout repos.
Maintenant elle se dépêchait d'aller retrouver son plus grand ami. Celui qu'elle adorait mais qu'elle ne pouvait malheureusement pas voir quand bon lui semblait. C'était lui qui donnait les rendez-vous. Cette fois, elle le prendrait de court. Là où elle allait, elle savait qu'elle le trouverait, qu'elle serait la première et la seule à le voir. Elle allait même arriver avant lui. Mais pour ça, il fallait qu'elle se remette en route. Plus qu'une centaine de mètres. Entre les deux rochers là-bas, bien lovée, là ou il passait toujours en premier. Elle attendrait, tout sourire. En fait, elle n'allait pas attendre longtemps. Elle arriverait tout juste à temps. Elle se remit en route en trottinant.
Elle souriait d'avance en imaginant leur rencontre. Comme à chaque fois, il l'entourerait de ses bras chaleureusement. Comme à chaque fois, il la bercerait doucement, comme à chaque fois il l'écouterait raconter ses problème, ce qui lui passait par la tête. Il était toujours doux, tranquille. Parfois, il se fâchait un peu, était plus dur, moins agréable et la marquait. Cependant, elle passait toujours de bons moment avec lui. Quand ils se rencontraient, elle n'était pas toujours seule : de la famille, des ami(e)s, son chéri.... Mais à chaque fois qu'elle le voyait, elle rechargeait ses batteries, se réchauffait avant d'aller, ça arrivait, affronter le froid de son appartement. Ce qui la poussait à le voir, c'était un peu un besoin primaire de retourner aux origines, de se retrouver avec elle-même, de faire le vide et de ne profiter que de lui ; De ne faire qu'une seule chose à la fois, à sa vitesse, comme elle le sentait. Il restait presque toujours avec elle aussi longtemps que possible, mais il arrivait qu'il doive se retirer plus tôt que prévu. Dans ces cas là, elle rouspétait un peu mais retrouvait toujours le sourire peu de temps après. Oui, elle avait hâte de le voir, lui et son aura si naturelle, si brillante, aveuglante même.
Ça y est, elle arrivait enfin à l'endroit prévu. Bien ! Il lui restait juste le temps de se préparer à l'accueillir. La roche, grise, était encore fraîche. C'était parfait. Toute les conditions étaient réunies. Un petit vent qui poussait les nuages au loin, un magnifique ciel qui commençait à s'éclaircir, une chaleur déjà bien présente (la course ou l'atmosphère?), personne d'autre qu'elle et bientôt lui.
Elle posa son sac sur le sable fin où quelques galets pointaient le bout de leur nez. Elle regarda ce qu'elle avait prit le temps d’emmener avec elle, dans l'urgence de son départ. Une petite serviette, une culotte de rechange, de la crème, un livre, de l'eau et de l'argent. Le strict minimum. Ça suffisait largement.
Elle se mis à l'aise. Elle étendit sa serviette sur laquelle elle s'allongea après avoir retiré son mini short, son petit haut et son soutient gorge. Devant lui, elle pouvait se dévoiler en entière, ça n'avait aucune importance. Plus elle était nue, mieux c'était. Elle posa le tube de crème, le livre et la bouteille à côté d'elle. La pierre la protégeait d'un quelconque regard curieux, regard qu'elle n'imaginait pas à une heure pareille. Son corps se calmait petit à petit. Quand même, elle avait fait une folie.... Une fois n'est pas coutume....mais quand même...elle ne recommencerait pas de si tôt.
« Chut !» lui cria son esprit. Elle fit le vide en un instant. Juste à temps.
Juste à temps pour le sentir arriver à l'horizon : Le Soleil se levait.