Visibilité et « plateformisation » de soi | Billet 6
Si je parle de mon identité numérique, elle se qualifie de civile plus qu’autre chose. Si vous en êtes à la lecture de mon sixième billet, vous savez sans doute que je suis un utilisateur très normal et relativement discret sur le web. Je nomme tous mes profils et mes courriels à mon nom et prénom, je mets des photos simples de moi, je visite des pages et publie des choses toujours censées. Mon utilisation du web n’est pas différente de la personne que je suis dans la vie de tous les jours, pouvant ainsi qualifier mon identité comme civile. Et comment les médias numériques jouent-ils un rôle dans mon autoconstruction et mon autoprésentation ? Comme il est précisé dans le texte de Casilli :
« […] à travers la projection des traces corporelles se met en place un procédé réalisant dans le corps même le travail de réflexion sur soi, de déchiffrement des désirs et des aspirations personnelles. Le caractère déclaratif et performatif sert finalement à harmoniser avec un milieu social choisi. La transformation que l’usager cherche à opérer sur lui-même rejoint la transformation plus ample de la communauté composée par les personnes avec lesquelles il ou elle interagit. Il y a donc une dimension collective de la construction de la présence en ligne. » (Casilli, 2012)
En résumé, le collectif exerce une influence sur sa propre présentation. Je dois dire que je reste fidèle à moi-même sans me laisser guider par les tendances, mais il est vrai que mon milieu social dirige quelque peu ma construction sociale en ligne. D’autre part, Carré renchéri sur cette idée :
« […] chaque jour sur le Web social, on saisit des opportunités, et partout on y fait des rencontres. On combat ses inhibitions, on dévoile en confiance ce qu'hier on tenait pour secret. Du coup, on déplace sans les abolir les frontières de l'intime ; on ose désirer. Surtout on exprime, on s'exprime, et ce faisant on innove dans le champ des sociabilités ; on redéfinit l'espace social et la nature du lien qui nous y relie... On se risque à se dévoiler, à donner un avis, à prendre position. Bref, on s'engage, et massivement. » (Carré, 2010)
La partie à laquelle je m’attarde dans cette citation est : « on redéfinit l’espace social et la nature du lien qui nous y relie ». Un peu comme la dimension collective change notre construction et notre présentation en ligne, notre espace social et sa nature sont en constante redéfinition et notre lien avec cet espace influe sur la manière dont on se présente, dont on s’engage.
Pour ce qui est de mes photos de profil et de couverture, celles-ci ne changent pratiquement jamais. Je ne suis pas un amoureux de la caméra et mes photos sont professionnelles tout en me définissant. Je ne juge donc pas nécessaire de les changer, d’autant plus qu’elles sont encore d’actualité. Quant à elle, ma plateformisation ne m’aura pas permis de trouver d’emploi. Travaillant pour la Ville de Gatineau et pour la Commission Scolaire des Draveurs, ces deux entités ne s’orientent en rien vers les médias sociaux pour déterminer leurs prochains employés, à l’instar de certaine compagnie en communication ou en évènementiel par exemple. Et comme stipulé plus tôt, mes comptes sont relativement simples. Des photos professionnelles en solitaire, autrement avec mes amis, ma famille ou avec des paysages nouvellement découverts, sans une retouche pour l’intégralité de celles-ci. Là sont la majorité de mes publications. Je ne partage pratiquement rien sur Facebook, mis appart les publications importantes de mes amis, des avis de recherche de personnes disparues ou encore des actes de bonté qui me touche personnellement. Je suis encore beaucoup moins proactif sur Instagram et ne fais que publier des photos comme celles décrites jadis. Ces publications ont sensiblement la même visibilité, tant sur Facebook que sur Instagram. Pour ce qui est des différentes statistiques sur mes réseaux sociaux, soit le nombre d’abonnés et le nombre de mentions j’aime, je n’en ai pas la moindre idée. J’avais 800 amis aux dernières nouvelles sur Facebook il y a de cela 2 ans, mais je ne me préoccupe pas du tout de ces choses-là et j’adore cela comme ça. Aller vérifier irait à l’encontre de mes principes. Je sais qu’il a toujours quelques commentaires et quelques personnes qui aiment mes publications, mais sans plus.













